Skip to main content

Full text of "Biographie universelle ancienne et moderne, ou, Histoire, par ordre alphabétique, de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes : Ouvrage entièrement neuf"

See other formats


j-V-ft 







»*?■' 



Digitized by the Internet Archive 

in 2010 witii funding from 

University of Ottawa 



littp://www.arcliive.org/details/biograpliieuniam28micli 



BïOGPiAPHIE 



JV 



ANCIENNE ET MODERN 



Ait/W/Wl/t'VWl/VWVtWVt/l/t;Vi'Wl.t.'l'%'^' 



L/Uf>MaW« 



MAZ — MIG. 



«Wl^VVl.l.^lVVll.Vl.l'WtA.Aa't.V^Vlvyt.k.t.tjVW^'V 




DE L'IMPRIMERIE D'ÉVERAT, 

RUE DU CADRAN, N". l6. 



BIOGPvAPHIE 

UNIVERSELLE, ' 

ANCIENNE ET MODERNE, 



ou 



HISTOIRE, PAR ORDRE ALPHABETIQUE, DE LA VIE PUBLIQUE ET PRIVEE DE 
TOUS LES HOMMES QUI SE SONT FAIT REMARQUER PAR LEURS ECRITS , 
LEURS ACTIONS, LEURS TALENTS, LEURS VERTUS OU LEURS CRIMES. 

OUVRAGE ENTIÈREMENT NEUF, 

RÉDIGÉ PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ET DE SAVANTS- 



On doit dis égards aox vivants; on ne doit aux morts 
que la vérité. ( VoLT. ,preinière Lettre sur Olidipc.) 



TOME YINGT-HUITIEME. 




A PARIS, 

CHEZ L. G. MIGHAUD, LIBRAîRE-ÉDITEUR , 



nUE DE CLERY , W". I 5. 



Univers 



«AVVVVVVVV\V\V\i\^WAAVfc>A/VVVftlVVVVVtVVVV\\VVVt\\V\VVVVAVVl\\*V\VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVV\VVVVVVV>» 



SIGNATURES DES AUTEURS 



DU VINGT -HUITIEME VOLUME. 



MM. 



MM. 



A. B— T. 


Deuchot. 


L.R-E. 


La Renaddière. 


A. R— T. 


AsEL-RÉMfSAT. 


L — s — E. 


Lasalle. 


A— T. 


H. AUDIKIIIKT. 


L-r; 


Lhdru. 


B— ND. 


Bertkam). 


M. B— v. 


Malte-Brlx. 


B— p. 


Beauchamp, 


M— D j. 


MicHAUD jeiiue. 


B— ss. 


Boissonade. 


W— É. 


Mo.VMERQUÉ. 


B— u. 


De Beablieu. 


M— .V— D 


. I\lo.NOD. 


C — AU. 


CaTTEAU-CalLE VILLE. 


M— C.V. 


MARnoîf. 


t— L. 


De Choiseul-d'Ailllcourt. 


N— o. 


KlCOLO-PoULO. 


CM. P. 


PiLLET. 


O— R. 


OESNER. 


C. T— V. 


Coquebert de Taiz.y. 


p— c— T. 


Picot. 


C— v-^. 


CUVIER. 


p— E. 


POXCE. 


D— 0. 


Depping. 


K et L. 


Percy et Laurest. 


D— o— s. 


Desgenettes. 


p— s. 


Périès. 


D— is. 


DupLEssis ( Adolphe ). 


Q.Q. 


QCATREIIÈRE DE QU1^•CY. 


D—L — E. 


Delambre, 


R— D. 


Reikaud, 


D— S. 


Desportes-Boscheron. 


R— 0— N. 


Renauldin. 


D— u. 


DUVAU. 


R— M— D. 


G. M. Raymo.vd. 


D— z— s. 


Dezos de LA Hoquette. 


R. R. 


Raoul-Rochettk. 


E-c. D-D. 


Eueric-David. 


S. D.S — Y 


. Silvestre de Sacy. 


E— s. 


EïRlÈS. 


Si— D. 


Sicard. 


F-A. 


De FoRTIA-D'URBAtr. 


S. M— N. 


Sai\t-Marti\. 


F — D — R. 


Friedlander. 


S— R. 


Stapfer. 


F — T. 


FoissET aîné. 


S. s— 1. 


Simonde Sismondi. 


G CE. 


Gexce. 


s — V — s. 


De Sevelisges. 


G— T— R. 


Gauttier. 


S— Y. 


De Salaberry. 


G-T. 


Gley. 


T— D. 


Tabaraud. 


H— T. 


IIumeert. 


U-i. 


Ustéri. 


L. 


Lefebvre-Cauciiy. 


V. S. L. 


Vivcens-Saixt-Latirest, 


L B — E. 


Labouderie. 


W— s. 


Weiss. 


L— P— E. 


HlPPOLVTE DE LaPORTE. 


Z. 


Auoiivme. 



BIOGRAPHIE 



UNIVERSELLE. 



^Vft/VV'VV'VV\VV\'VV>'VV\\V\'VV\'VVVVV\/VV\/VVV'VV^\(VV\;V\'VV\A/V\/VV^'VV\^^ 



M 



MaZANIELLO. r. Masaniello. 
MAZARIN (Jules), fils de ! ierrc 
Mazarini, iicble sicilien, naquit le 
i4iiiiîlcl: 1602, à Rome (1), selon 
quelques-uns, mais plus |»iobable- 
ment à Piscina, dans l'Abltru/.ze : 
il fit ses études dans la capitale du 
monde chrétien , et passa eu Espa- 
j];ne , à l'dge de dix- sept ans, avec 
l'abbé , depuis cardinal , Jérôme 
Colonne. Pendant trois ans , il sui- 
vit dans ce royaume les cours de 
droit aux universités d'Alcalà et de 
Sala manque. Il était de retour à 
Pioine , quand les jésuites , dans une 
fête qu'ils célébraient à l'occasion de 
la canonisation de leur fonrlateur 
( \('yi'î) , voulurent faire représenter 
une tragédie. La vie du nouveau 
saint fournit le sujet de la pièce. 
Mazarin , élève des jésuites , fut 
choisi pour remplirle rôle de Loyola, 
et il y réussit pai'faitement. Bientôt 
il abandonna la jurisprudence pour 
embrasser la carrière militaire, et il 
fut envoyé en i6'i5, avec le gradé 
de capitaiue dans la Valteline, où le 
pape avait luie armée. Il commença 
dès - lors à déployer son talent pour 
la négociation. Les généraux de S. S., 
Gonti et Ragui, l'envoyèrent successi- 



(i) Les 'ctires de natiiralisalion tlnmi 
riii, l'ii iG3j, puileiit tju'il était aà à Ru 



vement auprès du duc de Feria , géné- 
ral des Espagnols, et auprès du mar- 
quis de Cœuvres ( depuis maréchal 
d'Estrées),qui commaudait les trou- 
pes françaises. L'adresse avec la- 
quelle il remplit ces missions lui mé- 
rita les éloges de ses chefs. Cette 
guerre ayant cessé , il levint à Ro - 
me, où il reprit l'etu le de la juris- 
prudence jusqu'à la guerre de la suc- 
cession des duchés de Mantoue et 
de Montferrat , qui Je fit rentrer 
dans la carrii re dij)lomatique , pour 
laquelle il ét.iit vériiablement né. 
Deux concurrents réclaïuaicnt l'hé- 
ritage du duc de Mantoue. Le duc de 
Ne vers , qui y aA'ait le plus de droit, 
était soutenu par la cour de France , 
où il s'était fixé ; le duc de Guas- 
talla, son compétiteur, obtint l'ap- 
pui de l'empereur, du roi d'Espagne 
et du duc de Savoie. Le pape, vou- 
lant prévenir nne guerre dont f Ita- 
lie allait être le théâtre, envoya le 
cardinal Sarchefti à Turin , pour 
agir en faveur du duc deJNevers ; et 
Mazarin , qui était attaché à ce pré- 
lat , partit de Rome avec lui le jour 
même où il avait pris le bonnet de 
docteur en droit. Ses talents furent 
bientôt appréciés par le cardinal , 
qui se reposa s^-r Ini de tout le soin 
de la négociation. On eut peu d'é- 
gards à la médiation du pape ; et la 
I 



3 MAZ 

guerre commença, Louis XIII, en 
personne, força le pas de Siizc (mars 
i(3u9 ) ; ce qui contraip;iiil le duc 
de Savoie de traiter avec lui et de 
se séparer des E pagnols. Sacchelti 
revint à Rome, laissant à Mazariu le 
titre d'interuouce , et le pouvoir de 
maintenir le traite et d'achever la 

Saix. Le cardinal Barberini , neveu 
u pape , ei.voye par sou oncle, en 
qualité de légat en Piémont , accorda 
à Mazarin la même confiance que 
Sactlietli. On vit alors un homme 
âc;é de moins de trente ans , avec un 
titre de peu d'importance , s'entre- 
mettre avec les diverses puissances , 
traiter au nom des unes et des autres , 
et les amener à la paix. 11 fit pour 
cela plusieurs A'oyagis , dont l'un l'ut 
la source de sa fortune. Ce fut à Lyon 
qu'il vil Louis Xlll ( iG3o), et qu'il 
eut avec Richelieu un long entretien. 
Le cardinal conçut de lui la plus 
liante opinion (i ) ; et sentant le be- 
soin , pour la France , d'avoir en 
Italie un homme habile et dévoué, il 
parvint à gagner le jeune diplomate, 
qui depuis ce temps se montra ou- 
vertement favoral le aux intérêts de 
la France. Il revint en Italie , sans 
€[ue sa mission eût eu aucun succès , 
et la guerre continua ; mais le duc 
de Savoie, \ictor Amedée, étant 
mort, son fds donna toute sa con- 
fiance à Mazarin , et celui - ci re- 
prit aussitôt l'œuvre de la paix avec 
une nouvelle ardeur. Les Espagnols 
assiégeaient Casai , et les Français 
voulaient secourir la place: il agit 
auprès des chefs des deux armées , 
et les fit consentir à une trêve de six 
semaines. Ce temps expiré , il de- 
manda une prolongation queles Fran- 
çais refusèrent , en marchant au 



(i On rapporte que RicVielitu , en soilant, ait 
(ju'il venait tic poirier au plus grand liuimue d'élat 
^u'il eiil jauiais >u. 



MAZ 

combat ( octobre i03o ). Alors Ma- 
zarin leur proposa un traité, auquel 
ils mirent les conditions les plus 
dures. Pour les engagera se relâcher , 
il leur expose l'ctal formidable de 
l'armée espagnole : mais ne pouA'ant 
les persuader , il passe dans cette der- 
nière armée , rapporte aux chefs les 
conditions des Français j et se ser- 
vant encore du même moyen, il leur 
parle de la supériorité des Français 
et de leur ardent désir de combattre. 
Celte fois il réussit ; et le généra! es- 
pagnol consentit à tout. Aussitôt Ma- 
zariu pousse son cheval à toute bride 
entre les deux armées ; et sans être 
eflTrayé des balles qui silflaient autour 
de lui , il crie eu agitant son cha- 
peau : La paix , la paix. Les sol- 
dats le repoussent , en criant : Point 
de paix ; mais il va trouver le maré- 
chal de Schoniberg , qui accepte le 
traité et fait poser les armes à ses 
troupes. Cette paix fut confirmée, 
l'année suivante, par le trailé de 
Cherasco , que iiégocia Mazarin. 
Vers le même temps , il fit avoir 
à la France la ville de Pignerol , 
en persuadant au duc de Savoie 
qu'il serait dédommagé de ce sacri- 
fice, et en trompant les Espagnols 
et les Impériaux , qui n'avaient éva- 
cué Casai et Manloue , qu'à condi- 
tion que la garnison française quitte- 
rait Pignerol. Elle n'en sortit points 
par une ruse de Mazarin , qui la fit 
cacher, et joua ainsi les commis- 
saires de l'Espagne et de l'empe- 
reur , venus pour visiter la ville. 
Une telle conduite excita contre lui 
toute la haine des Espagnols ; mais 
elle bii mérita la reconnaissance 
de Louis XIII et de Richelieu. Ce 
ministre écrivit, de la part de son 
maître , au pape, pour le féliciter sur 
l'habileté de son négociateur. Dans 
une cour toute ecclésiastique, l'habit 



MAZ 

militaire ne pouvait procurer de 
grands succès ; Mazarin le (|uitfa 
( i63u) , et reçut aussitôt un lic'neiice 
et une charge de reTcreiidairc des 
deux si^nalures Aa\\?.\A chancellerie 
(i). Richelieu donna des iustrurtions 
à l'ambassadeur de France à Rome , 
afin d'obtenir pour Mazarin un em- 
iiloi nui rapprochàldeliii. Eu ï^jH» 
celui-ci lut nomme vice-le^at d'A\i- 
}:;non ; et avant mnne qu'il (ùl ((iiitle 
llonie pour se rendre à son poste , ses 
vœux lurent combles : il eut ordre de 
se rendre à la cour de France , en qua- 
lité de nonce extraordinaire, i-e Lut 
de cette mission était d'iutercédcr en 
faveur du duc de Lorraine, dépouillé 
de ses états par Louis XIIL Reçu 
avec la plus grande distinction par 
Richelieu , qui voulut le loger dans, 
son palais, Mazarin ne négligea rien 
pour conserver les bonnes grâces du 
roi et de son ministre; et il y réussit 
tellement, que Louis XI il promit 
de le uoramer au caidinalat, s'il n'é- 
tait pas prévenu par le pape. Les 
Espagnols avaient enlevé, en i63:") , 
l'électeur de Trêves , protégé par la 
France. Ce fut le prétexte d'une 
guerre qui dura vingt-cinq ans. Ma- 
zarin , comme ministre de la cour 
de Rome, voulut s'occuper d'une 
affaire qui regardait un prélat: mais 
les Espagnols se souvinrent de sa 
conduite a Pignerol ; et leurs iutri- 
gucs auprès du souverain pontife, 
le firent rappeler à Avignon : ils 
agirent n)cme pour faire révoquer sa 
vice-légation; mais il les prévint, et 
craignant qu'on ne le laissât dans 
l'oubli à Avignon , il demanda son 
rappel, et retourna, en i(J3G, à 
Jlome, où il soutint ouvertement les 
intérêts de la France. Ce fut lui que 

(i) Cette reiomiieusc élnil peu proportionnée au3t 
«erviips qu'avait rendus Maiarin ; ruais les partisiiua 
•c rUspugue le desservirent auprès dn pape. 



MAZ 3 

Richelieu chargea de demander à 
Urbain VI 11 le chapeau pour le fa- 
meux père Joseph. La mort de ce ca- 
]>u(in mit (in à la négociation. Riche- 
lieu , qui perdait un ami fidèle, un 
utile confident , résolut de le rem- 
placer en s'atfachant Mazarin , qui 
lui avait déjà donné tant demanpies 
<\o dévoilement ; et il engagea Louis 
Xi II à plarer siu- sa fè(e le (.hapeaii 
de cardinal qui avait été donné au 
P. Joseph. Cette demande blessa Ur- 
bain YllI , (jui, d'abord favorable à 
Mazarin , s'était laissé depuis in- 
fluencer par ses nombreux ennemis. 
Mais Riclielicu avait fait lui-niène 
la demande , et il iîc saA'ait pas re- 
culer. A dater de cette époque , Ma- 
zarin s'attacha irrévocablement à la 
Fiance. Aj)pelé par Richelieu , il 
quitta ritiilie au commencement de 
i03(), et se remlit auprès du car- 
dinal. La guerre , qui depuis tant 
d'années désolait l'Europe , épuisait 
les puissances : toutes desiraient la 
paix. Le roi de Danemark , Chris- 
tian IV , s'offrit comme médiateur 
entre elles ; Hambourg fut assigne 
pour lieu de réunion à leurs ambas- 
sadeurs. Louis XIII avait jeté les 
yeux sur Mazarin , pour l'envoyer à 
ce congrès : mais les troubles qui 
survinrent en Savoie , firent penser 
qu'il serait plus utile r^^ns un pays 
qu'il connaissait ; et on l'y envoya au 
commencement de 1 640 ,"avec le titre 
d'ambassadeur e:îtraordinaire. Les 
succès du comte d'Harcourt, eu Pié- 
mont, l'aidèrent beaucoup à conclure, 
au mois de décembre 164I , un traité 
entre la duchesse de Savoie et ses 
beaux-frères qui, soutenus par l'Espa- 
gne , lui disputaient la tutelle de son 
fils. Ce fut alors q ;e Mazarin obtint 
le chapeau demandé pour lui depuis 
long-temps; il fut compris dans la 
r.ominatioa du 16 décembre 1G4 i , 
I.. 



4 MAZ 

et il reçut la barctte des mains de 
Louis XIII, le '-2:3 février de l'année 
suivante. Les intrigues qui, après 
avoir poursuivi Kiclielicu pendant 
toute sa vie, prirent une nouvelle 
force vers sa (in , ne purent empêcher 
Mazarin de rester (idèleà son protec- 
teur; et il lui fut surtout très-utile, 
lorsque la découverte de la conspi- 
ration de Cinq-Mars rétablit son cré- 
dit et son autorité ( A^ Hichelieu). 
Ce ministre en mourant le recomman- 
da vivement au roi ; et si Mazarin ne 
lui succéda pas dans son titre, il fut 
réellement le premier ministre de 
Louis XIII, puisqu'il eut la direction 
de toutes les atVaires. Richelieu avait 
régné par la terreur ; Mazarin n'étant 
pas d'un caractère à user de sembla- 
bles moyens, aima mieux se faire des 
amis : ce fut à sa demande qu'on 
mit hors delà Bastille les maréchaux 
de Bassompierre, de V ilri , cl beau- 
coup d'autres victimes du dernier mi- 
nistre. Il rappela plusieurs membres 
du parlement exilés , et contribua 
beaucoup à la réconciliation du duc 
d'Orléans avec le roi. Cependant la 
santé de Louis XIII s'allaibiissait 
tous les jours , et faisait prévoir sa 
mort prochaine. La cour, qu'a p;itait 
l'attente d'une régence, était divisée 
en deux partis, celui de la reine, et 
celui de Monsieur. Louis XIII, qu'on 
avait toujours isolé de sa famille en 
lui inspirant contre elle des préven- 
tions que souvent elle avait juhliiiées, 
n'aimait et n'estimait pas plus sa 
femme que son frère. Il avait dé- 
claré Monsieur incapable de la ré- 
gence. Après la réconciliation des 
deux frères", les partisans du prince 
tentèrent de faire révoquer cette 
déclaration. Mazarin, détesté de la 
reine , parce qu'il était une créature 
de Richelieu , avait embrassé la cause 
du duc d'Orléans j et chcrchaut à 



MAZ 

adoucir le roi à son égard, il tra- 
vaillait avec ardeur à lui faire obte- 
nir la régence : mais il rencontra des 
obstacles insurmontables dans l'es- 
prit de Louis XIII. Trop adroit pour 
soutenir long-temps un parti déses- 
péré, il essaya de faire revenir la 
reine sur sou compte , en lui oITrant 
ses services; il fut reçu froidement: 
néanmoins il agit pour elle auprès du 
roi, espérant bien s'en faire un mé- 
rite par la suite ; mais comme il 
n'était pas assuré d'en tirer un grand 
avantage , il appuya le projet pré- 
senté au monarque par Chavig?ii , 
qui tendait à limiter l'autorité de la 
reine et du duc d'Orléans , en leur 
donnant un conseil de régence , in- 
vesti d'un grand pouvoir. Mazarin 
fut nommé membre de ce conseil ( i ), 
avec le titre de ministre -d'état , 
comme tous ceux qui en faisaient 
partie. Il fut distingué des autres , 
en ce que , outre la présidence qui 
lui était donnée en l'absence du duc 
d'Orléans et du prince de (]ondé , le 
roi mourant enjoignait à la reine de 
régler les affaires ecclésiastiques avec 
le conseil du seul cardinal. Deux 
jours après celte déclaration {'m 
avril ) , le monarque accorda une 
nouvelle faveur à Mazarin , en le 
choisissant poiur tenir sur les fonts 
deba])tème le Dauphin, depuis Louis 
XIV l'i). Louis XIII termina, le i4 
mai 1G43, sa triste existence. jNIaza- 
rin prévoyant bientôt que la reine at 
laquerait de toutes ses forces la dé- 
claration du 19 avril, prit le parti 
de se démettre du pouvoir que lui 



(i^ U clait composé ilu duc J'Orléans, du )>i-liice 
de Coude , du cardinal Ma^ariu , du cbaucelicr Sc- 
guier , des secrétaircs-dVtat BuuthilliiT et Cliavi^iiî. 

(1) Mademoiselle dil , dans ses Mémoires, tjn'cl!* 
fut ii'iarraine de Luuis X I V , et que Mousîeur eu lut 
11: parraiu ; ludik çv lut cjuaud c« i)rmt:i: tcfut la coi>- 
lîrmatijii. 



MAZ 

avait donne le fou roi ( i ) , et publia 
sa résolution de relourner à Kome ; 
mais ne comptant l'acconiplir qu'au- 
tant qu'il ne pourrait plus rcater en 
France, il mit enjeu tous les ressorts 
a'iu de se l'aire retenir. Ses amis re- 
présentèrent qu'il n'a vait jamais mon- 
tré contre la reine la haine de Kichc- 
lieuj que d'aiUeurs , il était, avec 
Cliavigni, le seul dépositaire du se- 
cret de l'Etat, Ce dernier arf:;umcnt 
prévalut ; et Anne d'Autriche con- 
senlit à profiler au moins pour un 
temps des avis du cardinal. Mazarin, 
conservé par nécessité , fut le talent 
de se rendre agréable. La reine avait 
accordé toute sa confiance à l'évcque 
de Bcauvais , Potier, son grand-au- 
monier , doué des vertus de son état, 
mais incapable de porter le poids 
des atTaires (i). Elle se vit bientôt 
obligée de l'éloigner. Mazarin avait 
beaucoup gagné dans l'esprit de celte 
princesse ; elle conçut le pr(jjet de 
lui do'uer la place de l'evèquc de 
Bcauvais. Naturellement indolente , 
elle trouvait dius le cardinal un mi- 
nistre plein d'activité et de connais- 
sances : .i'ailleurs il était étranger, et 
elle se flattait de conserver toujours 
l'autorité, parce que son ministre 
n'aurait qu'elle pour appui. Le duc 
d'Orléans et le prince de Condé ache- 
vèrent de 11 d.'cider. Mr/ariii s'é'ait 



(i> T'uis les ro..s(il;.is de re^nre . h Vex' m|)|p de 
Mmariii , ■ llr ri-, l à la reliu- li-nr dPuii.''.<ioD. E le au- 
rait |>u s ■ J speii-'-r ({■• s'adr ss-r un ;nrl ii e^il pour 
se faire duuiier la rcu.n.c pur<- et siiiipl.>. C'était re- 
connaitro à ce corps ii.i dr lit fjuM n'avait pis, au |U 1 
il n'aurait p .iiit prctoiidu, parce qu'il ne l'avait exer- 
cé (pj'iiuc fois ( ' 1.1 murl de H.uri IT ) , < t presque 
malgré lui ; c'était eucDumg r des prétentio js que 
par la suite on combattit , et iii>tiri r l'orgueil d'un 
corps qui s'appelait alors le tiileurdei rois. 

(« } On il t que la preiuiire démarche du vieil évè- 
que dans sot: uiiui.'tpre , fut de dem.nider aux Unllau- 
dais .le se convertir à la rel ^lon ca>h .lique , s'ils 
voulaient cciu»er\er l'amitié de la Franie. Voltaire 
rejctle ahs;i reucul cette auccdotc, r.ipporbe par 
Kel7. I la • hàlre ..«ans autre intérêt que celui d'- la 
veiit'. D'ailleurs, plusieurs autres actions avénes de 
révctiuc de Ui.auvais, U rendent très croyable. 



MAZ 5 

assure' les bonnes grâces du premier 
de ces deux princes , depuis qu'il lui 
avait prouvé son dévonemeni a l'oc- 
cabion de la régence ; et il avait mis 
Condé dans ses intérêts , en faisant 
donner le commandement des ar- 
mées au duc d'Enghicn , dont la jeu- 
nesse avait long-temps inspiré de la 
défiance à Louis XllI, La reine, dont 
le pouvoir se trouva bientôt af- 
fermi , ne tarda pas à écarter ses 
anciens ennemis, que les circonstan- 
ces l'avaient d'abord forcée de mé- 
nager. Les finances furent ôtées à 
Bouthdlier, et la charge de secrétaire- 
d'état à Cliavigni, son fils. iMazarin, 
ami de ce dernier, lui consen-a une 
place dans le conseil; m;<is on croit 
qu'il ne lit pis de grands elïbrts pour 
désarmer à sou égard la haine de la 
régente , parce qu'il craignait ses ta- 
lents et son habileté. Dans le même 
temps , l'ancien garde - des - sceaux , 
Chàteauiieuf, emprisonné par Hiche- 
licu ( i033 j , fut mis en liberté. Maza- 
rin redoutait ce personnage , sou- 
tenu par la faveur de la reine, qu'il 
devait a des persécutions endurées 
pour elle. Il réussit à lui faire or- 
donner de rester dans sa maisou 
de Mont-Kouge, sans rentrer dans 
Paris. Le cardinal devenait de plus 
en plus agréable à la reine par sa 
connaissance des affaires et par son 
activiic ; et il se faisait également 
aimer 'lu public parles grâces qu'il 
répandait, par son adroite modestie 
et par s;i politesse. Cependant l'évê- 
que de Beauvais était encore à la 
cour; mais la reine lui avait retiré 
sa confiance : il ne lui restait que 
l'ombre de l'autorité, et la honte de 
s'être montré incapable de la retenir 
( I ). Mazarin, en remplaçant ce pré- 



(i') Il est diJEcile d'adopter l'opinion Ae Voltaire , 
qn'il est très vraiseuihlable que ]Ma7arin et^it ii,lul.i- 
Lre déiljjué dans l'i.'S^iril de la relue, du v;v.iul rnèfne 



6 MAZ 

lat, s'attira la liaiue du parti qui le 
dirigeait, et de ceux ((ni , s'e'taut flat- 
tes d'avoir part à l'adininistratioii, 
voyaient le cardinal s'en rendre maî- 
tre insensiblement. Parmi res der- 
niers ou distinguait le duc de Beau- 
fort , ce pclit-fils de Henri IV, qui, 
craignant Richelieu , s'était retiré en 
Angleterre , et en était revenu après 
la mort de ce ministre. A!i)rs la reine 
lui témoigna beaucoup d'intérêt et 
de confiance : il se figura qu'il allait 
la gouverner ainsi que l'État ( i ; ; 
mais , par sa bauleur et ses folies 
prétentions , il encourut la Laine de 
la régente , du duc d'Orléans et du 
prince de Condc. Il se croyait trop 
sur de son autorité pour s'apercevoir 
des progrès de IMazarinj mais quand 
il le vit prendre la place de Févèque 
de Beauvais , il entrejM-it de le ren- 
verser, et se mit à la tète d'un parti 
que l'on ridiculisa en l'appelant la 
cabale des importants. Ce])arti était 
composé, dit plaisamment le cardi- 
nal de Relz, de cinq on six esprits 
viélan'joliqnes , qui avaient la m ine 
de penser creux , qui sont morts 
foiis , et nui, dès ce temps-là, ne pa- 
raissaient guère sage«. Il inspira 
cependant des cx'aintes à Mazarin ; et 
le rusé ministre, croyant ou iViguanî 
de croire , d'après qp.eiques paroles 
impn;dentes échappées au duc de 
Beaui'ort, que celui-ci devait le faire 
assassiner, le dénonça au conseil de 
régence, et parla encore de son in- 
tention de retourner eu Italie : on s'y 
opposa^ et, pour lui donner satisfac- 
tion, l'on arrêta le duc de Beaufort , 
et ou exila ses complices , entre au- 



c3e Louis Xllî. La haiue H*ÂiiDe u'Auti-iclic pour 
J- s créatures de Rifbelim, les inlrignes d.- Mazaiiu 
p'.ur stt faire cou*;erver^ Stjnt fou^iguees dans tous les 
I>Iéuioir»;5 du t^tiir-s , et coiobatteiit celte asserliou , 
appuyée sur <ie faibles foudeiijei.ts. 

( i) Il eu é!;iif , dit le caid^oa! «Je Reta, moijis ca- 
l^abla que iuii saitit-iIe-Lbaa.bri. 



MAZ 

très la duchesse de Chevrense et 
Châteauneuf. La première, célèbre 
par son attachement à la rcine-ré- 
genle , qui lui valut la haine de Ri- 
chelieu et un exil de dix -huit ans 
( r. Chkvreuse ) , avait cru , à son 
retour , gouverner la reine comme 
autrefois. Elle trouva la cour toute 
changée: Anne lui montra de l'ami- 
tié; mais toute sa confiance était 
))Our Mazarin. Celui-ci chercha d'a- 
bord à se mettre bien avec la du- 
chesse ; il lui accorda une infinité de 
grâces: mais il fut obligé de la refu- 
ser bientôt; car elle était insatiable, 
et favorisait les ennemis du caiflinal , 
et surtout Châteauneuf, son amant. 
M"'°. de Chevrcuse, irritée, se joi- 
gnit à Beaufort, et par'agca sa dis- 
grâce. On dut voir alors quel était le 
crédit du cardinal , et son empire sur 
l'esprit de la reine , puisqu'il avait dé- 
cidé cette princesse à lui sacrifier im 
])rince , une ancienne faA'orite , et un 
homme qui avait soufï'eit pour elle. 
Il ne restait plus à la cour que l'évê- 
que de Beauvais, qui pût donner 
quelque inquiétude à Mazarin: ce n'é- 
tait, il est vrai, qu'un fantôme j ce- 
pendant il voulut s'en débarrasser , 
et le fit renvover dans son diocèse. 
Dès-lors, il fut tout-puissant; et la 
reine le déclara premier ministre 
( I ). l^îazarin , revêtu par IjOuis 
XIII d'une grande autorité, avait 
embrassé tous les plans de lîichelieu : 
lorsque la régente l'eut a])pelé au 
pouvoir , il reprit l'exécution de 
ces grands desseins. La guerre com- 
mencée contre la maison d'Autri- 
che , c5iîtinua malgré les négocia- 
tions entamées sous Richelieu lui- 
même. Les premiers jours d'une ré- 
gence dont les Espagnols avaient cru 

!i) U en fit lis fui:ctious le rcst" de sa vie, à 
que ipii s iiitfiTiiptO'is p-fs; mais il n'en rtrul jam«i» 
ùis lcttres-^K^teules. Rithelier. les avait eues. 



MAZ 

pouvoir profiter , avalent c'të marques 
par d'éclatants succès. Le bonheur 
des armes françaises ne fut altère 
que par de légers échecs , eu i643 et 
iOt4. La France fut respectée au- 
dcliors; au-dcdans, tout fut bientôt 
tranquille : la confiance entière ac- 
cordée à IMazariu , fit taire toutes 
les jjrctentions; et l'intérêt, autant 
que l'amour de la paix , réunissant 
tous les partis, les rapprocha insen- 
siblement de l'autorité l'oyale et de 
celui qui en était le dépositaire. Ma- 
zarin, dont la politique avait tou- 
jours été de se faire des amis , ré- 
pandit les grâces avec une profusion 
dont on sentit plus tard les incon- 
vénients : aloi-s il suffisait de deman- 
der ( I ). Cette conduite contribua 
beaucoup à affermir Mazarin dans le 
pouvoir: les grands abaissés et pcrsé- 
Ciiîés par Richelieu , trouvaient un 
miiiistre qui remplaçait la rigueur 
par les bienfaits ; le parlement , op- 
primé sous le règne précédent , re- 
çut aussi quelques faveurs et la pro- 
messe qu'on se conduirait par ses 
avis. Le peuple , toujours instrument 
aveugle , partageait la satisfaction 
des uns et des autres , ou du moins 
leur tianquillité. Telle fut la cause 
du calme qui signa a les quatre pre- 
mières années de la régence , et pen- 
dant lesquelles se développa le germe 
des troubles qui éclatèrent ensuite 
avec tant de force. Mazarin essuya , 
en i(i44 ? ""<î grave maladie; et 
comme on savait que la reine ne 
pouvait, se passer d'un ministre , on 



(i) Un homme de beaucoup d'esprit disait qu'il 
n'y avait plus que tes quatre mois dans l.-> laM|;iie 
f'raiieaisi- : T.,i renie est si harinr: ()m arcoida , riit-oii, 
il uu iMH)'>rliiii lin iinnôt sui- les messe». I »ii roir ait 
!< s strfiii es cU' Saiut-Evremoud à Niiiuû , qui coiu- 
luenceiit aiiisi ; 

J'ai vu I? temps delà bonne régence. 

Temps où régnait une heureuse abondance, etc. 

♦t <iui iiuitsFiit par uii trait mordant coutru Blazai ia. 



MAZ 7 

lui désigna plusieurs successeurs , 
entre autres Chàteauneuf et Chavi- 
gni. Anne d'Autriche attendit : iMa- 
zarin échappa au danger , et il n'ou- 
blia jamais les intrigues auxquelles 
sa maladie avait donné lieu. Avant 
tenté vainement de se réconcilier 
avec le pape Innocent X , dont il 
avait traversé l'élection , il accueillit 
les neveux de son prédécesseur, per- 
sécutés par Innocent qui leur devait 
la tliiare: il les reçut en France, 
où l'un d'eux , le cardinal Antoine 
Barberini , obtint l'archtvèché de 
Reims cl la charge de grai;d- aumô- 
nier. Mazarin avait encoi e à se plain- 
dre du ponlife, qui lui avait refusé un 
chapeau pour son frère Michel Ma- 
z-irin, archevêque d'Aix ; c'est à 
cette cause qu'on attiibua l'expédi- 
tion d'Italie , entreprise , en 1640, 
par le prince Thomas de Savoie et le 
duo de Brezé. Les comraeiicements 
n'en furent pas heureux ; mais la 
fortune changea , et le jjape se vit 
obligé de demander la prutection de 
la France: les Birbciius rentrèrent 
en grâce, et le fière du ministie fut 
cardinal. En i(>47 ■> les Napolitains 
secouèrent la domination de l'Es- 
pagne : le duc de Guise , qui préten- 
dait avoir des droits à la couronne 
de Naples , alla se mettre à la fcte 
des révoltés , et Mazaiin lui promit 
des secours ; mais il ne lui en en- 
voya point , et i! perdit ainsi une 
occasion dont la France pouvait ti- 
rer avantage. Cependant la guerre, 
qui , depuis treize ans , embrasait 
l'Europe , était malheureuse jiour 
plusieurs puissances , et ruineuse 
pour toutes. Elles en sentaient de- 
puis long-temps les inconvénients ; 
et dès 1 04 1 , leurs envoyés , réunis à 
Hambourg, avaient signé des préli- 
minaires de paix : mais les intérêts 
étaient si divers et si compliqués , 



8 



MAZ 



tant de personnes étaient chargées de 
les défendre , qu'on ne pouvriit pré- 
voir l'issue de ces nëj^ocialiuns. De 
plus, les prétentions et le désir de la 
paix variaient tons les jours avec 
les chances d'une guerre continuée 
sans interruption. D'Avanx , qui 
était allé à Hauibour;::;, à la place 
de M.'izarin , fut chargé de se rendre 
à Munster où se réunis'-aient les am- 
bassadeurs des puissances catholi- 
ques (i). Mazarin , qui voulait pré- 
sider de loin aux négociations , lui 
donna pour collègue Siivien , sa 
créature; et les clenx pléiùjjoien- 
tiaires reçurent urdre de passer à la 
Haye, oîi ils conclurent avec les 
états - généraux , un traité qui con- 
firmait celui de i635. Mais plus 
tard la Hollande craignit de rendre 
le roi de Franco trop puissant en 
l'aidant à écraser l Espagne : elle 
traita avec cette dernière couronne. 
L'alliance de la Hollande fortifia 
l'Esp.igne , qui ne jirit aucune part 
à la paix signée le G août 1G48, à 
Osnabriick , entre i Empire et la 
Suède; elle le fut à Munster, entre 
la France et l'Eœpire, le 24 o<^^- 
suivant. L'empereur abandonnait à 
Louis XIV Bns.'ich , l'Alsace, tous 
SCS droits sur Pi;^neroI , et il le 
confirmait dans la possession des 
Trois-Evcchés : il lui cédait aussi le 
droit de meure garnison dans Phi- 
lisbourg. Enfin , la pais de West- 
phalie ne doima pas seulement à la 
France des avantages présents et cou- 
si-îérables ; elle résolut encore , con- 
tre Il maison d'Autriche, le grand 
problème do la polit ([ue moderne, 
l'impossibilité q.i'im empire exorbi- 
tant ne succombe pas lot ou tard par 
la jalousie de ses voisins coalisés. 



' i) Les am'jaisaùcurs p:-orei>:«ats Iraità'eut ii Os- 
■ïbi'ùck. 



MAZ 

Tels ffU'ent les principaux cfTcts de 
ce traité célè; re , que Richelieu avait 
conçu et commencé , et que Mazarin 
eut la gloire d'achcA'cr , d'après les 
bases jetées par son immortel prédé- 
cesseur. Le commencement de l'an- 
née 1648 vit éclater des troubles 
que de nombreuses causes avriient 
produits. Le prince de Coude , in- 
satiable dans son désir d'élever et 
d'enrichir sa famille , mourut mé- 
content du miuistrc , léguant à sou 
fds ses prétenlions et sa haine con- 
tre Mazarin. L'abbé de la Rivière , 
favori du duc dOrkans , choqué 
de ne point obtenir le chapeau, in- 
disposa aussi son maître contre Ma- 
zarin , qu'il accusait de mauvaise 
foi. Le parlement , caressé d'abord , 
n'avait vu se réaliser aucune pi-omes- 
se ; il eut, au contraire, diverses al- 
tercations avec la cour , et l'on vit, en 
1643 , plusieurs conseillers arrêtés 
pour la hardiesse dclrurs opinions. 
Les princes et le ministre divisés se 
ménagèrent des amis dans cette com- 
pagnie qui, se voyant recherchée, se 
souvint de ses anciennes prétentions. 
Ce qui hâta sur-tout les troubles , ce 
fut le mauvais état des finances. Une 
guerre ruineuse, les prodigrilités de 
la cour , les dilapidations que l'exem- 
ple même, du ministre encoumgeait 
jusque dans les agents les plus subal- 
ternes , telles étaient les causes de 
l'épuisement du trésor , auquel on 
vûulr.t remcdi-r par des moyens in- 
suffisants et qui vexaient le peu- 
ple. C'est alors qu'on vit l'italien 
Particelli d'Êmery, créature du mi- 
nistre , qui l'avait nommé depuis peu 
surintendant des finances , établir 
des charges ridiciJes de conseillers 
du roi crieurs de vin, de contrô- 
leurs dej'agots, etc., et vendre la no- 
blesse, tandis que lui venu à. la coin* 
sans naissance et presque sans for- 



MAZ 

tiine( T"-^. Emerv, XIîî, 1 15 ) , étalait 
un faste insultant. Si à toutes ces 
causes de tiouMcs , on joint les me'- 
contciitements particuliers , sources 
de tant d'intrigues que favorisait la 
faiblesse du gouvernement , ou ne 
s'étonnera plus de la force que prit 
la révolte aussitôt qu'elle eut e'clate'. 
Un edit de tarif sur les denrées qui 
entraient à Patis , donna lieu aux. 
premières discussions graves de la 
cour avec le parlement; c'était en 
1647. li'anuée suivante , le roi tint, 
au in iis de janvier, un lit (leii;stice, 
où il fit enre2;istrer un grand nombre 
dédits , dont l'un portait création 
de douze nouvelles charges de maî- 
tres des requêtes , et un anire la sup- 
pression de quatre années de gages 
des membres des cours souverai- 
nes. L'intérêt particulier vint ainsi 
donner une nouvelle activité a ce 
<pi'on appelait le zMe p<<ur le bien 
])ub'.ic , comme il ai'iive toujours 
quand il s'agit de colorer une ré- 
volte. Les mailn-s des requêtes pro 
testèrent Avec une espèce de fureur 
contre la création de nouvelles char- 
ges ; le parlement les appuva , et 
bientôt après , quoiqu'on l'eût ex- 
cepte de i'e(bt qui retranchait les ga- 
ges des autres cours souveraines , il 
donna ( iJ mai ) un arrêt d'union 
avec le grand -conseil, la cour des 
aides et la chaiubre des comptes de 
Paris. Ce acte du parlement produi- 
sit le plus grand effet dans toute la 
France , et la cour fut très - embar- 
rassée: cependant il fut cassé par un 
arrêt du conseil ( 10 juin ). Pendant 
toute cette guerre de la Fronde , les 
Français ne quittèrent pas leur carac- 
tère de gaîté ; et la plaisanterie devint 
une des armes les plus ordinaires et 
les plus etiicaces des différents partis. 
On pallia la hardiesse de la démarclie 
des cours souveraines, eu parlant 



MAZ 9 

de la crainte qu'inspirait au cardinal 
l'arrêt d' Ou^non ou d' Ognon ( car il 
prononçiit de cette manière ) , et 
d'un discours au parlement , où il 
lui était échappé une comparaison 
ridicule. Le premier président s'ef- 
forçait de prouver que l'arrêt d'imion 
n'avait rien de contraire au service 
du roi : « Si le roi » , répondit INIaza- 
rin , u ne voulait pas qu'on portât 
)) des glands a son collet , il n'en 
)) faudrait pas porter; ce n'est pas 
» tant la ciiose défendue que la dé- 
» iV'iise qui fait le crime. » Le parle- 
ment soutint opiniâtrement ses pre- 
mières démarches ; cl la reine , pour 
pai-venir à un accommodement , fut 
obligée de reconnaitie l'arrêt d'union 
par le([uel les cours souveraines s'ar- 
rogeaient ledioit d'examiner les édits, 
de contrôler le gouvernement : et elle 
supprima les arrêts du conseil-d'c'- 
tat. Ce succès enhardit le parlement 
à demander encore plus ; et il conti- 
nua d'empiéter sur l'autorité royale. 
La reine outrée résolut alors d'arrêter 
les progrès du mal , eu faisant em- 
prisonner les membres de cette cour 
qui montraient le plus d'audace ; 
mais déjà on leur avait donné trop 
de force, en cédant à tant de deman- 
des. D'un autre côté, accorder da- 
vantage, c'était tomber dans le mé- 
pris. Ces réilexions que fit Mazarin 
l'embarrassaient, et il eut de la peine 
à se rendre a l'avis de l'emprisonne- 
ment, qui fut néanmoins adopté. 
Le 'i() août, jour où l'attention gé- 
nérale était détournée par un Te 
Deun , on envoya arrêter les prési- 
dents BJancmesnil et Charton ( ce 
dernier ne fut pas trouvé chez lui) , et 
le conseiller Broussel. Le peuple de 
Paris , abusé , comme de coutume , 
par les mots et par les apparences . 
regardait les membres du parlement 
comme autant de dcfcuscurs zélés et 



10 MAZ 

désiotéressés ; et ii avait voud parti- 
ctiliciement une espèce de culle à 
Jji-oiissel, magistrat vieilli avec liou- 
neur dans la poussière du palais , 
populaire à l'excès, mais faible, in- 
capable , et se laissant conduire par 
des factieux qui lui dictaient les avis 
les plus violents contre la cour. Ce 
peuple , à la nouvelle de l'enlèvement 
de celui qu'il appelait son père , se 
soulève , et le redemande à j^rands 
cris. La sédition , quelque violente 
qu'elle fût , pouvait n'avoir aucune 
suite, si l'on n'eut pas excité de nou- 
veau le peuple sous main. C'est alors 
que parut sur la scène le célèbre 
• îoïKli , coadjuteur de l'arrlievêque 
de Paris , plus connu sous le nom de 
<ardinal de Retz. Il devait à la reine 
tout ce qu'il était; mais l'obstacle à 
une plus t^rande élévation, qu'il ren- 
contra dans Mazarin , et suilont son 
esprit ambitieux et turbulent , le dis- 
pensèrent delà rcconnai'.sance. Gon- 
di avait ollèrt à la courdes'employer 
pour cabner la révolte lors de l'ar- 
rcsUjtion de Broussel. ()aoi(ju'il fût 
soupçonné de voir le trouble avec 
joie , l'on accepta ses oflres , parce 
que l'on connaissait son influence 
s'ir le peuple. IVIal récompensé de ce 
ser\ice, il jura de tirer vengeance 
des duretés de la reine , et des sar- 
casmes de Mazarin. C'est ainsi qu'il 
fut l'auteur du mouvement terrible 
qui éclata le lendemain ( 27 août ) 
et (fM'on appelle la journée des har- 
Ticades , dont la suite fut la liberté 
dci^ prisonniers. Cette concession 
procura un instant de calme, dont 
le cardinal profita , pour emmener 
le roi hors de Paris ( 1 3 septembre ). 
iSe voyant à l'abri de tout danger, 
IMazarin tenta de se délivrer de deux 
ennemis dangereux : Châtcauneuf fut 
exilé, et Cliavigni mis à Yincenncs. 
Ce coup d'autorité ranima le feu qui 



MAZ 

couvait sous la cendre j les cliefs de 
la Fronde tremblèrent, et le coanju- 
teur lit ouvrir au parlement, par le 
président Viole, ami de Chavigni, l'a- 
vis de renouveler l'arrêt donné con- 
tre le maréchal d'Ancre, en 1617, 
et qui défendait aux étrangers de s'im- 
miscer dans le gouvernement de l'c- 
taî. Cet avis fut appuyé : on en serait 
venu dès-lors aux dernières extré- 
mités , si le prince de Coudé, que 
son ambition séparait de Mazarin , 
mais qui voulait la tranquillité de 
l'état , n'eût proposé entre les prin- 
ces et le parlement ime conférence 
dont on eut soin d'exclure le car- 
dinal. Le résultat fut un accommo- 
dement tout entier à l'avantage du 
parlement. Le roi revint à Paris ; et 
Chavigni fut mis en liberté, mais exi- 
lé. Cette déclaration ( du 4 oct. ) ne 
produisit qu'un calme appaient : la 
couî- avait troj) perdu pour ne pas 
chercher à regagner ce qu'on lui 
avait ravi; le parlement avait trop 
obtenu pour ne pas désirer davan- 
tage. D'ailleurs , trop de gens crai- 
gnaient la Iraïupiillité, entre autres le 
coadjuteur. Ce fut dans ce tem])S que 
ce dernier chercha par une nouvelle 
intrigtu; à diffamer Mazarin. Un édit, 
dicté par la nécessité , autorisait les 
emprunts sur les tailles, à dix pour 
cent d'intérêt. Le coadjuteur fit con- 
damner avec éclat , par une nom- 
breuse assemblée de théologiens, les 
prêts usuraires ; et il trouva moyen 
de désigner le cardinal comme le 
plus grand usurier du royaume , et 
le seul objet de cette décision. Oa 
fut obligé de retirer l'édil. La licence 
des écrits était extrême : Mazarin et 
la reine même étaient indignement 
déchirés dans des libelles infâmes. De 
plus , les membres les plus remuants 
du parlement renouvelaient les an- 
ciennes discusiious , sous prétexte 



MAZ 

d'infraclions failcs parle ministre à 
la dcclaralion du 4 octobre. Ce fut 
alors qu'on re'soiul de re'Juirc par la 
force , des rebelles qu'on ne pouvait 
satisfaire. Divers moyens, plus ou 
moins violents, furent proposes dans 
le conseil: Mazarin les eoud^aftit, et 
fit adopter celui qu'avait fourni Le 
Tcllicr, d'affamer Paris et d'en faire 
le blocus. La cour ne pensa qu'à quit- 
ter la ville; cette fuilc, car c'en fut 
ime véritable , eut lieu dans la nuit 
du 5 au 6 janvier 1O49. Une letlre de 
cacliel adiessc'e au parlement l'exila 
à Montargis : ce corps ne voulut j)as 
même l'ouvrir; il envoya à la reine 
des dcpulations qui furent mal re- 
çues : alors il se tint prêt à soutenir 
la lutte, et rendit un arrêt qui dé- 
clarait Mazarin ennemi du roi et 
de l'état, periurbaleur du rcjyos 
■public ; lui ordonnait de se retirer 
dans huitaine du l'oyaume , passé 
lerpiel temps les sujets du roi de- 
vaient li:i courre sus. Peu de temps 
après, on l'atteicnit d'une manière 
plus réelle , en vendant ses biens et 
ses meubles à l'encan. Paris était 
bloque dès le 7 janvier; le parle- 
ment fut déclare coupable de lèse- 
niajeste : il adressa a ce sujet des 
remontrances remplies d'imputa- 
tions odieuses contre Mazarin; mais 
on ne les reçut pas. La {:;uerre 
était à peine commencée que déjà 
les Parisiens en étaient las; elle 
leur imposait de trop j^rands sacri- 
iices ; l'intérêt et l'ambition , qui 
avaient jeté tant de personnes dans 
}a Fronde , pouvaient les en sé])arer 
facilement : aussi , malp;ré les etforfs 
de quelques séditieux, les intrigues du 
coadjuteur et sa criminelle liaison 
avec !'Espa2;ne , maigre la révolte de 
plusieurs parK-îments du royaume à 
l'exemple de celui de Paris , la paix 
e'tuil généralciîieut désirée ; elle fut 



MAZ î t 

conclue le 1 1 mars iG4i). Cettepaix\ 
comme on l'a dit (1), ne satisfit 
aucun parti ; le parlement denieu- 
tant en liberté' de s'assembler, ce 
que la cour ai> ait voulu empêcher 
au moins pour le reste de l'année; 
el la cou'Consen'ant son ministre , 
dont le parlement et le peuple 
avaient dcmaiuleV eloiu,nement. Ma- 
zarin avait même été un des com- 
missaires pour raccommodement , 
malgré les réclamations des Fron- 
deurs , qui n'ébranlèrent pas la reine. 
Il y eut une amnistie p;énérale , dans 
laquelle furent compris tous les hom- 
mes considérables du parti leltelJej 
mais le cardinal , pour moililier le 
coadjuteur , afl'ecta de ne l'y pas 
nommer ( .* ) , et de le confoudre 
dans la foule. La rentrée du roi à 
Paris était une des conditions de la 
paix ; la reine ne voulut pas y reve- 
nir d'abord : Mazarin la condrma 
dans cette résolution ; il craignait 
pour sa vie s'il se rendait au milieu 
de ses ennemis, quand le feu de la 
sédition n'était pas complètement 
éteint. Le roi ne rentra dans sa capi- 
tale que le 18 août , ayant dans son 
carrosiC Mazarin et le piince de 
Coudé. La tranquillité parut encore 
une fois rétablie ; mais le cardinal 
ne se dissimulait pas qu'elle était 
précaire. Condé , lief des services 
qu'il avait rendus , en réclamait le 
prix avec une hauteur excessive, 
et devenait rebelle à force de pré- 
tentions. Il contrariait les vues du 
cardinal , le traitait avec mépris , 
et bravait ouvertement la reine. 
A])rès s'être uni un instant avec les 
Frondeurs, il s'en était séparé, et les 
avait même accusés d'une tentative 
d'assassinat dirigée contre sa jier- 

(1) Huuau't , Abrégé chronol. anu. i64f>. 
(ît^ Bclï ùit , dans si"S Méniuires, qu'il demimîa 
lui-ui«iiic îi u'èliu \y.a uummc tluus J'amuistie> 



lî MAZ 

5niino : il s'en fit dp mortels ennemis, 
<•[ les obligea de se lier contre lui avec 
IMa/^rin ; ou l'arrèla ( i ) , le 18 jan- 
vier i(i')o,chcz la reine, et on le 
roiidiii'ità Vineennes avec le prince 
dedonti son frère, cl le duc de liOn- 
f^iieville, e'poux de sa sœur. Apn-sun 
vovaj^e en .Normandie, jiour mainte- 
nir dans le 1 devoir celte province, 
que la duchesse de Lonj^ucville avait 
voulu soulever eu faveur des prin- 
ces ( r. LoNGVEViLi.K ) , la cour en 
Cl un autre dans la Bourgogne , qui 
s'était declare'e pour le prince de 
Condc , son gouverneur. Pendant 
qu'on assiégeait Seurre ou liollc- 
parde, et cpic le cardinal diiigeait 
les moiivenienls du siège , il fail- 
lit I crdrc la liberté , et peut - être 
Il vie , par la trahison des ofllciers 
d'un régiment qui devait passer à 
Saint-Jean-j!e-L6np, et que des par- 
tisans des princes avaient gagnés, 
lui des conjures découvrit le complot 
à Mazarin, qui ledècon» erta par ses 
mesures, sans punir les traîtres. La 
Bourgogne fut bientijt pacifiée , et la 
cour revint à Paris : elle en repartit 
peu après pour calmer les troubles fo- 
mentés dans la (juienne par les amis 
des princes prisonniers , et par la 
présence de la jirinccsse de Condé à 
Bordeaux. Elle y resta jusqu'au mois 
d'octobre , que Bordeaux ayant capi- 
tule , après quel jues jours de siège , 
toute la province se soumit. Ma/^rin 
avait pu voir , dès l'origine , que sa 
liaison avec les Frondeurs ne pou- 
vait durer long-temps. Ce n'était 
qu'avec une joie apparente , qu'au 
commencement de cette année , il 
avait approuvé le retour de Château- 



(i) Celle mrtiirc flail bien »<•>«*, ri "ii l'a lil.i- 
DKC p!ll* d'iuir luis , :ivi c r.i.ftoll, Ma/-Ariii ronn.ns- 
ft^iit te farMCtf'rL' clr (!niidc . «*t roiuliit-u il l'rAHâppre- 
r*«it |>>ir lin tel traileincnt. Condê disait lui-iuriue 
<|ii il rijit riitrc iuuoMUl Jani m |iriSOD , cl qu'il en 
Kirlil cuiapaU*. 



IMAZ 

neuf dans la place de garde -de.<- 
sceaux, que lui avait fait rendre la 
Fronde. En revenant de Guienne , 
il se bmiiilla , sans tmp de raison 
avec(jondi, qui avait demandé le 
chapeau de cardinal , après avoir 
servi la cour avec le plus grand zèle, 
depuis qu'il s'était uni avec elle. 
Mazarin le lui fit refuser; et dès-lors 
Gondi, qui avait remjdacé lia Ri- 
vière dans la confiance du duc d'Or- 
léans, anima son maître contre le 
ministre. D'ailleurs le duc avait d'au- 
tres raisons de se plaindre du car- 
dinal. La prison des princes , qui 
faisait la sûreté de celui-ci, fut dé- 
sapprouvée ; et les Frondeurs , qui 
en avaient été les instigateurs, se 
]>roiioiieèreiit ouvertement conlrc ce 
qu'ils ajipelaieut le des])otisine du 
minisire, qui , depuis quciquetemps, 
les négligeait, parce qu'il crovait 
pouvoir se passir d'eux. lisse joi- 
gnirent aux partisans des jirinees; 
et le duc d'Orléans se déclara hau- 
tement pour les prisonniers. Le coad- 
juteur avait tout préparc |)our faire 
de Condé un ennemi irréconciliable 
de Mazarin : maintenant il (le^il"ait 
les mettre en présence afin de ])ro- 
fiter de leur inimitié. Pc ndani toutes 
ces intrigues, le cardinal voulant ac- 
célérer les opérations de l'armée o|)- 
posée à Tunnne, devenu rebelle, lit 
un voyage dont ses ennemis ])rtililè- 
rent. Les succès de telle armée les 
comprimèrent un inslant ; mais la 
crainte ipie ces mêmes succès ne don- 
nassent trop de force a Mazarin, les 
engagea bientôt à se prononcer con- 
tre lui. Le duc d'Orléans eut avec le 
cardinal une vive altercalion au con- 
seil ; et il déclara qu'il ne mettrait 
plus le pied au Palais-Roval, tant que 
cet étranger conserverait le ministè- 
re. Le parlement se souleva de nou- 
veau , eu dcmaiidaul la libci'.é des 



MAZ 

])rliiC05 , qu'il dcvciiait impossible de 
nfiiscr; et il ne jcsla plus à Mazariu 
d'autre parti à prendre que celui de 
la retraite, au muiiis puur quelque 
temps. On lui coiiAeiliu d'user avec 
rigueur, dans cette lirconstaiice, de 
tout le pouvuir (pie lui duiuiait son 
empire sur la reine; mais les partis 
violents ne lui convenaient jamais : il 
quitta Paris dans la nuit du (> a'i 7 
lévrier i(j.ji,etve rendit à Saint- 
(îermain , où il demeura plusieins 
jours , sans savoir ee qu'il devait 
l'aire. Enlin,lc i3 lévrier, il arriva 
au Havre, où les princes avaient cte 
transiercs; et là , avant «jne l'ordre 
de leur liberté (ut parvenu , il vou- 
lut Il leur aunoueer lui-même, 
croyant ainsi se réconcilier avec 
eux : il en fut d'abord assez bien 
reru ; mais ils le (jinttèrent bien- 
tôt pour se rendre à Paris. N'ayaiit 
alors plus rien à espérer , il sortit 
de France ; et refusant l'asJe que 
lui oH'r.iient les E<«paj;noIs , il se 
retira à Brubl ebcz l'électeur de Co- 
loj^ne , son ami ( i ). Après avoir 
rendu , le 19 février, un arrêt qui le 
bannissait.) |)erpetuite du royaume, 
lui et sa fimille , le parlement or- 
donna (pril fût jirocede contre lui , 
et ([ii'du recherchât son administra- 
lion. Malç;re cette proscription, I\Ia- 
zarin du fond de sa retraite gouver- 
nait la reine et l'état , aussi absolu- 
ment (pie lorscpi'il était à Paris ; et 
lien n'était décide qu'on n'eût reçu 
son avis. Chàlcauneuf , son rival , 
perdit les sceaux, (pii furent donnés à 
Mo'.é , et la discorde divisa bientfU 
ses ennemis : la reine se bruudl.i 



(0 C.'cst alors qu'il écrivit au roi mie loatair lettre 
oii il iiutili.iit sa cooiluile, et se ^ lai^iait tlu Iraitc- 
mciit qu'où lui taisait é|irouvcr aprîs ses limps srri i- 
res : Il ne me reste plus , disait-.l , un aiUe , dans 
un rorituine dont j'ai reculé toutes Us frontières. 
Voltaire t'ait écrire à tort celte lettre par Maxariu , 
luit de «un tccuud «ul , qui «lait v>'loulaiic. 



avec ('.onde ; et ce prince , à qui l'on 
inspira des craintes pour sa libei te et 
sa vie , se rangea parmi les rebelles, 
et se retira dans son gouvernement 
de fiuienne puur se préparer à U 
guerre. LeTellier, Servien et Lion- 
ne, créatures du cardinal, rentrè- 
rent dans le conseil ; colin, tout 
sembla préparer le ritour de iMa- 
zariii. 11 se hâta de rassembler une 
petite armée de sept à huit mille 
nommes , qui prit ses couleurs , et 
qu'il confia aux maréchaux d'Au- 
mont et d'Hocquincourt ; il rentra 
aussit()t en France , sous prétexte 
d'empêcher la jonction du prince 
de Condé avec les Espagnuls , et 
pour se justifier, cciivait il au roi, 
des calomnies dont un l'avait chargé. 
A cette nouvelle le parlement se sou- 
leva avec fureur ; il rendit des arrêts 
encore plus vigoureux contre le car- 
dinal, fit vendre sa bibliothèque ( i ), 
et mit sa tête à prix ('2 . Ce dernier 
arrêt rappelait celui qui avait été 
lancé contre l'amiral Coligni , en 
i3Gt) (3). Mazarin ne ralentit pas sa 
marche ; il arriva le 3o janvier a Poi- 
tiers, où la cour s'était transportée 
ponrcompiiraer le prince de Condé. 
Le roi alla avec son frère au-devant 
du cardinal , et lui témoigiiii la pins 
grande i«ne de le revoir. Celui-ci 
reprit bientijt son autorité et le ti- 



i^ (lu avait •\''\\ "H""»»- une T'isla venir de cille 
m.igiii(i<|uc Cijilecliua ; unis dr5 gros sa^n l'avainir 
kaiivcr. Tiil uue des ^tertii les plus >ciuilili-s [Kjur 
Mauriu. (^ /'. NaCDK. ) 

(1^ I.r prix indii|uv était dr iSo mille livres qui 
devaient i-tn- |iris Mir la veiit> de la l>ibli<itl><'<|iie ; et 
connue ou trouvait dans tout des sujets d-- idaisaiitr- 
rir , ou niliclia dans faris uue r<-|<artaii>u mirlesque 
de celte srxiirne : tant puur le ner du rar<linal , tant 
pour les on illcr^ , tant p-iur ijiu le Orait euuiiqur , elc. 
C.e ridicule fp.i:>'lu sur Tarrêt , contribua peut-être 
1 eo einpêiher l'evecutiuu 

(3) (Jn rberrha cet arrêt dans les registres, niais 
oo oe l'y trouva pas, comme le dit Voltaire : il en 
avait etr .irradie ainsi que tout*^ les autres pitH.T« 
scïinda'i'uses de la Li;.pie ( ko Tut uitlis;*' de recourir à 
l'tiiitoir* u« Uc TLuu. > J/on. Jv Tai'>D. i 



l'f 



MAZ 



tre de premier ministre ; et après a- 
voir apaise (pielques mouvenietits en 
Tuiirame, il revint triorapliaut près 
de la eapitale. Confie, qui s'c'lait 
lié avec les l'^spagnols , s'en rap- 
procha anssi de sou côté, et tint en- 
suite la carapaççric contre Turcnie , 
qui, redevenu lidèle au roi, lui rendit 
alors d inappréciables services. Ou 
tenta, peu après, un accommodement 
avec le prince de Condé ; il envoya à 
la cour des négociateurs , qui , ayant 
ordre de ne point voir le caI^linal , 
iK! purent rien conclure. Le combat 
du faubourg Saint - Antoine , où 
Mazarin perdit son neveu Maucini, 
suivit de près (2 juillet) : l'entrée 
de Condé dans Paiis , et son union 
avec le duc d'Orléans, donnèrent la 
plus grande force aux ennemis du 
ministre , et portèrent le parlement 
à un acte plus criminel que tout ce 
qu'on avait vu jusqu'alors. 11 dé- 
clara le duc d'Orléans lieutenant- 
général du royaume ( quoique le roi 
fût majeur ), et le prince de Condé , 
généralissime , tant (|ue IMazarin se- 
rait en France et qu'il priverait le 
roi de saliherté. Cet arrêt fut cassé , 
et le parlemrnt transféré à Pontoise, 
où était la cour. Mazarin , pour 
mettre les princes dans leur toit , et 
pour oter à la lebellion une cause 
ou un prétexte , se résolut à sortir 
nue seconde fois du rovaume. Il vou- 
lut encore , par cette démarche , se 
concilier le peuple , en cédant , sans 
une pressant»; nécessité , pour lui 
procurer la paix. La déclaration 
royale lui donnait les y»1us grands 
cloges ; et elle attestait que le roi 
cédait an désir qu'avait le caitlinal 
de se retirer. 11 laissa ses créatures 
auprès du monarque, entre autres, 
I.eTellier, qui devait diriger les af- 
faires par ses iustnictions. Ne crai- 
gnant plus rien pour sou crédit , et 



sur d'être un jour rappelé, il se re- 
tira à Bouillon , où il eut bientôt oc- 
casion de rendre un grand servie»' à 
la France : une armée espagnole était 
entrée en Picardie , sous les ordres 
d'i comte de F'uensaldagne ; le car- 
dinal efTraya ce général , et le (it 
sortir de France , en lui annonçant 
que la reine , ])lutôt que de se laisser 
écraser, s'unirait avec Condé contre 
lui , s'il persistait à donner du se- 
cours au prince contre la cour. Ou 
était généralement las de la guerre. 
Le due d'Orléans voulait la paix , 
et le prince de Condé , qui ne la dési- 
rait pas , ét::it liai du pcu])le ; il crai- 
gnait pour sa personne , et ne se fiait 
point à la cour. Vaincu par ses tur- 
bulents amis et par les promes^ses des 
ennemis de la Fraïue , il refusa les 
ortres d'acrommodement (juc lui (it 
Mazarin, et se jffa dans les bras des 
Espagnols, Le roi rentré à Paris , le 
'}.\ octobre, exila le duc d'Orléans. 
Madcjnoisellesa fille, et Cliâteauneuf, 
Le lendemain on publia uncamnistie 
générale ; et , peu après , le cardinal 
de Retz fut misa \ inccnnes. Alors la 
Fronde j)unie dans la personne de son 
clief , ne laissa plus qne des souve- 
nirs linmiliants et ridicules. Leclergc, 
l'université , Rome même, firent d'i- 
nutiles remontrances sur la prison du 
roadjuteur ; on refusa sa liberté à 
Mazarin , qui la demanda lui-même 
par politique et comme cardinal. 
Ainsi , les troubles avaient cessé, et 
l'on avait fait justice de leurs princi- 
panxauteurs: maisMazarin, absent, 
semblait n'être pour rien dans ces 
actes de rigueur. Croyant bientôt 
pouvoir revenir , il parcourut les 
frontières, visita l'armée qui se bat- 
tait contre Condé, et rentra dans 
Paris le 3 février lO.'iS. Le roi alla 
au devant de lui; et les princes, Jes 
grands , le parlement , viiaxnt Lç 



complimenter : on lui donna une fêle 
inagnilique à riiôtel-de-vilie , au mi- 
lieu des acclamations générales. Il 
logea au Louvre; et le roi ordonna 
que la porte de la Conférence fût 
occupée par une comp.ignic du regi- 
lucnt des gardes. Les temps d'orage 
étaient passés; et l'on respectait en lui 
une torluticque tant de traverses n'a- 
vaient pu renverser. Les révoltes de 
la Provence, de la Bourgogne, et de 
la Gu cnnc, s'apaisèrent. Le princede 
Conti se réconcilia avec le ministre ; 
et il épousa sa nièce l'année sui- 
vanle( lO j j). Condé conservait tou- 
iours des intelligences en France ; 
on l'accusa d'avoir gagné les deux, 
liommcs qui avaient tonte d'assas- 
siner le car<linal , et (pii lurent pen- 
dus en \()~)\. La même année , Tu- 
rcniic fit lever aux Es])agnols le siège 
d'Arras ; et il consolida ainsi le cré- 
dit du cardinal , qui, à cette occasion, 
se donna un ridicule assez remar- 
quable. Ce fut de s'attribuer tout 
l'honneur de cet événement , dans 
une lettre qu'il adressa au parlemcul , 
au nom ilu roi , sans y dire uu seul 
mot de Turenne; et ce n'était pas la 
première fois qu'il allicliail ainsi des 
prétentions déplacées à la science mi- 
litaire , i). L'année suivante (i 055;, 
il accompagna Louis XIV dans sa 
campagne de Flandre; et ce fut alors 
qu'il fit arrêter la duchesse de Glid- 
tillon, qui cherchait à gagner au 
prince de Coudé le maréchal d'Hoc- 
quincourt. On conclut, le 2 novem- 
bre de cette année, un traité avec 
l'Angleterre. L'Espagne était sur le 
point de décider Crom\vcll à se 
joindrca elle contre la France; >Iaza- 
rîii empêcha cette ligue dangereuse , 



,1) On dili^u'il .se brouilla avec TiirPniip . parce 
qui- CL- g lierai refusa de lui céder l'honueui de fa La- 
t.tme dec Uunat. 



MAZ , 1 

en promettant au Protecteur que la 
France abandonnerait Cfîarles Jl 
céderait Dunkeiqiie aux Anglais, et 
les aiderait même 1 pre-idrc Maidick. 
sur les Espagnols. \ ingt mille hom- 
mes furent envoyés en Flandre j)our 
seconder les troupes anglaises dans 
cette expédition. Cronnvcll dicta im- 
périeusemcut ces conditions , qui ou- 
vraient une route sur le contment à 
son génie ambitieux; ses brusques 
volontés mirent en défaut la caute- 
leuse lenteur de Mazarin, qui, flé- 
chissant devant la politique inusitée 
ilu protecteur, s'en cousolait eu l'ap- 
pelaiil un fou heureux. Cronnvcll 
ayant appuyé auprès du. niiiisticfran- 
«;aisdes plaintes portées par les pro- 
testants de Nîmes, inquiétés dans leur 
culte, obtint satisfaction, même eu 
refusant de traiter avec réciprocité 
les catholiques anglais. Si la dignité 
de celui ci eut à soullrir dans sa né- 
gociation avec l'usurpateur , si elle 
lui fut violemment reprochée comme 
une transaction honteuse , il eut 
bientôt lieu de s'en aj.plaudir, et de 
recueillir le résultat qu'd s'en était 
promis. Lorsqu'il eut enlevé à l'Es- 
pagne ce puissant allié, la paix qu'on 
n'avait pu conclure à Munster, et 
que les troubles survenus depuis 
avaient toujours empêchée , rede- 
vint le but de ses plus grands efforts. 
11 envoya, en 1 050, Hugues de Lionne 
renouveler les anciennes proposi- 
tions, et demander l'infante d'Espa- 
gne pour Louis XIV. Cet agent se 
rendit secrètement à Madrid; et les 
longues conférences qu'il eut pendant 
trois mois avec don Louis de Haro, 
premier ministre d'Espagne, n'ame- 
nèrent aucun résultat : trois points 
principaux divisaient les négocia- 
teurs; la France refusait de rendre 
au prince de Condé sos charges et ses 
honneurs; elle voulait faire rccoii- 



iG 



MAZ 



naître rindependaiice du Portugal; et 
de son cote la cour de Midrid relii- 
sait de donner la tnain de l'inlanle, 
parce que le roi n'ayant point dVn- 
iants mâles, rein])ereur l'avait très- 
vivenient demandée pour son lils. 
Lionne revint en France ; les négo- 
ciations furent rompues, et la guerre 
continua. L'empereur mourut l'année 
suivante ( 1GJ7 ): Mazarin chercha 
en vain à faire élire à sa place l'clec- 
teurde Bavière, pour oterla couronne 
impériale à la maison d'Autriche, 
Léopold, fils du dernier empereur , 
fut préféré (i). ïraïupiille et puis- 
sant depuis son second retour , iNIa/.a- 
rin s'était principalement appliqué à 
s'insinuer dans l'esprit du loi , de- 
venu majeur : il y avait complète- 
ment réussi ; et il comptait assez 
sur son crédit pour négliger la reine, 
à laquelle il devait tout. Principal au- 
teur de la paix, de VVest[)li;ilie, il at- 
tachait l'honneur de son ministère à 
éteindre une guerre qui n'existait plus 
qu'entre la France et l'Espagne , et à 
faire épouser l'infante à Louis XIV. 
I/js négociations inutiles de Lionne, 
furent suivies des plus brillants suc- 
cès de nos années. L'Espagne était 
épuisée, mais elle hésitait encore; l'a- 
droit ministre flaf îa les espérances de 
la duchesse de Savoie, (pii proposait 
une de ses lilles pour le roi, et il con- 
duisit, à la lin de i0j8, la cour à 
Lyon où la duchesse se rendit de son 
côté. On avertit bientôt cette prin- 
cesse du véritable dessein qu'on 
avait eu en écoutant ses proj)osi- 
tions : elle se contenta d'une pro- 
messe de mariage poiu- sa fdle , si 
celui de l'infante venait à manquer. 
La ruse de Mazarin eut un plein 



(1) n eut df viifs iiiqui' tiidi-5 lors J.' I^i gruvc ma- 
ladie de Louis \IV. !> «laUi» ( ju.llet lO.'iS J^ mnii le 
rni gnrrit, er le cardinal puait de l'eiil ceux ijui 
■va ie:it cabale curitiv la:. 



M.AZ 

succès ; l'Espagne craignit de perdre 
le plus sûr moyen de faire la paix, 
et Antoine Pimentcl fut envoyé à 
Lyon , pour renouer les négocia- 
tions, et promettre la main de l'in- 
fante (1% ï^^ cour revint a Paris ; 
Pimentcl la suivit : les conditions 
de la paix furent réglées, cl Maza- 
rin partit, avec des ph ius-pouvoirs 
et un équipage magnifique , ])oiir 
les ratiiier. Depuis que sa puissance | 
était assurée, il avait déposé cette 
simplicité, qui d'abord l'avait fait 
ct)ntiaster si fort avec Kiclielieu. 
Marchant avec uu faste royal , il 
avait, outre ses gardes, une com- 
pagnie de mousquetaires ; et il sou- 
tenait avec hauteur les juésé.inccs • 
de son rang , qu'il avait d'abord sa- | 
criliées pour se faire des amis. 1/en- 
trevue avec don Louis de Haro, mi- 
nistre d'Es])agnc , eut lieu sur la 
limite des deux royaumes. ( foj. 
Haro, XIX, 444- ) Un mois fut 
employé à régler le cérémonial, au- 
quel la fierté espagnole attachait une 
importance jiuérile. Enfin les con- 
férences commencèrent le i3 anût. 
On pouvait croire la paix décidcc 
puis(pie les conditions en avaient éîc 
réglées à Paris; mais elles étaient si 
onéreuses à l'Espagne, que cette puis- 
sance devait chercher à les alléger: 
ce fut le but de D. Louis. De son 
côté , le ca rdinal n'au rait lias été fàc hé 
deles rendre encorephisavantageuses 
à la France; ce ftit ce qui conduisit 
les deux ministres à des discussions 
dans lesquelles Mazarin déploya toute 
sa finesse, que D. Louis combattait 
par la défiance et la précaution. 
i/alTiiire du prince deCondé, et celle 
de rindépendance du Portugal, qui 
avaient fait rompre les négociations 



(i) r.elfp flerilièiP condition ne souH'rnil jilus le» 
mêmes difncultcs depuis i|ue Pliili|'pi- IV, (jui 
t'clait remarie, avait lu deux eufduts uiàlet. 



MVZ 

t\v Madrid, furent encore les priiici- 
|> iiix obicisdcs coiiiercrices îles Py- 
, ]<inces. Les disposilioiis du traité de 
Paris, rcl.itives au prince de Cunde, 
{"iin-ut adoucies. Enlin le traite fut si- 
lène le 7 novembre. Un contrat séjiarc 
contenait les conditions du mariage 
de Lor.is XTV et de l'inlaiile (i). 
Ainsi fut teriainéc, en moins de trois 
mois, par deux hommes seuls , une 
p.àx. qiie tous les ministres dcl'tiii- 
rope ii'avaieut pu conclure à Muns- 
ter en plusieurs années. Cette paix , 
le clief-d'u'uvrc de ALizarin cl son 
plus grand tilre de gloire, compléta 
Je traité de Westplialie , assura l'a- 
baissemeut de l'Autriche , et donna à 
la France le rân^ qu'avait en l'Es- 
pagne sous Charles-Quint ; enlin elle 
ouvrit dignement la grande époque 
que l'iiistoiie a (h'siguée sous le nom 
de siècle de Louis XI\ . I, 'alliance 
des maisons de France et d'Esj,agne , 
priiuipal résultat de ce traité, n'é- 
tait pas chez Ma/.irin l'ouvrage d'un 
jour, tii l'idée d'iui premier moment. 
Il existe une letliedelui , écrite, en 
iG4j , anx plénipotentiaires de 
France à Munster , qui montre que 
ce ministre voyait des -lors quels 
droits poiuTait donner nn jour à 
liOuis XIV son union avec l'infante: 
Si le lui t:ès-chréiien, écrivait-il , 
jjomuiit avoir en dut les Pays-lias 
et la Franche-Comté , en épousant 
l'infante d' Espagne , alors nous 
aurions tout le solide ; car nous 
pourrions aspirer à la succession 
d'Es;)agne , quelque renoncialii>n 
queVonJit faire à l'infante, et ce 
ne serait pas une attente bien éloi- 
gnée , puisqu'il ri" y a que la vie du 



(0 I" renonciation aux drnils cvrniuels sur la 
««.cession \ U moiiarcliic rspagnoir , fui exi-e'c lors 
du in:4ri.i);i' do Louis XIV : lua s luul 1<- laonde [icu- 
ïilt l)ii-n que ce n'était qu'une formalité. l'Iiilippe IV 
lui même a[>pcla.t \,\ renonciatiuii tuia palaïaia, 

XXVIU. 



MAZ 1 7 

prince son frère ( i ) qui l'en pût 
exclure. O traité a cependant été 
l'objet de beaucoup de crilitjues. Ou 
a surtout cité la lettre oîi Saint-Évre- 
mont le tourne en ridicule. Mais si 
Saint-Evremont était un bel-esprit , 
il était certainement un mauvais po- 
litique. Cet éciivain prétend que le 
ministre devait accabler l'Espagne 
au lieu de traiter avec elle; mais il 
ne voyait pas que cette puissance , 
poussée à bout, amait obte4iu l'ai)- 
pui de l'emperein-, qui demandait 
la main de l'infante : il n'avait pas 
senti les conséquences possildes du 
mariage de Louis XIV, et la néces- 
sité oii la France était de cesser une 
guerre (pii l'épuisait. Mazarin , après 
la conclusion de la paix , rejoignit la 
reine et le roi sou (ils , qui s'étaieut 
approchés du lieu des conférences. 
Il fut reyu, à Toulouse, avec de 
grandes marques de joie et de recon- 
naissance. La cour passa l'iiiver eu 
Provence , et se transporta sur les 
frontières l'année suivante (i()(Jo), 
pour la célébration du mariage du 
roi , ([ui eut lieu à Saiut-Jeau-dc- 
Luz, le 9 juin .- I\Iazarin y remplit 
les fouctionsde grand-aumônier. Plu- 
sieurs conl'érences furent encore te- 
nues entre les deux ministres , pour 
l'explication de quelques ailicles du 
traité de paix. Lorsque la cour revint 
à Paris , le iG août , le cardinal reçut 
un honneur inoui jusqu'alors : le par- 
lement vint le complimenter par dé- 
putés ; et cet exemple fut suivi par les 
autres cours souveraines (2). Maza- 
rin avait vu , avec la plus grande 
joie , l'œuvre de la paix accompli 



(1) Cl- (iriice, l'infjnl don RiltLaiar , luouTul eu 
1649; inai> l'Uilippe IV se ivinuna. 

{^tl) Lorsque le roi et la n iuc firent leur «nlréo i 
Paris eu iGlio, la upiisoD du carduul < Rjrail toutes 
lis autres; elle fut une heure ii pas-er. La maison de 
Monsieur él.iit/«to> ai^e auprès de la sienut , dit 
luudaïuc dt; Maiuteuoik 



ï8 



MAZ 



par ses soins; il le soubaitait ardcm- 
lucnt , car sa santc , flétruite par 
l'excès du travail , dépérissait tous 
les jours. Elle s'affaiblit surtout de- 
puis sou retour à Paris ; dès-lors il 
lie sortit presque 2)lus de son appar- 
tement, où se tenaient les conseils, et 
où le roi venait réiriUièremenl. Sen- 

o 

tant la mort s'approcher , il fit tous 
ses efl'orts pour établir dans la ron- 
fîance du roi ses créatures Le Tellicr , 
Lionne et Colbert , à qui il avait con- 
fié les affaires les plus importantes. 
On dit , à sa gloire , que ce fut lui 
qui , dans ses derniers entretiens , 
donna au monarque le conseil de gou- 
verner par lui même. Vers la fin de 
lévrier iGGi , il se lit transporter à 
A incennes , où était la cour ; et après 
quelques jours de grandes souffrances 
causées par une liydropisie de poi- 
trine, il termina sa carrière le f) mars. 
Mazarin, comme il arrive à tous les 
ministres , l'ut peu regretté; un cour- 
tisan écrivait alois : Le roi est , ou 
parait, le seul touché de la mort du 
cardinal (_ i ). En elVet , le roi prit le 
deuil , honneur qui n'avait encore 
été rendu tpi'une l'ois par Henri IV à 
Gabrielled'Estrécs : il lui fit célélner 
un service magnifique à Noire-Dame. 
Le cœur de Mazarin lut transporté à 
l'église des Théatins ; il l'avait ainsi 
ordonné par attachement pour ces re- 
ligieux qu'il avait introduits en Fran- 
ce. Ses ossements, déposés d'abord à 
Vincennes, furent poités, en iG84, 
à la chapelle du collège qu'il avait 
fondé. Il V a sur le cardinal Mazarin 
une grande diversité d'opinions. Des 
historiens l'ont regardé comme un 
homme d'état du premier ordre ; 
d'ïiutres n'ont vu en lui qu'un per- 
sonnage méprisable, un ministre sou- 

(l) Lctires iiie.liles d'Ariianlil de Pumponue "i li 
tuilf des Métiioirfi de Coulantes , iiubliés par M. de 
Mwnuierqiié , i^io. 



MAZ 

vent inepte, et toujours médiorre. 
On doit avouer qu'a part l'exagéra- 
tion de ce dernier jugement, sa con- 
duite, en différentes circonstances, 
justifié les opinions les plus opposées. 
Celui qi:i, au milieu des troubles qui 
menaçaient sa puissance , poursui- 
vant l'exécution des vastes projets de 
Richelieu, donna la paix à tant de 
royaumes, et à la France de riches 
provinces; qui, plus tard, aclu^va 
le grand œuvre de la paix de Wesl- 
phalie, et assura l'abaissement de 
l'Autriche , en donnant à la maison 
de Bourbon l'espérance de tant de 
trônes ; qui , abhorré jiendant un 
temps, exilé, proscrit, perdit et re- 
couvra tour-à-tour sa puissance, n'en 
fit jamais usage pour verser une goût te 
de sang, et finit par regagner l'amour 
et le respect des Français ; qui prévit 
ce que serait Louis XI V ( i ) , devina 
Col])ert , et s'acquitta de ce qu'il de- 
vait à son maître, en formant pour 
lui Icplusgraud ministre qu'ait eu la 
France ; celui-là s.ins doute ne fut 
pas un homme médiocre, ni un mi- 
nistre inhabile. Mais, il faut le dire, 
ce même homme ternit l'éclat de ses 
talents et de ses ser\ices par une 
honteuse avidité; et l'on a pu lui re- 
])rocher aussi plus d'une fois de la 
faiblesse et de l'imprévoyance dans 
une malheureuse guerre civile, qu'une 
grande fermeté eût prévenue ou 
terminée. Quand le calme fut réta- 
bli, ])endant huit ans d'un pouvoir 
tranquille et absolu , on ne lui dut 
aucun éfablLssement glorieux ou utile 
à la patrie; il laissa languir le com- 
merce, la marine et les finances {•?.]. 
Il négligea l'éducation du roi, dont 
il avait la surintendance, de peur de 



( i) Maiarlo avait dit qu'il y avait dans I,<.uis XI Y 
de quoi faire qailro rois et un liuiiiiète iiuiiiinr. 

{■>.) Les finan. es furent ccpeuduiit u.i jjsu rcUlil'fS 
à la tin de »ju uiiui>lt:ie. 



MAZ 

trop éclairer le jeune prince, et de 
rapprocher par là le terme de sa 
propre puissance. Il fut ingrat envers 
la reine , à laiptclleil devait tout , et fjui 
seule l'avait opiniatre'mcjit soutenu 
contre ses ennemis. On trouvera 
flatte le portrait que le pi ësideul Hc- 
uault a trace de ce ministre; parce 
qu'il a tu les reproches qui lui ont 
été' adressés. « Le cardinal Ma/arin, 
» dit - il , était aussi doux, que le 
» cardinal de Richelieu était violent :' 
)) nu de ses plus grands talents fut 
» de bien connaître les hommes. Le 
» caractère de sa politique était plu- 
» tôt la (iuesse et la prudence que la 

» force Ce ministre pensait que 

» la force ne' doit jamais être eju- 
» ployéc qu'au défaut des autres 
« moyens ; et son es]>rit lui fournis- 
» sait le courage conforme aux cir- 
» constances : hardi à Casai, iran- 
» quille et agissant dans sa retraite à 
» Cologne, entreprenantlors<pi'il fal- 
)) lut faiie arrêter les princes, mais 
)) insensible aux plaisanteries de la 
1) Fronde, méprisant les bravades 
» du coadjuleur , et écoutant les mnr- 
» mures de la populace comme ou 
» écoute du livage le bruit des flots 
» delà mer. Il y avait dans le cardi- 
» nal de Richelieu quelque chose de 
» plus grand , de plus vaste et de 
» moins concerté; et dans le cardi- 
» ual Mazarin , plus d'adresse, plus 
» de mesure et moins d'écarts : on 
» baissait l'un, et l'on se moquait de 
» l'autre; mais tous deux furent les 
» maîtres de l'état. » Le parallèle de 
ces deux grands hommes a été es- 
sayé par plusieurs auteurs ; et beau- 
coup ont placé Mazarin au-dessus du 
ministre qui sut le distinguer dans 
la foule. Celui que Voltaire a tracé 
dans sa Henriade (chant vu) est 
plus juste , mais incomplet. Voici 
ce que dit Gaillard, a Si l'ou cxa- 



MAZ 



'9 



» mine de quelle utilité ils ont été 
» au monde, il vaut certainement 
» mieux avoir apaisé des troubles 
)) que d'eu avoir fait naître; il vaut 
» mieux avoir terminé la guerre 
)) de trente ans, que de l'avoir en- 
» trrtcnue et ranimée ; la paix de 
» Wcstplialie (t celle des Pyrénées 
» sont deux époques qui élèvent 
» >Iazarin au-dessus de Richelieu , 

» et des plus grands ministres 

» Ces monuments de paix valent 
» bien l'honneur d'avoir inventé des 
» moyens nouveaux , on renouvelé 
)) des moyçns anciens de troubler 
» l'Europe. » lUissy, dans ses Mé- 
moires , nous a conservé un portrait 
assf/. précieux de Mazarin ; c'est la 
peinture de sa personne et de quel- 
ipies traits de son caractère , plutôt 
comme homme privé que comme mi- 
nistre. « Jaiuais homme n'eut une 
» si heureuse naissance que celui-là : 
» il était né genlilhomme romain: 
» il avait étudié dans l'université de 
» Salamanque , oii , s'étant un jour 
» fait faire son horoscope, on l'avait 
» assuré qu'il serait paj)e. I! avait la 
» plus belle physionomie du monde , 
» les yeux beaux ( l la bouche , le 
» front grand, le nez bien fait , le 
» visage ouvert : il avait beaucoup 
» d'esprit ; personne ne faisait un 
» conte plus agréablement que lui; 
» il était insimiant; il avait des char- 
» mes iuéviîables pour être aimé de 
» ceux qu'il lui plaisait ( i ) ; il 
» jouait fortbien tous les jeux d'esprit 
» et les jeux d'adresse. » Insensible 
aux pamphlets que l'on décochait 
journellement contre lui , on rap- 
porte qu'il disait pour toute réponse: 
Laissons parler et faisons. Rassuré 
sur une opposition qui ne s'exhalait 

(i) Mn'<=. de "WoltPville confirme ce té ii"iguage » 
Mazarin , l'homme du monde Uplus a^réablo , etc » 
( 'ihim. , Wiu. 1. ) 

d.. 



2© MAZ 

qu'en couplets satiriques : « Qu'il; 
canlent , ces Français, disait-il en- 
core avec insouciance, qu'ils canlent 
pourvu qu'ils paient. » Le baron 
de Blot , un des beaux-esprits du 
temps , se distinguait par ses pièces 
virulentes contre le ministre; dans 
le temps de l'arrêt du parlement qui 
mettait la tète de Mazarin à prix , il 
chanta , à la suite d'un souper avec 
ses amis, ce couplet plus violent 
qu'ingénieux : 

Crnusoiis tous un tombeait 
A qui iioia pirsëciile ; 
Que le i'tur sera beau 
Oui verrn celle cljiit ! 
Puur te Jules iiou\eau 
CliCrcLuus uu nouveau Brulr. 

Le cardinal le sut ; et ayant envoyé' 
chercher Blot, il l'engagea à faire un 
meilleur usage de son talent , et lui 
«lunna ime pension , à condition qu'il 
renoncerait à la satire. ( f^.QciLLET.) 
On dit que de toutes les pièces faites 
contre lui , Mazarin ne se montra 
sensible qu'à celle de Scarron, inti- 
tulée la Mazarinade , qui fit ôter 
au poète burlesque la pension de 
l 'ioo liv. qu'il recevait du ministre. 
Mazarin ne négligeait pas les gerisdc 
lettres; il avait charge Ménage de lui 
fournir la liste de ceux qui mé- 
ritaient des récompenses et des en- 
couragements. Les arts furent aussi 
l'objet de sa protection. Tout le 
monde sait qu'il introduisit l'opéra 
en France. Il fit venir d'Italie , en 
i()44> et à d'autres époques, dos 
acteurs , des chanteurs , des peintres, 
des machinistes; et la France lui dut 
i.iusi uu spectacle dont elle n'a- 
vait aucune idée , et qui contribua 
auK progrès des arts. Il faisait tra- 
vailler pour l'Opéra les plus célè- 
bres poètes du temps; et l'auteur 
du Cid composait lui-même des piè- 
ces pour ce théâtre. On a prétendu 
<jue l'excès du travail avait ruine la 



MAZ 

constitution robuste de Mazarin , cl 
avait abrégé ses jours. En eil'et , il 
déploya , pendant tout son ministère, 
une activité fort au-dessus de ses 
forces. Lorsqu'il arriva au pouvoir, 
les quatre charges de secrétaire-d'état 
furent données a quatre de ses cre'a- 
tures , et il conduisit à lui seul tous 
les ministères : Le Tellicr, Brienne, 
Duplessis - Guénégaud , Bailleul , et 
ceux qui lui succédèrent, n'étaient 
guère ([ue ses premiers commis. Un 
amusement , devenu une passion , ne 
contribua pas peu à détruire sa santé ; 
c'était le jeu : après des journées de 
travail , il y consacrait des veilles , 
qu'il prolongeait très-avant dans la 
nuit ( I ). Quoiqu'il envisageât la 
mort avec fermeté, il voulut cacher 
sa décadence ; et travaillant avec la 
même ardeur, il donna audience peu 
de jours avant d'expirer. Le comte 
de Fueusaldagne , qui était présent , 
dit au prince de Coudé , en regar- 
dant le ministre moribond , qui 
croyait avoir un air de santé , parce 
qu'il avait mis un peu de rouge : Cette 
Jigure représente assez bien le dé- 
funt cardinal Mazarin. Tout-puis- 
sant encoresur son lit de mort . il dis- 
posa de plusieurs bénéfices; et le roi 
confirma ses choix. Il recommanda 
à ce prince le prêtre qui l'assistait 
dans ses derniers moments; et ce 
prêtre ( N. Joly "^ fut nqmmé évêquc 
d'Agen. Louis XIV , a-t-on dit, fei- 



C I ) Ce laioistre, |irnfuudéincnt Imbu de l'esprit 
italien, iudépenrtatnineut de son goût p^irticuli' r |>our 
le jeu , sut l'allier .1 ses vues pnlitiqnes 11 .s'en servit 
même pour prulouger l'eufauce du priuer !totts lequel 
il gouvernait ; et ce Fut aiuïi qu'il iiitr'jdui.<>it les jeux 
de hasard à U cour de Louis XIV en l'iJS. Il en- 
gagea le roi et la reine ri'gente "i jouer. Otte manie 
pasi^a de la cour '1 la ville , et de la capitale dans li':> 
provinces. On quitta les jeu» d'eirrcice , «lit l'.ibbe 
de Saint-P<eiTe ; les boinini-s en devinrent pini 
faibles, plus mal sains , plus igrr>rauts , inoin«t pulis ; 
les femmes . séduites à leur tnur par ce nouvel at- 
trait , apprirent à se moins respecter. Il était d'ail- 
leurs oueir plus que suspe» l ; il est vrai aussi qu on 
pouvait I troin^ier iiupuuemvut , pourvu que ce fût 
avec adroMC. T.*-D. 



MAZ 

cuit de rc;rrettcr son ministre : « Le 
» jouj; coiiinicnvait a Im peser; il 
» etail inipalieut de rej;ner ( i ). » 
Co|)eri(laiit , outre les boniicurs qu'il 
lai lit ic'iidie aprî-s sa mort, il mon- 
tra , peiulant loiil son rè'^ne , un sou- 
venir reconnaissant deMazarin, en 
favorisant toujours ses parents et 
ses créatures. Bussy rapporte encore 
que Louis XIV dit à quelques cour- 
tisans , « qu'il avait tant d'obli2;a- 
» lions aurarrlinal ,qucq'ioiqu'il sût 
n (ju'il y eut de! inconvénient à lais- 
» sersouautorité entre les mains d'un 
» autre, à l'âge où il était arrivé, 
« il la lui aur.iit néanmoins laissée 
» encore cinc^ ou six ans, s'il eût 
» vécu. » Ma/.arin avait amassé une 
fortune immense. Sans être prêtre , 
il possédait en même temps l'évêrlié 
de Metz, l'alibaye de Clinii ( il était 
supérieur-<^énéral de l'ordi c ) , et sept 
autres abbayes. Ces ])énélires lui don- 
naient un revenu d'environ )oo,ooo 
livres. H v en avait encore beaucoup 
qu'il retenait avant d'en disposer en 
faveur d'autres ecclésiastiques : il se 
faisait allouer tous les ans plusieurs 
millions pourdépcnsesà lui connues ; 
li prélevait des taxes extraordinaires 
sur les généralités, par des lettres de 
cachet. On a dit aussi , mais sans au- 
cune preuve , c[a'il tr.iilait en son nom 
des munitions des armées , qu'il ven- 
dait les bénéfices, q^u'il partageait le 
profit des armateurs. Le roi, lors de 
son mariage, lui abandonna les places 
de la maison de la reine : Mazarin les 
vendit toutes jusqu'à la plus basse, 
eî en retira , dit M'"*^. de Motteville , 
plus de six raillions. Enfin , la for- 
tinie du cardinal a été portée à iGo 
millions d'alors ; mais celte somme 
est exagérée. Comment le ministre 
aurait-il pu amasser une telle for- 
Ci) Vultaù'e, Siccieti* Luuis JS/K, tlwp. ù. 



MAZ 21 

tune dans un temps où les revenus de 
l'état n'alLicnt qu'à cinquante rail- 
lions (0? D'autres l'ont évaluée à 
cent millions. Pomponne dit qu'il 
laissa quarante millions, dont treize 
d'argent monnavé, et il parledc celle 
fortune comme de la plus considé- 
rable (pie jamais sujet ait faite : ce- 
pendant elle ne paraît pas assez forte, 
s'il est vrai qu'une seule de ses nièces, 
la plus favorisée à la vé»-iié, Hortensc 
Mancini , en eut vingt-huit millions. 
Quoi qu'il en soit, la fortune de Ma- 
zarin lui causa des scrupules à l'ap- 
proche de sa mort : son confesseur 
les accrut encore , et répondit au 
mourant , qui lui disait n'avoir rien 
que des bienfaits du roi , qu'il fallait 
bien distinguer ce qu'il avait reçu 
du roi de ce qu'il s'était attrilmé. 
Mazarin se trouvait dans un crnel 
embarras ; on dit que ce fut Colbert 
qui l'eu tira , eu lui conseillant de 
faire une donation de tous ses biens 
au roi : l'acte en fut dressé le 3 
mars , six. jours avant sa mort. Il 
étaitfacilede prévoir que Louis XIV 
n'accepterait pas la donation ; en ef- 
fet il la rendit, le 6, à Mazarin , avec 
un brevet portant: «Qu'il renonçait 
» à tout ce que cet acte contenait à 
» son profit , et donnait en pur don 
» au cardinal et à ses héritiers , tout 
» ce que cette émincnce avait acquis 
» pendant son ministore (7,). » Dcs- 
lors Mazarin s'occupa de disposer 
de son immense fortune; il dicta son 
testament le même jour , 6 mars; il 
lit au roi, aux reines , au prince de 
Coude , à Turenne , à D. Louis de 
Haro , et a d'autres, des présents di- 



'i) Voltaire Hil ^5; mais Gourvillc , habile Cnaii- 
cirr , fini fut proposé pour succéder » Colbert, ue le* 
l'urtt- c|u*j 4^ mîltiutis de livres. 

M I^rstju'après la mort du cardinal, on parla 
des rfi'apiJatiuus commises par lui dans les Cnaiice» , 
U- ivi imposa silence »ux délractcurs de >o : miaislr»» 



23 



MAZ 



fjiics d'un prince, et partagea ses 
Jjicns entre ses divers héritiers. Par 
lui codicile, il allicta hnit cent mille 
cous à la fondation d'un coIlee[e, au- 
quel il donna, pour cire ouveifc aux 
gens de lettres, sa maj^uifii^uc biblio- 
thèque, qu'il avait relaile , en la ra- 
chetant par parties, de])uis qu'elle 
eut ete dispersée pendant la Fronde, 
(V AaFondnlioncincollr^e j\Ja :arin, 
in>fo|. ) Le cardinal avait, depuis 
plusieurs années , Tidee de cette Ion- 
dation : niais diverses cireonsfances 
l'avaient retardée. 11 voulut d'aboid 
appeiler cet elablissenie;it collège 
des Confluâtes , parce qu'il le desti- 
nait à iccevoir les jeunes f;ens des 
J)ays conquis sous son ministère. 
Depuis U changea de résolution ; et 
le collège prit son nom , ou celui dvs 
Quatre- J\ allons . parce qu'on y re- 
cevait des jeunes gens des quatre j)ro- 
vinces réunies de sou temj)s à la 
France, ( i ). Ce lut Le Tcllier , un 
des exécuteurs testamentaires tlu car- 
dinal , (jtii (il exèculcr cetic partie de 
ses volontés. Le collège iMazariu fut 
achevé en i(;8}, et oi:vert en i()8H. 
— Pierre Mazarin,pèredu cardinal, 
naturalise en iti") j , cul d'Horfense 
Bulîalini , deux /ils et quatre filles. 
L'aînc , Jules, fut cardinal minis- 
tre ; le second, iNlichel , d'. bord do- 
minicain, puis archevêque d'Aix et 
cardinal en iIk\('), mourut deux ans 
après. De leurs (piatre so-urs , l'une, 
mariée au marquis Muti , mourut 
.sansenfants; uneaulrcfut religieuse. 
Les deux aînées furent mariées au 
ooratcMartinozzielà Michel-Laurent 
Mancini ; la première eut deux filles: 
Anne-Marie, mariée au prince de 
Conti , et Laure, m irièe au duc de 
ÎModène. Lasecondeeut huil enfants: 
Jules Mancini , tué au cond)at du 

J_i; Pijueiol , lAIjatf , l'Arlois tl le RoumIIou. 



MAZ 

faubourg Saint- Antoine; Aîplionse- 
Ju'ien, mort en lë'iS, et Philippe, 
auquel IMazariu laissa le duché de 
îsivernais. L'aînée des cinq filles fut 
mariée au duc de Mcrcœur, depuis 
duc de ^'end6mc, et enfin cardinal 
lorsqu'il fut devenu veuf, en 1657. 
La deuxième, Ulvnipc , fut aimée 
pendant long-temps de Louis XIV; 
elle épousa le comte de Soissons , et 
fut mère du prince Elugène. La troi- 
sième , Marie , fut celle que le roi 
aima après sa sœur, et au point de 
penser à lin donner sa main. On a 
trouve mille motifs dillérents de la 
conduite du ordinal ilans cette cir- 
constance [ r. Loiis M V ) : elle fut 
mariée au connétable Colonne. La 
quatricntc nièce de Mazaiin , celle 
qu'il aima le j)li;s, Huileuse, épousa 
le fils du duc de I,a Meilleraie, qui 
pritlenom deMazarin( A'.Mancim). 
La plus jeune, Marie-Aïuie, fut ma^ 
riee au duc de IJouilluu. Loisque 
Mazaiin traitait avec Cromvscll, eu 
itiV», Charles IT , chassé de son 
royaume, et (]ui clurchait di s pro- 
tecteurs, lui demanda la main d'une 
de ses nièces; le cardinal le refusa : 
il fit peut-être une faute; mais il en 
commit unejilus grande, en essayant 
de renouer la négociation l()rs«|iril 
vit les ailaires du roi d'Angleterre se 
rétablir. On a dit , sans aucune ])!( u- 
ve, qu'il avait voulu faire épouser 
au lils de Croiin\ell, celle de ses niè- 
( es qu'il a\ail lefiisée à Chai les IL 
On publia, en 1G90, trente-six lol- 
tres écrites [lar Mazaiin, pendant 
qu'il négociait la paix des Pyrénées. 
On en publia soixanle-dix-sept au- 
tres, eu Tit')Ç)3 , sur le même sujet. 
Toutes ces lettres furent réunies, celte 
même année, en deux parties et en 
deux volumes, à Amsterdam, sous 
le titre de Aègociatiutis secrt'li'S des 
F) rénées. L'abbu d'Allainyal publia 



MAZ 

Mil nouveau recueil des lettres de Ma- 
zarin , auxquelles il eu ajouta cin- 
(juautc, sous c(; titre : Lettres du 
cardinal Mazarin, où l'on voit le 
secret de la négociation de la paix 
des Pyrénées, etc., Paris, •74^> 
'.>. vol. in-i'2. Toutes ces lettres ont 
été trouvées ilans un recueil ori;^iual 
qui se conserve à la l)diliollic([uc 
royale. IMazarin écrivait la relation 
des conrcrences pour l'iuslructiondu 
roi, et avec le projet de Taccoutumer 
aux aflaires (i) : il n'existe pas de 
meilleures leçons diplomatiques ; ce 
(|ui se passait dans les conlcrenccs y 
est dévelopj)é avec une netteté, une 
préi ision (jui met en (piehpie laron le 
lecteur en tiers avec les {.[i;u\ pléui- 
poteuliaircs. On donna au public, en 
i()G3, un Testament j)olili(jue du 
cardinal Mazarin, Color;ne, in-r2. 

01 ouvratre, comparable à tant d'au- 
1res romans du même j^eure, ne mé- 
rite point d'attention. Il a paru une 
autre espèce de Testament politique 
de IMazarin avec ce titre: Brcviariuni 
politicoruni, secundiim rubricas Ma- 
zarinicas. C'est une satire amcre de 
son j^ouvcrnemeul; on lui prèle des 
maximes macliiavélicpies qu'il re- 
commandait à Louis XIV, comme 
ceIK's-ci : iS//H/(/a , dissimula; luilli 
ciede, omnia laitda , etc. « Ce livre, 
a-t-on dit , est assez bon dans sou 
espèce diabolique. » On a beaucoup 
écrit sur iVIazarinetsurson ministère, 
qui embrasse près de vingt ans de 
l'histoire de France. Le comte Ga- 
leazzo Ciualdo Priorato est auteur 
«l'une Histoire du cardinal Mazarin , 
traduite en français, Paris, 16(38, 

2 vol. in-1'2 : elle n'est pas tou- 
jours exacte. 11 y a une autre Hi- 
toire du cardinal Mazarin , de- 

{l^ On peut voir par la Correspondance de Louis 
XI y nvrc iCb aulbaïMdtlirt , ^u'il «savait bivu lu 
jiio(it«r. 



MAZ 



23 



puis sa naissance jusqu'à sa mort^ 
Paris, 1 088 et iC)()5, .2 vol iu-12 , 
et 1751, 4 vol. in- 12. Elle est d'A. 
Aubery, auteur d'un faraud nombre 
d'écrits médiocres. Dans un ouvra- 
ge peu imporlaiit, intitulé: .^bré^é 
de la vie du cardinal Mazarin, ou 
Idée de son ministère , (pii lait par- 
tie du Recueil de pièces inléressan' 
tes pour servir à l'histoire de France, 
par le savant abbé de Longuerue, 
on voit quelques particularités peu 
connues de la vie de Mazarin. Ce 
morceau d'histoii'c , jilacé dans le 
recueil apr.'s un autre morceau du 
même genre sur le cardinal de Riche- 
lieu, n'a rien qui puisse faire croiic, 
comme l'a dit Anquelil, que le but 
de l'abbé de Lungiicrue ait été de 
comparer les deux ministres, et sur- 
tout de mettre Mazarin beaucoup au- 
dessus de liiclielieu.Ou a encore une 
Vie italienne de Mazarin, par Alf. 
Paioli, Bologne, 167:'), in- 12, et 
plusieurs iMéinoires tant en français 
qu'en italien, pour servir à l'histoire 
du même ministre. Les ouvrages de 
B. Priolo , de l'Anglais C. Wase , 
d'un Allemand qui a écrit en latin 
V Histoire du ministère du cardinal 
Mazarin, de i() JS à liKti , tiennent 
]>lus à riiistoirc de France , qu'à 
celle de Mazarin en particulier. Il 
n'eu est pas de même de celui du 
coiiseiller-d'état Jean de Silhon, un 
des premiers membres de l'académie 
française. Ce livre fut public d'abord 
en français, en lOîn, sous ce titre , 
Eclaircissements sur quelques diffi- 
cultés touchant l'admini.strationdu 
cardinal Mazarin, et traduit ensuite 
en latin. Il estbienécrit pour le temps; 
et c'est une des apologies les plus 
victorieuses qu'on ait faite de la 
conduite de ce niinistrc. On sait 
l'innorabralde quantité de satires 
qu'enfanta la Fronde contre le cardi- 



liai Mazarin , surtout pendant les 
trois premiers mois de l'année lO/jf). 
On en connaît des recueils énormes : 
il se trouvait dans la hibliothe'ciue 
de Golbert, 46 gros volumes in- 4°. 
de Maza-inades ; car c'est le nom 
commun donne à ces pièces, compo- 
sées depuis 1649 i^^T'''^ i652. Le 
plus complet de ces Recueils pour 
el contre le cardinal Mazarin , est 
celui d'un chanoine qu'on voit à la 
hibliothcquc de la ville de Chartres , 
ft qui a i4o volumes in-4°. Tous ces 
libelles contiennent un peu d'esprit et 
de raison nové dans des flots de mau- 
vaises plaisanteries , d'absurdite's et 
d^itroces calomnies. Naude' , biblio- 
tlie'cairc du cardinal Mazarin, a rela- 
te' une partie de ces satires dans un 
ouvrage intitulé Mascw'at ( du nom 
d'un des personnages qu'il fait par- 
ler ) , ou Jugement de ce qui a été 
imprimé contre le cardinal Maza- 
rin^ depuis le 6 jam'ier jusqu'au i '^•■. 
avril 1G49, i""4'^*5 itJjo. On ne 
comprend pas au. nomliredes Maza- 
rinades ^\es cbansonspublie'es contre 
le cardinal , et dont i! existe , à Paris , 
deux Aolumes in-folio à la bibliothc- 
qiic de la Ville. Col! eit fit faire, en 
1666, et imprimer à l'imprimerie 
rovale , un recueil des éloges de Ma- 
zarin, composes dans toutes les lan- 
gues ( F". Meivage). On est fiche de 
trouver le grand Corneille parmi les 
flatteurs exagères du cardinal. Com- 
ment le poète, dans son e'pître dé- 
ci icatoire de la Mort de Pompée, 
a-î-il pu appeler homme au-dessus 
de Vhomme , \\n ministre si honni 
pendant les troubles de la Fronde , 
et affirmer qu'en peignant Pompée , 
Auguste et les Horaces , il a été , à 
son insu , inspiré par l'intage de Ma- 
zarin ? Mais c'était alois le temps de 
ces insipides formules , moins basses 
qu'iiisigniCantes , dont les gens de 



MAZ 

lettres les plus distingué.-; usaient en- 
vers les grands. D — is. 

MAZAK1N-( Hor.TE>SE du;;hes.se 
DE \ r. Mancim. 

MAZARREDO Y SALAZAR (Jo- 
seph-Marie), amiral espagnol, na- 
quit à Bilbao , en 1744- Entré dans 
la marine royale à l'âge de seize ans , 
il se signala l'année suivante , en sau- 
vant , par d'^iabiles mana-iivres, sur 
la cote en face des salines de la 
Mata, tout l'équipage du bâtiment 
YAndaluz^ composé de trois cents 
hommes. De simple garde-marine, 
il monta pcii-à-pcu à des grades éle- 
vés ; il était premier adjudant du 
major-général d'escadre, D.François 
de Santistcvan, en i77'>, lors de la 
malheureuse expédition des Espa- 
gnols contre Alger. Vingt mille hom- 
mes furent débarqués sur la côle 
d'Afrique : il en périt environ huit 
mille ; et le reste aurait couru de 
grands dangers ;, si IMazarrcdo n'a- 
vait indiqué des nnsycns de rembar- 
quement , qui eureiît l'approbatio!! 
du commandant de l'escaiire et du 
général de l'armée d'expédition , et 
qui en cfl'et sauvèrent ces troupes. 
Avant été promu au rang de major- 
général d'escadre, il fit , en 1780, 
partie de l'escadre espagnole com- 
mandée par D. Louis de Cordova , 
qui eut ordre de se joindre à la flotte 
combinée d'Espagne et de France , 
sous le commandement du comte 
d'Estaing. Dans ce poste, il rendit 
un service signalé à toute la flotte , 
composée de soixante-six bâtiments 
de guerre, sans compter les frégates 
et cent trente navires marchands. 
Sortie de la ville de Cadix , elle 
failli; être dispersée par les tempê- 
tes : mais Mazarredo parvint à la 
faire rentrer dans le port , sans la 
moindre perte. L'année suivante , 
la flotte combinée des deux nations 



MAZ 

se trouvant dans les parages des îles 
Sorlinçrues , il la sauva une seconde 
fois : voyant que les ordres donnés 
par le comte de Gaichcn, qui com- 
mandait alors , n'étaient d'aucuu 
avantage pour le salut de la flotte , 
il osa les enfreindre ouvertement 
pour suivre ses propres idées , qui 
eu effet eurent tout le succès espéré; 
et le comte de Guiclien convint , 
après l'événement, que ses ordres 
étaient mauvais. Mazarredo montra 
la même habileté dans les manœu- 
vres , en 1782 , quand l'escadre es- 
pagnole , revenue dans les eaux de 
Cadix , fut assaillie d'une bourasque 
qui faillit la jeter à la côte. Ses gran- 
des connaissances dans les affaires 
le ûrent choisir, en 1793, par le 
gouvernement, pour i-édigcr un pro- 
jet d'ordonnance de la marine. Ce 
projet fut adopté, et revêtu de la 
signature du roi ; il sert encore au- 
jourd'hui, en Espagne , de base aux 
règlements sur cette partie du ser- 
vice public. Elevé ensuite au rang 
de général eu chef de l'escadre espa- 
gnole , il protégea , dans les journées 
des 3 et 5 juillet 1797, la ville de 
Cadix contre le bombardement des 
Anglais- et sans lui, cette cité com- 
merçauLe eût peut-être été ruinée, 
du moins en partie. Il lit construire 
en 1799. dans l'île de Léon , un bel 
observatoire , auquel il attacha qua- 
tre astronomes. En 1801 , il prit le 
commandement de l'escadre espa- 
gnole qui fut envoyée à Brest pour 
coopérer avec la flotte française à 
l'expédition contre l'Angleterre ; 
mais il n'eut point d'occasion de dé- 
ployer SCS talents. Il se trouvait à 
Faris en i8o4 ; et il y remplaça l'a- 
miral Graviua en qualité d'ambas- 
sadeur : au mois d'août de la même 
année , il fut chargé d'apaiser les 
troubles qui avaient éclalé dans sa 



MAZ i-\ 

ville natale. Après l'invasiori des 
Français en Espagne , il accepta de 
Joseph Buona parte le ministèi'e de 
la marine, le G juillet 1808, cL 
conserva cet emploi jusqu'à sa mort 
arrivée en i8i'2. Il avait été décore, 
en septembre 1809 , du grand cor- 
don de l'ordre royal d'Espagne. Ou 
a de lui des Rudiments de tactiqim 
navale , JMadrid , Ibarra , in - 4'-'. ; 
ouvrage dont Lalaude a donné un 
extrait dans le Journal des savons 
d'août 178.5 , pag. 43'>.. D — g. 

MAZDAK ou MAZDEK , fameux 
imposteur persan , né à Islakhar 
( Pcrsépolis ) , suivant les uns , ou, 
suivant d'autres, à Nischabour, s'é- 
rigea en prophète et en réforma- 
teur , la dixième année du règne d« 
Cobad, vingtième roi de Perse de 
la dynastie Sassanide(5oi ou 5o3de 

j.-c. ) ( r. Cabadks, VI, 424.) 

Une famine cruelle désolait l'empire. 
Mazdek, homme instruit et éloquent, 
qui remplissait alors les fonctions de 
mobed des mobeds, ou de grand-pon- 
tife, prit occasion de ce fléau pour 
déclamer , sous des allusions allé- 
goriques , contre les richesses des 
grands et la vénalité des magistrats ; 
et il n'eut pas de peine à mettre dans 
son ]>arti les basses classes du peuple 
et les gens avides de nouveautés. En- 
hardi par ses succès , il débita que 
tout ce qui est sur la terre, apparte- 
nant à Dieu, devait être à l'usage de 
tous les hommes indistinctement. 
En conséquence, il prêchait la com- 
munauté des biens et des femmes , le 
partage de toutes les propriétés , 
l'égalité et la fraternité , sans au- 
cune restriction. Il défendait de 
tuer les animaux , et prescrivait de 
se nourrir d'œufs , de laitage et de 
végétaux. Vêtu d'une étoffe de laine 
grossière , affectant une extrême 
piété et uuc grande austérité de 



26 MAZ 

xnœms , il donnait l'exemple de la 
bienfaisance et des aulres vertus dont 
ilcoioraitsa doctrine. Mazdek comp- 
tait déjà un nombre inQni de secta- 
teurs , lorsqu'il vint à bout de seViuirc 
le roi lui-même. Voulant lui per- 
suader qu'il avait le pouvoir de con- 
verser avec le feu , il le conduisit 
dans un pyre'e. Un de ses disciples 
placé , soit dans nu caveau , au-des- 
sous de l'autel où brûlait le feu sacre' , 
soit derrière l'imposteur , répondait 
adroitement à toutes les questions que 
ce dernier adressait au feu, de ma- 
Dière à faire croire que la voix sor- 
tait du milieu des flammes. Trompe 
par celte fourberie , Kobad adopta 
ouvertement les dogmes dcM izdek ; 
et son exemple entraîna une foule de 
ses sujets. On prétend que iMazdek 
eut l'impudence d'exiger du mo- 
narque , en témoignage de son adhé- 
sion , qu'il lui cédât la reine son 
épouse ; et l'on ajoute que Cobad se 
prêta à cette honteuse prostitution : 
mais , suivant une autre version , les 
prières et les larmes du prince Khos- 
rnu sauvèrent l'honneur de sa mère. 
La nouvelle religion plongea la Perse 
dans l'anarchie. Luc loi agraire, pu- 
bliée par le roi , dépouilla les hommes 
riches et puissants de la plus grande 
partie de leurs biens pour les don- 
ner aux pauvres. Les femmes des plus 
grands seigneurs devinrent le par- 
tage des hommes les plus vils et les 
plus méprisables. Les propriétés 
n'eurent plus de maîtres j les enfants 
n'eurent plus de pères. Enfin , les 
grands de l'état se saisirent de Cobad, 
et mirent sur le trône son frère 
Djaraasp. Mais la secte de Mazdek 
a'vait tant de partisans , que le nou- 
veau roi n'osa sévir contre eux. L'im- 
posteur, échapj)é à leurs poursuites, 
se sauva dans l'indoustan , d'où il 
ne revint que lorsque Cobad eut re- 



UAZ 

couvre la couronne. Suivant Fer- 
doucy , ce prince le combla plus que 
jamais de faveurs , le plaça au-des- 
sus de tous les ministres , et n'épargna 
rien pour engager sa famille et sa 
cour à respecter la personne et la 
doctrine de ce faux prophète. Le seul 
Khosrou eut le courage de résister à 
son père. Il obtint que la doctrine 
de Mazdek serait examinée et dis- 
cutée dans une grande assemblée de 
ministres de la religion et de l'état , 
comme l'avait été celle de Manès , 
deux siècles auparavant ( f^. M an Es, 
XXVI , 4<)0 )• Mazdek fut convaincu 
d'imposture dans cette espèce de con- 
cile , et réduit au silence. Le mo- 
narque , honteux d'avoir été sa 
dupe , le livra à Khosrou , qu'il 
chargea de détruire une secte aussi 
abominable, Mazdek fut supplicie 
le même jour. Attaché à un arbre , 
on le perça de mille flèches , au rai- 
lieu des imprécations publiques j et 
le sang de ses sectateurs inonda la 
capitale et les provinces. Ce récit 
parait calqué sur celui de la chute de 
Manès; raaisl'opinion de l'historien 
Mirkhond nous paraît préférable. 
Suivant lui, Cobad, remonté sur le 
Irône , cessa de favoriser Mazdek , 
qu'il tol(fra néanmoins, jiar la crainte 
de soulever ses nombreux partisans. 
Khosrou Nouschirwan lui-même, en 
succédant à son père, l'an 53 1 de 
J.-C. , fut retenu par des considéra- 
tions pareilles, et eut recours, pour 
anéantir cette secte , à un coup d'au- 
torité bien éloigné des j)rincipes de 
justice qui l'ont rendu si célèbre ( f^. 
KnosRou , XXII , I79 ). Ce t.o- 
narque témoigna d'abord de l'amitié 
à Mazdek, et lui ayant demandé les 
noms de ses principaux disciples , 
sous prétexte de leur accorder des 
récompenses , il les invita tous à \m 
banquet solennel. Au jour couvfcHU , 



MAZ 

ils furent introdnir.s dans le palais ; 
mais, en traversant les jardins, on 
les précipita , ainsi que leur chet , 
dans des fosses creusées à cet effet, 
où ils ])eïirent tous. Sans rapporter 
les antres variantes que l'on trouve 
sur la mort de Mazdek , nous nous 
bornerons à dire que les Orientaux le 
désignent sous le nom de Zendik 
( l'impie) , et que sa secte , quoique 
proscrite par K 11 osronI^Ol•^(■l)ir^^an, 
se maintint en Perse jusqu'au temps 
dé l'islamisme , et étendit ses rami- 
fications en Svrie, dans le deuxième 
siècle de riiegire ( Foj. IMaiîdy, 
XXVI,; 54). A— T. 

MAZÉAS ( ,GuTi.LAUMF, ) ;, cha- 
noine de Vannes , était ne' en cette 
ville vers i-jii. Destine' par ses pa- 
rents à l'ètat ecclésiastique, il vint 
faire ses études à Paris , et se fit 
agréger à la maison de Navarre , où 
il prit ses degrés en théologie. 
Nommé secrétaire d'ambassade à 
Rome , il profila de son séjour en 
Italie , pour en examiner les pro- 
ductions naturelles : à son retour il 
fut pourvu d'un canonicat du cha- 
pitre de Vannes , et se rctiia dans sa 
patrie, où il mourut en 1 77O. Il était 
correspondant de l'académie des 
sciences , et membre de la société 
royale de Londres. On a de lui plu- 
sieurs Mémoires insérés dans le Re- 
cueil des savants étjrtngers , sur les 
solfatares des environs de Rome , 
sur la mined'alun de la Tolfa , sur la 
formation des stalactites à Monte- 
]\Iario , etc. ; mais les plus intéres- 
sants sont ceux qui traitent des pro- 
cédés employés dans les Indes pour 
teindre eu rouge : ses travaux ont 
beaucoup perfectionné cette branche 
d'industrie dans nos manufactures. 
11 a traduit de l'anglais : La Disser- 
tation de Warhurton sur les treia- 
hlcnients de terre et les ériiptiom de 



MAZ 



37 



feu qni empêchèrent Julien de rebâ- 
tir le temple de Jérusalem , i^aris , 
1754, '-i vol. in-12. — Lettre d^un 
néi!,ociant à un lord , dans laquelle 
on considère, sans ])artialité, l'im- 
poilance de l'île INlinorquect du port 
Mahou , avec une histoire et une 
description abrégée de l'une et de 
l'autre, 17.56, in-12. — Pharma- 
copée des pauvres ^ avec des notes, 
Paris, 1708, in-12. — Essai sur 
les moyens de conserver la santé 
des gens de mer, par Lir.d , ibid. , 
i7Go,in-8«. W — s. 

'aIAZÉAS ( Jeaîv-Mathlrin ), 
mathématicien , étai' frère du précé- 
dent : né à Laiîdcrnau , en 1716 , 
il acheva ses études à Paris , em- 
brassa l'état ecclésiastique , et fut 
pourvu , au collège de Navarre , de 
la chaire de philosophie, qu'il rem- 
plit long-temps avec beaucoup de 
zèle et de succès. Il était l'ami de 
ses élèves, qui conservèrent, la plu- 
part, un souvenir précieux de ses 
soins et dc'sa bonté. Ses services lui 
méritèrent, en 1783, un canonicat 
du chapitre de Notre Dame de Parisj 
mais comme il distrihuait , chaque 
année , aux pauvres, la plus grande 
partie de .-on revenu , lorsque la ré- 
volution l'eut privé de son bénéfice, 
il se trouva dans un état voisin de 
l'indigence. Il vécut quelque temps 
du produit de la vente de ses livres 
et de son mobilier ; et il fut du nom- 
bre dcj savants malheureux à qui la 
Convention accorda des secours. Il 
alla se fixer à Pontoise, avec un do- 
mestique fidèle , qui le nourrit pen- 
dant trois ans un fruit de ses propres 
épaignes. Celte faible et dernière res- 
source allait lui manquer, lorsque 
son digne serviteur ( dont on regrette 
de ne pas savoir le nom ) hasarda 
de présenter au ministre de l'inté- 
rieur ( M. le comte Frauçoi» dr 



28 



MAZ 



Ne'.ifchàtcau ) un placet, dans lequel 
il exposait, avec simplicité, les ser- 
vices et la position de son maître. 
Au nom de Maze'as , quelques em- 
ployés des bureaux , qui avaient été 
ses élèves , se joip;uirent au pétition- 
naire ; et le ministre s'empressa de 
faire accorder au vertueux profes- 
seur une pension de dix-huit cents 
francs, qui lui fut payée exactement 
Jusqu'à sa mort , arrivée le (3 juin 
1 80 1 . IMazéas était membre de l'aca- 
démie de Berlin. On a de lui : I. Elé- 
ments cV arithmétique , d'algèbre et 
de géométrie , avec une introduc- 
tion aux sections coniques , Paris , 
17.58, in -8". Cet ouvrage eut un 
assez grand succès : il s'en fit sept 
éditions , dont la dernière est de 
1788; et il a été abrégé par l'auteur 
177.5, in-i^î. Le principal mérite 
de ces éléments était une précision 
et une clarté peu communes dans 
les livres de cette époque , où étaient 
résumées les notions de la science. 
II. Institnliones jdiilosophicœ sive 
elementa logicœ, metaplivsicœ, etc., 
Paris, 1777 , 3 vol. in-12. Mazéas a 
fourni un j^rand nombre d'articles 
au Dictionnaire des Arts et Mé- 
tiers. W — s. 

MAZEPPA ( Jean ) , hetman des 
Cosaques, né dans le palatinat de 
Podolie, appartenait à l'une de ces 
familles nobles de la Pologne qu'ime 
honnête pauvreté attarhc au service 
des maisons plus opulentes. Il avait 
clé élevé page de Jean-Casimir , prin- 
ce ami du repos, des fêtes et des let- 
tres ; et comme les autres courti- 
sans qui, à l'exemple du monarque, 
aspiraient à l'inslruction , il s'était 
orné l'esprit de connaissances qui 
dans la suite servirent beaucoup à sa 
fortune. Une aventure galante, qui 
r.iillit le perdre , devint , au con- 
'; lire , le principe de son élévation. 



MAZ 

Amant favorisé de la femme d'un 
gentilhomme polonais, il fut surpris 
par le mai i; et celui-ci, par un raffi- 
nement de vengeance, le fit lier tout 
nu sur le dos d'un cheval sauvage , 
et l'abandonna à la course capri- 
cieuse de cet animal. Le cheval était 
né dans les déserts de l'Ukraine ; il 
en prit la direction, et y transporta 
la victime. Exténué de fatigue et de 
faim , Mazeppa fut recueilli en cet 
état par quelques paysans, dont les 
soins le rappelèrent à la vie : la re- 
connaissance et l'habitude le fixè- 
rent parmi ses libérateurs; et leur 
vie inquiète et belliqueuse devint la 
sienne. Il fit remarquer sa valeur 
dans plusieurs combats contre les 
Tartares , et obtint , par l'ascendant 
de ses lumières, une considération 
toujours croissante, dans une peu- 
plade où le pouvoir était éleclif. Se- 
crétaire, puis adjudant de Samoi- 
lo\vitz , hetman des Cosaques de 
l'Ukraine, il fut substitué à ce chef, 
déposé, le xo juin 1O87, pour avoir, 
par son impéritie , laissé périr une 
bonne partie de celte superbe armée 
de soixante mille Cosaques dont il 
avait le commandement. Le nouveau 
chef fut assez habile pour se mainte- 
nir dans une autorité rarement con- 
servée dans les mêmes mains. Il ga- 
gna la confiance de Pierre-le-Grand , 
qui, satisfait de trouver en lui un 
auxiliaire doué d'une tète vigoureuse 
comme la sienne , récompensa, par 
le cordon de Saint- André et le titre 
de conseiller privé , des services de 
vingt ans , signalés suitout dans 
l'expédition d'Azof. Créé enfin prin- 
ce de l'Ukraine, Mazeppa, résolut 
d'abjurer un rôle subalterne , qui , de- 
])uis long-temps , pesait à son génie 
ambitieux et actif. Charles XII et ses 
Suédois, poursuivant leur marche 
victorieuse, venaient de donner un 



MAZ 

roi à la Pologne, cl menaçaient le 
territoire russe. L'hctman crut le 
moment favorable pour se soustraire 
à la domination du czar , et il s'em- 
pressa de traiter avec ses ennemis. 
On prétend que déjà , pendant les 
cainj)agnes de Pologne, il avait son- 
de les principaux du jiays , et qu'il 
s'était engagé à réduire l'Ukraine 
sous l'obéissance de Stanislas Lec- 
zinski , à condition que la Sévérie 
lui serait cédée à titre de souverai- 
neté. Quoi (pi'il en soit de cette 
première démarche , soit que Ma- 
zeppa eût conservé un cœur polo- 
nais, soit plutôt qu'il travaillât uni- 
quement à s'assurer une puissance 
imlépendantc, il tendit les bras à 
Charles XII , et ollVit de mettre à la 
disposition de ce monarque toutes 
les ressources du pays où il comman- 
dait. Cependant il voilait avec art ses 
sourdes menées: pour mieux donner 
le change sur ses projets , il feignait 
de tourner ses pensées vers la tom- 
be. Plus que sexagénaire, mais en- 
core plein de vigueur , il sembla 
prendre tout-à-coup les signes de la 
décrépitude. Entouré de médecins , 
la tclc courbée, il gardait habituelle- 
ment le lit , entremêlait de gémisse- 
ments sa voix grêle et chevrotante, et 
empruntait l'extérieur d'un homme 
faible ctsoulFrant. Des églises en pier- 
re furent élevées par ses soins , afin 
d'attester sa sollicitude pour l'autre 
vie. Il évitait de s'enivrer , dans la 
crainte de révéler, au milieu de la dé- 
bauche, le secret de sa défection, et 
redoublait d'affabilité pour se ména- 
ger le dévouement de ses principaux 
oiHriers. Cherchant à indisposer le 
czir contre les Cosaques Zapora vas, 
il lui représentait que leurs habitu- 
des indisciplinées venaient de lui 
couler une indemnité de cent mille 
ecus , accordée à une caravane de 



MAZ ?.!> 

marchands grecs qsi'ils avaient dé- 
pouillés , et s'attachait à lui prou- 
ver qu'il était de son intérêt de rui- 
ner la setche ( camp principal ) de 
ce peuple indocile. I.es Zaporaves 
étaient travaillés à leur tour : Pierre, 
leur dis;iit-il , avait juré leur perte ; 
il voulait livrer la Petite llussic à la 
Pologne, et en attendant les assu- 
jétir à une discipline régulière. Les 
choses étaient en cet état, lorsque 
le czar en eut connaissance par la dé- 
claration de VassiKofschoubey, géné- 
ral des Cosaques, etd'Iskra, son pa- 
rent, colonel de Pultava. Il n'en vou- 
lut lien croire d'abord j et plein de 
confiance , il envoya , sous bonne 
escorte , les deux dénonciateurs à 
l'hetinan , qui leur fit couper la tête, 
le i\ juillet i-joH. Mazeppa me- 
nacé se hàla de fortifier ses places 
d'armes ; mais cette lutte inégale eut 
un autre résultat que celui qu'il at- 
tendait. Sa capitale (Balourin ), avec 
ses trésors et ses munitions, tomba 
au pouvoir d'uu maître irrité: la po- 
tence fut le supplice de ses adhé- 
rents , et lui-même eut la tête tran- 
chée en efligie. Deveiui odieux à ses 
soldats, depuis la découverte de sa 
trahison , il réussit à peine à en ras- 
sembler un pelit nombre . et rejoi- 
gnit , en fugitif, Charles XII , qui^ 
sur sa foi, s'avançait vers l'Lkraine. 
Ce conquérant préféra son conseil à 
celui de ses généraux , et s'engagea 
dans les plaines de Pultava. Après 
la déroute de l'armée suédoise sous 
les murs de cette ville , Mazeppa se 
réfugia en \ alakie , puis à Ijcndcr, 
où il mourut en 1709. Les historiens 
ne s'accordent pas sur l'âge qu'il 
avait alors. Ils racontent aussi dille- 
remmcnt l'origine de sa fortune j 
mais nous avons préféré le récit de 
Voltaire, confirmé parLévèqne, et 
dont la couleur romanesque n'exclut 



3o MaZ 

pas la vraiscmLlance. Le caractère 
de celte narration a paru e'iuiuem- 
meiit poétique à lord Bvron; et dans 
nii petit poème oii sou talent descrip- 
tif respire tout entier, il a retrace la 
course douloureuse de Maz.cppa em- 
porte sur son coursier à travers les 
déserts. On peut clierclicr de plus 
longs détails sur Tlx-tnian des Cosa- 
ques dans les Annales de la I^ctite- 
Busiie, par Sciierer, Palis, 1788, 
^ vol. in-i'2, cl dans VJJiiloire des 
Cosatjuits , par M. Lcsur , l'aris , 
181 3, x vol. in-8'\ F — T. 

ÎMAZEllS ut LATUDE. T. Ma- 
SKns. 

MAZOLIM ( SiLVESTnE ) reli- 
gieux dominicain, connu aussi sous 
le nom de Silvcstre Prieiias ou à Prie- 
lia , parce cpiM était ne à Frierio , 
village dans le Montl^urat , florissait 
au commencement du seizième siè- 
cle. On ne conn.dt pas le temps de 
sa naissance ; mais on sait qu'il em- 
brassa fort jeune la vie monastique. 
Il étudia la tliéi)litgic, le droit ci- 
vil et canoni(;:ie, et la géométrie ; 
et il professa (pielquc temps à Bo- 
logne. Apjjelc à Rome pour y en- 
seigner la théologie, il fut nonimé , 
quelque temps a[)r('s, maître du sa- 
cré palais. 11 éi rivit l'un des pre- 
miers contre I.ullur; mais , malgré 
les éloges fine 1 1 |)|;ij»art des bio^ra- 
phes italiens lui ont prodigués à l'eu- 
vi, il n'étiil pas en état de lutter 
contre lui homme qui joignait à in>e 
grande force de raisonnement toutes 
les ressources de l'éloquence. On finil 
par sentir qu'il compromettait une 
bonne cause ; et le pape , Léon X , 
lui défendit de continuer d'écrire sur 
les malil-rcstpii étaient en discussion. 
Cependant il fut nommé, avec l'évê- 
que d'Ascoli , l'ini des juges de Lu- 
ther. C'était uuo inconséquence ([ui 
a clé vivcnicul relevée par les étri- 



MAZ 

vains protestants. On a confondu 
]\I.izoliiii avec un autre dominicain, 
nommé comme lui Silvestic, et qui 
était de Ferrare. C'est ce dernier qui 
a été premièrement prieur, vicaire, 
et enlin supéiieur-genéral de l'ordre 
de Saint-Dominique. Dans mi de ses 
écrits contre Luther, INLi/.olini nous 
apprend qu'il avait refusé un évèché. 
Ou ne sait ni le temps , ni le lieu de 
sa mort : on a de lui quarante-sept 
ouvr.igcs , en latin et en italien , sur 
la théologie, la philosophie et les 
mathématiques. Prosper M.uchand 
en a donne la liste dans son Diction- 
naire eriti(iue, art. Mazulim , re- 
marq. E. Un ne les lit plus depuis 
long-temps; mais cet article serait 
incomplet, si l'on ne citait pas ici 
les principaux : 1. Suiuina S^ylvi.'S- 
trina , seu Sitinma de peccalis aut 
cusiium c >riscientice , j'cZ sitinma 
simimuruin , Bologne , i j 1 .3, u vol. 
in•4'^;ellea île réimprimée un grand 
nombre de fois dans lé seizième siè- 
cle. IL Un volume de Sermons , 
qu'il a intitulé : Rosa aurca eb qiiod 
in eu sint f.ores et ruser omnium 
doctOium super Evati^clia tolius 
anni , Bologne , 1 .joJ , in - 4". ; ce 
recueil a en huit éditions. III. Via- 
logus seu disciirsiis contra prœsump- 
tuosas Lutheri concUtti( nés , iji8, 
in-^'^' — Beplica seu responsuni ad 
Mart. Lulherum. — Eirala et ar- 
g^umcnta Mart. Lutheri, i5.io,in- 
4". — yJpologia de con\>enienlid 
insliiuloruni Ecclesiœ Romance curn 
Ci'angelicd lihertate , Venise , i i'i J , 
in-4". Ce sont là les seuls ouvrages 
qu'il ait publiés contre Luther. IV'. 
JUc slriji^iis magoruin , dcemonum- 
ipic jnœsligiis^Komc , 1021, in-4". 
V. Opère volgari , INIilau, i5i9, 
in-4"^. La morale de Mazolini était 
Ircs-relàchée , comme on en peut 
voir des exemples dans le Vict. de 



MAZ 

Eayle, art. Prierias, loraarq. C, et 
dans celui de Pro.sp, I\IarcliaiiJ, au 
mut }Juz'>!ini remanj. H. Ses scnli- 
inciits sur le jeiMio l'ont expose aii\ 
railleries de Kahciais qui, en donnant 
le ealalo^^iic ( suppose'^ de la Ijihlio- 
tlièqiie de Saint-Victor, lui atlrilnie 
ini livre De brodiornin iisii et hotics- 
tate chopinandi. On renvoie , pour 
jtliis de dct dis , aux dciiv bio-^raplies 
titc's pins liant. W — s. 

iM AZZOCCIir ( Alexis- SvaiMA- 
Ot i), savant et lahorienx antiquaire, 
iiaqidt en iGH.j , à Sainte-Marie, 
liourp; à deux milles de (laponc, 
dont les ruines , qui devaient faire 
vni jour l'olijct île ses reclierrlies , dit 
son pane';^yriste, ftiurnirent des jeux 
à son premier âge. Il e'iait le ti j<^. 
enfant d'une pauvre famille dont le 
nom était :)/rtrcocro/o, qu'il chanj;iM 
depuis en celui de Maz/.ocrlii. li /il 
SCS études dans une école oitscurc, 
d'où, à l'â^^e de douze ans, il passa 
au séminaire de Capoue. Devemi à 
quinze ans aussi lialiile que ses maî- 
tres, il alla cherclier de nouvelles 
connaissances à Naplcs ; et ce fut 
alors qu'il puisa, dans la lecture rc- 
flécliie des ouvrages de Cicérou, ce 
goîit de l'antiquité, qui devint sa 
passiondominante. Il apprit riicbrcu 
presque sans maître, et se rendit de 
même la langue grecque au5si fa- 
milière que le latin. L'excès du tra- 
vail altéra sa santé; et il fut forcé 
de retourner passer quehfue temps 
dans sa famille , pour se rétablir. Eu 
1709, il reçut les ordres sacrés, et 
revint à Naples, où il fut nomme 
professeur de grec et d'hébreu au 
grand séminaire. Le chapitre de Ca- 
poue ne tarda pas à le revendiquer, 
en le nommant à un canonicat, que 
la crainte de se voir distrait de ses 
études lui fit accepter avec réjm- 
gnancc. Dès l'année suivante, il fut 



MAZ 3f 

rappelé à Naples, avec le titre de 
théologal ; et abandonnant à ses 
élèves l'enseignement des langues, 
il se consacra tout ei'tier à l'expli- 
cation des Saintes-Ecritures. Sa nomi- 
nation à la ])lace de doyen du cha- 
pitre de Capoue, l'obligea encore à 
retourner dans sa patrie; mais peu 
de temps après, le roi le rappela dans 
la capitale, ct l'y fixa j)ar une chaire 
de théologie, au collège de cette 
ville. Ce jirincc voulut récompenser 
]Ma/zocc!ii de ses services, en lui 
donnant l'archevêché de Lanciano; 
mais on ne put vaincre sa modestie 
à cet égard, ni le déterminer à ac- 
cepter une dignité qui l'eut détourné 
de ses occupations favorites. Sa- 
tisfait de sa médiocre fortune , qu'il 
partageait avec les pauvres, il em- 
ployait tous ses inst.tnts à la recher- 
che des anti(piités. La découverte 
des ruines d'iierculanuni lin fournit 
amplement U's moyens de satisfaire 
son désir croissant de s'instiuirc. 
Quoique d'un caiaclèreduux et con- 
ciliant, il eut des discussions assez 
vives avec plusieurs antiquaires , 
entre autres , Quirini ct Assemani : 
mais l'intégrité de ses mœiiis ct 
sa bonté naturelle le rendirent cher 
à tous ceux qui avaient accès près 
de lui. Dans ses deriàères années il 
penlit tout-a-fait la mémoire; et ses 
amis curent ensuite le regret de l« 
voir tomber dans une démence com- 
plète. Il mourut à Naples, le 11 
septembre 1 77 J, âgé de quatre-vingt- 
sept ans , pleuré des malheureux 
qu'il avait secourus autant que ses 
moyens le lui avaient permis, et aux- 
quels il légua son mobilier. Mazzoc- 
chi était membre des principales 
académies de l'Europe. Son Éloge 
lu par Lebeaii à l'académie des iiis- 
ciiptions, a été inséré dans le tome 
xxxviii des Mémoires de cette corn- 



3:l MAZ 

pagiiie. P^M'ini ]es uoniLreux ouvra- 
ges de IMazzocclii , on cite les sui- 
vants : I. In inuliuan Campani 
ylmphitheati i tiluluni , aliasque 
nonnullas Campanas insctiptiones 
comineritarius,^ap\cs, 17*^7, in^"'' 
iusci c dans le 3 ov'. supplem. utrius- 
que Thesaur. andijuitat., par Po- 
ler.i, tom. v. II. De dedicatione 
sub ascid , \hiil. ^ "738, in-8"^ Plus 
de vingt antiquaiios, dit Lebeau , 
s'étaient occupes de cette formule, si 
usitée dans les iusciiplions sépul- 
crales ( y. Laissé ) : Mazzocclii 
cherche à prouver que ces mots si- 
gnifient dédier un torubeau tout ré- 
cent, en y transportant le cadavre, 
tandis que les ouvriers y travaillent 
encore; et on s'ctonna que celte ex- 
plication si naturelle n'eût pas été îa 
]~remière. III. Dissertadone sopra 
l'uri^ine de' Tineni, Koiuc, i7.î!o, 
iii-4"-; et dans le recueil de l'acadé- 
mie de Cortoue, tom. m. IV. De 
antiquis Corcjrœ m minibus sclie- 
diasma, elc.,Naples, i74-i, "i"4"'7 
ouvrage rccherclié. C'est une critique 
de quelques passages de la disserta- 
lion du savant card. Quirini : Pri- 
mordia Corcjrœ {V. Quirim). \'. 
jii velus marinoreum !^. Neapolila- 
iiœ ecclesiœ kalendarium commen- 
tarius, ibid., 1744^ iu-4°. Ce coju- 
mentairc n'embrasse que les six pre- 
miers mois deTaiince. \ I. Disse: tOr 
t'O historica de cathedralis ecclesiar 
Neapolitanœ vicibus , ibid, , 1 7 3 1 , 
in-4". 11 y soutient que, quoique plu- 
sieurs églises à Naplcs aient eu le 
titre de cathédrale , il n'y eu a 
jamais eu qu'une seule. Cette C2)i- 
nion très-vraisemblable a cependant 
éV; attaquée par J.L. Assemaui, qui 
combattit ÎNSazzocchi, en l'opposant 
àhii-mcme,et en tirantses preiivesdc 
l'ouvi'agc même qu'il rcTutait. VII. 
De ..anctorum JSeaitolitanœ ecclesiœ 



MAZ 

episcoponnn cultu dissertatio , ibid., 
1753, -1 vol. iu-4°. VIII. In re^ii 
Herculanensis vniscei œreas tabu- 
las Heracleenses comment arii, ibid ., 
17.54-55, 'J. tom. iu-fol. fig. C'est 
l'ouvrage le plus recherché de Maz- 
zoc'^hi , et celui où il montra l'érudi- 
tion la [)lus étonnante, la plus variée. 
Les deux tables d'airain dont il s'a- 
git, avaient été découvei tes en 1 7 3.2 , 
près du golfe de Tarente, dans le 
voisinage de l'ancienne Héracléc (i ). 
elles sont chargées de deux inscrip- 
tions grecques, en dialecte dorique, 
qui contiennent la délimitation de 
deux terrains consacrés, l'un à Mi- 
nerve, et l'autre à Bacchus, et des 
règles pour la police des fêtes qu'on 
y célébrait ( f. M.mttaire , XXVI, 
3o.i ). Mazzocchi les croit antérieu- 
res, au moiiis de trois siècles, à l'ère 
chrétienne. On ne peut pas se faire 
une idée de tous les points d'érudilii n 
(pi'un texte si simple lui a fouri.i 
l'occasion d'ex])liquer avec uneclaiié 
et une précision qui ne laissent pies- 
quc ricii à désirer, IX. Actorum La- 
noniensiuvi S. Januarii et S S. mar- 
tjrwii vindiciœ repetitœ , ibid. , 
1709. X. SpicilegiuTH hiblicum , 
ibid., 17G3, 3 vol., dont le dernier 
est pour le Nouveau-Testament. I.a 
dissertation sur la poésie des Hébreux 
et les notes sur !e Nouveau-Testament 
sont particulièrement estimées. XI. 
Diatribe de librumni bipatentium et 
coni>oluLoruni antiquitate , et auties 
dissertations curieuses, dans la Rac- 
colta de Calogerà , tom. 37 , p. 1 49- 
193. XII. Opuscula oraturia, épis- 
toUvy carmina et diatribe de anti- 
quitate, ibid., 1775, 2 tom. in-4". 
Ce recueil a été publié par Fr, Seraci: 
il est recherché. Les amateurs de la 



(1) Et non <rHi'i(nlaiuiin , comme Labiude et 
d'autr- s écrivains l'ont et-rit niaI-à-|»topus , truiu^K> 
parrc'j)û>o<^ue liu mot Ilcraclticnses^ 



MAZ 

poésie moderne fout beaucoup de 
cas des vers de Mazzocclii. On lui 
doit encore une bonne e'dilion de 
V EtymologicoTi lin^uœ latinœ , de 
Vossiiis, INaplcs, 176,1, ivol. in-ioL, 
au£;rnentéc de nouvelles étymologics 
tirées des langues oricntales-(/^', Vos- 
sius). Voyez la Vie de Mazzocclii, 
parFabroni, FiUe Ilalorum^ t. vin, 
et son Elop;e par Nie. Iguarra , son 
élève, dans le Giornale de' leltcra- 
ti, Pise, >77',i, v, 3oG. W — s. 

MaZZOLARI ( Joseph-Mabie ) , 
bon humaniste et poète latin très- 
remarquable, connu aussi sous le 
nom de Mariano Partenio, était ne 
en 1712, à Pesaro , d'une ancienne 
et illustre famille , originaire de Cré- 
mone. Il entra chez les Jésuites à 
l'âge de vingt ans , et professa succes- 
sivement la rhétorique, à Fermo et 
à Rome, avec une grande distinc- 
tion. Après la suppression de la So- 
ciété , il continua d'être cmplovc 
dans l'enseignement , et mourut à 
Rome le 14 septembre 178G. Outre 
quelques écrits scolastiques ou ascé- 
tiques, on à de lui : I, Ra^^un^lio 
délie 'virtuose azioni tU D. C(>s- 
tanza Maffei Ca/Jarelli, duchezza 
d'Assergio, etc. , Rome, 1758. On 
loue le style de celte histoire , qui 
passe d'ailleurs pour fidèle et impar- 
tiale, genre démérite assez rare dans 
tous les temps. II. Elecliicorum 
lihri VI, ibid. , 17O7. Le P. Lago- 
marsiui a emichi ce poème d'une 
préface et de notes intéressantes. 
III. Opéra, ibid., 1772, 3 vol. 
in-8'\ Le premier volume ( Artio- 
nes ) , contient des discours dans le 
genre deceux queles accusateurs pro- 
nonçaient au Forum', et dont nous 
avons de si l)eaux modèles dans les 
Verrines et les Catiliiiaires de Cicé- 
ron. Un de ces discours, Pro domo 
Lauretand , est uu monument de sa 

XXVIII. 



MAZ 33 

piété envers la mère de Dieu ; il le 
fit graver sur une lame d'argent , 
dont illit hommaceà l'enlisé de N. D 
de Lorète. Le secoiid ( Oraliones) 
renferme des dissertations sur difté- 
rentes matières, qui y sont discutées 
avec autant de sagacité que de goût : 
Sur la lecture de Ciceron et de Vir- 
gile ; Sur la manière d'enseigner et 
de s'iustruire ; Sur la prééminence 
des Ilaliensdans les lettres; Siirla né- 
cessité de recucillirelde conserver les 
monuments del'anliquité sacrée, etc. 
Le 3™''. volume ( Coimnentarii ) 
contient cinq Vies particulières , 
dont celle de sa propre mère, et 
celle de Contuccio (îontucci ; suivies 
deson poèmesur l'Electricité {Klec- 
triconim) , et de quelques antres 
poésies latines. On cite encore du P. 
Mazzolari : une édition du Traité 
de Gicéron De Oratore , avec une 
Préface en forme de lettre adressée 
à ses élèA'cs ; — un Di.' cours latin sur 
la naissance du duc de Boiinyos^ne , 
prononcé, au collège Romain, le •i3 
décembre 1750 ; — la Fie de Bernar- 
dino Perfetti dans la v". partie 
degli Arcadi illustri, p. 224 3'.>..^. 
Il avait laissé , entre autres manus- 
crits, une Vie du P. Lagomarsini, 
son intime ami. W — s. 

MaZZOM (Jacques), célèbre 
philosophe du XV i"^. siècle, était né 
en i,")48, à Césène , d'une famille 
noble. Doué d'heureuses disposi- 
tions, et d'une mémoire qui tenait 
du prodige , et ayant accès dans 
la riche bibliothèque des Malatesti 
( r. tom. XXVÏ , p. 33 1 ) , il apprit 
rapidement le latin, lé grec et l'hé- 
breu ; et il alla ensuite à Padoue 
étudier la jurisprudence et la philo- 
sophie. Lamorl de son père l'obligea 
de revenir à Ccsène pour régler ses 
affaires domestiques; mais la pas- 
sion de l'étude le ramena prompte- 



3 4 MAZ 

meut à Padoue, et il parcourut tontes 
les branches delà littérature, de l'e- 
rudition et de la philosophie de son 
temps. 11 n'avait que vingt-six. ans, 
lorsquM se rendit a la cour de Gnidn- 
baKIe, duc dUrbin, où son nierile 
le lit accueillir avec distinction. Il 
assista aux fêtes que ce prince célé- 
brait à Pesaro, se lia d'amitic avec 
l'auteur de V Aminte ( le Tasse ) , 
pièce qu'on y jouait alors a^ec beau- 
coup d'e'clal , et lut admis à la table, 
du duc , et aux discussions littéraires 
qui avaient pour ce prince tant de 
charmes. La courd'L'rbin ne fut pour 
Mazzoïii (pi'une école d'un rant;plus 
élevé, oii, comme il le dit lui-même, 
il apprit beaucoup, et médita et 
aproiondit ce qu'il avait ajquis. 
Cependant il se lassa d'un genre de 
vie qui l'obligeait à sacrilicr quchpic 
partie dcsou indépendance; et ayant 
obtenu son congé , il retourna dans 
sa ville natale, où il s'appliqua sé- 
rieusement à exécuter un projet ([u'il 
avait formé depuis long-lemps : ce- 
lui de démontrer ([ue les contradic- 
tions des philosophes anciens ne 
sont qu'apparentes , et (ju'eii défini- 
tive leurs principes sont les mêmes. 
Il publia donc , eu iS^G , un Traité 
dans lequel il cherche à concilier 
non-seulement Platon et Aristote, 
qui divisaient alors toutes les écoles , 
mais plusieurs autres jihilosophes 
grecs , arabes et latins. L'année sui- 
vaute il (it imprimer à Bologne une 
liste de cinij mille cent quatre-vingt- 
treize questions , extraite s de son 
traité , et annonça qu'il ré])ondrait 
publiquement, pendant quatre jours, 
à toutes les dilllcnltés qu'on pourrait 
y opposer. Cet essai fil moins briller 
son jugement que sa mémoire ; on a 
déjà dit qu'elle était prodigieuse : il 
l'avait encore augmentée , à l'aide 
d'une méthode et de certains sigues 



MAZ 

que Franc. Panigarola, sou ami , lui 
avait enseignes ; et Camill. Paleotti 
assure que IMazzoni récitait , sans 
hésiter, des livres entiers du Dante , 
de l'Aiioste, de Virgile, de Lu- 
crèce . et d'autres écrivains anciens 
et modernes. Il eut, dans le lemjts, 
un célèbre défi de mémoire avec le 
fameux Crichlon surnommé \'ailmi- 
rable. ( F. Ciucnroiv ); et l'on assure ■ 
qu'il ne se munira pas inférieur (i ). v 
Appelé à Rome par le pape Grégoire 
XIII , pour prendre part à la correc- 
tion du calendrier, et dresser la liste 
des hvres suspects d'hérésie, il fut 
loge chez Jac(pies Btioncompagui , 
frère du pontife, et combicdes alten- 
tious les plus délicates. Mais la for- 
tune qu'il lui était permis d'espérer , 
s'il eùl voulu ciilrer dans la carrière 
ecclésiastique, ne put le tenter; il re- 
tourna encore à Césèiie, s'y maria, et 
litàses conipatriotesdesleçonssur la 
morale d'Aiistote : il alla ensuite 
juofesserla philosophie à ]\Iacérata, 
d'où il se rendit à Pise, sur l'invitaliou 
de l'erdinand , grand-duc de Tos- 
cane. Il accompagna , de Florence 
à Rome, le cardinal Duj)erron , lors- 
que ce dernier alla négt- ierla récou- 
riliation de Henri IV avec l'Eglise. 
La défense du Dante , attaqué par 
Fr. Patrizi [•}.) , ouvrit à Mazzoni les 
portes de l'académie naissante de 
la Cnisca, dont il fut l'un des prin- 



(i) f. Cancc'Uieri , L'omlni di gran memoiia , 
pag. /;9âi. 

(:«> Maxzoni eut encore une dispute Iris-TÏve a\ec 
Patrizi , au su'ict li'uu ancien piiélf grec nouiuié .So- 
slta , que nersoimc ne cifnnatt. D'aniis qii ils riaient, 
ils M' brouillèi enl , et lancèrent l'un contre l'autre plu- 
sieurs «irils d'un !.lyle Ircs-iu.rdanl et tris-aigr'-, sur 
la question de savoîi si ce poète était d'AIcTandrie , 
de Svri» lise on d'Atlièues; s'il v en eut pln>li ur- , 
ou s'il n'v eu eut «lu'nn de ce nom: s'il \natt du 
temps de ï'tol<ini-e-l'biludrlphe , ou de Pliilopator , 
etc. Apiès l)ii u des in'inres de part et d'auhc , le» 
deux s.ivauts prétendirent être d'ai eord , et se rérnn- 
ciliènnl; inais la question qu'ils avaient dr-l>^iltue, 
resta aussi obsmne qu'auparavant, (^f^. Giugucné , 
Idtsl. lu. d'ItuUe , VI , 3a4 cl Juiv. ) 



MAZ 

cipaux ornements. Peu de temps 
aprc-s, le pape .Clément VIII le r.i))- 
])cl<i dans Konie, et lui conr< ra la 
chaire de j)hilosophie du collège de 
la Sipience, avec un trailen)cnt de 
mille cens d'or ; mais a peine le 
nouveau professeur y eut-il donne' 
trois leçons, qu'il reçut ordre d'ac- 
compagnerle cardinal Aldobrandini, 
neveu du pape, à Ferrare , dont ce 
prélat allait prendre possession : y 
étant tombe malade , ftlazzoni se fit 
transporter à Cesène, où il mourut 
le ii> avril i J9H, à l âge de /J<)ans. 
Ses oLsc pies lurent magnifi(|ues : 
ïojn. Mirtinelli , l'un de ses élèves, 
y prononça son oraison funèbre ; et 
on lui cleva un tombeau décore de 
son buste en marbre. Mazzoni était 
un homme d'un savoir prodigieux, et 
d'une activité d'esprit surprenante : 
mais le défaut de criticpie et de juge- 
ment se fait remanpu'r dans ses ou- 
vrages philosophiques; et ce n'est que 
comme littérateur, et surtout comme 
le défenseur du Dante , objet cons- 
tant de l'admiration des Italiens, 
qu'il a conservé une assez grande 
réputation en Italie. Ses principaux 
ouvrages sont : I. Discorso su la 
■pronunzia de' dittonghi pressa gli 
rtH/ù7«, Cesène, i57U,in-4"; insère 
dans le tom, i*^"", des Aiitori del ben 
jxirlare. — Del sollecismo. — De' 
Trvjn , dans le même recueil , t. v. 
Dauslc discours sur Icsdiphthongues, 
il se proposait de déterminer la ma- 
nière dont les anciens les pronon- 
çaient ; mais il n'y a pas mieux 
réussi que tous les autres philolo- 
gues. 11. De Triplici homiiiuiiivitd, 
aclivd nempè, contemplativdet reli- 
^iosd, mclhodi très, ibid. , iS^ti, 
in-4".;très-rare.Sonpremierbutd,ins 
cet ouvrage est de concilier les con- 
tradielions d'Aristote et de Platon ; 
yiais ayant reconnu la pcrfcctibditG 



MAZ 35 

de l'homme, il détermine les con- 
naissances qu'il duit cultiver dans 
les trois espèces d'etal ou de vie, 
qu'il appelle at7iV<?, cunlemplal.veet 
religieuse^ et parcourt ainsi succes- 
sivement toutes les branches de la 
littérature, des sciences et des arts 
dont il av.iit aperçu la chaîne. III. 
Difesa délia coiiwdia di Dante , 
ibid. , 1G87 , in^**. (0 Cete édi- 
tion est revue et augmentée j Id se- 
conde partie de l'ouviage ne parut 
que près d'un siècle aj)rès la moit 
de l'auteur, en i<)H8. Celte défense 
du Dante valut à Mazzoni la répu- 
tation d'un homme extraordinaire 
et prodigieux ; et les aperçus nou- 
veau v qu'il y présente sur la théorie 
des beaux-arts l'ont fait comparer 
récemment auxDubos, aux Blair et 
aux Sulzer. IV. In universatii Pla- 
Innis et Aristotelis philosophiam 
prœludia, sive de comj çratione Pla- 
toniset Aristotelis, Venise, iJQ-, 
in-4". Cet ouvrage, le dernier qui 
soit sorti de la plume de Mazzoni , 
fait ])lus d'honneur à sa vaste éru- 
dition qu'a son jugement. V. Oratio 
haliita Florentiœ vin febniarii 
I 589 , m exeqiùis Caiharinœ Me- 
dices F^ancvrum reginœ, Florence 
J 589. Lelong et Fonictte n'ont point 
connu cette oraison funèbre de Ca- 
therine de Médicis. J. ^icius Ery- 
thrants (Rossi) a publié la rie de ce 
savant dans sa Pinucuthcca ; mais 
l'abbé Serassi, sur l'invitation de 
Pie VI, compatriote de Mazzoni , en 
a donné une plus complète et plus in 
téressante, Rome, 1790, in.4°. M. 
Salfi l'a analysée dans le tom. vu de 
V Histoire littéraire d'Italie , par 
Ginguené; et l'on y renvoie les eu- 
rieux. W — s. 



(1) La pieiDil-if cilitiou a\uit paru à Ct 
IJ7J, iu-4». 



36 MAZ 

MAZZUaiP:LLI ( jKAN-MABir. , 
comte DE ) , l'im des plus cclèLies 
biognipbes italiens, était uc à Bres- 
ria , le -iS octobre 1707 , d'une fa- 
mille illustre ipii a produit plusieurs 
hommes d'un rare mérite. Son pi-re, 
savant lui-même, et qui s'était ap- 
plique' avec succès à l'étude du droit 
publie d'Italie, ne nc;;ligea rien pour 
favoriser le devcloppeiiicnt de ses 
heureuses dispositions. Lcjoniie Maz- 
zuclicUi lut envoyé à Hologne , où il 
étudia, avec une égale ardeur, les 
belles-lettres , la philosophie et les 
mathématiques. A peine sorti des 
bancs, il conçut un projet capable 
de rebuter, j)ar son étendue et les 
difllculle's sans nombre qu'il présen- 
tait, tout liomme moins zcle pour la 
gloire des lettres et de son pays. Il 
s'agissait de rassembler et de mettre 
en ordre des rocherclus sur la vie et 
les ouvrages de tous les écrivains 
«l'Italie , depuis les temps les plus 
anciens; c'est-à-dire, de faire pour 
l'Italie , seid et sans secours , ce que 
j)lnsicuisgcnerationsdcsavantsn*ont 
j>u exécuter pour la France, dans 
l'espace de près d'un siècle ( r. D. 
Ri\ tr ). Il ctait impossible qu'il pût 
jamais achever ce grand travail ; 
mais ce qu'il en a publie su/lit pour 
attachera son nom une célébrité du- 
rable, et pour justifier tons les éloges 
de ses compatriotes. Mazzuchelli 
avait, dès 1 ^38 , forme dans sa mai- 
bon une rc'union d'hommes qui par- 
tageaient son goût ])our la littéra- 
ture et les sciences ; il^iiiit à leur dis- 
position une bibliothèque choisie et 
une collrctiun précieuse de mcdaillcs, 
d'antiquités et d'objets d'histoire na- 
turelle qu'il avait recueillis lui-mê- 
me. On y admirait, surtout en mé- 
dailles frappées en l'honneur des hom- 
mes illustres et des savauls, la suite 
Il plus nombreuse que l'uu connût 



MAZ 

en Europe. 11 fut pendant long-temps | 
président , ou conservateur en chef ' 

de la belle biJ)liothèquc que le cardi- 
nal Quirini avait laissée a la ville de ■ 
Brescia ; et ce précieux déj)6t s'enri- 1 
chit considérablement sous sa direc- 
tion. Tant d'occupations ne lempc- 
chèrent jioint de rendre à son pays 
les services qu'on avait droit d'atten- 
dre de ses talents ; il accepta et rem- 
])lit, avec autant de zèle que de dé- 
sintéressement, des fonctions muni- 
cipales. Luc mort prématmée l'en- 
leva aux lettres et à ses nombreux 
amis, le 19 novembre i^Cij , douze 
jours après avoir eu le chagrin de 
peixlre une épouse chérie, qui l'avait 
rendu ])ère de douze enfants. Maz- 
ziichelli , membre des ]>rineipales 
académies d'Italie, était en relation 
d'amitié ou de services avec les sa- 
vants les plus distingués de l'Europe. 
Sa CoiTcspondance forme un recueil 
de quarante volumes, dont on pour- 
rait publier un choix très-intéressant. 
Son grand ouvrage est intitulé : Gli 
scullori d'Italia, ciocnotizic stori- 
clie e criliche intorno aile vile ed 
agli scriui dei Ictlcrati italiani. 
Brescia, 1 753-03, (i vol. in-folio. 
Cet ouvrage, rédigé d'après un or- 
dre rigoureusement alphabétique, ne 
contient «|ue les deux |>r('mières let- 
tres : mais l'auteur avait laissé d'im- 
menses matériaux pour la continua- 
tion de ce travail , qui devait com- 
prendre, en tout , plus de ciiKjuanfc 
mille articles; chacun des volumes 
qui ont paru n'en contiennent que 
quinze à seize cents. Les lom. vu et 
VIII qui étaient en état d'être mis sous 
presse , et quatre autres , rédigés par 
l'abbé Rodella , secrétaire de l'auteur, 
sont entre les mains du comte Fran- 
çois Mazzuchelli, son fils ( Voyez la 
JJiogr. des hommes vivants, IV , 
891 ). Ou ne peut assez s'clonucr 



IMAZ 

qu'il ne se soit encore présente pcr- 
suniu- pour terminer une entreprise 
si honorable pour l'Italie. (ilia(pie 
notice est une biographie ronii)l(tc, 
a Ia(|iiclle il est presipio impossible 
«le rien ajouter. Ma/./.ucliclli en avait 
])Mblie quehpies - unes séparément , 
pour sonder le goût du public, et 
pour solliciter les conseils et les se- 
cours des savants. On cite les sni- 
vanles : Nutizie iiUonin alla vita, 
aile irn'enzioni ed a^U scrilli di 
Archimede , Brescia , 1737 , gr. in- 
4". , Hg. ; rare et rechen lie. — f ila 
di Pictro .irvùnn , l'adoue , Conii- 
no , 1 7 'f i , in-H". Ot exr» lient mor- 
ceau biograpbi(|iie a ete reimprime 
avec des additions , Brest i.i , 1 7(jJJ , 
fort in-S'». il V a des exemplaires de 
la première (iiilion , sur pa[)ier bleu. 
— Aotizie inlornu alla vita di P . 
d'Abano, Venise, 1740, in-i'i ; 
insère dans le tome xxiii de la 
liaccolta calofieratia , et traduit en 
frantj.iis par (ionlin , dans les Mé- 
moires pour sen'ir à l'histoire de 
la mèlecine [ J'. (ioti.iN ). La ï'ie 
de Louis Alainanni avait d'abord 
paru en tète de la réimpression de 
son poème de la C'-ltiv izione , Vé- 
rone, 174^; et celle de Jarq. Bon- 
fadio ,en tète d'une nouvelle édition 
de ses Opère vol^ari , Brescia , 
ij4*J- Ma?./.ucliclli a publie les f'ite 
d iioinini illustri Fion-ntini , de 
Pliil. Villaui , avec des corrections 
et des ailditions plus importantes 
que l'ouvrage ( r. Vili.am). On cite 
encore de lui : La Fie de Scipion 
Cipcce, dans un recueil des meil- 
leures pièces de din'érents poètes la- 
tins modernes , Padouc, 1751; — 
celle de Juste de' Conti , dans la nou- 
velle édit. de la Bella mano , Véro- 
ne, 1 7 )3 ( / '. CoNTi , IX , 5 1 5 ). — 
Notizie intorno ad Isotta da Ri- 
mi ni , •i^\ éd. augmcnt. , Brescia, 



M.\Z 37 

17 "if), in 8°. — Diirércnts articles 
dans les Recueds littéraires , pid)liés 
de son temps en Italie. — Otize let- 
tres n (lli. Ant. Tan/.i , Milanais, im- 
primées dans le recueil de (] dogerà 
tome VI. 11 a laissé en manuscrit un 
grand nombre d'ouvrages , parmi 
lesquels on distingue : Mémuires 
littéraires , 8 vol. — Les fies des 
littérateurs italiens contemporains ^ 
3 vol. , ete. P. A. de' Conti Gac- 
tani a pidjlié la description des mé- 
dailles des grands hommes du mu- 
sée de Maz/.uchelii, sous ce titre : 
Muséum Mazzuchelliunuin ieu nu- 
viismata J'imrmn doclrind pra's- 
tantiuia (juti' apud J. M. Mazzu- 
chellium sen'nnlur édita alqueillus- 
trala cum version^ italien , à Cosi- 
mo Meo, Venise, i7()i-03, o. vol. 
in-fol. , avec îo8 pi. ; recueil rare et 
cher ( r. Gosme Mhi ). Le tome m , 
qui devait terminer l'ouvrage, est 
demeuré inédit. Vovez la fie de IMaz- 
zucliclli par l'abbé Uodella , sous le 
pseudonyme de yi^relio, academico 
a^iato, Brescia, 176(3, in-8". ; Fa- 
broni, f'itœ italorum, tom. \iv, 
Pise, 1789, in-8".. et les FAo^j de' 
Bresrianij par A. Brognoli , 178^ , 
p. i>.3. VV — s. 

MAZZUOLl (Les trois frères 

PlERRE-HiLAinF. , MlCUEI, et PuiI.IP- 

pe), peintres parmesans, florissaient 
au commencement du seiz-ii-rae siè- 
cle. Les deux premiers ont passé, 
mais à tort, pour avoir donné des 
lei-ons au Gorrége. Pliilippc, sur- 
nommé r/eW£r^f/^e, est surtouî con- 
im pour avoir été le père de François 
Mazzuoli , si célèbre sons le nom 
de Parmesan. Ce dernier naquit en 
i5o3. A I \ ans , il peignit , sons la 
conduite de son père et de ses deux 
oncles , le fameux tableau du Bap- 
tême de Jésus-Christ , qui appar- 
tient maintcu^ut aiis comtes San- 



38 MAZ 

viîali , et claus lequel on remarque 
des beautés du premier ordre. Prus- 
})er Colonne , s'étant avance aATC 
sou armée dans les environs de Par- 
me par ordre de Léon X, les deux 
oncles de François l'emmenèrent à 
Viailana ^ village appartenant au duc 
de Mantouc. où il peignit deux ta- 
bleaux en (lctrenipe,d<nit l'un repré- 
sentait saint Fruncnis recei>anl les 
stjgniates, et l'antre, le Mariage 
de sainte Catherine. Ces deux ta- 
bleaux , pleins de beautés , lui firent 
infini ucnt d'honneur. Après la guer- 
re , il rc>int à Parme, où il termiua 
plusieurs ouvrages qu'il avait laissés 
imparfaits. Bientôt la vue des ouvra- 
ges du Corrége lui inspira le désir 
d'i:uil<;r ce grand maître^ et c'est sur 
ce modèle qu'il exécuta une Saiiite- 
Faniil'e , que possédait le président 
Bcrtioli , à Parme, et un saint Ber- 
nardin , aux Obseivantins de la mê- 
me ville. L'analogie entre le style de 
ces deux maîtres , et la docilité avec 
laquelle le Parmesan se pli.iit aux de- 
•sirs du Corrége , le fa enl choisir par 
cederuicr pour exécuter, avec Ronda- 
ïii et Anselmi , la chapelle voisine de 
la coupole qu'il avait peinte. Cepen- 
dant , la conviction de ses propres 
l'oi'ccs l'engagea bientôt à quitter 
nne manière où il n'eût obtenu (\ne 
le second rang , pour eu adopter 
une nouvelle où il était sur d'être 
sans rival. 11 n'avait encore que dix- 
neuf ans ; et déjà sa renommée s'était 
répandue hors de la Lombardie, où 
il passait p nir un des premiers maî- 
tres de cette contrée. Voulant perfec- 
tionner son talent, il parcourut l'Ita- 
lie , étudiant les chefs-d'œuvre de 
Jules Romain , à M:into;ie; et à Ro- 
me , ceux de Raphaël. C'est ainsi 
q.ril parvint à se former un style qui 
l'a placé parmi les peintres origi- 
naux. Arrivé il Rome , avec un de ses 



MAZ 

oncles, il mit sous les yeux du dataire ' 
de S. S. trois tableaux qu'il avait 
exécutés pour donner une iciée de ses 
talents. i\v prélat présenta l'artiste à 
Clément VII, qiiiagréa ses ouvrages, 
et le chargea de terminer la décora- 
tion de la salle des Pontifes , dans le 
palais du Vatican. Il y exécuta le 
tableau de la Circ'jicision , remar- 
quable par la manière dont les lu- 
mières sont distribuées. Le centre de 
la com])ositiou est éclairé par les 
rayons qui sortent de la tête de Jésus- 
Christ ; les autres parties, par la 
lumière des torches et des flambeaux 
que portent les assistants , et le fond, 
])ar la clarté de l'aurore qui com- 
mence à poindre , et qui s'étend sur 
un riche paysage orne de fabiiques. 
Le pape fut evtrèmeraeut satisfait de 
ce bel ouviage, et il le regardait com- 
me un des plus précieux qu'il possé- 
dât. Quelque temps après ( 1 5u^) ar- 
riva le sac de Rome , où le Parmesan 
manqua de périr. Il était si profon- 
dément livré à la peinture d'un ta- 
bleau, qu'il n'ent(n(lit point le tu- 
multe causé par la prise de la ville. 
Les soldats vainqueurs se ])récipilè- 
rent dans son atelier pour le piller. 
L'arliste, sans s'émouvoir, continua 
de peindre; et les ennemis , surpris 
de son sang-froid, respectèrent sa 
demeure , el y établirent une sauve- 
garde. Il quitta cependant Rome , 
avec son oncle; mais ayant lencon- 
tré une troupe d'Allemands , qui ne 
les connaissaient point , ils furent 
dépouillés de tout ce qu'ils avaient. 
Forcés de retourner à Bologne , le 
Parmesan y exécuta plusieurs ou- 
vrages , dans lesquels il soutint sa 
réputation ; et après un séjour de 
quelques mois dans cette ville , il 
revint dans sa patrie , où il fut ac- 
cueilli avec le plus vif empressement. 
Grand , noble , ])lcin de majesté , ce 



V MAZ 

n'est point par la luiiltiplicilc des 
figures que ses tableaux se distin- 
guent, niais par le talent de remplir 
la tuile la plus vaste , avec un polit 
nouibrcde personnages. Peut - cire, 
€M ellcl, ce talent est-il le plus rare: 
rien alors ne distrait le speclaleur , 
du sujet qu'a voulu représenter l'ar- 
tiste; car souvent la confusion des 
(igures et dos orneiaents ne sert qu'à 
dissimuler rinipuissauce où le pein- 
tre s'est trouve de tirer toute sa 
conipositiou du fonds de son sujet 
inêine. Ces ëminentes qualités se 
font surtout remarquer dans son ta- 
bleau de saint Bock , place à Saint- 
Pétrone de Bologne , et dans le fa- 
meux Muïse , peint eu clair-obscur, 
à la Stcccata deParmc. Cependant le 
caractère propre de son talent , et la 
partie dans laquelle il excelle , c'est 
la grâce. Aussi , disait-on de lui à 
Home, qu'il avait hérité de l'amc de 
liapliacl : de son côté, il s'efforçait 
de mériter cette louange; c'était sur- 
tout la grâce délicate qu'il recher- 
chait. Ses dessins en offrent des preu- 
ves convaincantes. On y voitia même 
figure recommencée pliisieurs fois , 
jusqu'à ce qu'il crût avoir rencontré, 
soit dans la pose , soit dans le mou- 
vement, soit dans la Icgcreté des 
draperies , pour lesquelles U avait nu 
talent merveilleux , la disposition la 
plus gracieuse. On lui reproche d'a- 
voir ([uelquefois poussé dans ses tètes 
cette qualité jusqu'à l'allcterie; et Au- 
gustin Carra che desirait seulement 
dans un peintre, un peu de la gi'àcc du 
Parmesan, Peut-être cet artiste a-t-il 
porté à l'excès la longueur dans cer- 
tunes pallies de ses ligures , telles 
que la taille, les doigts ou leçon, 
ailii de les faire paraître plus sveltes. 
ViH défaut , si toutefois c'en est un, se 
fait remarquer dans la célèbre Ma- 
done du palais Pitli, connue sous 



MAZ 



39 



le nom de Vierge nu loiip; cou, qui 
a fait ])arlie , pendant plusieurs an- 
nées , tli: Musée du Louvre, et qui a 
été rendue en i8i5 , aux comuiis- 
saires du grand-duc de Toscane. Son 
coloris contribue aussi à la grâce 
de ses tableaux: plein de douceur et 
d'iiarmonie, il n'offre à l'œil rien 
d'éc'atant; on dirait qu'il craint de 
le blesser par trop de vivacité. L'ar- 
tiste avait pour princ ipe que tout ce 
qiiiest outré, soit dans le trait, soit 
dans les teintes, fait disparaître la 
grâce. S'il faut eu croire l'Albane , 
le Parmesan raaufjuait de profondeur 
dans l'expression , et il a laissé peu 
d'ouvrages où cette qualité se fasse 
remarquer, à moins que la grâce 
même, si pleine de délicatesse, qui 
anime toutes ses figures, ne mérite 
le nom d'expression ; ou , si cette 
dénomination ne s'applique qu'aux 
affections de l'ame , peut-être les 
qualités qui distinguent si éminem- 
ment le Parmesan , suflisent- elles 
pour y suppléer. 11 paraît qu'il était 
lent à concevoir une composition, 
et qu'il avait l'habilnde, avant de 
mettre la main au pinceau , de pein- 
dre son tableau dans sa tète. Mais 
lorsqu'il eu venait à l'exécution , sa 
facilité était extrême. On obseive , 
dans ses ouvrages , de ces touches 
fermes et décidées , que Tj^lbane qua- 
lifie de divines, et qu'il assure être 
produites par la grande habiuide que 
le Parmesan avait du dessin. Ses ou- 
vrages n'olTrcnt pas tons le même 
empâtement ni le même elfot. Il en 
existe néanmoins qui sont attribués 
au Corrcge. Tel est cet Amour qui 
fabrique son arc, et aux pieds du- 
quel ou voit deux enfants , dont l'un 
rit et l'autre pleure ; laliJeau dont il 
existe un grand nombre de répéti- 
tions. Eu vaiu Boschini et quelques 
autres historiens attribuent ce tableau 



4o MAZ 

au Corregc: le tcmoi;;na ge de Yasari, 
conteinporaiii, et celui du P. Affb, 
liislorieu du Parmesan, prouvent 
d'une manière incontestable que ce 
dernier en est l'auteur. Ses peintures 
de moindres dimensions, telles que 
Portraits y Tètes de jeunes- gens , 
Images sacrées, ne sont pas très- 
rares , et quelques unes sont re'pc'- 
tces en plusieurs endroits. Celle que 
l'on retrouve le plus souvent est le 
Mariage de Ste. Catherine. On la 
voit dans la galerie de Florence , 
dans celle du Capitole, dans les 
collections des priuces Corsini , 
Borghèsc et Albani , a Rome , etc. 
Celle du Capitole a fait partie du 
JMusc'e du Louvre; elle a ètc rendue, 
en i8i5 ,aux commissaires du pape. 
Il est dilîicilc de croire que toutes 
ces compositions soient originales ; 
mais elles sont du moins contempo- 
raines (le l'artiste. 11 est rare de voir 
de lui des compositions d'un aussi 
grandnombredcligures([uecelledcIa 
Prédication de J. - C. dans le dé- 
sert , qui existe dans une des pièces 
du château de Colorno ; c'est un des 
plus beaux ornements de ce ma- 
jijniiique palais. Ses tableaux d'autel 
sont peu nombreux ; et la Sainte 
Marguerite de JJulogne est la plus 
estimée. C'est une composition ri- 
che de figures, et que les Carraches 
ne se lassaient pas d'admirer. Le 
Guide , dans un transport d'admi- 
ration , uu peu outré sans doute , 
le mettait au dessus de la Sainte 
Cécile de Raphaël. On vante encore 
parmi les tableaux à fresque du Par- 
mesan , celui de l'èglisc de Sainte- 
Marie délia Steccata , à Parme , re- 
présentant Adam et Eve ^ qui n'a 
point été terminé, quoique l'arlisle 
en eût reçu le prix. Pendant qu'il 
s'en occupait, le goût de l'alchimie le 
saisit; et dans l'espoir de s'enrichir, 



MAZ 

il se livra tout entier â cette vaine 
science , laissant là son ouvrage. Il 
fut arrêté et mis en prison ; parvenu 
à s'échapper, et réfugié à Casal-Mag- 
giore, il parut y avoir abandonné 
l'alchimie, et y peignit une Vierge 
pour l'église de Saint - Etienne , et 
une Mort de Lucrèce , qui passe 
pour son chef-d'œuvre. Mais bien- 
tôt sa folie le reprit ; il se mit à fuir 
toute société, pour retournera ^cs 
chimères. Quand il eut ensuite épuise 
toutes ses ressources , la mélancolie 
s'empara de lui , et ne le quitta plus. 
Parvenu au même âge (3^ ans ) , 
que Raphaël qu'il n'avait cessé de 
prendre pour son modèle , il mou- 
rut eu i54f>, universellement re- 
gretté, nou-srulement comme une 
des lumières de son art , mais com- 
me un des plus habiles graveurs 
de son temps. Il a passe pour l'in- 
venteur de la gravure à l'eau-forte; 
et ce point d'histoire n'est même 
pas encore bien éclairci. Ce qu'il y 
a de certain , c'est qu'il est le premier 
peintre italien qid ait employé ce 
procédé pour graver quelques-unes 
de ses compositions. Rien de plus 
spirituel et de plus piquant que les 
petites pièces qu'il a exécutées de 
cette ra;(nière ; mais il est très- 
dilllcile d'en réunir la collection , 
et surtout d'eu trouver de bonnes 
épreuves. La plupart de celles (jui 
existent dans le commerce, ont été 
retouchées ou ne sont que des copies. 
Carie Maratte avait rassemblé jus- 
qu'à cent pièces de ce maître. Un 
grand nombre de graveurs se sont 
exercés d'après ses ouvrages j et son 
œuvre s'élève à plus de cinq cents 
pièces. Les plus remarquables sont 
celles que lui-même a fait graver en 
bois , d'après ses propres dessins, et 
imprimer en clair- obscur, p.ir Ugo 
da Carpi , Antoine de Trente , et 



MAZ 

d'autres habiles artistes dcson temps. 
On croit que la première eau -forte 
qu'il ait exécutée , est celle qui re- 
])rcsente Dieu parlant à Muise dans 
le buisson ardent. Une de ses ])liis 
belles gravures, et eu même temps 
une des jjlus rares, esl mie S aime - 
Famille dans un pay sage , où l'on 
voit Saint Jean qui embrasse l'en- 
fant Jésus. C'est un in-folio grave' , 
et marque : Franc. Parin. fecit. 
On peut voir dans le Manuel des 
amateurs del'art, une nomenclature 
plus étendue des eaux -fortes du 
Parmesan, au nombre de trente- 
quatre pièces. — Jérôme Mazzuom , 
ou Mazzola , cousin du précédent 
et son élève , vivait encore à Parme 
eu ifJSo. 11 fut lié d'une étroite 
amitié avec le Parmesan , jusqu'au 
moment oîi ce dernier se rendit à 
Rome ; et à son retour dans sa pa- 
trie, il vécut encore avec lui dans la 
même intimité: mais elle cessa peu-à- 
pcu,et François nomma ponrscs héri- 
tiers deux étrangers , ne laissant rien 
à son cousin. L'avantage que la ville 
de Parme eut de conserver ce dernier, 
lui rendit moins sensible la perle du 
Parmesan j et quoique Jérôme soit 
peu connu , il mérite d'être cité, pour 
toutes les qualités d'un habile co- 
loriste , qu'il a possédées à un degré 
éminent. On est fondé à croire que 
plusieurs ouvrages attribués à Fran- 
çois , et qui se font distinguer par 
un coloris plus fort et plus brillant, 
ont été exécutés ou du moins répétés 
par Jérôme. Cet artiste n'ayant ja- 
mais vu Rome, s'est attaché davan- 
tage à l'école du Corrcge, dans le 
style duquel il a peint le Mariage 
de sainte Catherine , qu'on voit à 
l'église des Carmes. Il a su s'en ap- 
proprier le caractère de la manière 
la plus habile. Il excellait dans la 
perspective , et le tableau Je la 



MAZ 4i 

Cène , qu'il a peint au réfectoire 
de Saint - Jean, otlVc une archi- 
tecture si belle , et si capable de 
tromper l'œil , qu'elle peut le disputer 
aux meilleures du chevalier Pozzo. 
Il est ])lcin de facilité , d'harmonie , 
et se distingue par la science et la 
beauté de son clair - obscur : dans 
les grandes compositions à fresque, 
il est fécond, vaiié, plein de chaleur 
et de vivacité. Aucun de ses compa- 
triotes n'a eiiriclii la ville de Parme 
de i)lus de tableaux à l'huile ; aucun 
n'a [)cint, soit dans l'église du Dôme, 
soit à la Steccata , un jilus grand 
nombre de fresques. Les tableaux 
qu'il a peints à Saint-Benoît de Man- 
toue , et ailleurs , sont également 
nombreux et remarquables. Cepen- 
dant on peut dire que si ses ouvrages 
surprennent par leur facilité , au pre- 
mier coup-d'œil , cette facilité même 
dégénère parfois en faiblesse ; et 
quelques - uns d'entre eux soutien- 
nent rarement lui examen aprotondi. 
Parmi des beautés nombreuses et 
réelles , on découvre plusieurs dé- 
fauts qui se font surtout sentir dans 
le dessin du nu , lequel manque de 
correction : sa grâce tombe dans l'af- 
fectation ; et le dcsir de donner du 
mouvement à ses ligures l'entraîne 
dans l'exagération. Mais la plupart 
des tableaux où ces défauts se ren- 
contrent , ont clé peints en partie 
par ses élèves, comme on peut s'en 
convaincre par celui de la Multipli- 
cation des pain<i , que l'on voit à 
Saint - Benoît de Mantoue. Il y a 
dans ce tableau des groupes de la 
plus grande beauté , taudis qu'à côté, 
ou découvre des faiblesses et des in- 
corrections , qui dénotent une main 
novice. Cet artiste eut un fds nommé 
Alexandre , qui a exécuté quelques 
])einturcs dans l'église du Dôme de 
Parme , en 167 1 ; mais c'est une fai- 



42 



MAZ 



L'tc iniilation du style de son ])f'rc. 
Cette décadence se fait remarquer 
dans presque toutes les familles de 
peintres, où il est rare que le talent 
se soutienne à la même hauteur jus- 
qu'à la troisième génération. — Jo- 
seph Mazzl-olî , peintre de Ferrarc, 
S'.nnommo il Bastaruulo , ou A tvi- 
dcur de blé , de la profession de son 
pire , fut , à ce qu'on présuinc , élève 
de Sarchi , auquel il succéda dans la 
peinture du plafond de l'église de 
Jésus , où il acheva quelques ta- 
l)leaux que la mort avait empèchésou 
maître de terminer. Sa lenteur dans 
l'exécution , était passée en proverbe 
parmi ses camarades. Cependant, 
son style s'est formé particulièrement 
sur Celui de Dossi : la force de son 
clair-obscur, et le carartèrc de ses 
tètes , le feraient regarder coininc 
sorli de l'école de Panne ; et la fraî- 
cheur et la force de ses carnations, 
surtout dans les extrémités , le rap- 
prochent du Titien. La Circoncinon, 
qu'il avait peinte pour une princesse 
de la maison d'Esté, et qui se trouve 
aux Capucins, est im ouvrage plein 
de grandiose. Rien au contraire n'est 
plus aimable que le tableau qu'il lit^ 
pour les Filles de Sainte-Barbe , cl 
qui représente cette Sainte entourée 
de demi ligures de jeunes filles qui 
semblent animées. Ferrare possède 
encore un grand nombre d'ouvrages 
Hecetartistc. En 1589, Ma/.z.uoli, dé- 
jà fort avancé en âge , et accable d'in- 
iirraités, se baignait dans le Pô , par 
ordonnance des médecins j il eut le 
malheur de s'y noyer. P — s. 

IMEAD i Pucn ARD ) , célèbre méde- 
cin, naquit en i(i73, à Stepney, 
village près de I^ondrcs , et mourut 
dans cette ville le i G février 1754. 
Il reçut sa première éducation à 
Utrecht , où son père , non-confor- 
niiote , s'était retiré pour des motifs 



MEA 

politiques ; il alla depuis étudier Ia 
luédeciiie à Le^'de, et obtint, clans 
l'université de Padouc, le titre de 
docteur. De retour dans sa paîiic, 
en iG.C)(>, il se livra, avec un grand 
succès , à la pratique de son art. Il fut 
a<rréué aux universités , associé aux 
académies de son pays, élu vice- 
président de la société royale en 
1717 , nommé médecin de l'hôpital 
Saint-Thomas, et enlin, en 17"47, 
médeiiii du roi George 11 , qui , dit- 
on , ne lui accorda jioint une con- 
fiance sans réserve. Il eut part aux 
j)remières expériences de l'inocula- 
tion de la petite-vérole, essayée d'a- 
bord , en i7'^i , sur des criminels 
condamnés à mort; et ce fut d'après 
le sue( ('S de ces expériences , que les 
jeunes princesses Amélie cl Caroline 
furent inoculées en i7't'.i. Mead se 
délassait des fatigues d'une immense 
elientclle ]iar la culture des lettres et 
rétiide de l'antiquité. Comme il |H)S- 
séila de bonne heure une fortune 
considérable ( i ) , il parvint à réunir 
une collection de livres, de méflailles, 
de pierres gravées ot de monuments 
des temps antiques. Le catalogue de 
ces derniers objets a été imjuimé à 
Londres en 1755 , sous le titre sui- 
vant: Musa'iwï sive Calaloç^usnum- 
moiiim, velerisœvi induiimcnloruvi 
et fieninmiKm , etc. La riche bi- 
bliothèque de IVIcad (a) et une table 
somplueuse étaient ouvertes à ses 
amis. Sa munilicence alla plus loin; 
il lit exécuter en marbre la statue 
d'Haney , et la plaça au milieu de 



(l) Quoiqu'il lut dans l'Ms:igc do donnrr j^raluil**- 
racnl les secours df sou arl aux rccV!=ia>l'ques el aux 
p< ns d kitiis, sa pr.ilique lui rcudu ( aiiiiui'lli'in<'nt 
Ctitq nu six. qn('Iquf'l"»i« jusqn' sp|il niillc livre» 
steiliiig ( plus dp cou(-i'iuquaiite mille fraucs ). 

(ï) i:ilr-s ».la;i h (lus d.-dix mille volumes 

choisis , el riclieuieol r-Iits, donl 1 1 v. nie , aines sa 
mort, produisit ;')âoo liv. si- Si palciio de |;.l>!eaox 
fut vendun 3']i7 liv ri il sll. ; et la Inlalit. d- smi 
caiiUiut produisit aux licritiiis iG,oGç) I. 8 s. ii d> 



MEA 

la salle d'asscmbice du collège des 
médecins de Londres. Sa coura- 
f;euse amitié el son désintéressement 
éclatèrent d'une manière benorable 
en faveur de Freind , son coniVére 
( F. FuEiND ). Il anima plusieurs 
de ses compiiiiiites du désir de s'il- 
lustrer par d'ulil<'S établissenients ; 
et ce fiit lui ipii itispiia au libraire 
Guy l'idée de l'under le magnifique 
hôpital de ce nom. ( Fuy. Guy. ) 
La|>lace , dans ses Pièces intéres- 
santes et peu connues , rapporte que 
Mead, presque septuagénaire, étant 
venu a Paris , eut la fantaisie de 
prendre des leçons de Hanse du fa- 
meux Diipré, eopime evercire con- 
venable aux personnes âgées , et sur- 
tout utile à celles pour qui leur pro- 
fession ne laisse que peu de te-nps 
pour la promena le. Il nous reste de 
lui : I, Mechanical account of voi- 
soni,\'^iri, 1708, 171 1, I747, 
in-8".; Dublin, 1 7 .»9,ih-8". Une tra- 
duction latine du même écrit par J. 
Nelson, intitulée, Mechanica cxpnsi- 
tio 2K'nenoruni, fut puMiéeà Loyde, 
1737 , in-S*^.; el uneaufre en italien, 
en i744'i"-t"-Celteproduction, très- 
intéressante à rc|)oqucoù elle parut, 
est remplie d'expéiiences et d'obser- 
vations sur le p îison do la viplue, 
de la tarentule , du chien enragé, sur 
le mercure, l'arsenic, sur l'opium , 
la ciguë, le lamier-cerise , enfin sur 
les exhalaisons nuisibles qui s'élèvent 
de la terre , de l'atmosplièrc el des 
eaux. IL De iinpjrio solis et l:inr 
in cnrpora hwnana et morbis inde 
oriundis, Jjon(\vcs, 170/}, i74G,in- 
8".; I76'.>, , in-40. ; Leyde, eu 
17^7, avec le traité des poi>ons , iu- 
8'.; Londres, avec des change- 
ments et additions , i^/,.S , in - 8\ • 
Amsterdam, 1749, in 8». Il en a 
piru une traduction anglaise en 
1 733 , in-S'*. Ou doit considérer cet 



MEA 43 

opuscule , qui a encore eu d'autres 
édifions , comme inie application de 
la doctrine , alors as^^ rvccute , de 
Newton sur le flux et r^-flux de la 
mer: mais cette application est loin 
de présenter des ex. ilii ,111011s et une 
solution satisfais Mites. 1||. ./ Short 
discour.ie conce-nhig "ontag'on and 
the nielhod to he wed lo nrevent it, 
Londres, i7>.o, in-8^.; irl., hui- 
tième édition , ibid., iji-K, in-8^. Il 
y en a eu plusieurs éditions latines 
publiées sous ce titre : Disserta- 
tiode pestifenp conta^ionis nalurd 
et reniediis , la Haye, i " .1 1 ; et Lon- 
dres , 1743, in-8'^. On voit, parla 
date de cet écrit , qu'H fut composé 
à l'occasion de la fam«Mise peste 
de Marseille. IjCs points princi- 
paux de la doctrine (le iMead sont, 
qu'il reconnaît l'existence et l'activi- 
té de la contagion; et il conseille 
par conséquent l'isolement le plus 
complet , et les mesures sanitaires on 
de quarantaine les plus sévères. 11 
n'aj)|)rouve jxtint les feux que les 
anciens avaient coutume d'al'umer 
dans les p'aces publiques et les car- 
refours. Il ne pense pas non plus 
q'i'il soit nécessaire de détruire les 
calavres des pestiférés avec de la 
chaux vive avant de les recouvrir de 
terre. Il prescrit très-judicieusement 
de favoriser la suppuration des bu- 
bons. IV. Oratin //an-ciana in théâ- 
tre colU'aii re^ii medicorum Londi- 
nens. habita anno 1713 : cidjecta est 
dissertatio de nummis quibusdam 
Smymcpis in medicorum honorent 
percussis , Londres , 1 79. '^ , in - 4».; 
Leyde. i7';i j, in-8". (/^Chishull.) 
Ce discours, et la dissertation placée 
à la s iite, destinés l'un et l'autre à 
relever la gloire et les honneurs de 
la médecine et des médecins chez les 
Grecs et les Romains, devinrent le 
sujet d'une dispute très-vive^ dani> 



44 



MEA 



laquelle les partis opposes dcTeiidi- 
rcut avec beaucoup d'humeur et d'cm- 
portemeut leurs prétentions respec- 
tives. Gonyers Middieton, liominc 
distingue dans le cierge par son rang 
et son savoir , voulut prouver que la 
médecine avait été méprisée chez les 
Romains , et exercée seulement par 
des esclaves ou des aftranchis; et il 
produisit ses raisons dans un opus- 
cule ayant pour titre : De medico- 
rum apud liomanos degentiimicon- 
<i/fio/ie, Cambridge, lyîO, in-4''. 
Rien n'était plus facile que de termi- 
ner cette dispute : car Mead ne pou- 
vait disconvenir que le litre de mé- 
decin n'eût été donné dans l'antiquité 
à des hoiuiues illettrés et pratiquant 
comme nos barbiers et nos bai- 
gneurs quelques-unes d( s opérations 
de la médecine; ce qii n'inlinufiait 
point les témoignages de considéra- 
tion et les privilèges accordés à des 
médecins possédant leur art dans un 
degré éniiijcnt. Des humraespliis sa- 
vants que Middieton dans la science 
des médailles , se eîiargèrcnl depuis 
de prouver que plusieurs de celles qie 
Wead avait cru frappées en l'hon- 
neur des médecins, l'avaient été pour 
des magistrats , et que l'on ne pou- 
vait rien conclure des revers portant 
des symboles ou des attrilnils de la 
santé. V. De variolis et morbilUs 
liber , Londres, 17 47- ^'I- Disserta- 
tion on the sciavr, Londres , 1 749 , 
iu-8". Cette dissertation, dans la- 
quelle Mead décrit le scorbut qui at- 
taqua la flotte de l'amiral Anson, fut 
traduite en français par Lavirotte , 
et publiée à Paiis dans la même an- 
née. VIL Medica sacra , sivc de 
morbis insis,nioribus qui in Bibliis 
meinoranlur cominentarius , etc. , 
Leyde , i 74() , in-8". ; on peut voir, 
sur ce livre, un chapitre assez cu- 
rieux des Entrevues de Ganganelli, 



MEC 

9*. entrevue. VIIL Monita et prce^ 
eepta medica , i']5i , Londres, in- 
8^.; Hambourg, 1752, in-8''. ; 
Louvain, 1755 , in-12. Il en parut 
une traduction française à Paris en 
1758 , in- 12 , avec un Discours de 
Kaau Boerhaave sur les qualités qui 
servent à former el à perfectionner 
les médecins. La collection des ou- 
vrages de Mead a été imprimée en 
latin , par les soins de Lorry , Paris , 
1751 , in-8'\ ; en anglais, Edim- 
bourg, i7()j, 3 vol. in- lu; et 
l'on eu a donné une traduction fran- 
çaise , enrichie de découvertes pos- 
térieures à celles de l'auteur , aug- 
mentée de plusieurs discours pré- 
liminaires et de notes intéressantes 
sur la physique, l'histoire naturelle, 
la théorie et la pratique de la méde- 
cine , etc. , avec huit planches eu 
taille-douce , par M. Coste , Bouillon, 
'1 vol. iu-8". , 177 i. Ledocteur As- 
ken fit exécuter, j)ar le sculjjtcur 
François Roubillaud . le buste de 
INIeail, et le plaça dans le collège des 
médfcins de Londres. Une médaille 
fut frappée en l'honneur de Mead. 
Son (ils lui (it élever un beau momi- 
ment à Westminster. Le docteur 
Ward en composa l'epitaphe latine , 
fpii renferme lUie courte et élégante 
histoire des travaux et des vertus de 
Mead , et qui apprend des détails in- 
téressants sur sa famille. ( F. Jac. 
FosTKR, XV, 319. ) D— G— s. 

MÉCÈÎNE ( Caius-Cilnius-Mecœ- 
nas ) , Romain célèbre , le fut moins 
par la faveur dont il jouit auprès 
d'Auguste que par l'appui généreux 
qu'il accorda aux lettres; et son nom 
est devenu un titre d'honneur pour 
tous ceux qui , à sou exemple, les 
ont protégées. Tous les écrivains de 
son temps se réunissent pour le faire 
descendre des anciens rois d'Etrurie. 
Mcibom , qui a écrit sa vie , est 



MEC 

allé jusqu'à dresser la liste de ses 
ancêtres. Mais on n'accorde aucune 
foi à cette nomenclature, quand on 
voit qu'elle ne repose que sur les 
textes publies par Annius de Vi- 
terbe. 'J ile-Live (iiv. x ) représente 
la famille Cilnia comme très-puis- 
saute à Arretiuni ( Arezzo ), Cice- 
rou, dans sa harangue pour Gluen- 
tius , met un Mécène au nombre de 
ces illustres chevaliers romains qui 
re'sist(;rent courageusement aux in- 
novations que le tribun Drusus vou- 
lait introduire dans les tiibunaux. 
Les ancêtres de l'aini d'Auguste, 
venus à Rome, étaient restes dans 
l'ordre équestre. Ses aïeux, tant pa- 
ternels (]ue maternels , avaient obte- 
nu des commandements militaires. 
Pour lui , même après être parvenu 
au comjjle de la faveur , il fut rete- 
nu , par la modération de son carac- 
tère, parmi les chevaliers, et ne 
voulut jamais sortir de leurs rangs. 
Sa naissance , ses succès dans les 
lettres, la protection qu'il leur ac- 
corda , tout prouve qu'il avait reçu 
une éducation distinguée: son habi- 
leté dans la langue grecque donne 
lieu de croire qu'a l'exemple de toute 
la noblesse romaine , il était allé per- 
fectionner ses connaissances en (îrè- 
ce; et l'amitié qu'il contracta de si 
bonne heure avec Octavieu élevé 
à Apollonie , a fait supposer qu'il 
partagea les études de celui-ci dans 
cette ville. Quoi qu'il en soit , c'est 
là qu'eu l'an 709 de Rome, Octa- 
vion , âgé de dix-neuf ans , renit la 
nouvelle du meurtre de César. Il se 
hâta de passer en Italie pour venger 
la mort de son oncle, qui l'avait 
nomme son héritjier. Mécène le sui- 
vit, et s'attacha irrévocablement à 
sa fortune. Octavien se reposa prin- 
c.ipalemenî sur lui de l'administra- 
tioii intérieure de l'état, et lui accorda 



MEC 



4" 



une confiance sans bornes , l'ayant 
rendu le dépositaire de tous ses se- 
crets , et même du sceau dont il 
faisait usage; ce qui n'empêcha point 
Mécène de suivre Octavien dans plu- 
sieurs des guerres qu'il eut à soute- 
i:ir. Celui-ci le vit à ses côtés dans 
les plaines de Modènc, où il lit es- 
suyer à Antoine une défaite complète; 
à Philippes, où il battit l'armée des 
meurtriers de César ; à Pérouse , où 
le frère d'Antoine fut mis en fuite; 
au cap Pélore, où il défit la flotte 
du jeune Pompée et la réduisit ea 
cendres : enfin Mécène comman- 
dait à Actium les Liburnes , et il 
contribua beaucoup à la victoire 
qui décida de l'empire de l'univers, 
Aussitôt après , il courut à Rome, 
et parvint à étoufTcr la conspira 
tion tramée par le jeune Lépide , 
fils du triumvir. Déjà il avait rendu 
plusieurs fois de semblables services 
à son ami : c'était lui qui avait négo- 
cié le mariage d'Octavien avec Scri- 
bouia , sœur de Sciibouius , alliance 
doi>i le but était de rompre la ligue 
qu'Antoine avait formée avec Sexlus 
Pompée , gendre du même Scribo- 
nius. C'est lui qui fut envoyé à lirin- 
des pour ménager l'union d'Octavie 
avec Antoine , qui , pendant plu- 
sieurs années , suspendit la guerre 
cnti-e les deux rivaux. La victoire 
d' Actium ayant fait passer l'empire 
aux mains d'Octavien , ce prince an- 
nonça le projet réel ou simulé d'abdi- 
quer l'autorité souveraine, et consulta 
sur cette résolution ses deux confi- 
dents intimes, IVIécène et Agrippa. 
Celui-ci fut d'avis de l'abdication : 
Mécène développa un sentiment con- 
traire dans un admirable discours 
qu'on trouve dans Dion ( Iiv. Sa), et 
où il traça un plan de réforme pro- 
pre à rendre à l'état toute sa vigueur 
et sou premier éclat. Auguste adopta 



46 



MEC 



le sentiment et les plans de Me'cène, 
et lui dut ainsi la gloire de son rè- 
gne. Il en avait reçu d'utiles avis et 
des leçons coura};;euses d.i us d'autres 
circonstances. Ce fut Mécène qui lui 
conseilld de donner en mariage sa 
fille Julie à Agrippa, dont l'cieva- 
tion ne laissait plus à Auguste que 
l'alternative ou d'en Taire son "cudre 
ou de le mettre à mort. iJans une 
autre circonstance, voyant Auguste 
sur le point de condamner plusieurs 
citoyens à j-enire la vie, et ne pou- 
vant arriver jusqu'à lui , à cause de 
la foule qui se j)ressait autour du 
tribunal , il lui jeta des tablettes sur 
lesquelles il avait écrit ces mots : «Lè- 
» ve-to; enfin , bourreau. » Ce fut par 
son conseil que ce prince refusa les 
honneuis divins, qui n'auraient fait 
que le rendre i idi( ule au\ veux des 
"cns srnse's; «pi'il renonça aux titres 
de Boi et de Monarque , comme por- 
tant avec eux des idées de tyrannie, 
pour se contenter de ceux de César 
et iV Empereur. Il lui conseilla de 
régénérer le sénat, en y introduisant 
des hommes d'un mérite reconnu , 
et d'un âge propre à inspiier de la 
confiance; d'assurer la tr.Miquillilé 
de Rome par l'abolition des assem- 
blées populaires; d'occu])er les jeu- 
nes paliicicns en établissant pour 
eux des académies et des écoles pu- 
bliques ; enlin de distraire l'altenlion 
du peuple et de donner un aliment 
à son activité en l'amusant par la 
pompe des spectacles et la magni- 
ficence des édifices. Il fit lui-même 
construire à ses frais des bains pu- 
blics, et cliangea en jardins magnifi- 
ques les Esquilles où des tombeaux 
infectaient une partie de la ville. 
Cette noble bienfaisance lui gagna 
tous les cœurs; et Horace nous ap- 
prend, qu'à la suite d'une maladie 
qui avait fait craindre pour ses jours, 



MEC 

ayant paru an théâtre de Pompée , 
le peuple éclatii en applaudissements. 
Tel fut Mécène dans les combats , et 
à la tête de raduiinislration publi- 
que ; mais la gloire qu'il acquit eu 
accord.iut sa faveur aux lettres , est 
resleebien plus éclatante. Pendant le 
feu des guerres civiles, il fil rendre à 
\ irgile l'héritage que ce poète possé- 
dait auprès (]r i\Iantoue et qu'un vé- 
téran avide a\a't usurpé; il obtint ie 
p.iidon d Huiace, i(ui avait porté les 
aimes contre Auguste à Philippcs. 
Lorsque la paix fut rétablie, ses 
bienfaits furent encore plus signalés. 
Il se plaisait a rassembler , s(»it dans 
son palais à Rome, soit dans sa 
miiison de p'aisance à 'J'ibur, tous 
ceux qui se distinguaient p.ir eurs 
talents. I,à, outre \ irgile et Horace, 
on voyait Vaiii;s, f,»meii\ par ses 
tr.igédies, Proprrce, Domilius Mar- 
sus, rival de Caliil'e pour lépigrara- 
me, \ a.'gius, renomme pour son éru- 
dition , Plotius. Tucea, tous deux 
charges de réviser l'Enéide, et tant 
d'antres écrivains célèbres. Auguste 
aimait les lettres; mais ce fui par 
les mains de Mécine ({u'il combla de 
bienfaits ce>ix (pii les cultivaient. 
\ irgile reçut des richesses considéra- 
bles ; Horace obtint des domaines 
agréables et fertiles : tous eurent des 
ré( oni]>enses magnifiques. Les muses 
semontrèrentreeunnaissantes: Virgi- 
le dédia a Mécène le pins parfait dcscs 
ouvrages . les Géorgiques ; Horace et 
Properce lui adressèrent plusieurs de 
leurs poésies. Ce fut ainsi que les bel- 
les-lettres furent, sous la direction de 
cet habile homme d'état , un moyen 
dont il sut tirer un grand parti pour 
faire aimer aux R<imains leur nou- 
veau régime. 11 s'attacha tous ceux 
qui pouvaient contribuer à la gloire 
de son maitre et à la sienne ; c'était 
dans les fréquentes réunions de poc- 



MEC 

tes, d'orateurs et d'Iiisloricns , for- 
mées par lui. que l'on exaltait les 
loiian|;es du prince et celles du mi- 
nistre. Ces louanges, rej).iiidues eu- 
suite parmi le peuple, adoucissaient 
insensiblement les esprits , et clian- 
çjeaieut en admiration les re}:;rets de 
la liberté. Ce fut ainsi qu'il désarma 
les ennemis cachés du nouveau gou- 
vernement, et qu'il accoutuma tous 
les Romains à lui obéir. Auguste con- 
serva, par SCS avis, des consuls, des 
préteurs , des édiles, qui letraçaient 
par leur dénominalioii , le souvenir 
de l'ancienne républiipie : mais ils ne 
posséilaient (pie l'ondjre de l'autori- 
té dont leurs prédécesseiu'S avaient 
joui. L'histoire atteste les talents, la 
valciu" , la modération, l'Iiumanité 
de Mécène; elle blâme son penchant 
excessif ])our les plaisirs, sa )nul- 
Icssc, son luxe, son goùl j)uéril pour 
les pierreries. Mais pardonnons à 
des vices devenus les mœurs du siè- 
cle, et dont les excès appelaient 
cette réforme divine tîont l'instant 
fortuné approchait et qu'il ne fut 
pas donné a Mécène devoir. 11 avait 
perdu Virgile en -jB}. Trois ans 
après, il fut encore, malgré sou 
grand âge, chargé par Auguste, 
partant ])oiîr les Gaules, du gouver- 
nement de l'Italie. L'absence de l'em- 
pereur dura trois ans. L'an '] \'~i de 
Rome, suivant Dion, Mécène ter- 
mina sa carrière : l'histoire qui ne 
nous a pas transmis l'époque de sa 
naissance, nous apprend seulement 
qu'il était déjà vieux. 11 fut inhumé 
dans ses jardins, après avoir insti- 
tué l'empereur son héritier. Les re- 
grets que causa la mort de Mécène 
à Auguste se manifestèrent dans plu- 
sieurs occasions, surtout lorsqi'eu 
reléguant Julie il eut divulgué l'op- 
prol»rc de sa maison : « Ah I si 
» xMécènc ou Agrippa vivaietit cu- 



MEC 



47 



» corr, s'ccria-t-il , rien d.c tout 
» cela ne m'arriverait. » Il est dif- 
ficile de décider si Mécène survécut 
à Ilorav. Suivant Suétone , ce j)oètc 
n'est mort qu'à la lin de l'amiéc -j '^',^ 
et par conséquent après Mécène dont 
on s'accorde à placer la mort vers le 
milieu de cette même année. On cite 
encore en preuve son testament dans 
lequel il recommandait son ami à 
Auguste, en ces termes : « Souvenez- 
vous d'Horace, comme de moi-mê- 
me. » Mais , d'autre part , tous les 
savants se réunissent pour regarder 
un fragment de quelques vers , qui 
nous re^te de Mécène, comme avant 
pour objet la mort d'Horace. (^)uoi 
(pi'il en soit, il est constant qu'ua 
intervalle de peu de mois a séparé 
leur fin. C. Pedo Albinovan.ts a 
pleuré Mécène dans deux élégies 
qui nous restent. Mécène avait épou- 
sé ïerentia, femme aussi distinguée 
par sa beauté qu'altière dans son hu- 
meur. 11 la quitta et la reprit plu- 
sieurs fois, ne pouvant vivre ni avec 
elle, ni sans clic ; il ne laissa point 
depostéritéaprèslui. La santéde Mé- 
cène fut toujours très-délicate. Pline 
rapporte qu'il ne fut jamais sans fiè- 
vre , pendant tout le cours de sa vie , 
et qu'il était en proie à une insomnie 
continuelle, durant les trois derniè- 
res années qui précédèrent sa mort. 
Il avait plaidé avec succès queltpies 
causes dttns sa jeunesse ; mais il ne 
s'occupa ensuite que de poésie et des 
allàires del'Élat. De toutes les pièces 
devers qu'il avait composées , et qui 
remplissaient au moins dix livres , il 
ne nous reste (jiie quelques fragments 
conservés dans le recueil de Mait- 
taiie. On croit aussi qu'il avait tra- 
vaillé siu' l'histoire naturelle, et ré- 
digé des Mémoires pour servir k 
riiistoired'Auguste.Oncitccncorede 
lui deux, tragédies, Proinéthée , et 



48 



MEC 



Octavie. Tout cela est perdu. Il est 
bien étouuant que cet homme , qui 
était regarde comme le plus bel es- 
prit de l'Empire , qui était tous les 
]ours dans la compap;iue de gens de 
lettres doiit les ouvrages sont le mo- 
dèle le plus parlait du bon goût, tels 
qu'Horace et Vil gile, ait donné jus- 
qu'à l'excès dans ralTeclatiou du 
style , qu'il se soit amu<c à créei" 
des mots nouveaux, à rechercher, 
mcrac dans les sujets sciieux , une 
cadeuce molle, des nombres languis- 
sants. C'est cependant le reproche 
que lui adressent Juvénal et Senè- 
que. Le détail dans letpiel entre ce 
dernier nous fera connaître non-seu- 
lement les vices de son si vie , mais 
encore sa manière de vivie qui y 
était assoi lie : « On sait quel iuimme 
» était Mé'.ène, comme il marchait , 
» comme il vivait , comme il éla- 
» lait ses vices : eh bien ! son stvle 
» n'est-il pas aussi lâche, aussi flot- 
» tant que sa toge ? ses expressions 
» n'ont elles pas la même singularité 
» qu'on remarquait dans sa parure , 
» dans son cortège, dans ses meu- 
» blés, dans sa iemme? C'était un 
)> homme d'un graml génie, s'il eût 
M voulu marchf r par le chemin le 
» plus droit, s'd n'eût pas aiUcté de 
» se rendre inintelligible, si même 
» dans ses discours il n'était ellc- 
» miné. Sou éloquence, enveloppée, 
» chancelante , déréglée , est celle 
y> d'un homme ivre : dans sa manière 
» d'écrire . comme dans sa manière 
» de s'habiller , c'est toujoius Alé- 
» ccuc. » ( Senèquc cite ici quelques 
phrases de Met eue qui sont inliadui- 
sibles ; ])uis il ajoute ) : « Quand 
» on lit ce passage, neieconnaît-on 
» pas riiommequi paraissait en pu- 
« blic toujours délabré , avec une 
» tunique sans ccintnre , lors même 
» qu'il représentait Auguste dans sou 



MEC 

'» absence; l'homme qui, dans son 

» tribunal, sur la triljuneaux haran- 

» gués , dans toutes les assemblées 

» publiques , se montrait la tète ni- 

» vcloppée d'un manteau grec , de 

» manière cependant que les deux 

» oreilles paraissaient , et précisé- 

» ment dans l'équipage que nous 

» voyons sur la scène aux esclaves 

» fugitifs , dans les mimes ? Ne rc- 

» connaît -on pas celui qui, dans 

» l'honeur des guerres civiles, quand 

» toute la ville était eu larmes, mar- 

» chait accompagné de deux eu- 

» nuques , plus hommes que lui ? 

» celui qui s'est marié mille fois , 

<) quoiqu'il n'ait jamais eu qu'une 

» femme i* Ces constructions sin<iu- 

, . . . . ^ 

» liercs, ces exj)ressions )elees avec 

» négligence, placées contre toute 
» espèce de règles, n annoncent-cllcK 
» pas que ses mceurs étaient nou- 
» Villes, (léj)ravées et capricieuses? 
» On vante sa douceur : il epargua 
» le sang ; il ne montra son pouvoir 
» que par l'excès de son luxe : mais 
» le caractère de son éloquence lui 
» 6te même ce mérite; on voit qu'il 
» eut plut(')t de la mollesse que de la 
» douceur. » (Séuèq. leltr. i \i\.) On 
peut consulter, dans le xiii". vol. 
de l'académie des inscriptions , un 
Mémoire de l'abbé Souchav, sur la 
Fie de IMécène : elle a été écrite 
en espagnol , par Martyr Hizo ; en 
italien, par Caporali (, 1673 ), par 
Cenni (1G84) , par Diui ( 1 no^) ; en 
alleni;ind , par Bennemann (1744) î 
en latin, par J. H. Meibom (iG53). 
Riehcr , qui en a doiuié une en fran- 
^■ais (174'i) 1 paraît n'avoir connu 
que cette dernière. On trouve le por- 
trait de IMécène dans V IronograpliK^ 
romaine de Visconti , d'après une 
belle pierre gravée , dont l'explica- 
tion a beaucoup exercé lésa nticpiaires 
( F. SoLON ). Si — D et T — D, 



MEC 

MÉCHAIN ( PuRRE-FnANÇOTS- 

AnduiÎ ) , aslroïKiiiie , était ne à 
Laoïi , do'|)'iiieiiiput de l'Aisne, lu 
iG août 174»- Sun |)èro. anliilectc , 
l'avait clfve pour en l'aiic son suc- 
ccssoiir , dans un état (|ui ne l'avait 
jioiirt.int j^ucre tniiclii lui-nic'nio. 
Les preniiei's lia vaux du jeiuie Me- 
cliain l'avaient fait connaître et ché- 
rir de plusieurs Jiomuies disfingiics 
de la province, qui lui donnèrent 
l'iclce d'aller à Paris puiser une ins- 
truction p'us cleudue et plus hiil- 
lante à l'école des ponls-et cliius- 
sc'es. Muni do leurs recommanda- 
tions , Mecliain s'y présenta, et tut 
admis sans dilllcuiie ; mais, son père 
e'Iant hors d'èlat Je le faire subsister 
à Paris pln.-ieurs années sans appoin- 
tements , il se vit force' de renoncer à 
ce projet , et se char^^ea de J'cduca- 
tiou (le deux frères, dont les parents 
lialtilaient une cani paierie auprès de 
Sens. Là, il consacrait ses loisirs à 
l'étude des matlièmafiipies , cl trou- 
vait dans ses économies les niovens 
de n'être jias lout-a-fait inutile a ses 
parents. Méchain père , ohli^e' de 
venir à Paris pour un procès quii 
perdit , v reslail , faute de la modique 
somme qui 'ni était nécessaire pour 
retourner à Laon. Le fils se trouvait 
aussi sans argent , parce qu'il venait 
de paye mi instrument aslrono- 
miqne, qu'un de ses amis était près 
de lui envoyer. 11 chargea son père 
de vendre l'iiistriimcnt ; Lalande 
l'acheta , non sans prendre les infor- 
mations les plus empressées sur le 
jeune homme qui paraissait annoncer 
un goût si décidé pour l'astronomie: 
il lui écrivit pour l'encouraeîer , lui 
traça un ])lan d'études, et lui confia 
les feuilles de la seconde édition de 
son astronomie, qu'il faisait alors 
imprimer , le priant de les lire et 
de lui communiquer ses remarques. 
XXV m. 



MEC 49 

L'élève alfontiflui transmit des notes, 
dont l'aslionome consommé se hâta 
de profiter ; enfin , Lalande attira 
Méchain près de Paris , en le fai<;ant 
nommer astronome hydrographe du 
dépôt des caries de la marine , dont 
les bureaux étaient alors à \ ersailles. 
Là, Sun travail devait cire de com- 
pulser tous les voyages et les jonr- 
uaiix de navigation . pour en tirer les 
clémei.lsdes iiKillcui es caries hydro- 
graphiques. Les divisions entre les 
ministres et les oniciers-genérauxqui 
se succ('daieiit dans la dirccti n du 
dépôt des cartes, lui firent deux fois 
jterdrc celte j)lace, (pi'on lui leiidit 
définitivement quand sa réputation 
fut bien établie. Dans deux cam- 
pagnes de mer, avec ^L de la Brc- 
tonnière , il traça la description de 
cent lieues de cotes, depuis Nieiiporl 
jusqu'à Sainl-Malo. Le marquis de 
Chabert l'occupa long -temps aux 
calculs des observ.. lions que depuis 
vingt ans il faisait dans la Médiler- 
ranée. le duc d'Aven ( depuis duc 
de Noailles ) reçut de lui les ])oiiits 
fondamriilaux d'une carte militaire 
de rAllemaQ,iie et de la pirlic sep- 
tentrionale de l'Italie. Ces travaux 
obscurs , si longs et si épineux, ne 
l'empêchaient pas de trouver du 
temps , toutes les nuits , pour les ob- 
servations astioiii'ini |U(S. Lalande 
en présentait de sa jtait les résultats 
à l'académie, (Uii eu ordunn..it l'im- 
pression d .lis ses Mémoires. Méchain 
se livra sj)éci .Icmciit .i la recherche 
des comètes, qui, comme les éclipses, 
sont une ressource facile pour l'as- 
tronome dépourvu des instruments 
qui supposent quelque fortune, et qui 
ne se trouvent gui re que dans les 
établissements publics. Ces moyens 
avaiei'.t fait la réputation de Mes- 
sier : ils viennent de procurer la di- 
rection d'un observatoire étranger , 



5o 



MEC 



à un astronome qui s'était formé 
lui-uiême à Marseille, Mccliaiii lit eu 
ce {;;enre autant ou plus que pcrsoiuie; 
et ce qui le distiuj:^ie surtout, c'est 
que, non content de découvrir une 
comète , de la signaler aux astro- 
nomes , et de l'observer lui-mcrae 
avec soin , il sut joiudre la théorie 
à la pratique , et déterminer les élé- 
ments auxquels on reconnaîtra la 
comète , si quelque jour elle doit se 
remontrer. En i-jSi , il eut la bonne 
fortune d'en découvrir deux , dont il 
calcula tout aussitôt les orbites. La 
nouvelle planète Uranus ,dccouxcile 
la même aimée par Herschel, futd'a- 
bord considérée généralement comme 
une comète, quoiqu'elle n'en eût 
guère les apparences. Mécliaiu la 
suivit assiJumeoit, en calcula le cours 
dans diverses paraboles ; et d'après 
une idée du président Saron , avec 
lequel il était dès-lors en société de 
travaux, il lut le j)remier à la traiter 
comme une planète , en lui douuant 
une orbite circulaire. La première or- 
bite elliptique, calculée par la métho- 
de de M. le marquis de la Place, eut 
pour fondements (|uatre observations 
de Méchaiu , auxquelles ou crut de- 
voir la préféreuce pour une recherche 
aussi débcale. Ou espérait revoir, eu 
l 'jBg ou 1 790 , la comète qui avait 
paru eu i53u, et qu'on avait quel- 
ques raisons de croire la même qui 
avait aussi paru eu 16G1. Mais ce 
point était assez douteux et non m oins 
difllcile à éclaircir, vu le ])eu de pré- 
cision des observations sur lesquelles 
Ilalley avait pu fonder ses deux théo- 
ries , qui ofliaient plusieurs éléments 
identiques. L'académie proposa cette 
question pour le sujet de son prix an- 
imel. Méchaiu fit un examen critique 
de tous les renseignements fournis 
par les historiens sur les deux appa- 
ritions : il calcula scrupuieuscuicnt 



MEC 

toutes les observations ; il déci la 
qu'elles iiidi([uaient deux comètes 
réellement diliérentes, et qu'ainsi ou 
n'avait aucun espoir un peu fondé de 
revoir ni l'une ni l'autre. Sa pièce 
obtint le prix ; et huit ans après, l'é- 
vénement prouva que iVIéchain avait 
fait un bon travail, et que l'académie 
avait bien jugé. Encouragé j)ar ct> 
succès et par son admission à l'aca- 
démie, qui suivit de près, Méchain 
se livra avec tant d'ardeur à ces re- 
cherches , qu'en dix-huit ans il dé- 
couvrit le premier onze comètes, en 
calcula les orbites, auxquelles il joi- 
gnit celles de treize autres comètes 
découvertes par les autres astro- 
nomes ; réiniissant ainsi en sa per- 
sonne les mérites et les titres de ses 
deux confrères , Messier et Pingre. 
Calculateur égal au moins au second 
pour la précision et la sûreté , il se 
montraitautant(|ue le premier ojjser- 
vateur infatigable: éclipses de soleil , 
de lune, d'étoiles , de plani-lcs ou de 
satellites, il ne laissait rien échapper; 
et partout il porta t ce regard per- 
çant et attentif qu'il tenait de la 
nature . et qui n'est pas le don le 
moins utile à l'astronome. Dans les 
temps où il était encore inconnu et 
sans état assuré , Lalande l'avait mis 
eu société de travaux avec l'astro- 
nome Darquicr , qui avait bâti à 
Toulouse un observatoire dans lequel 
il suivait le cours du soleil, delà 
lune et de toutes les planètes. L'ob- 
servation , malgré ses fatigues , est 
une récréation pour l'astronome : 
les calculs sont Lieu plus loiigs et 
surtout plus enimyeux ; ils exigent 
une autre vocation , une espèce de 
courage, qui n"est guère celui des 
homjnes qui ont quelque aisance. 
Méchain le conserva toute sa vie ; 
il eut celte conformité de plus avec 
La Caille. Daripiier envoyait se» ob- 



MEC 

scrvalions ; Me'chain les calculait, 
les comparait aux tables, et Banquier 
se c]iarc;cail de tous les frais du cal- 
cul et de la publicatiou. Me'ehaiu 
trouva dans cette association un se- 
cond a vanlaç;e: elle lui procura, pour 
les longs calculs, cette habitude qui 
lait qu'on peut réunir l\xaclilude 
à la célérile. Quand Jeaurat, de- 
venu à son tour acade'inicien-pen- 
sionnaireeu 178.5, dut abandonner 
la rédaction de la Conn lissance des 
temps, à laquelle était attache un 
modique traitement , IMe'chain fut 
choisi pour le remplacer; et per- 
sonne encore n'avait réuni , au même 
degré, toutes les qualités nécessaires 
à la perfection 'd'un ouvrage dont 
l'étendue croît chaque année , et qui 
passe aujourrriiui les forces et la pa- 
tience d'un seul homme. On avait 
c'Ieve' , un peu légèrement , quelques 
doutes sur la position relative des 
observatoires de Paris et de (îreen- 
wich ( près de Londres ). Une ve'rili- 
cation fut ordonnée ; elle devait être 
faite de concert par les astronomes 
re'unis de la société royale de Lon- 
dres et de l'académie dos sciences. 
Les savants anglais s'y préseiitèrent 
avec un appareil d'instruments raa- 
e[nifiques et nouveaux , et l'espoir 
bien fondé de surpasser tout ce qui 
avait été fait de mieux en ce genre. 
Les commissaires français , MM. Gas- 
sini , IMéchain et Le Gendre , s'y 
montrèrent avec leur réputation eu- 
ropéenne , et avec un instrument , 
également nouveau, tout aussi précis 
quoique moins imposant , le cercle 
répétiteur de Borda. La réputation 
de ce cercle était encore à faire; on le 
montrait digue de soutenir la con- 
currence avec le théodolite dcRams- 
den : il fallait montrer aussi la supé- 
riorité qu'il avait sur les anciens 
quarts-de-ccrclc j le meilleur moyeu 



MEC 



5r 



était d'employer simultanément les 
deux instruments aux mêmes obser- 
vations. MM. Cassini et Legendre 
sechargèrent d'opérer avec le cercle- 
Méchain eut la mission de faire avec 
l'instrument dont il avait une lon- 
gue habitude, tout ce qui était au 
pouvoir de l'homme pour qu'il ne 
restât pas trop inférieur à la nou- 
velle invention. La question fut dé- 
cidée sans appel , et la grande supé- 
riorité du cercle bien reconnue ; mais 
ce à quoi l'on s'attendait moins , et 
que >Ic'chain nous a déclaré lui- 
même, c'est que le cercle est tout 
aussi expéditif , et qu'il fallait autant 
de temps pour prendre un angle une 
seule fois avec le quart-de-cercle 
qu'a deux astronomes réunis pour 
le mesurer vingt fois au moyen du 
cercle et avec une précision bien plus 
grande. Une occasion plus impor- 
tante se présenta bientôt de mettre 
en évidence les avantages du cercle 
et les talents de Méchain. L'Assem- 
blée constituante avait décrété l'éta- 
blissement d'un nou\eau système de 
mesures , fondé sur- la grandeur du 
méridien terrestre, rtléchain fut l'un 
des deux astronomes choisis pour 
cotte opération, qui devait détermi- 
ner les dilférences terrestie et céleste 
entre les parallèles de Dunkerque et 
de Barcelone. Méchain eut, dans son 
lot, la partie qui s'étend de Barce- 
lone à Rodez. Le reste eu est au 
moins le double; mais la partie es- 
pagnole étant toute nouvelle , et l'au- 
tre ayant été mesurée deux fois, on 
croyait qu'elle devait donner moins 
de peine et. ne demandait pas plus de 
temps. L'événement confirma cette 
idée en partie, mais par des rai- 
sons toutes contraires à celles qu'on 
avait imaginées. Les délais néces- 
saires à la confection des instruments 
(irent que les premiers jours où l'on 



52 



MEC 



pût entreprendre la mesin*e , furent 
ceux, où la rev()lutii)n dcvonail \rai- 
lut-nl cilrayante (, juiii 179'^ )• jMe- 
cliaiu, arrête à Essonne, jiarce que les 
instruments (juil traînait a sa suite 
étaient pris pour des moyens de con- 
tre-révolution , eut Le.iucoup de 
peine à obtenir la liberté de conti- 
nuer sa course scientifique. Ariivéeu 
Espagne, il fit avec une célérité inat- 
tendue et un bonheur irès-niarquc, les 
opérations de tout genre dont il était 
chargé : non sculccient il couvrit de 
ses triangles tout l'espace compris 
entre Barcelone et les Pyrénées , ob- 
serva les azimuts et la liautcur du 
pôle à l'extrémité méridionale de son 
arc; mais , avec l'aide d'un adjoint 
aussi actif (|u'inlelligent , de Tran- 
chot qui était connu déjà par la carie 
de l'île de Corse, il put s'assurer de 
la possibilité de conduire ses trian- 
gles jusqu'aux îles Baléares. Il lui 
restait à joindre les triangles d'Es- 
pagne aux premières stations fran- 
çaises, ce qui devait être l'ouvrage de 
quelques seuiaines ; delà jusqu'à Ro- 
dez il n'eût fallu que quelques mois, 
et en moins d'un an il se flattait que 
tout pourrait être terminé. Il igno- 
rait les obstacles de tout gem-e qui 
arrêtaient en France la marche de 
son collègue; et l'accident terrible 
qui lui arriva bientôt à lui-même, lit 
évanouir toutes ses espérances à l'ins- 
tant où il allait se mettre en roule 
pour les réaliser. Un médecin de 
Barcelone, dont il était devenu l'ami, 
doira lui montrer une machine hy- 
draulique. Les chevaux qui devaient 
la faire mouvoir étaient occupés ail- 
leurs ; le médecin et son domeslicjiie 
se crurent assez forts pour faire aller 
la pompe, et v réussirent quelques 
instants. Méchain , d'un lieu élevé , 
considérait, avec surprise, la (|uau- 
tité d'eau qu'il voyait atâuer : dci> cris 



MEC 

viennent frapper son oreille; il aper* 
çoit le médecin et son domestique 
entraînés par la machine, dont iU 
auraient dû abandonner le levier qui 
les avait renversés, et qui ne pouvait 
plus leur faire aucun mal en tour- 
nant au-dessus d'eux. Ils s'en avisè- 
rent trop tard et trop tôt. iMéchain 
s'était précipité pour les secourir ; le 
levier devenu libre vient le frapj)cr, 
et le lance contre le mur; il retojube 
sans connaissance, et baigné dans 
son sang. Le médecin le croit moi t , 
cl lui donne, pour la furme, des soins 
qu'il croit absolument iiuililcs. Mé- 
chain avait ])lusieurs côles et la cla- 
vicule brisées; d resta trois jours sans 
connaissance, et condamné a plu- 
sieurs mois d'inaction, dans la saison 
dont il se préj)arait à faire un si bon 
emploi: il va, dans sa convalescer.ee, 
passer l'automne aux eaux ther- 
males de Caldas, Pendant sa maladie 
la guerre s'élait ouvertement dé- 
clarée : non-seulement d ne peut ob- 
tenir la permission d'aller dans les 
Pyrénées, travaillera la jonclion des 
parties espagnole cl française; mais 
on lui refuse les passeports néces- 
saires pour traverser les monts et 
rentrer en France. Demeuré prison- 
nier en Espagne , avec la liberté 
toutefois de choisir le lieu de sou 
séjour, il le fixe à Barcelone; et, 
pour rendre sa captivité moins inu- 
tile , il y répèle au fort de Monljouy, 
les observaîions qu'il avait failes avec 
tant (le succès rannéc précédente, 
et qu'il lui est inteidil de continuer. 
Elles paraissent d abord réussir tout 
aussi bien; mais il aperçoit que le 
résultat dillère sensiblement de ce- 
lui que déjà il avait envoyé en Fran- 
ce. II .se tourmente pour trouver 
la cause de cette dilTcrence ; il a peur 
qu'elle ne soil attribuée à son peu de 
soin ou d'adresse, et même qu'elle ii« 



f.'isse naître quelques cloutes siir les 
oliscrvatioiis de iMonljoiiy : il prend 
la l'iiiiesle résolution d'eu faire un 
mystère , cl de considérer comme 
non avenues ces dernières observa- 
tions qu'on ne lui avait pas deman- 
dées. Ce seoret qui lui pèse , l'ennui 
de sa captivité, l'inquièludc où il 
était sur sa femme et ses enfants 
dont rar. ment il avait des nouvelles , 
toutes CCS causes le jettent dans une 
mèiancolic profonde , dont jamais 
il n'a ètè bien guéri. Il obtient enfin 
des passeports pour l'Italie. Sa tra- 
versée est contiiuiellemcnt iurpuctcc 
par les corsaires ; il craint de se voir 
enlever ses manuscrits , et tous les 
résulta tsdeses observât ions ••échappe ^ 
aux corsaires , il voit dans le port 
saisir ses caisses , qui ne sont sauvées 
q'ic par l'intrépidité hasardeuse de 
son adjoint Tranchol. On croit qu'il 
\ii se hâter de rentrer en France : 
Tranchot l'eu sollicite inutilement. 
IjC triste sort de ses confrères, Bailly, 
Saron et l^avoisier, le fait frémir à 
la seule idée de rentrer à Paris. Après 
de lon^^ucs incertitudes, il s'embar- 
que pour Marseille ; de là jusqu'à 
Uodèzou Perpignan , la route n'était 
ni longue , ni dilVicile. Il hésite 
pendant plusieurs mois , et arrive 
enfin au port de Vendre. Il reprend 
Il mesure des triangles vers la lin 
de noO, mais avec lenteur , com- 
me s'il redoutait l'instant où cilc 
devra Unir. Eu France, son collègue, 
après des contrai ictés de tout genre , 
s'était vu destitué comme suspect de 
royalisme ; mais après une suspen- 
sion de ({ulnzc mois, il avait achevé 
SOS opérations à la réserve de la me- 
siired'unebase. Prètàl'entreprendrc , 
il invite Méchaiu à terminer des opé- 
rations qui peuvent se faire en quel- 
ques semaines, et promet de lui con- 
duire à Perpignan tout ce qui lui sera 



MEC 53 

ne'cessaire pour la base de vérifica- 
tion, qu'il a témoigné le plus vif désir 
de mesurer lui-même. Méchainucfait 
aucune réponse, et reste tout Télé à 
Carcassûiine sans qu'on en puisse de- 
viner la raison. Horda, inquiet, com- 
me ses autres amis , de ces retards et 
de ce silence , engage M'»*^. Méchain 
à entreprendre le voyage de Carcas- 
soimc. Elle y trouve son mari , qui ne 
veut reprendre son travail qu'après 
qu'elle sera partie. N'osant se fier en- 
tièrement .1 la promesse qu'il lui fait, 
elle se détourne pour aller liouvcr, à 
Perpignan , l'astronome qui s'y pré- 
parait à la mesure de la base que Mé- 
chain s'était mis dans l'impossibili- 
té d'exécuter lui-même : elle y reçoit 
de cet astronome la |)romesse de se 
tenir toujours à portée de son mari 
pour le suppléer au besoin, et celle de 
le ramener a Paris dès que les opé- 
rations seront terminées. Pour rem- 
plir celte double promesse, il se 
transporte successivement à Nirbon- 
ne et a Carcassonne, où, pendant cin- 
quante jours, il attend Méchain qui ar- 
rive enfin, mais reruseabsoluraentde 
revenir à Paris , et s'obstine à retour- 
ner en Espagne pom- y recommencer 
les observations de latitude. Rien 
n'eût été plus évidemment inutile, si 
les observations de Barcelone eussent 
été parfaiteiucut d'accord avec celles 
de Montjouy; mais Méchaiu faisait 
mystère de la diirércnce qu'il avait 
trouvée , et que tout autre à s.i place 
aurait franchement ;n-ouée. Réduit 
au silence , il se laisse entraîner après 
trois jours de résistance. A Pari<, 
nouvelles difficultés. Les savants 
étrangers, appelés de tous les états 
qui n'étaient plus en guerre avec la 
France , attendaient les astronomes 
depuis plus de deux mois. Leur mis- 
sion était de prendre connaissance de 
tout letravaU, d'eu calculer les ré- 



54 MFX 

sullats définitifs et do les sanctionner 
par une approbation ç;eiieiale. INIe- 
chain refuse lonç;-temj)s ilc commu- 
niquer SCS rcf;istrcs ; il se resi<;nc en- 
fin à montrer ce qu'il a depuis fait 
imprimer de ses observations ç^e'odc- 
siqucs et de ses obsen'ations astrono- 
miques , à la re'scrvc de celles de Bar- 
f cloue. On trouve tout dans le j)lus 
bel ordre possible, et l'on ne conçoit 
rien à tous ses retards : on admire 
surtout la précision et l'accord de 
tous ses angles et de tous ses cal- 
culs. 11 avait manifeste le désir d'ob- 
Bcrvcr seul la latitude de Paris, afin 
que sa part du travail parût moins 
inégale. La commission avait insiste 
pour que cette latitude fût observée 
simultanément par les deux astro- 
nomes. 11 témoigne une répugnance 
invincible à montrer les observations 
<pril fait chaque miit ; et les com- 
missaires terminent leur travail , sur 
l'assurance qu'il leur donne que sa 
latitude s'accorde à un dixième de 
seconde près avec celle de son collè- 
gue. Dès son arrivée à Paris, le bu- 
reau des longitudes lui avait remis, 
de fait, la direction de l'Observa- 
toire, où il demeurait depuis long- 
temps, et dont il avait c'tc le ra/n- 
taine-conciergo quand il y avait un 
autre directeur. 11 était le plus an- 
cien des astronomes observateurs du 
bureau des longitJides ; il avait des 
droits bien acquis à celte préférence. 
On se flattait qu'une situation plus 
tranquille et des occiqiations de son 
goût , le plaisir d'avoir à sa disposi- 
tion les grands instnimenls dont cet 
observatoire s'était enrichi pendant 
son absence , enfin la considération 
gene'rale qu'il avait si bien méritée, 
lui rendraientsa sc'rcnilè])remièrc, et 
dissiperaient la mélancolie dont ou 
était loin de deviner la véritable 
cause. Toujours plein de son idée de 



MEC 

retourner en Espagne, il avait en- 
1 retenu le bureau de son projet de 
prolonger la méridienne juscju'aux 
lies Bilèares.Son idée fut approuvée; 
l'autorisation et les fonds nécessaires 
étaient obtenus : mais on voulait 
charger de l'exécution un autre as- 
tronome. A sa grande surprise, le 
bureau entend Méchain, qui réclame 
la propriété de ce jjrojet avec \\i\e 
vivacité siugulière, qui fait valoir que 
nul ne conuaît aussi bien que lui les 
movcns de le faire réussir , et qu'il a 
un droit incontestalde à s'en voir 
chargé de préférence à tout antre. 
Personne ne contestait cedroil; mais 
on croyait la présence de Méchain à 
l'Observatoire beaucoup plus utile à 
l'astronomie. On se rendit à ses ins- 
tances, quoiqu'on n'en pût deviner les 
motifs , qui e'i.iient de cacher à tous 
les veux , ce (|u'il avait eu la faiblesse 
de (lissinnder , la véritable hititnde 
de Barcelone, et, en outre, le désir 
très-juste et trcs-raisonnalile de ren- 
dre presque inutile cette latitude dou- 
teuse, eu trans])ortant deux degrés et 
demi plus au sud l'extrémité de son 
are. Il pari ; il a repris tout son cou- 
rage et tonte son activité. Mais rien 
n'était prêt en Espagne. Le brigantin 
(|u'ony mit à sa disposition, avait été 
iiife<té de la fièvre jaune : long- 
temps il en attend un autre ; et après 
nue traversée dillicile et périlleuse, 
il est jeté sur une côte éloignée de l'île 
de Cabrera , où l'on ignorait que la 
contagion eût cessé. On ne veut pas 
permettre cpiil aborde; on lui refuse 
les secours les plus nécessaires , de 
l'eau et des vivres. A force d'instan- 
ces , il obtient la permission de des- 
cendre seul avec un officier du bri- 
gantin. Il acquiert la certitude fâ- 
cheuse que cette petite île n'offre au- 
cun point qu'il puisse observer du 
contiueat. Il est contraint à chercher 



MEC 

de noHvelles stations ; il détermine 
les termes d'une troisième base : 
durant ses courses il tombe dans un 
torrent, oii il allait périr s'il n'eût cte 

})roinptpment secouru, il commence 
a suite de ses trianç;les, et la pour- 
suit avec une constance qui va lui de- 
venir fatale. Une maladie contagieuse 
régnait sur la côte de Valence. Sou 
domestique en est attaque , ainsi que 
deux oiliciers espagnols qui couchent 
avec lui soils la même tente. Mais 
rien ne peut le décider à quitter cette 
station sans l'avoir terminée. Alors, 
il va piendre quelque; repos à Gas- 
lellon de la Plana , oii il est parfaite- 
ment accueilli par le baron de la 
Puebla. II comiuencait a sentir quel- 
ques inquiétudes j il écrivait : Je ne 
suis ni jdiis jeune , ni plus fort , ni 
plus acclimalé que ceux ijue j'ai 
vus succomber. Déjà il était atteint; 
il se sentait d'une faiblesse extrême: 
la maladie, cependant, n'était ac- 
compagnée d'aucun symptôme bien 
fâcheux ; il entre en convalescence : 
mais une rechute plus terrible, suite 
d'une impnidence, lui ôte à l'ins- 
tant toute connaissance. Dans sou 
délire, il demande à chaque instant 
ses manuscrits avec anxiété ; il ex- 
pire cufiu le lo septembre i8o5. Ses 
manuscrits, objet de tant d'inquié- 
tudes , nous sont rapportc's : son se- 
cret est conim , par les moyens mê- 
me qu'il a pris pour nous en dérober 
plus sûrement la connaissance. Nous 
y voyons les observations de Barce- 
lone , et les trois secondes dont elles 
dillcrent decelles de Montjouy. Toute 
sa conduite nous est expliquée; et 
nous voyons avec regret qu'une cause 
si futile , ime anomalie dont on a 
depuis vu tant d'antres exemples , et 
que personne ne lui eût imputée, ait 
empoisonné ses dernières années , et 
préci|nicsa fin. Mais (^iii po'.urait lui 



MEC. 55 

reprocher avec quelque amertume 
une faiblesse qui l'a tant tourmenté , 
et qu'il a ])ayée si cher > Méchain 
était un homme estimable à tous les 
égards, d'un caractère sérieux et mê- 
me un peu sévère. Rarement il prenait 
la parole dans nos réunions acadé- 
miques ; et ce n'était jamais que pour 
annoncer ses découvertes ou parler 
de ses observations et de ses calculs. 
Observateur adroit , scrupuleux et 
assidu ; calculateur non moins sûr , 
mais un peu timide ; il prenait par- 
fois de longs détours pour arriver 
plus sûrement ( à ce (pi'il croyait ) 
au but qu'il aurait pu atteindre avec 
autant ou plus de précision par des 
moyens beaucoup plus courts , mais 
dont il se défiait comme trop nou- 
veaux, et parce qu'ils n'avaient pu 
être encore assez répandus pour 
avoir été généralement sanctionnés. 
Comme observateur et comme cal- 
culateur, il jouit d'une réputation uni- 
verselle, fortifiée par le soin qu'il 
prenait depuis long-temps de ne mon- 
trer que des observations d'élite, des 
calculs plus d'imc fois vérifiée, et de 
supprimer impitovablemeut tout ce 
(|ui s'écartait un peu sen-Mbleiuenl de 
la moyenne, qui lui ])araissailla plus 
favorable. C'est ainsi que, dans les 
observations imprimées de ses trian- 
gles , si l'oH peut regrettftji- les nom- 
breuses suppressions (pi'il s'est per- 
mises, on ne trouve du moins , après 
le plus sévère examen , rien à retiire 
aux choixqu il a faits, ni aux muyeu- 
ues qu'il a préférées. Dans ses obser- 
vations célestes, imprimées toutes 
depuis sa mort , rien n'a été dissimu- 
lé , tout est rigoureusement conforme 
à ses manuscrits vraiment originaux; 
en sorte qu'd est impossible d'élever 
le moindre soupçon sm' le grand ré- 
sultat de l'opération à laquelle il a- 
pris part , uon-sculcmenl quant à b 



56 



MEG 



partie aslronoioi'jiie , publiée dans 
i>«>n inlë^rité. juais iriènie pour la 
partie gcoilcsitpie , dont on possctie 
également les nianusoriis originaux. 
Les preuves de ces assenions sont à 
l'Observatoire royal , où l'on conser- 
ve tons SCS manusoits avec les dif- 
fjrontes copiesqu'il en avait lireVs ou 
l'ail tirer par ses adjoints. 0;i y trou- 
ve aun:;xc tout ce fju'on a pu recou- 
vrer de ses lettres, de celles au moins 
(lui ont t|uel(iuerappiijt à l'opcralion 
dont il ct.iit cliarge. Ces Ictaes sont 
longues etcircon,-.tanciées. Il ne mon- 
trait q .ehpie repugna.HC à écrire que 
quand c'ctrUt poui- imprimer. Ainsi 
ii a toujours refusé toute préface, 
toute pxpiic.ition pour la p.irtiegéo- 
(lésifpiequi lui .ip|iartient , ainxi que 
pour la jar'ie .istronoiiiique dont , à 
son déj)art, il avait conlié des copies 
pour qu'el es l"u>set!t iitiprimées |>eu- 
daut suu a!)sence. Il n'a rien public 
séparé'ueut q le les volumes de la 
Comiaissance lies tenps, de i 7SG à 
1^94 1 *î^ q'ielques Mémoires sur les 
comètes qu ii avait découvertes . ou 
quelques lougilules géugi'àphiques. 
ïo! s SCS antres travaux se trouvent 
ou dans des volumes de la Connais- 
sance des temps , ou flans la base 
du système mélrujue décimal ( ou 
Mesure de l'arc du mériditn com- 
pris entre les parallèles de Ditnher- 
ifue et de Barcelone ^ exécutée en 
i-jO^i et années suii^untcs ■ ar MM. 
Mechain et Delambre , rédigée par 
M. Delambre , etc. , Paris , iSoG , 
1807 et 1810 , 3 vol. in-.!". ) Per- 
sonne plus que l'auteur de cet arti- 
cle ue peut se flatter d'avoir Lien 
connu MécTiain , avec lequel, j)en- 
tlant dix ans , il a ciitreteuu une cor- 
lespondauce lrès-active,et dont il a 
eu entre les mains tous les manuscrits, 
desquels il a fait une longue étude 
tl refait tous les calculs. Ami, par- 



IVlKG 

dessus tout, de l'exaclitu Je, Mechain 
s'était malheureusement persuade 
que le ccn le répétiteur devait assu- 
rer à ses observations un accord et 
une ])récision rcellemcntimpossibles. 
Quehjues essais moins heureux , au 
lieu de le désabuser, ne le portèrent 
qu'a se défier de son adresse ; il eu 
viîit à croire et à écrire confidentiel- 
lement a Horda , rpiil n'était plus 
capable de rien ftdre de passable... 
il en était désjspéré. Cette opinion 
injusïc qu'il pi it de lui-même , il 
craignit de la voir répandue; il crai- 
gnit de survivre à sa réputation : de 
là ses réticences avec toutes leurs 
suites si déplorables. iMais il n'en fut 
p is moins et n'eu restera pas moins 
un astronome à jamais recomman- 
dable , à q'ii cette faiblesse , effet de 
son accident et de ses autres mal- 
heurs en Espagne, ne doivent rien 
ôler de la liante considération juste- 
ment attachée à sou nom. D-l e. 
MECKEL ( Jean Fiu'dlric ) , cé- 
lèbre analomistc allemand, naquit à 
Wctziar, le 3i juillet 17 14. Après 
avoir commencé ses éîLidcs médica- 
les , sous llallcr. a Gœltingeu , il 
vint les achcv'crà P)or1in, et retourna 
à Gaîttingen poui y recevoir le degré 
de docteur. Il y sotilint , eu i^/jS , 
une thèse, sous le titre suivant : De 
quinto pire cerebri , in-4''. ; fut 
i.oramé démonstrateur de l'écfdedes 
sages-femmes, en 1751 , et profes- 
seur d'accouchement en 1733. Sa 
grande réputation, comme anato- 
miste et comme accoucheur, atti- 
rait beaucoup d'étrangers à ses le- 
çons , surtout de Paris et de Stras- 
bourg. Il quifla sa chaire, en 175.3, 
et mourut chirurgien du roi, le 18 
se])tcmbre i774' Ses ouvragessout : 
I. Traité sur une dilatation extra- 
ordinaire du cœur, et la névrolo^ie 
de la face , CcrUa, 1755, iu-4"., 



I\1EC 

en allemand, avec des p'aucîics. II. 
Viss. e;nst. de vasis lyinphaticis 
glandulisqiie conglobatis , ibid. , 
i-;57 , iu-^". 111. IVoi'a experi- 
jiimta, et Obsetvationcs de sini- 
hiis venarum , ne vasoruin Ijm- 
jf'ialicoruui in ductiis , viscerufjue 
evcreloria corporis hamani , ejuS' 
diinque structurie iitilitale, ibi I. , 
1771, in-8\ IV. Tract, de mor- 
ht) hernioso congeniio sin^ida ï et 
compUcato féliciter curato , ibid., 
177-^, in-8". On a encore de lui 
])liisieurs Mémoires , iiiserc's dans 
le recueil des travaux de l'acadcinic 
de Berlin. P. et L. 

MEGKEL ( Philippe -Frédéric - 
THÉODORii ), fils du précèdent , na- 
quit à Berlin , en !7>G. Après avoir 
été initie' dans les traA^aux anatoini- 
qaes , par son père , il se rendit à 
(iœttingen et à Strasbourg, où il 
suivit les leçons des professeurs les 
j;lus distingués. Il y l"it reçu docteur 
(A 1777 , et choisit pour sujet de sa 
ciisscrtation, la description du laby- 
rinthe de l'oreille H iller applaudit à 
cet essai, que n'eût j)as désavoue' un 
grand maître. Après avoir été quel- 
que temps proseclcur du professeur 
Lobstein a Sfrasbour;: , Mf ckel par- 
courut la Frince , l'Augieterre et 
l'Ecosse, etreA^nt àHalle, en 1779, 
})onr renjilirla place de professeur 
d'anatomie et d:; chirurgie que lui 
avait fait réserver Schmacker , l'an- 
cien ami de son père. Il fat appelé 
à Strasbourg, en 1788, pour y 
professer l'aiiatomie el la chirurgie. 
Paul l'^''. le fit venir à Pétersbourg , 
en i795> et le noiuiua médecin de 
l'impératrice, conseill.^r pri\'é, et 
inspecteur des hôpitaux de cette 
ville. Il mourut le 18 mars i8o3. 
Mous aA'^o ns de lui : De lahjrinthi 
aitris conientis^ Strasbourg, 1777 , 
in-j". IL Principes des accouche- 



'n 



WEG b 

ments, Leipzig , 1783 et 91 , in-8". 
C'est l'ouvrage de Hau leloque , que 
l'auteur a traduit en allemand et en- 
richi de no'.es. III. Eléments de 
Physiologie, de Hallcr , Berlin, 
1788 , iii-8'^. C'est de concert avec 
S eiumering que Mcckel fit paraître 
cette édili'ju, rendue ]>ltis précieuse 
par les notes et les adJiliuiis de ces 
auteurs. I\'. Une nouvere édition du 
J)i ti'mnaire portatif d'anatomie 
palhologique de Foiiîtel , Halle , 
3 vol. in-8". V. Nouvelles archi- 
ves de médicine pratique , licip/.ig , 
i78;)-9"), in-8*. Meckel est auteur 
d'un grand nombre de Disserlalions 
anatom-ques. P. et L. 

MFXKLEXHOUPvG ( Adoi.phe- 
Frf'dÉric ) , élait le fds aîné de 
Jean duc de Mecklenbourg , et 
de So[)hie, (iile du duc de Hols- 
tcin. Son père s'étant donné la mort 
dans un arcès de frénésie en ijg'i, 
Adolphe-Frédéric lui succéda dans 
le duché de Schwerin , tandis que 
son frère, Jean-Albert, reçut pour 
sa part le comté de Gustrow. Dans 
la guerre occasionnée par l'élévation 
de Frédéric, électeur Palatin, au 
trône de B;)hcme, les deux princes 
de iMockl-nbonrg prirent le parti du 
roi, à l'exemple des autres princes 
p;-olcs(anLs de l'Allemagne, et encou- 
nirent le ban de l'Empire. Le fameux 
Wa'leustein les força de s'exiler , et 
prit possession de leurs états ; mais 
ils furent rétablis dans leurs proprié- 
tés par le roi de Suède , Gustave- 
Adolphe. Après 11 mort de ce mo- 
narque, le Mecklenbourg fut de nou- 
veau en proie aux ravages de la 
c;uerre. Sur ces entrefaites, le frère 
cadet étant venu à mourir, ne laissant 
([u'uu fils en bas-àge, le duc Adolphe- 
Frédéric demanda la tutelle de son ne- 
veu, de peur qu'on ne le fit élever dans 
la rcUgioa catholique ; et comme la 



58 



MEC 



mère, dcvoueo à l'empereur d'Alle- 
magne, réclama la protcclion de 
celui-ci , Adolplic-FrédeVic (it enle- 
ver l'enfant pour l'elcvcr dans le 
protestantisme. Le traite de Wcst- 
phalie ayant rctaMi les princes pro- 
testants dans tous leurs droits , le 
duc de Mecklcnbourg s'occupa de 
rc'parer les maux de la guerre de 
Trente-Ans, en l'aisanf (leurir l'a- 
grifulture et Tindustric; il eut le 
même soin ])Our les possessions de 
son ncAcu , qui , c'tanl devenu ma- 
jeur , trouva le ])lus grand ordre 
dans son comte de (iuslrow , grâce 
à la pre'voyancc de son oncle. Adol- 
plif-l'"rcderic avait épouse d'ahord la 
fille du duc d'Osl-Frise* il se maria 
en secondes noces avec une princesse 
de Brunswick, (/est de sa première 
femme qu'il eut ce (ils, d'un carac- 
tère hi7Jivie , Cliristian , qui ayant 
abandonne sa femme et son pays , 
où il était déteste, se lit callioii(|iie 
à Paris pour e'pouscr la veuve du 
duc de Cliàlillon, et qui, après son 
abjuration , faite en présence de 
Louis XIV, et sou nouveau ma- 
riage, délaissa e'galemenl son épouse 
ralliolifjiie. devint à Rome l'ami du 
père Kirchcr, et alla mourir à la 
Haye. Son j)ère atteignit l'âge de 
t)o ans, cl mourut, en iG;î8 , après 
avoir répare, autant que possible, 
les calamités qui avaient pesé sur le 
Mecklenbourg. Sept mois après sa 
mort , sa veuve accoucha encore 
d'une fille. — Fr.iJDERic , duc de 
Mecklenbourg-Schvserin,ne'en 17 17, 
monta sur le tione le 3o mai 175b: 
il aima les sciences et les arts , et s'at- 
tacha surtout à mettre un bon ordre 
dans ses finances et dans l'adminis- 
tration ecclésiastique de ses états ; 
car il se piquait parliculièrcment 
d'être habile théologien, il mourut, 
sans enfants, le 'i 4 avril lyHj, et 



MED 

eut pour successeur son neveu , Fre'- 
dcric-Francois. D — g. 

MEDAGLIA ( Diama.-^te ). F, 
Faim. 

MÉDARD (Saint ), l'un des plus 
illustres prélats de l'église de France, 
était né vers l'an ^^ij, à Salenci , vil- 
lage de Picardie , qui a obtenu dans 
le dix-huitième siècle une grande cé- 
lébrité par l'institution de la fc!e 
des mœurs ( /^^Plzai ciSauvigny). 
Sa mère, femme d'une haute nais- 
sance, et d'une rare piété, l'éleva 
dans la pratique de toutes les vertus 
chrétiennes, et l'envoya à l'école 
de Vermand {yïugusta Feruman- 
ihioi:), aujourd'hui Saint-Quentin, 
où il fit de grands progrès d.ms les 
sciences. Il visita ensuite la cour du 
roi Chilileric P'^., qui faisait sa rési- 
dence à Tournai : mais loin d'être 
ébloui par les pompes et les gran- 
deurs du monde, il soujùrait après 
la retraite; et ay.int f.iit approuver 
à ses parents le dessein qu'il avait 
formé de se consacrer à Dieu, il 
reçut les ordres sacrés, et se dévoua 
tout entier aux pénibles fonctions du 
saint ministère. 11 parcourait sans 
cesse les campagnes , portant des 
secours et des consolations à des 
hommes encore barbares , qu'éton- 
nait tant de bonté. Alomer , évêquc 
de Vermand, étant mort eu 530, 
INlédard fut élu sou successeur: quel- 
ipie temps après , sou diocèse fut 
ravagé par les Huns et les Vandales ; 
la ville de \ermand fut ruinée de 
fond en comble ; et le saint prélat fut 
obligé de transférer le siège épisco- 
pal à Noyon, où il est resté. Les ha- 
bitants de Tournai ayant perdu leur 
pasteur, demandèrent saint Médard 
pour lui succéder; mais il ne voulut 
point abandonner le troupeau que la 
Providence lui avait confié : saint 
Rcmi, son métropolitain , l'engagea 



MED 

cpjipiilaulà se cliargci' de l'adailnis- 
tratiou des deux diocèses, qui ont 
été unis, sons lui mt-nie chef, pendant 
cinq cents ans. Saint IVIedard a isita 
.uissitùt le Touniaisis , dont les liaLi- 
tants étaient encore plonges en partie 
dans les te'nèbres de l'idolâtrie , et il 
re'ussit à les convertir à la loi catho- 
lique. De retour à Noyon , il y fut 
visite par le roi Clotaire, qui voulut 
en partant, rcciîvoir sa bcnediclion; 
et il mourut peu de temps après, vers 
l'an Sj"), dans un âge très-avance'. 
C'est à lui que l'on atlrioue la fon- 
dation du prix de vertu dislribuo an- 
nucIlcMient à la Rosière de SAcnc'i, 
et à rimilalion duquel on a créé, de 
nos jours, d'autres établissements du 
même genre ( V. Marquis ). Le saint 
jjrc'Jat eut la satisfaction de couron- 
ner lui-même sa sœur, jngce digne 
du chapeau de roses; et on a long- 
temps conserve dans l'église de Sa- 
lenci un tableau où cette action était 
représentée. On en exci])a devant le 
parlement de Paris, pour établir à (pii 
était due la prérogative de ceindre 
le front de 1 ( Rosière. Les reliques 
de saint Médard furent transportées 
par ordre du roi Clotaire a Sois- 
sons , où il faisait sa résidence , et 
déposées par la suite dans une ab- 
baye qui a acquis une grande cé- 
lébrité, L'Église célèbre sa fête le 
8 juin. L\ vie de saint Médard a été 
écrite en prose et en vers par Venau- 
cc Fortunat ( puliliée par D'Aclierv , 
Sincileg. tom. viii), par Radbod, 
l'un de ses successeurs, etc. On peut 
consulter les P'itœ sanctoriim de 
Bollandus, Baillct, Godescard et les 
autres hagiographes. VV — s. 

MKDIGHINO. F. Marionan. 

MEDKilS (Salvestro de), gon- 
falonier ou chef de la république de 
Florence, dans le quatorzième siècle, 
est le premier personnage illustre de 



y.v.ï) 



^0 



cette famille qui occupe une place si 
distinguée dans l'histoire d Italie, 
Nous croyons donc devoir entrer ici 
dans quelques détails sur une maison 
qui a exerce l'influence la plus mar- 
quée sur la renaissance des lettres , 
des arts et des sciences, au point que 
l'époque de leur plus grand éclat est 
désignée par le nom de Siècle des Mé- 
dias. La famille des Medici. comme 
le.s Italiens les appcllenl , n'est point 
très ancienne ; et son origine est bour- 
geoise (i), quoi(pie des généalogis- 
tes à gages l'aient fait remonter aux 
paladins deChailririagne. Le plus an- 
cien dont des histoires autheuliiiues 
conservent la mémoiie,est Averard, 
qui élait gonfalonier en i3i4. C V st 
à lui que tous les Médjcis, et ceux 
mêmes qui existent encore aujoiir- 
d'hui, remontent comme à une sou- 
che commune. Après lui on vit. eu 
I )43, des Médicis ligurer parmi les 
j)léLéiens qui conjurèrent cfintre le 
ducd'Athèiies, et, en i3.>i , un Mé- 
dicis se distinguer dans l'armée flo- 
rentine, en introduisant une compa- 
gnie d infanterie dans le château de 
Scarperia, (|n'assiégeaient les \ is- 
conti , seigneurs de Milan. En i36o, 
I]arthélemi,(ils d'Alamanno de Mé- 
dicis, entra dans une conjm-atiou 
contre Florence sa patrie, 'ioute sa 
famille, sortie récemmenl des der- 
nières classes du peujile, s'était éle- 
vée par le commerce à une grande 
richesse; mais elle voyait d'un œil 
d'envie les familles plus anciennes 
occuper un rang plus distingué dans 
l'état. Le complot de Médicis, qui 
aurait probaLicmeut renversé la rc- 
puldique, s'U eût réussi , fut décou- 
vert a temps pour la sauver; et lîar- 

(i) Aussi Mir.ilieau |>èrc, ilisalt-il a'ec une im- 
poli Hiift- <ltHjli;neu.sp : « H n'y a m qu'u'ip iDisaliiai» e 
» ilaiis ma tàniillc , et cVst celle des Mcdiris. >■ Il 
te-iail il d'Ile iiiji5uu pat- ses ancêtr's | alf mrîs . les 
Kiijiuli , urigiiiairc* ir Najili». 



Go TMF.D 

thclcmi fut ticrobc à la vengnncc 
des lois, par son frère Salvestro, qui 
était dans la magistrature. Salvestro 
de Medicis, devenu gonfalonicr, en 
iS-jS, souleva le peuple contre un 
gouvernement doul il était jaloux , 
quoiqu'il en lût momentanément le 
rlicf : il, bouleversa la république, 
livrée en proie à la plus vile popu- 
lace, et il exerça les veni^eances de 
s.t famille contre une aristocratie 
qu'elle détestait, et contre la iainiilc 
Âlbizzi , objet principal de sa jabtusic 
(/^. Albizzi). Le triomphe de Sal- 
vestro de IMedicis fut rouri: eu i38!, 
il fut releç;ue à Modi-ne , lorsque 
l'ancien parti aristocratique eut re- 
couvre la supériorité. IMais la jurse- 
cution éprouvée à cette occasion par 
lesMedicis, les mil plus en évidence; 
et comme dans le même temps le 
commerce accroissait rapidement 
ses richesses, tandis que les Ricci 
elles Alberti, qui avaient aupara- 
vant dirij^c le parti populaire, per- 
daient leur fortune et leur considé- 
ration, les Medicis furent reputes 
les chefs du parti plébéien. Plusieurs 
d'entre eux et lient exiles; mais Jean 
lils de Bicci n'avait pas quitte Flo- 
rence , où il continuait son com- 
merce ( F. Kr-.or.M , VI , uo ) , et 
où il était parvemi à un degré d'o- 
pulence qui lui attira la conside'ra- 
liou même du parti ennemi. 11 joi- 
gnait d'ailleurs aux talents d'mi 
homme d'état, une douceur et une 
modération qui lui gagnèrent tous 
les cœurs. Trois fois depuis i ^02 , 
il siégea comme prieur dans la sci- 
gneiuie; enfin, eu i V-> • . •' fut eievc 
à la première charge de l'clat, celle 
de gonf.ilonier de justice , et sa nomi- 
nation fut considérée comme un 
triomphe par le parti populaire. Il 
mourut en i \:>lç), laissant deux lils , 
Cosme , ou Gusirao , cl Laurent, qui 



MTID 

lotis deux ont en une posleVito' illus- 
tre. De Cosme sont descendus Lau- 
reul-le-Maguiliquc, les ducs de ^e- 
mourset d'Urbin, les papes Léon X 
et Clément MI, Catheiine reine de 
France , et Alexandre duc de Flo- 
rence, enqui finit celte ligne en lyS^. 
De Laurent sont descendus à la qua- 
trième gèuèralion , d'une part, le 
Bruliis Florentin, Lorenciuo de i\Ie'- 
diris, meurtrier d'Alexandre; d'au- 
tre part Cosme, premier grand-duc, 
qui acheva d'asservir sa pairie, et 
qui transmit la couronne duc le à 
ses descendants. Celte seconde bran- 
che , après avoir donne' sept souve- 
laius à la Toscane, cl la reine IMaric 
dr i\I('dicis à la France, s'éteignit en 

IMI'.DICIS (Cosme), surnomme' 
V ancien, ou le Peit^ de la patrie , 
fut chef de la république florentine , 
de I ',34 a 14(14. Ne en i3B(>, il était 
fds de Jean de Bicci et de Picarda 
Bueri. Déjà du vivant de son père, 
il avait siégé dans la seigneurie : lui 
ayant succédé en i4'-^9 ' '' ^^ char- 
gea de la direction du parti jiopu- 
laire, et prit à lâche de limiter l'au- 
torité de l'oligarchie, eu relevant 
celle du peuple. D'un caractère plus 
ferme que son père , il agissait 
avec plus de zèle , parlait avec plus 
de liberté; et cependant aucun Flo- 
rentin ne le surpassait en prudence. 
Il n'attaquait point le gonvei'uemeiit, 
ne cabalait point contre lui; mais 
il ne déguisait pas ses opinions : il les 
exprimait avec aulc'>ut de noblesse 
que de franchise ; et la foule d'amis 
et de protégés qu'il avait acquis par 
sa liijéralilé , lui donnait l'impor- 
lancc d'im homme public. Deux de 
ses amis partageaient son crédit , et 
le soutenaient : Avérard de Medicis , 
par son audace, et Puccio Pucci, par 
sa prudence , l'aidaient à maiuleuir 



MKD 

l'union de ses partisans. Renaud des 
Albi/.zi, sunadvcrsaire ( / . cenoin), 
lie pouvant se soumctlre à ce que ses 
actions ii;s»ent contrôlées par Cos- 
me , voulut se délivrer de ce rival 
par la violence. Cosmc fut arrclé le 
7 sejiteuibrc 14^3, et eulernic dajis 
la loiu' du palais puldic : mais Al- 
Lizzi ne put le faire condainiur à 
mort; et iVlcdicis, après avoir ])asse 
une année eu exil à Venise, fui r ip- 
pelc dans sa patrie par ses partisans 
victorieux, il jouit dès-lors de j)lus 
de crèilit et déconsidération qnen'en 
avaient obtenu aucun de ses ancè- 
ties , ou aucuu de ceux qui avant 
lui avaient gouverne la république. 
La vie de Cosuic , après sou retour 
à Florence, fut sij^iialce parunc cons- 
tante jirospcritè; il s'était lie d'ami- 
tié avec François Sforcc, le plus 
brave et le plus licureiix parmi les 
CondottiiM'i italiens : il l'c.pposa au 
duc de Milau, ennemi con.stant de 
la république (loreiitine; et Sfurce , 
lon<:;-lemps vict(»ricux de \ iscouli , 
finit par être sou successeur, en 
i45o. Cosme s'assura encore l'al- 
liance des Vénitiens et celle du pape: 
il ne signala pas son administration 
par des complètes , parce que la 
manière dont se faisait alors la 
guerre, lesrendaitiiupossibles; mais 
il sut épargner à sa républi(pie les 
craintes et les revers auxquels elle 
avait étélong-temps cx]»osée, Cosme 
de INIéilicis avait le goût des lettres 
et delà philosophie. Dans un siècle et 
un pays oii les littérateurs tiistingués 
étaient en grand nombre, il s'entoura 
des plus recommaudal.les . il fut leur 
ami; il les aida de sa bourse et de 
sou crédit dans leurs éîudes et leurs 
voyages ; il achetait à grand prixlis 
niamiscriLs précieux qu'il fais.iit re- 
cueillir par les coriv.spoiulauts de 
«ou coimnci'ce , des extrémités de 



MED Ct 

la Grèce et de l'Egypte à celles de 
l'Allemagne et de l'Angleterre. H fon- 
da uneacadémieà Florence pour l'en- 
seignement de la philosophie platoni- 
cienne; enfin, il jeta les fondements 
de la bibliothèque , connue aujour- 
d'hui sous le nom de Laurentiana , 
pour laquelle il rassembla un grand 
nombre de maiiuscrit|^]ivers, ncn- 
sculement en grec et en latin , mais 
en hébreu , en chaldécn, arabe et in- 
dien. Cosme de Médicis eut deux lils 
de sa femme , Contesina de Baidi : 
Pierre , dont il sera parlé à l'article 
suivant , et Jean, qui mourut avant 
Cosme, en i4^'» sans laisser de 
postérité. Cosme avait aussi un lils 
naturel , noramé Charles, qui fut 
chanoine deI*rato. Ce grand homme 
d'etal mourut le i"^'. août i4''4» 
àgc de soixante-quinze ans. Peu de 
temps avant sa mort, un décret de 
la seigneurie (lorentine lui avait de- 
cerné le tilre de Père de la patrie, 
qui a été inscrit sur son tombeau. 
D'ailleurs Cosme n'avait ])ris aucun 
titre qui le distinguât du reste de ses 
concitoyens : il ne paraissait , par 
sou train, ses manières, son lan- 
gage , dilférer en rien de tout autre 
Florentin; et quoiqu'il exerçât uu 
pouvoir presque absolu dans la ré- 
publique, il la gouvernail par sou 
crédit, plus ((ue par sou autorité. Il 
avait aussi évité d'exciter la jalousie 
du peuple, soit par les alliances de 
ses enfants et petits-enfants , qu il 
avait tous mariés à ses concitoyens, 
soit par la magnilicence de ses pa- 
lais ; car, malgré son goîit pour 
l'architecture , et les sommes in - 
menses qu'il y consacrait, il pré- 
féra , pour sa maison , le plan de 
Michellozzi a c«;!ui de Bruneikschi, 
par ta seule raison qu'il éîail plus 
modeste. Tel (;u"il est aujourd'liui , 
ce palais apparlcuaut à la liuis^iu 



f)l 



]MED 



Ricoaidi , est pourtant un des plus 
beaux moiiuinciits des arts que protc- 
};ea Cosiuc deMédicis; mais daus le 
même temps il avait bâti quatre pa- 
lais magniliques à la campagne , des 
temples dans plusieurs parties de la 
ville et de son territoire, et un hôpi- 
tal à Jérusalem. Fabroni a donne : 
Mu^ni Cosmi Medici vila , Pise , 
i-jHç), 2 vol. in-4". ( ^'. Fabrom , 
XIV, 74- ) Ce sujet avait tente J.-J. 
Rousseau , et il l'avait mis au nom- 
bre de ses ébauches d'ouvrages; mais 
il y renonça quand il eut reconnu 
son peu d'aptitude pour le genre 
bislorique : c'est un aveu qu'il lit à 
Bernardin de S ir.t-Pierre. S. S — i. 
MI^:Dl(:iS'PiKnutl<^^^)Jilsaine(le 
Cosme r./ncj'en, ne en 1 4 1 4- 1"> **""'- 
céda, en \!\i'i-\^ dans radiuiiiistra- 
tion de Florence, et mourut en 1 4<i<). 
A la mort de son père, il était déjà 
parvenuà l'àgcde (juaraute-huil ans. 
Il so montra , comme lui, zèle pro- 
tecteur des lettres , et il vivait entoure 
des poètes et des philosophes les plus 
distingues de l'Italie : mais l'ctat dé- 
plorable de sa sanfe l'emjjèeha de 
se signaler dans les carrières soit 
lilleraire soit polititjue ; il était per- 
clus de la goutte , cl sans cesse acca- 
ble d'infirmités : d'aiîleurs il est de- 
meure ellipse par l'éclat sniiericiir de 
son pèic et de son lils. Il s'était ma- 
rie' à Lucrezia Tornabuoni , dont il 
eut deux fils et deux, biles : Laurent, 
ne en \\\''^^ Julien, ne en i4t»3; 
Nannina ,qui épousa Bernard Ruccel- 
lai , et Blanche , mariée à Guillaume 
desPaz/.i. A peine Cosme était mort, 
que Laurent entra dans les afi'aires , 
et soulagea son père d'un fardeau 
trop pesant pour lui. Entoure de faux 
a?nis, qui portaient envir à la gran- 
deur d'une famille sortie toiil-à-coup 
de l'egaliic rèjJuLlicainc , Pierre ne 
pouvant tout faire par lui-mcrac, 



MED 

e'tait oblige de recourir à leurs con- 
seils; et Diotisalvi Neroni, voulant en 
même temps rétablir les finances des 
Mèdieis , où il y avait quelque dc'sor- 
dj'e, et diminuer leur crédit dans 
l't'tat , donna le conseil à Pierre de 
redemander aux clients de sa famille 
l'argent que son père leur avait prête. 
Or, telle avait été la générosité de 
Cosme, et sa promiUitude à venir 
au secours de tous ceux qui en avaient 
besoin, que la ville eutiirede Floien- 
cc parut débitrice des Médicis. Cha- 
cun néanmoins se plaignit , comme 
d'une mortelle injure, de ce qu'on 
lui redemandait ce qui ne lui apparte- 
nait point : des murmures éclatèrent 
de toutes parts, et siPicrren'avait pas 
discoiitiniiédese faire payer, il aiiiait 
j/robablcnient eu à se repentir d'a- 
voir changé les disjiositions de S'-s 
concitoyens envers lui. Cependant 
il accrut la jalousie et la déliancc 
des Florentins , en choisissant , 
pour femme de Laurent son fds , 
Ciiarice Orsini , issue d'une famille 
de princes , et qui ne s'alliait à un 
simple particulier, que parce qu'elle 
le vovait sur le point d'asservir sa 
patrie. Les faillites de plusieurs négo- 
ciants ruinés ilepuis ([iie Pierre leur 
avait retiré ses fonds , les plaintes 
de diverses familles illustres , qui 
croyaient avoir éprouvé des injus- 
tices par son crédit dans les tribu- 
naux , la jalousie de ceux qui se sen- 
taient plus propres que Pierre à gou- 
verner la républi(juc , concoururent 
à former im parti de mécontents , 
jiarmi lesquels on remarquait Lucas 
Pilli, Ange Acciaiuoli , et Nicolas 
Soderini. A})rès plusieurs négocia- 
tions pour priver par les lois )nêmes 
Pierre de Médicis de son autorité , les 
mécontents résolurent, en i4f><>,de 
le tuer à sa maison de campagne de 
Castaggiuolo. Pierre , averti à temps 



MF.D 

de leurs projets, les prc'vint , et ren- 
tra iliiis 11 villo entoure de soldats 
et le clients armes. Ses oijueiais man- 
q;u;rent de courage: Lucas Pilti se .sé- 
para lie ses allies , cl ne voulut point 
prendre les ariucs ; les autres ncj;o- 
cicrent , et se dispersèrent. Bien- 
tôt ils sentirent que l'occasiou était 
perdue sans retour ; et ils se cou- 
damnèrent tous à un e\il volontaire, 
à rcvccptiou de Lucas Pitti , qui 
resta dans Florence pour y survivre 
à son crédit et à sa p;randeur. Le 
nia<];ni(ique palais ((u'il avait com- 
mence à bâtir, demeura incomplet : 
il a ele depuis achevé par Le'onor de 
Tolède , femme du piernicr gr ind- 
duc, et il est devenu la demeure des 
souverains de Toscane. Les ennemis 
de Pierre, qui s'étaient réfugies dans 
diirc'rentes parties de l'Italie , enga- 
gèrent les Ve'nitiens à embrasser leur 
cause, et à envoyer, en i 4'>7 , Ic"'' 
ccne'ral liarthélemi Colleone attaquer 
les Florentins : mais il fut repousse ; 
et le parti des Mèdicis n'ayant plus 
rien à craindre , cessa aussi de res- 
pecter et les hommes et les lois. 
Pierre , toujours plus allalbli par 
la maladie, abandonna l'adininistra- 
tion à SCS partisans : cependant il 
était lui-même rebute de l'insoleuce 
de leur conduite; et l'on assure que 
s'il eût vécu , il aurait rappelé' les 
exilés , pour les opposer à ses amis 
devenus trop puissants. Mais comme 
il formait ces projets, il mourut, le 3 
décembre 1469. S. S — i. 

MÉDICIS ( Laurent ) , dit le 
3fas,infique, né le 1'='. janvier 144^, 
succéda , en 1 4^|J, à sou père Pierre, 
dans le gouvernement de la répu- 
blique florentine. Cosrac V Ancien 
son aïeul, et Pierre son père, avaient 
également pris soin de le former 
pour les lettres et pour les alfaires; 
ilj rayaient eutouré, ainsi quç Julien 



MED 



63 



son frère, né cin(f ans ajirès lui, des 
m;iîtres les plus distingués, des plus 
grands litlérale'irs, cl des pieniiers 
])hilosoplies du siècle. Gentilcd'Li- 
biu , Christophe Landini, Argyro- 
pule , et Marcile Ficin , furent ses 
iustitulcurs; Poiilienel Piode la Mi- 
randole, ses condisciples; et Lau- 
rent, qui s'attacha comme eux à l'é- 
tude de la philosophie platonicieime 
et de la littérature grecque et latine, 
mérita aussi de se faire un nom par 
la poésie italienne, dans laquelle; il 
montra une grâce et une facilité qui 
ptraissaicnt refusées à son siècle. H 
cntrepiil j)lu>ieurs vovagcs pour ob- 
server les m.eurs et les lois des peu- 
ples étrangers , et pour oblenir l'ami 
lié ou juger le car.ictère des princes 
qui pouvaient avoir des rapports 
avecsarepublique.il visita, en i 4^(>, 
la cour du pape Paul II ; ensuite il 
parcourut les élats de Bologne , Ve- 
nise, Fcrrarc et Milan : peu de temps 
après, il rendit visite au roi Ferdi 
nand deNaples; et les rciations cpTil 
forma dans ces divers voyages ne 
lui furent |ias inutiles dans la suite. 
Le 4 i"i" '4^»!)' i^ épousa (llarire , 
(ille de Jacob Orsini , un des jjIus 
puissants barons de Rome. C'est la 
maison que les Français nomment 
des Ursins. A la mort de son père , 
Tiaurcnt n'était âgé que de vingt-un 
ans; et la jalousie evcitée contre si 
famille , la faiblesse de Pierre, et les 
vices de ses amis, pouvaient faire 
craindre la chute d'un jeune homme 
appelé à gouverner un peuple turbu- 
lent et des nobles ambitieux : mais 
dès les premiers jours de son admi- 
nistration , il assura son empire sur 
tous les C(eurs , par le pouvoir entraî- 
nant de son éloquence, la noblesse, 
la franchise et le charme de ses ma- 
nières, et la gc'nérosilé sans bornes 
qui lui attira le surnom de Miigni- 



Ci 



I\IED 



ficjue. Sfs eniiciuis , par une entre- 
prise mal coiicerlcesnr Prato, aflcr- 
niireul encore plus sctn j.oiivuir. Dès- 
lors la libi-rle de Florence se perdit 
doucement et .sau.s le'si.stance ; Cusiue 
avait etc entouré d'hommes d'c'tat , 
qui l'éiialciient en lalei;ts et en ambi- 
tion , et qu'il devait conduire à ses 
vues par la persuasion et l'adresse : 
mais, depuis long-temps , il n'y 
avait plus de carrière ouverte à Flo- 
rence pour les caractères indépen- 
dants; etaprèsla mort ou l'exil des 
anciens chefs de la république, il ne 
s'en était plus présenté poni- mar- 
cher sur leurs traces. Lauient ne ren- 
contrait personne qui essayât lie s'op- 
poser à ses V(dontés; et la corrup- 
tion f^éncralc des mœurs , fruit fl'un 
vain luxe et d'une paix oisive, f.ivo- 
risail encore le pouvoir des Médicis. 
Cette corruption fut augmentée par 
le séjour que Galéas Sforce , duc de 
Alilan. vint faire à Florence, en i 47 i, 
avec sa fejame et toute sa cour. 
Laurent déploya, pour les recevoir, 
toute sa magnificence; les fêles a'ix 
cpiclles le peuple fut invité, mais 
bien plus encore, le mauvais exeîn- 
ple des princes, eurent sur les Flo- 
rentins l'influence la plus funeste. 
La révolte de Volterra , en 147*5 
donna occasion à Laurent de M.di- 
cis de déployeraussi ses talents mili- 
taires: il reprit cette ville avec l'aide 
du comte cl'Urbin ; mais il ne put 
la préserver du pillage de ses pro- 
pres sol lats, en sorte que cette vic- 
toire futunejilaiepoiu la répuLlirpie. 
Cependant, Sixte IV, qui siégeait 
alors sur le trône pontiiical , n'avait 
point pardonné aux Médicis la pro- 
tection (pi'ils avaient accordée contic 
lui aux Vilelli, seigneurs deCittà de 
Castello: d chercha de toutes parts 
à leur susciter dfs ennemi';; et en ef- 
fet , il engi^^ca le roi Fcidiuaud de 



I\1ED 

Naples à s'allier avec lui contre eut. 
L'Italie entière parut bientôt divisée 
en deux ligues : d'une part l* loi enee, 
Venise, el le duc de iMiian; de l'antre 
le pape, le roi de >aples , le comte 
d Urliin , les Siennois et plusieurs sei- 
gneurs de la Romagne. Parmi ceux- 
ci , l'eiinemi le plus acharné des l\Ié- 
dicis était le neveu du pape, Jérôme 
Riario, à qui son oncle avait acheté 
la souveraineté d'imola. La guerre 
n'avait jioint encore éclaté ; mais le 
pipe ne laissait échapper aucune oc- '; 
casion de nuire aux Médicis. H choi- ^ 
sil François Salviati pour archcvè- 1 
que de Pise, parce qu'il le reconnut 
pour l'enneip.i le plus ard ni de Lau- 
rent. Il combla de laveurs les Pa/zi, 
famille ri( lie et puissante de Flo- 
rence, qui avait éprouvé plusieurs 
injiisiices ])ar le crédit de Laurent, 
et dont le chef, François, ne pouvant 
supporter le joug mposé a sa patrie, 
vivait presque toujours à Rome. Ce 
qui restait encore d'amis de la li- 
bellé, et tous les citoyens jaloux du 
pouvoir usurpé par les Médicis, s'é- 
taient réunis aux Pa/./.i et aux Sal- 
viati. Ceux-( i encouragèrent tous les 
mécontents .1 délivrer la république 
de la tvrannie des deux fnres Metli- 
cis: mais cetle conjuration ( F.Vazz\) 
ayant éclaté dans l'église cathérlra- 
Ic de Florence , le ^6 avril i47^ , 
pendant la célébration de la messe, 
Julien seul fut tué, tandis que Lau- 
rent, légèrement blesse', eut le teras 
de tirer son poignard, et de désarmer 
son adversaire avec une présence 
d'esprit admirable. Les Pazzi et l'ar- 
chevêque fiircnt mis à mort : un 
grand nombic de leurs associés pé- 
rirent avec eux et Bernard Ij in- 
dini, qui, après avoir tué Julien, 
avait réussi a s'enfuir à Constanti- 
nople, fut renvoyé à Laurent par 
Mahomet II;, et exécuté à sou tour, 



MED 

le '!() décembre i47S)- Le roi de Na- 
ples et ses alliés, voy.iut que les cou- 
jurés n'avaient pu parvenir à se 
défaire des deux Médicis, lecouiu- 
rent aux armes. Sixte IV fit avancer 
son armée du côté de Pérousc , en 
même temps qu'ilfrappa la répul^li- 
que et son chef d'une sentence d'ex- 
communication pour avoir fait pen- 
dre un archevèipie. Les Vénitiens 
refusèrent des secours à Laurent 
de Médicis : la maison Sforce , oc- 
cupée par des troubles domesti- 
ques , et par la révolte de Gènes , ne 
put point lui donner d'assistance. 
Les troupes floronlincs , coinnian- 
dées par Robert Malatesti, délirent 
celles de l'Eglise près du lac de Pé- 
rouse,en 1479. Mais bient6taprès,le 
duc Alfonse de Calabre remporta une 
Jurande victoire sur les Florentins à 
Poggibouzi, et répandit l'alarme à 
Florence. Laurent de iMéclicis , ne 
voyant pas d'autre moyen pour sau- 
ver son auloriié et l'indépendance 
delà république, prit le parti d'aller 
lui-même à Naples, pour essayer si , 
par son éloquence , il pourrait déta- 
cher Ferdinand du pape , et l'ame- 
ner à une paix séparée. Il partit se- 
crètement de Florence au mois de dé- 
cembre 147Ç), et se rendit auprès du 
roi de JNaples, quoique ce prince 
cruel et perfide put d'autant moins 
inspirer de confiance, qu'il venait 
de violer toutes les lois de l' hospi- 
talité, eu faisant périr Jacob Picci- 
nino , qu'il avait appelé à sa cour. 
Mais Laurent acquit sur lui une telle 
influence par la noblesse de ses ma- 
)jièrcs, la profondeur de sou esprit, 
et son éloquence persuasiAc, qu'en 
trois mois il changea entièrement 
ses dispositions et ses alliances, et 
qu'il repartit pour la Toscane as- 
suré de son amitié. Une négociation 
aussi liardie et aussi habile n'aurait 

XXVIII. 



MED Ci^y 

pas néanmoins sauvé Florence, parce 
que le duc de Calabre, qui était eu 
Toscane, voulait pousser ses avan- 
tages , et que le pape et les Vénitiens 
cherchaient à ébranler de nouveau 
Ferdinand: mais l'attaque imprévue 
des Turcs, qui s'emparèrent d'O- 
tranle, en 14H0, rajqK'la de ce côté 
les armes de toute l'Italie ; et la j>eur 
qu'en ressentit Sixte IV, le fit con- 
sentir à la paix. Le pontife qui , en 
1434, succéda à Sixte IV, fut plus 
favor.ible à la maison de Médicis ; 
ce fut Jean - Baptiste Cibo , qui 
prit le nom d'Lmocent VIll. Lau- 
rent mit à profit l'opinion avanta- 
geuse que ce pape entretenait He lui; 
et tout en arrêtant ses projets contre 
le royaume de Naples , il sut si bi( n 
se concilier son estime , qu'il obtint 
de lui la laveur, ju>qu'alors inonie , 
de décorer sou second fils, Jean, de 
la dignité de cardinal , lorsqu'il n'é- 
tait encore âgé que de treize ans. 
C'est ce fils qui , élevé ensuite au pon- 
tificat, porta le nom de Léon X, et 
qui , suivant les glorieuses traces de 
ses ancêtres , a donné son nom à l'é- 
poque la plus brillante de la littéra- 
ture italienne. Dans le même temps, 
Laurent de Médii is élevait , dans sa 
maison , son neveu Jules , fils natu- 
rel de son frère Julien , qui devait à 
son tour porter la thiare sous le 
nom de Clément VII , mais dont le 
V'ègne funeste devait être marqué par 
le sac de Rome , et par la subversion 
des libertés florentines. Le reste de 
l'administration de Laurent de Mé- 
dicis ne fut plus signalé par aucun 
grand événement ; mais la haute sa- 
gesse de ce citoyen de Florence le !it 
regarder comme l'arbitre de l'Italie 
et le conseil des rcàs : aucun homme 
n'avait encore reçu plus de marques 
delà considc'ration universelle; ati- 
cuu ne la mcritait mieux par la miii- 

5 



en 



MFT) 



lipiicitë de ses talents. Sa cai'ritre 
politique avait été brillante ; ses pro- 
grès dans Ici littérature et la pliilo- 
sopliie COH fonda ieut ceux (pu , con- 
sacrant' tout leur temps à l'étude, 
ne pouvait nt encore l'atteindre. Son 
coût pour les ans l'avait entouré 
a une école nombreuse de peintres et 
de sculpleuis, au semcc dcsq'.iels il 
abandunua ses Jardins près de Saint- 
Marc , qu'il consacrait à l'étude de 
l'autiquc. Il y avait rassemblé tout 
ce q 1 il avait pu recueillir de monu- 
ments des arts ; et c'est là que se 
formèrent >Iichel-Anç;e, Graaacci et 
ïorregi.uii. Lepreniirr babita qua- 
tre ans le palais de Médicis , et fut 
constamment admis à sa table. Lau- 
rent , par ses poésies , rappela , 
dans la lanç^ue italienne , l'élégance 
et la gràic qu'elle semblait perdre 
depuis un siècle : quelques-unes de 
ses pièces rclii;ieuscs paraît rorit peut- 
être trop enthousiastes, rpiclques piè- 
ces badines trop liceiicieii;es • mais 
dans toutes on reconnaît le talent d'uu 
grand poète ; et cet homme d'état 
serait encore place au premier rang 
s'il n'avait été que littérateur. Lau- 
rent de Metlicis eut trois fds et qua- 
tre filles : Pierre 11, né le i5 février 
1471 ;J eau, né le 1 1 décembre i475 
( F. LÉON X / ; et Julien, né en J 47^- 
De ses (piaire filles il maria l'aînée , 
Madclèno , à Frrinçois Cibo , lîls du 
pape Innocent \ III- Lncièce, à Ja- 
cob Salviati ; et Contesiiia , à Pierre 
Ridolfi: la quatrième, Louise, était 
promise à son parent Jean de Médi- 
cis, mais elle mourut avant le ma- 
riage. Ange PoLitien , le plus célèbre 
littérateur de c^ siècle . avait été spé- 
cialement chariié de l'éducation de 
CCS enfants. Leur mère, Clarisse Or- 
.sini (ou des Ursius } était morte 
au mois d'août 1488. Pendant les 
dcrnièrw annces de sa vie , Laurent 



MEn 

de Mcuicis fut souvent c^n.'uré avciî 
beaucoup de scTériU'' sur ses mœurs , 
son luxe , ou son pouvoir uiurpé , 
par Jérôme Savonarola , moine ré- 
publicain qui s'eflTorrait de rendre à 
Florence sa purelé de raceurs et sa li- 
berté antique. Si Laurent, d'après les 
exhortations du moine, ne changea 
puiiitdeconfluitc,du moins ilne punit 
jamais la hardiesse de ses discours. 11 
l'appela même auprès de lui dans les 
derniers moments de sa vie , et rc«» 
çut sa bénédiction. Ce fut au prin- 
temps de l'année i-\(y2 que Laurent 
fut atteint d'une maladie qui devait 
être mortelle , et qui paraît avoir 
été une suite de la goutte hérédi- 
taire dans sa famille. 11 s'était fait 
transporter à sa maison de campa- 
gne de Carrcggi; et c'est I^ qu'il mou- 
rut, le 8 avril i40'* ^ entre les bras 
de Politien et de Pic de la Mirandole, 
ses deux plus chers amis. La faille 
et les traits de Laurent de ^fédicis in- 
diquaient en lui plus de force rpo 
d'élégance; sa vue était très-faible , sa 
voix dure et désagréable; le sens d« 
l'odorat lui manquait entièrement. 
Cependant la grandeur de son a me 
rayonnait au travers de ce corps dis- 
gracié , et doiuiaii de la dignité à sa 
figure, de mcuie que le pouvoir de 
son éloquence triomphait des vices 
de son organe. 11 se dislingu.iildans 
tous les exercices cluA^aleresques par 
son adresse et la force de sou corps : 
la promplilude de son esprit se ma- 
nifestait par la finesse et la vivacité 
de ses réparties • et sa gciîté animée 
inspirait de la confiance dans la bon- 
homie desou caractère. Ses chansons 
et poésies italiennes ont été imprimées 
plusieurs fois dans le seizième siècle: 
l'édition de Pesaro , 1 Ji3, in-8'*. , 
intitulée , Sîanze hellissime , ou le 
Selved' Amore^ cstunedes pbis rares, 
ainsi que ses Poésie volgari , Venise, 



MËt) 

Aide, 1554, i»-B". , et s<^s Rime 
sacre, Florence, 1680, 10-4". (/^. 
CioNjvrci. ) li'abljc Serassi a donne 
une édition pins complète des Poésie 
il cl magni/ico Lorenzo de' Medici , 
Kor^amc , 17O3, in-S''. ; et l'on a 
public ses Poésie scelle, Londres, 
1801, 'i part, iri-4*'- T^a Fie de Lau- 
rent de Méilicis^ écrite en latin par 
Valori , a cle traduite en français , 
( parl'aljbc Goiijct), Paris, i-yGi ,in- 
IX. L'ouvrage de Fabroni , public 
sous ce titre : Laurentii Medu is Ma- 
g?iijici vit a , Pise , 1 784 , -»- v. in-4'*. , 
est trt'S-su])encur au premier ( f^. 
Faui'.oni , XIV , 74 ) ; mais il a été 
surpassé par la /-^ie de Laurent de 
Médicis, publiée en anglais par W. 
Roscoe , et traduite eu français par 
M. ïluu'ot , 1709, 3 vol. in-S". 
M. Petitot a donné Laurent de Mé- 
«iim, tragédie, 1799, in-S". 

S. 8—1. 
MÉDICIS (PiERRK II ), fils de 
Laurent le Magnifique, et son suc- 
cesseiu" dans l'adiuiuistralion de Flo- 
rence, en fut chassé, au bout de deux 
ans, en i494^<'t mourut en 1 5o3. 
Quoiqu'il cilt fait des progrès rapides 
dans SOS études ; quoique son père 
et Polilien, son instituteur, lui crussent 
des talents distingués; il laissa bien- 
tôt conuaîrre que le fardeau des af- 
faires, si léger pour Laurent, était 
trop pesant pour lui. Peu de mois 
après la mort de son père, Iiuiocent 
\I1I mourut aussi; et comme il fit 
place, sur la chaire de saint Pierre , 
au pertidc et cruel Alexandre VI, 
la politique de l'Italie se comjiliqua 
précisément au moment oi'i celui qui 
l'avait long - temps dirigée était 
remplacé par un jeune homme im- 
prudent et faible. Pierre de Médicis, 
<;nvoyé en ambassade à Rome , pour 
«omplimentcr le nouveau pontife, 
oiicusa Louis Sforza, régeut de Mi- 



MED 6) 

lan , dans la pcrsoime de ses ambas- 
sadeurs, et témoigna son attachement 
pour le roi de Maplcs dont Sforza se 
déliait. Co fut celle conduite impru- 
dente de Pierre de Mediois, qui en- 
gagea Louis Sforza à recourir à la 
])rotcclion de la France, et à inviter 
Charles VIII à la conquête de ^'a- 
ples. Les préparatifs du inonar([ue 
franç.iis pour entrer en Italie, rele- 
vèrent le coiu'age des ennemis de 
Pierre de IMé'licis. Les Florentins 
s'étaient à peine aperçus de l'asser- 
visK'mcnt de leur j)alrie, tant (|u'uu 
grand homme avait dirigé ses con- 
seils; mais ils ne pouyaient se ré- 
signer à ce que la république reçût 
les ordres d'un chef pusillanime et 
inconsidéré. Laurent et Jean de Mé- 
dicis, pctils-fils de Laurent -l'^/i- 
cicn, frère de Cosrne , étaient à la 
tète des mécontents; et ils ne mon- 
traient pas moins de /.èle ipie les an- 
ciens ennemis de leur famille n'en 
avaient fait paraître pour la liberté 
de Florence. Accusés cependant de 
correspondance avec le roi de France, 

ils furent oLliçrés de se réfugier au- 

j I • 1 • . ^ 

pies de lui; et us excilercut ensuite 

ce monarque à presser son expédi- 
tion. Lorsque, dans l'automne de 
i494i Charles VIIT eut résolu de 
passer de la Lombardic dans le royau- 
me de Naples par la Toscane et par 
Rome, il fit avancer le duc de Mont- 
pcnsier avec l'avant-garde de son 
armée parPontremoli sur Fivizzano, 
forteresse floreiiline, que Montpen- 
sier prit d'assaut, et dont il massacra 
la garnison. L'aimée française devait 
ensuite traverser la Lunegiane , pour 
entrer en Toscane: c'est un long es- 
pace de rivage tortueux, resserre 
entre des montagnes escarpées et la 
mer. Les deux forteresses de Sarzane 
et SarzancUo eu fermaient l'entrée; 
celle de Pietra Sauta se présentait 
5.. 



68 



MED 



ensuite : toutes trois e'taient occupées 
par les Florentius, et pouvaient op- 
poser une très - longue résistance à 
l'arme'e ennemie, tandis que celle-ci 
manquerait bientôt de vivres. Mais 
Pierre, trouble par la prise de Fiviz- 
zano, se crut perdu: il voulut imiter 
la conduite qu'aA'ait tenue son père 
avec Ferdinand, roi de Naples , et il 
alla trouver Charles VIII dans son 
camp; mais il était loin d'avoir la 
re'putation, l'éloquence ou la pro- 
fondeur d'esprit par lesquelles Lau- 
rent-le-Magnifique maîtrisait tous 
ceux qu'il voyait, et sur lesquelles il 
avait compté dans une entrevue per- 
sonnelle. Pierre montra bientôt, au 
contraire, dans sa négociation a^ec 
le roi de France, autant de pusilla- 
nimité qu'il y avait eu de témérité 
dans sa visite. Il céda dès la première 
demande les trois forteresses de la Lu- 
nogi ine : il y ajouta bientôt les villes 
de Pise et de Livournc j et ce fut à ce 
prix qu'il acheta, non la protection , 
mais seulement la neutralilédn roide 
France. Bientôt Pierre apprit que sa 
conduite avait excité à Florence le 
plus violent mécontentement; Savo- 
narola, qui depuis long-temps prê- 
chait contre les Médicis, vint avec 
une députation jusqu'à Lucques , au 
devant du monarque français; il le 
supplia de ne point confondre la ré- 
publique florentine avec son chef, 
dans le courroux qu'il ressentait 
contre ce dernier. Pierre de Médicis 
se hâta de revenir à Florence, avec 
Paul Orsini son parent , et un corps 
d'armée qu'il commandait, pour sou- 
mettre les séditieux; mais il trouva 
le mécontentement porté au comble : 
ou l'accabla de reproches, on lui 
ferma l'entrée du palais public ; 
bientôt de tous les toits, de toutes 
les fenêtres, on lança des pierres 
«outre lui et ses soldats : le tocsin 



MED 

sonnait, la ville entière était sous lev 
armes ; et Pierre effrayé sortit de Flo- 
rence le 8 novembre i4o4> «^^ec 
Julien sou frère, par la porte de 8an- 
Gallo, et suivit la route de Bologne. 
Pendant ce temps le palais des Mé- 
dicis fut pillé ; et les monuments àes 
arts rassemblés par Laurcnt-le-Ma- 
gnifiquefurent dispersés. Le seigneur 
de Bologne témoigna aux Médicis 
son étonnement de ce qu'ils avaient 
abandonné leur principauté , sans 
tirer l'épée pour la défendre; et cette 
leçon hors de saison, dont il ne pro- 
fita point lui-même dans la suite, les 
fit résoudre à ne pas lui demander 
plus long-temps l'hospitalité. Ils pas- 
sèrent à Venise, où le sénat leur fit 
un accueil honorable; mais loin de 
s'intéresser vraiment à eux , il leur 
donna le conseil perfide de ne point 
retourner à Florence, lors(pie Char- 
les VIII les y rappelait. Après la 
retraite des Français, les trois frères 
Médicis firent, eu 1496, une tentative 
pour rentrer dans leur patrie, avec 
l'aide d'une petite armée, que Virgi- 
lins Orsini avait levée pour eux ; 
mais lorsqu'ils virent que leurs par- 
tisans ne faisaient aucun mouvement 
pour les seconder , Orsini perdit 
courage, et les quitta pour passer 
dans le royaume de Naples. Une se- 
conde tentative ('28 avril 1497) "^ 
fut pas plus heureuse: dans une tioi- 
sième, faite en 1498, les troupes, 
conduites par Pierre, restèrent pri- 
sonnières dans le Casentin , et bii-niê- 
mc n'échappa qu'avec peine. Eii(in, 
en l'joi, César Borgia, sollicité par 
Pierre, essaya vainement à son tour 
de rétablir les Médicis dans leur pa- 
trie. Décourage part ait d'entreprises 
malheureuses , Pierre de Médicis 
suivit les armées françaises dans le 
royaume deNaples. I! était, le 'iS dé- 
cembre 1 5o3 , avec le duc de la Tré- 



MED 

moille, sur les bords du Garigliauo, 
lorsque l'anoe'e française fut surprise 
par Gonzalve de Cordoue. Il cher- 
chait à s'échapper de ce combat sur 
une galère trop cliargée d'artillerie 
et de fuyards, loi'squ'ii fit naufrage, 
et périt à la vue de (iaèle, où il vou- 
lait se rendre. Laurent de Mcdicis 
l'avait marié , en 1 487 , à Alfonsine 
Orsini, fille du comtcdeTagliacozzo, 
et parente de sa mère; il en laissa 
uu iils nommé Laurent, dont nous 
parlerons à l'arlicle suivant, et une 
fille, nommée Clarisse, mai-iée à Phi- 
lippe Strozzi, peu après la mort de 
son père. S. S — i. 

MÉDICIS (Julien II) , troisième 
fils de La.uventle 3Iagnififjiie, né en 
1478 , fut chef de la répuiiliciue flo- 
rentine, eu 1.J12 et i.5i3. 11 reçut, 
en i5i5, de François P'. , le titre 
de duc de Nemours , et mourut le 1 7 
mars i5i6. Son histoire est telle- 
ment liée à celle • de Pierre II , son 
frère aîné , et à celle de Laureut II , 
son neveu , que nous ne l'en sépa- 
rerons poiut ( F. ces deux articles ). 
S. S— I. 

MÉDICIS ( Laurent II ) , né le 
1 3 scptemln-e i 492 , de Pierre II de 
Médicis et d' Alfonsine Oisi ni , fut ch cf 
de la répidilique florentine , depuis 
i5i3, duc d'Urbin en iji6, et 
mourut en iSig. Il n'était âgé que 
de onze ans lorsque sou père mourut; 
et dès cette époque, il fut déclaré 
rebelle par la république florentine, 
qui ne voulait point lui permettre de 
revenir à Florence. Ccpeudautla haine 
que ses concitoyens avaient conçue 
contre Pierre , s'était éteinte à la 
mort de celui-ci : ils ne cherchèrent 
point à nuire à ses deux frères , le 
cardinal Jean, qui résidait alors à 
liomc , et Julien , qui le plus sou- 
vent séjournait a Veuise ; et ils per- 
mirent à Clarisse, fiUe de Pierre , de 



MLD 69 

revenirdans sa patrie. Les Florentins, 
après avoir éprouvé plusieurs révo- 
lutions , donnèrent pour chef à leur 
république Pierre Soderini , avec le 
titre, de gonfalonier perpétuel. Ca 
magistrat avait embrassé les intérêts 
delà France ; et après que les troupes 
de Louis XII se furent retirées d'Ita- 
lie en 1 5 1 '2 , il demeura exposé au 
courroux du pape Jabs II, qui , de 
concert avec les V^énitiens et les Es- 
pagnols, avait forcé les Français à la 
retraite. Le pape , pour se venger 
de Soderini , résolut de rétablir les 
Médicis à Florence. Raimond do 
Cardone , géncial de lu ligue , entra 
en Toscane par Barberino, le 9 août 
i5i-2 , avec le cardinal de Médicis , 
et Julien , son frère. Pendant qu'il 
menaçait Soderini , et qu'il négo- 
ciait avec lui pour obtenir le rappel 
des Médicis, ses soldats surprirent, 
le 3o août , la ville de Prato , qu'ils 
livrèrent au pillage , et où ils firent 
un massacre horrible des habitants. 
A cette nouvelle , une trentaine d'a- 
mis des Médicis arrêtèrent le gonfa- 
lonier dans son palais, sans que la 
ville effrayée osât picndre parti pour 
ou contre lui. Peu après, Julien, 
conduit par des jeunes gens des mai- 
sons iUbizzi , Ridolfi , Tornabuoui 
et RucceUaï, rentra dans la ville, où 
les conseils délibéraient sur les sû- 
retés qu'on donnerait aux Puédicis , 
aCii qu'ils pussent vivre à Florence 
en cilo) eus et non en maîtres. Jean- 
Baptiste Ridolfi fut nommé gonfa- 
lonier pour une année. Julien de Mé- 
dicis , dont le caractère était doux et 
facile, se contenta de ce changement : 
mais le cardinal, et son neveu , Lau- 
rent , étaient déterminés à renverser 
absolument le gouvernement popu- 
laire ; ils entourèrent le palais pu- 
blic , le iG septembre , forcèrent le 
nouveau gonfalonier à renoncer à sa 



-jo MED 

cliarç;c , rt formèrent , par l'autorité 
du peuple asseinlilë, un conseil sou- 
verain, à la tcte duquel ils mirent 
Julien de Médiris, qui fut reconnu 
chef de la republique. La mort 
de Jules II (21 février i5i3 ) 
rappela le cardinal de Me'ilicis à 
Rjmc, où il fnt élu pape bientôt 
après, et couronné, le iq mars, sous 
le nom de l>cun X. Cette élévation 
assura I etab issemeul de la maison 
de Mcdicis a Florence. Julien et Lau- 
rent ^gouvernèrent dès-lors cette ré- 
})ubli |ue en commun , mais d'après 
es \ ues de Léon \ , le vrai chef de 
leur famille, et avec une entière sou- 
mission a ses ordres ; eusorte que la 
Toscane, qui pendant long -temps 
avait été le centre de toute la poli- 
tique il dienne, ne fut plus, pendant 
la vie de Léon X , qn'iuie ])rovince, 
soumise à rLj^dise, et dépendante du 
pape. Julien a\ait de la douceur, et 
peut-être de la faiblesse dans le ca- 
ractère ; il se conduisait avec mo- 
destie, et cijmme citoyen, dans une 
ville dont ses ambitieux parents vou- 
laient le faire prince : d était .liraé 
des Florentins , et il respectait les 
restes de leur li'icrté. Léon X, avant 
la (in de l'année i5i3, l'engagea à 
quitter Florence pour Rome, et a se 
(icmellrc, en faveur de son neveu 
Lauient, de la présidence de la ré- 
puldique , rjai lui avait été accordée 
par le jxiii.le. Au juois de février 
i5ij, Julien épousa Plnliberte de 
SaA'oie, tante du roi FVançois l*^'. Ce 
mariage devait être le gage de la ré- 
conciliation des Mcdicis avec la 
France; et à cette occasion , Jidien 
reçut le titre de duc de Nemours. 
Cependant les diverses formalités 
pour l'expédition de ce titre ne fu- 
rent jamais remplies ; et Julien , at- 
teint d'une maladie, eu commandant 
les troupes du pape S(.in frère^ après 



MED 

de longues souffrances , mourut à 
F'io renée, le 17 mars i5iG. Il lais- 
sait un fils naturel , né à Urbiu ea 
i5i I , qui fut ensuite le cardinal IJip- 
polytedcMédicis. Laurent, plus or- 
gueilleux et plus entreprenant que 
son oncle , n'avait aucune afleclioa 
pour les Florentins, chez lesquels il 
n'avait pas été élevé : il était âgé de 
deux ans , lorsque sa famille avait 
été forcée de s'enfuir de Florence ; 
dès-lors il avait vécu dans les camps 
ou dans les cours des princes, loin 
des mœurs républicaines qu'il ne con- 
naissait pas, et il s'iriilait de trouver 
deségau\ parmi ses concitoyens. Sa 
hauteur le rendit bientôt odieux à |{ 
l^orence; et on l'y accusa d'avoir ' 
cm foisonné son oncle. Le pape ce- 
pendant, non content d'avoir fait 
de lui le j)reu)ier citoyen de sa pa- 
trie , voulut lui procurer une soii- 
veiaineté. Il avait jjlusieurs giiefs 
contre François-Marie delà RÔvère, 
duc d'Urbin ; U les grossit encore 
poiu- se donner le droit de le dé- 
pouiller des fiefs qu'il tenait du S.iiut- 
iSicge; il lança contre lui un moni- 
loire en ifjitj, et le f.iisant attaquer 
par l'armée pontificale, il conquit 
tout le duché d'Urbin , dont il in- 
vestit cette même année son neveu 
Laïuent de Medicis. L'année sui- 
vante, la Rovère rentia dans sou 
duché , dont tous les habitants pri- 
rent les armes en sa faveur : Lau- 
rent s'avança pour le combattre, 
mais il montra peu d'habileté et de 
décision; il fut blessé devant le châ- 
teau de Mondolfi, el contraint de ' 
s'éloigner de son armée. Api-ps son 
départ, le duc d'Urliin ne pouvant 
se maintenir contre les forces de l'É- 
glise, fut obligé de traiter avec le 
pape et d'évacuer son duché. Eu 
i5i8, Laurent épousa Madclèuo 
dç la Tour d'Auvcjgnc; colle uuiuu 



MED 

qui ftit célc'bice à Paris ayec àe 
uiaudcs rcjouissauccs, ne fui pas de 
Jongue durée. Laurciil mourut à Flo- 
rence le •i'6 avril iSiQ; et Madc- 
lène était morte en couclies quel- 

3ues jours avant lui. L'cufanl ne' 
e ce mariage fut Catherine de Mé- 
dicis , qui devint reine de France. 
A la mort de Laurent II , le pape 
se trouva le seul descendant légiti- 
me en ligne masculine de la branche 
aînëe de sa famille, et de la poste- 
rite' de Cosme V Ancien. Une jalousie 
invétérée séparait depuis long-temps 
cette branche , de celle qui était 
descendue de l'ancien Laurent frère 
de Cosme, Ainsi se trouvaient frus- 
ti'es tous les efforts ambitieux du 
pape et de ses aucêlres pour agran- 
dir leur famille. Il restait , il est 
vrai , plusieurs enfants illégitimes 
de cette branche: Jules fds de Ju- 
lien I , alors cardinal et auparavant 
chevalier de Malte et prieur de 
Capoue , e'iait l'aîne ; ce fut lui qui 
demeura charge du gouvernement de 
Florence après la mort de Laurent, 
et qui fut ensuite pape sous le nom 
de Clément VII. Le (ils de Julien 
H, Hij^polyte, était alors élevé dans 
le palais pontifical; il s'y faisait déjà 
j'emarquer par son enjouement et 
ses grâces : il fut fait cardinal par 
Clément VII, le ii janvier i^'ic); 
et il se distingua plus par des qua- 
lités chevaleresques que parles ver- 
tus d'un homme d'église. (Voy. la 
note I , page -jS, ci-après ). Le troi- 
sième bâtard des Mcaicis était Ale- 
xandre , dont nous parlerons plus 
bas. Lorsque Léon X mourut , lo 
i*^'. décembre i5'-ii , le cardinal 
Jules demeura chef de la maison de 
Médieis, et du gouvernement floren- 
tin, jusqu'à l'époque où il fut élu 
pape, le lO novembre i5'23, après 
la mort d'Adrien VI. S. S — i. 



MED 71 

• MEDICIS ( i?.A^ ) , général ita- 
lien, se rendit célèbre par scm inîré- 
jiiditéau ccmimeiueraenf du seizième 
siècle. Fils d'iMi autre Jean , et de 
C illicrine Sforce , il desrendait de 
Liurent l'Ancien , frère de (îosiuc. 
Père delà patvio. Ilétail ainsi parent 
éloigné du pape Léon X , au temps 
duquel il florissait ; mais son père 
et son oncle s'étaient déclarés haute- 
ment en faveur de la liberté floren- 
tine , et contre la branche aînée des 
Mé licis. Jran , qui naquit en 1 498 , 
était fort jeune encore au temps du 
pi)nti(icatdeLéon.\ :aulieuderonser- 
vcr les ressentiments de son père , il 
se hàla de iirofllei» de l'élévation de 
sa famille. Il avait la p.issiou des ar- 
mes , et le caractère indomptable de 
la fameuse Catherine Sl'orce, sa mère: 
il demanda au pa])e i\n commande- 
ment militaire, et il fut employé par 
lui à soumettre les petits tyrans de la 
marche d'Aiiconc; Louis Friducci , 
seigneur de Fermo , et plusieurs ati- 
trespctitsjuinces furent, en iTi'.io, dé- 
possédés et faits prisonnicis j)ar Jean 
de Médicis. L'année suivante il fut 
employé par la république llorentine 
contre le duc d'Urbiii ; ensuite il re- 
tourna en Lombardic, où, dans la 
campagne de i5'24-.d remporta plu- 
sieurs avantages contre les Français. 
Il prit d'assaut Caravaggio , dans la 
Ghiara d'Adda , et ensuile Biagrasso : 
dans l une et 1 autre occasion il ma- 
nifesta autant de férocité que de va- 
leur ; il fit passer les garnisons au GI 
de l'épéc , et il abandonna les habi- 
tants à toutes les horreurs du pillage. 
C'est ainsi qu'il mérita le surnom de 
Graii(i-i)iabld , par lequel il est sou- 
vent désigné. A la lin de l'année 
i5u4 , Jean de Médicis quitta leser- 
viceimpérial pour celui de la France, 
probablement d'après les invitations 
de son parent, le pipe Clc^neut Vll^ 



72 



MED 



qui , à la njcme c'poqne , s'ctait allie 
à François I'^"'. Au uiuis de iiovem- 
Lrc 1 5uO , Jean de Mcdicis , en pour- 
suivant le capitaine Fronspcrg, celui 
même qui devait bientôt saccager 
Rome, fut atteint, près de Borgo- 
Forte,d'un coup de fauconneau, qui 
lui fracassa les jambes. 11 mourut, le 
3o du même mois , de cette bles- 
sure (i).Scs soldats, auxquels il s'c- 
tail rendu cher par son courage in- 
domptable , et par la licence dont il 
les laissait jouir, augmentèrent sa 
réputation après sa mort, par leur 
fidélité à sa lucmoirc ; ils prirent tons 
le deuil : dès-lors on les nomma les 
handes noires; ci leur férocité, autant 
que leur bravoure, faisait croire que 
Mëdicis n'avait point cessé de les 
commander, Jean de Médicis avait 
épousé Marie Salviati , belle - sœur 
de l'historien Ncrli; il en eut un fils 
ne le ii juin iSu), qui fut ensuite 
Cosme , premier grand-duc de Tos- 
cane. S. S — i. 

MÉDICIS ( Alexandre ) , tyran 
de Florence , où il régna, de i53o à 
1537, est souvent désigné comme 
premier duc de cette ville. Cepen- 
dant il ne portait que le titre de duc 
de Ciltà di Ponna. La naissance de 
cet enfant illégitime est très - équi- 
voque : on le lit passer pour fils de 
Laurent , duc d'Urbin , et d'une es- 
clave raorcscpie ; d'autres disent qu'il 
était fils du cardinal Jules de Mcdi- 
cis , qui fut ensuite Clément VII, 
Lorsque ce dernier fut élevé au pon- 
tificat , en novembre i 'r.i3 , il Confia 
l'éducation d'Alexandre , et celle 
d'Hippolyte , fils de Julien II de Mé- 
dicis , à deux Florentins , Rocco Ri- 



(0 Varclii cl Frantôm'' rapportent qu'il tint lui- 
néixc la bougie pendant qu'on lui coupait la janibf" , 
•n ilisant : Cim/jcz haidimtnt , il n'>;sl hesmn rln 
/lei ,onne pour me tenir ; «t iU ajoul«ut (}u« le duc A* 
llaiilous «tiit pr«<»nt. 



]\IED 

dolfi et Jean Corsi : on même temp$ 
le pape députa le cardinal de Cortone 
pour êlre régent de la répuldique 
florentine , au nom de ces deux en- 
fants, auxquels on donnait le titre de 
Magnifique; mais le cardinal de 
Cortone, Siivio Passerino, créature 
de Léon X, était un homme dur et 
sans adresse : toujours irrésolu et dé- 
pendant de Rome , d'où il attendait 
tous les ordres, il mécontenta extrê- 
mement les Florentins; tandis que 
Nicolas Capponi , d'accord avec les 
Strozzi , les Guicciardini et les Sal- 
viati, s'error(;ait de rendre la liberté 
à sa patrie. A cette époque, Jean de 
Mcdicis ( r. l'art, précédent ) fut 
tué en I SiG , près de INIanlouc ; et ce 
redoutable général , chef de la se- 
conde branche de la maison de Mé- 
dicis , fut enlevé au pape , au mo- 
ment où l'atlaque des Espagnols et 
du connétable de Bourbon le bii ren- 
dait plus nécessaire, et où quelques 
tumultes à Florence indiquaient déjà 
dans quelle défaveur bs Médicis y 
étaient tombés. Rome fut prise, le G 
mai i5't7 , par l'armée que le con- 
nétable de Bourbon avait conduite 1 
jusqu'alors : tout le parti de Médicis 
fut eflrayé de cette catastrophe; dès 
le 17 mai, le cardinal de Cortone 
sortit volontairement de Florence , 
avec le cardinal Cibo , et Hippolytc 
et Alexandre de Médicis : ils laissè- 
rent air.si le peuple en liljcrlé de 
donner une forme nouvelle à son 
gouvernement. Après leur départ le 
premier dticret des conseils iloren- 
liiis fut dicté par la reconnaissance 
envers la maison de Mccbcis , qui leur 
rendait la liberté. Plusieurs exemp- 
tions et privilèges furent accordés à 
ses différents membres ; mais cette 
disposition des esprits ne dura pas 
long-temps : la jalousie des familles 
rivales, et d'anciennes haines, se de- 



MED 

vcloppèrcnt ; et la conduite lïès Flo- 
rentins (it connaître leur aversion et 
leur mépris pour le pape, Cllëment 
"VU , de son côté , plus empresse de 
sevenf;erdes Florentins quedonain- 
tenir l'honneur de l'Épiiise . si griè- 
vement offensé par Cliarles- Quint , 
signa, le 29 juin i5'>9, une ligue 
avec l'empereur, d'après laquelle il fut 
convenu que les Mc'dicis seraient ré- 
tablis à Florence, dans le rang qu'ils 
occupaient précédemment , et qu'A-" 
lexandre , reconnu pour chef de sa 
famille et de la république, épouse- 
rait Marguerite d'Autriche , fille 
naturelle de Charles -«Juiiit. Le 5 
août suivant , François l'^'''. fit la paix 
avec l'empereur j et les Florentins 
perdirent ainsi l'espérance qu'ils 
avaient conservée jusqu'alors d'être 
protégés par un des monarques ri- 
vaux , s'ils étaient altaijués par 
l'autre. Philibert, prince d'Orange , 
fut chargé par le p;;pe et l'empereur 
de commander l'armée destinée à 
rétablir les Médicis dans leur patrie ; 
elle était composée de huit mille 
fantassins allemands ou espagnols , 
et de dix mille Italiens. Philibert se 
présenta devant Florence, à la fin 
d'octobre iS'ig ; et il entreprit 
aussitôt le siège de cette ville : les 
Florentins déployèrent , dans leur 
défense , plus de valeur qu'ils n'en 
eussent encore montré en aucune 
occasion. Après neuf mois de com- 
bats ,1c prince d'Orange fut tué, le 1 
août i53o, en livrant bataille à un 
corps d'armée qui descendait des 
montagnes de Pistoia , pour faire 
lever le siège. Ce corps d'armée n'en 
fut pas moins défait ; et les Fioreu 
tins se virent enfin forcés de capitu- 
ler avec D. Ferdinand de Gonzague 
qui avait succédé à Philibert. La ville 
fut ouverte, le \'i août i53o , à ce 
général impérial; elle consentit à 



ÎMED 



tS 



payer quatre -vingt mille ducats à 
l'armée victorieuse, et à se soumelire 
au gouvernement que l'empereur et 
le jiape, de concert, lui donneraient 
dans l'espace de quatre mois , sans 
préjudice desa liberté. Le pape, a vaut 
que cette nouvelle constitution fût 
publiée , fit mettre en jugement ceux 
des Florentins qui avaient le ]ilus 
contribué à l'expulsion de sa famille 
ou au maintien de la libellé. Cepen- 
dant il ne laissait eucoie aucun des 
Mwlieis rentrer à Floiencc. Clément 
YII, qui, depuis quelque temps seu- 
lement, ressentait une atrcclion beau- 
coup plus tendre pour Alexandre , 
s'était délerminé à le préférer au 
cardinal Hippol} te de Médicis , quoi- 
que celui-ci, par son âge, ses ta- 
lents , et sa naissance même , moins 
honteuse que celle d'Alexandre, pa- 
rût être le chef naturel de la fa- 
mille (i). Clément avait récemment 
décoré Alexandre du titre de duc de 
Cilla de Penna; et il l'avait ensuite 
envoyé auprès de Charlcs-Quiut pour 
gagner sa faveur. 11 obtint enfin le 
diplôme impérial qui devait fixer 
la constitution de Florence. Ce dé- 
cret, daté du 58 octobre i53o, ne 
fut porté à Florence, et publié dans 
les conseils de la république, que le 
6 juillet i53i. Le duc Alexandre 
fut déclaré chef et prévôt de la répu- 
blique florentine: comme tel, on lui 
donna le droit d'intervenir à tous les 
conseils ; et celle prérogative devait 
être transmise dans sa famille par 
ordre de primogénilurc. Lcdiplom» 
impérial réseiTait aux Florentins la 



(i) Il Ptait né îi Urbin en i.îii , fils naturel <V 
Juifs II de Médici's duc de Nruioiirs , ri fut fait 
cardinal par Clcuieul VII , le ii janvier i."'29* '^ 
cultivait les letlrfs , et a laisse quelques o: vraies : sa 
traduction en vers libres italieus du 5'. livre d« 
l'Eui'ide est insorc'e dans les i^pere di l ergilio.. . . - 
rfj f/iveni auiori Imilntli, pubÛ' > j>.ir L. Uoineuichi ^ 
Flo'.ouce, lâîfi, inS». 



74 MED 

même liberté et les mômes privi- 
lèges dont ils avaient joui depuis 
1434 sous la présidence des Me'di- 
cis. Ainsi Alexandre n'était point 
déclare' duc de Florence ; il prenait 
son titre (de duc) d'une ville de l'état 
ecclésiastique, et il ne devait jouir 
dans «a pairie quft J'une aufcrité limi- 
tée: mais cet arrangtnie":l ne conten- 
tait point l'aïubition de ce jeune prin- 
ce, ni celle du pape. Apres lic longues 
intrigues , dirigées par Clément VII , 
et souvent croisées par le c;.rdinal 
Hippolytc , qui était trcs-jalo'ix de 
son cousin , l'ancien goi;verneuieut 
florentin fut aboli , par de préten- 
dus représentants des Florentins 
eux-mêmes : Alexandre fut dt'claré, 
au mois d'avril i53j , doge ou duc 
de la république ; et deux conseils , 
composés uniquement de ses créa- 
tures, furent désignés pour l'aider 
dans l'administration. Dès -lors le 
duc Alexandre opprima sa patrie 
de la manière la plus lyranrique. 
Il désarma le peuple entier sans dis- 
tinction d'amis ou d'ennemis ; il 
cleva une forteresse pour comman- 
der la ville; il multiplia les senten- 
ces d'exil , les condamnations et les 
confiscations de biens : le seul frein 
qui lui restât encore, lui fut bientôt 
ùté par la mort de Cléuieut Vil, 
survenue le ij septembre ij34. 
Cette mort augmenta sa défiance et 
sa cruauté, parce qu'elle rendait ses 
ennemis plus puissants. Celui qu'A- 
lexandre redoutait le plus, était le 
cardinal Hippolytc qui, aimédesgens 
de lettres parmi lesquels il tcuait 
lui-même un rang distingué, géné- 
reux , affable , attaché à sa patrie , 
avait en même temps du crédit à 
Rome et à la cour de l'empereur. 
Tous ceux que le duc exilait de 
Florence recouraient à lui. Sa mai- 
»uii à lîome ser^ ail d'asile à toutes 



MED 

les victimes de la tyrannie ; et lui- 
même il ne se lassait pas d'implorer 
pour sa patrie la protection de l'em- 
pereur. Il apprit enfin que Charles- 
Quint allait passer en Afrique pour 
faire la guerre à Khair- eddjai 13ar- 
berousse : il résolut d'aller l'y join- 
dre; et comme il s'était déjà mis 
en route, il fut empoisonné à Itri, 
le 10 août i535 , par oi'dre de sou 
cousin Alexandre. Ou assure que 
celui-ci fit aussi mourir sa mère par 
le poison, pour qu'elle ne demeurdt 
pas plus long-temps un témoignage 
de la bassesse de sa naissance. Après 
ces crimes, il laissa nu libre cours 
à ses penchants les plus bas et les 
plus ^icicnx; et il souilla l'honneur 
et la couche des plus illustres de ses 
sujets par sou incontinence. Tandis 

3ue tel était l'indigne déportement 
u bâtard des Médicis, la branche 
légitime issue du frère de Cosme 
l'Ancien , s'était divisée en deux ra- 
meaux. Dans l'un, Jean, dit le Grand- 
Diable, dont nous avons parlé, 
avait laissé à sa mort un fils nom- 
mé Cosme , d'un caractère sévère, 
profond et dissiiuulé, cpii semblait 
appartenir à l'Espagne plutôt qu'à 
l'Italie. Nous le verrous bientôt suc- 
cesseur d'Alexandre. Dans l'autre, 
Pierre-François de Médicis avait un 
fils désigné , à cause de sa petite 
taille , par le nom de Lorenzino. 
Son visage était pâle, son caractère 
mélancolique; mais sou esprit ar- 
dent avait é\£. nourri par l'étude des 
anciens , par l'éloquence et la poé- 
sie. Il avait écrit une comédie inti- 
tulée .i^/vVZoi/o, qu'on plaçait alors au 
rang des meilleurs ouvrages du siècle 
( I ) ; mais bien plus dévoué à l'é- 

(i) L'i-dition de Vaaise , PaKauiui , s à. , iii-S». 
pasie pour la premièrr , elle e&L eu pru&e , aîuât qua 
telles de Lucquds , i54'.l' Floreuce , Giunti, i">;ii 
in-Ro. , et iliiri., lâgi ( Saplcs. i--<o ) , ii)-i7.. Crcs- 
ciuibeui eu eitti uiiH eu Y>^''> dcbulo^uc ij|'S. 



MED 

tiule (le la politique qu'aux lettres , 
il se passioiin;iit (radrniratiou puiir 
les héros ((ui clans l'iintiquitc avaient 
délivre leur pairie de la lyraiiiiie. 
Il résolut do les imiter; et, pour 
s'approcher du due, Alexandre, il 
se plongea comme lui dans la dé- 
hauchc et la dissipation , il se ren- 
dit le ministre de ses plaisirs , et il 
réussit Icllemeiit à le captiver, que 
le duc fit de Ijorenzino son unique 
conseiller cl son compagnon. (Je der- 
nier , déterminé a tuer letyiau, se 
croyait assuré que, dès qu'Alexandre 
ne vivrait plus, les Florentins aidés 
par leurs émigrés sauraient bien re- 
couvrer leur liberté. Il ne voulut donc 
confier son jtrojet à personne , et 
il ne compta que siu' son bras pour 
l'exécuter. Le 6 janvier i537 , il in- 
vita le duc a se rendre chez lui , l'as- 
.suranl qu'il y rencontrerait la femme 
de Léonard Ginori , dont il était 
amourcUx. Le duc était venu se- 
crètement et masqué au lieu du ren- 
dez-vous; et s'y trouvant le premier, 
il s'était jeté sur un lit , et y dor- 
mait en attendant la visite qui lui 
était promise. Lorenzino , qui était 
sorti comme pour appeler la dame, 
plaça aux écoutes un domesticpie sur- 
nommé Scoroucoucolo , qu'il avait 
préparé pour un assassinat , sans 
lui dire quelle devait être la victime. 
11 rentra ensuite , et trouvant le duc 
endormi, il le fra]i])a , au travers 
du ventre, d'un coup d'épéc : Alexan- 
dre se releva cependant ; et luttant 
contre son meurtrier , il lui mordit 
le pouce avec une telle violence , 
qu'il l'aurait rendu incap;ible d'airir, 
SI ^>coroucoucoio étant accouru, n a- 
vait pas coupé la gorge au duc. Mais 
aussitôt que ce meurtrier eût reconnu 
le prince, il fut tellemont trouble' 
par ce qu'il venait de faire, qu'il 
}ic fut pUis eu état de se coud' ire. 



MED 75 

Lorenzino lui-même crut devoir s'é- 
cliapjier de Florence pour se dérober 
aux vengeances des gardes et des amis 
du duc. 11 partit en diligence pour 
IJolognc , afin d'y rencontrer Plii- 
lip]»e Slrozzi , qu'il regardait comme 
le chef des exilés : ne l'y ayant pas 
trouvé, il alla le joindre à Veni- 
se. Cependant comme personne ne 
se permettait de suivre Alexandre 
dans ses courses de bonne fortune , 
sa mort demeura quelque temps 
ignorée : lorsque le cardinal Cibo , 
son conseiller , en fut instruit , il 
la cacha au ])euple, jusqu'à ce qu'il 
eût substitué Cosme de JMedicis au 
prince assassiné. Les émigrés n'a- 
vait'ut point d'abord voulu croire 
Lorenzino lorsqu'il leur annon<;a le 
meurtre d'Alexandre j ensuite ils ns 
se trouvèrent plus à temps pour ré- 
tablir la liberté florentine. Lorenzino 
ne se sentant pas en sûreté en Italie, 
où il s'attendait bien à cire en butte 
aux vengeances deCosmc, se rendit 
à Constaiilinople. 11 revint cependant 
ensuite à Venise, où il composa une 
justification de sa conduite, écrite 
avec beaucoup de noblesse et d'élé- 
vation. Après avoir pendant onze 
ans évité les embûches qui lui étaient 
tendues jîar le chef de sa famille 
et de sa patrie , il fut enfin assassiné 
à Venise , le iG février ij4^^ > P*ir 
/deux soldats florentins qu'avait apos- 
tés l'ambassadeur du grand - duc. 
Alexandre n'avait point eu d'enfants 
de Marguerite d'Autriche, fille natu- 
relle de Charles-Quint , qui épousa 
en secondes noces Octave Farnèse, 
et fut ensuite gouvernante des Pays- 
bas. Il laissa un fils naturel nommé 
Julien , qui fut c'ievé à la cour de 
Cosme. S. S — i. 

JMÉDICIS ( HirpoLYTE de ) , cardi- 
nal, fils du duc de Nemours; A'bj'. 
l'iij-iicle précédent , pnj. ^3 et ']>{. 



76 MED 

MÉDICIS (GosME I".), fils (^e 
Jean , général des bandes noires , fut 
duc de Florence en i537, duc de 
Sienne en i555, et grand-duc de 
Toscane en iSôg.Nélei ijuinijig, 
il n'avait guJre plus de sept ans lors- 
que la mort lui ravit son ]'t:re ; il 
avait hérité de la fortune cc.nsiclera- 
ble amassée par Laurent . ancien ; 
mais il ne pouvait for. ru-: aucune 
prétention à la souver.i'n' ; j dans sa 
patrie, lorsque la mort d'Alexanrlrc 
l'y appela inopinément, tandis qu'il 
était a peine âgé de dix-huit ans. Le 
cardinal Ciho ne fut averti de la mort 
d'Alexandre que le lendemain de 
cet événement ( 7 janvier 1,^37 ). Il 
sehàta d'appeler au prcsdc lui Alexan- 
dre \ itelli , capitaine des gardes du 
feu duc ; et il introduisit dans Flo- 
rence le plus lie troupes qu'il lui l'ut 
possible. Il assembla ensuite le sénat 
des Quarante-huit, institué peu au- 
paravant ; et il se fit déclarer par lui 
chef absolu, mais provisoire, du gou- 
vernement. Le sénat , tout composé 
de créatures des Médicis , s'occupa 
du soin de le maintenir avec beau- 
coup de zcle. Alexandre avait laissé 
nn fils naturel âgé de trois ans , nom- 
mé Julien : après (juelque délibéra- 
tion, on i'écarta de la succession; et 
l'on résolut d'y appeler Cosme , qui 
était à peine ])arent au dixième de- 
gré du précédent prince : ou le fit 
revenir de sa maison de campagne 
dansleMugcllo; et le 9 janvier i537, 
on le déclara chef de la république 
avec les mêmes ])rérogativcs qu'a- 
vait eues sou prédécesseur. Charles- 
Quint confirma cette élection; mais 
en même temps il mit garnison dans 
les forteresses de Florence, Pise et 
J.ivourne , pour tenir dans sa dépen- 
dance l'état Florentiu qui jusqu'alors 
n'avait point reconnu de supérieur, 
ïoy» ceux (ju' Alexandre avait exilés , 



IVÎED 

ou qu'il avait forcés à émîgrer , sV- 
tant réunis à Bologne ?ous les ordres 
de Philippe Strozzi, s'avancèrent en 
Toscane : le pape Paul III et le roi 
de France les protégeaient ; et le fac- 
tieux Cancellieri de Pistoia avait 
promis de les seconder. Leur avant- 
garde s'empara du château de Mon- 
temerlo entre Pistoia et Prato , le 
i^r. août 1.537. Mais elle y fut , ce 
jour même, si vigoureusement^atta- 
quée par les Espagnols aux ordres 
de Cosme , cpi'elle se trouva pri- 
sonnière avant de pouvoir être se- 
courue. Philippe Strozzi , Valori , 
Albizzi , Canigiani , les plus con- 
sidérés parmi les émigrés , furent 
an nombre i\es captifs ; Cosme fît 
périr imni"'di<itement les trois der- 
niers : Philippe Strozzi fut gardé 
plus d'une année en prison , exposé 
a la torture , et traité de la manière 
la plus indigne; enfin, perdant l'es- 
pérance d'être délivre, pour éviter 
une seconde torture, il se tua lui- 
même , en 1 538. Cosme , pour s'as- 
surer la protection des ministres de 
Charles-Quint, épousa, le 29 mars 
1539, Éléonoie de Tolède, de la 
maison des ducs d' Albc , fille du vice- 
roi de Naples ; en même temps il fit 
éiever des forteresses dans diverses 
parties de ses états. Il écaita Cibo, 
qui lui inspirait de la défiance, à 
cause des bienfaits mêmes qu'il avait 
reçus de ce cardinal. Celui - ci l'ac- 
cusa d'avoir voulu aussi faire em- 
poisonner Julien , le fils d'Alexan- 
dre , qu'H avait songé un instant à lui 
préférer. Cosme manifesta, dans son 
gouvernement, le caractère sévère et 
soupçonneux qui le rendait si diffé- 
rent des premiers Médicis. Dans les 
quatre premières années de son rè- 
gne, le tribunal condamna, par con- 
tumace, à la peine d'^ mort, tpiatre 
cent trente émigrés Florentins ; et il 



MED 

mit à prix la tête de trente- cinq d'en- 
tre eus. f/aïubition de Paul III , qui 
voulait élever la maison Farncsc 
aux dépens desMedicis, causa vers 
le inciae temps quelque inquiétude à 
Cûsme. Ses états furent, en i54o, 
soumis à un interdit , parce qu'il 
s'était refusé à la perception des dé- 
cimes ecclésiastiques ; mais Cosmc 
mettait bien plus de prix à l'amitié 
de l'empereur qu'à celle du paj)e; et 
il obtint eniin du premier , le 3 juil- 
let 1543, la restitution de la forte- 
resse de Florence. Après avoir sol- 
licité long-temps la possession du 
petit fief de Pioiubino , ({u'il fallait 
enlever a. la famille Appiano ( P\ ce 
nom ) , il l'obtint, le •2:i juin i548; 
mais, un mois après, Charles-Quint 
fit restituer cette principauté à son 
légitime propriétaire. Dans celte oc- 
casion et dans plusieurs autres , cet 
empereur maufpia ouvertement aux 
engagements qu'il avait pris avec le 
duo, sans que celui-ci osât jamais en 
témoigner son ressentiment. Il pro- 
digua ses trésors à la cour impénale, 
avançant, pour avoir Piombino, bien 
au-delà de la valeur de ce fief: il re- 
poussa toutes les offres d'alliance de 
la France, quoique le règne de Ca- 
therine de Médicis, sa parente , dût 
lui rendre précieuse l'amitié de cette 
couronne ; mais il baissait et il crai- 
gnait trop Pierre Strozzi, qui s'éîait 
retiré anprcs de la reine , pour vou- 
loir entretenir des rapports avec clic; 
et s'il lui envoyait quelquefois des 
ambassadeurs , leur commission se- 
crète était toujours de chercher les 
moyens d'empoisonner ou de faire 
assassiner ce dernier soutien de la li- 
berté floreuline. Il recherchait du 
crédit à la cour de Charles-Quint, 
moins par les services qu'il lui ren- 
dait en Italie , que par de lâches in- 
triguesj et dau^ sa rivalité avec D. 



MED 



77 



Ferdinand de Gonzague et D. Diego 
de Mendoza , chargés avec lui des af- 
faires d'Italie, on ne pouvait distin- 
guer le prince souverain d avec les 
deux courtisans. Dans l'administra- 
tion intérieure , Cosme était aussi 
absolu qu'il était souple au-dehors. 
Il supprima ou laissa sans forces 
toutes les magistratures républicai- 
nes ; il attira toutes les affaires à lui, 
et les décida par sa seule autorité , 
mettant ses rescrits au-dessus des 
lois et des magistrats: il établit une 
législation sanguinaire , et nue pro- 
cédure perfide , faisant un devoir de 
l'espionnage et de l'assassinat de* 
rebelles, ruinant par des confisca- 
tions toutes les familles qui lui étaient 
suspectes , et apesanlissaut sur tous 
ses sujets le double joug d'une inqui- 
sition politique et religieuse. La 
ruine du commerce et de l'agricul- 
ture avait considérablement diminuo 
les 'revenus de l'étal; mais Cosm^ 
avait hérité de tous les biens patri- 
moniaux des deux branches de sa 
famille , qui toutes deux passaient 
depuis long-temps pour les plus opu- 
lentes maisons de l'Italie. Une par- 
tie de ses capitaux était eraplovéo 
dans le commerce ; il se trouvait 
commanditaii'c d'un grand nombre 
de maisons de banque d'Anvers , de 
Lyon, de Londres et d'Augsbourg : 
il fit lui-mcme le commerce, mais 
il le fit eu souverain , s'attribuant 
dans ses états le monopole des ob- 
jets qu'il y vendait, et cherchant 
ainsi des bénéfices dans la misère 
universelle. Par tous ces moyens, 
il amassa des sommes considéra- 
bles , avec lesquelles il éleva des 
forteresses et des palais. En i549, 
il fit acheter pour sa femme le p ilais 
Pitti , qu'il ter)uina. La république 
de Sienne avait clé long - temps 
opprimée par uue jaruisou cspa.- 



n^y 



yiïîrx 



gnole que commandait D. Diego de 
Mendoza : les Sicunuis ne pouvant 
plus eu supporter le joug , se re'vol- 
tèrent au milieu de l'été, 1 5^2; ils 
se mirent sous la protection de la 
France, et ils obtinrent de Henri II 
une garnison française. Dans ce même 
temps, Cosme traitait avec Henri II, 
moins pour reclierchcr franchement 
sou amitié , que pour faire sentir sou 
importance à Cliarles-Quint, eu lui 
donnant de la jalousie. Celte intrigue 
lui réussit ; et Charles , pour rega- 
gner le duc , lui permit de s'emparer 
de Sienne. Cosme tenta donc, au mi- 
lieu de la paix , le 2O janvier i554, 
de se rendre maître par surprise de 
celte ville voisine : ses troupes en- 
tre reut en cfl'et dans la forteresse 
nommée Camuglia ; mais Sienne fut 
défendue par Pierre Strozzi , général 
au service de France. Cosme en prit 
occasion pour mettre à prix la tète 
de Strozzi, invitant tous ses sujets à 
le faire périr par le poison ou l'as- 
sassinat. Strozzi , de son côté, tenta 
une invasion dans l'étal de Florence : 
il pénétra jusqu'à Montecatini et 
Montecarlo , dont il s'empara ; et si 
les citoyens désai-més et épouvantés 
n'osèrent pas se joindre à lui, du 
moins tous les négociants florentins 
étaLlis hors de leur patrie, s'empres- 
sèrent de lui envoyer d'immenses 
suljsides. Strozzi fut battu le i*^"'. 
août i5.")'i , à Siaunagalio , entre 
Friano et Lucignano , par le marquis 
deMarignaa, général du duc : mais 
il se releva de cet échec avec un 
courage indomptable j et dans cette 
campagne même il obtint le bâton 
de maréchal de France. Cependant, 
tienne , abandonnée à ses propres 
forces , fut enfin réduite à capituler, 
le l'y avril i553. La conquête de 
Sienne avait été faite au nom de l'em- 
pereur; et si Charles - Quiut avait 



MED ' 

continue à régner , Cosme n'aurait 
peut-être jamais été dédommagé de 
ses travaux et de ses dépenses: mais 
Charlcs-Ouint résigna sa souveraineté 
en laveur de Philippe ; et le nouveau 
monarque céda Sienne en fief au duc 
de Florence , se réservant hs ports 
de cet état , et ceux de Piombino , et 
se dégageant à ce ])rix de toutes ses 
dettes envers Cosme. Ce partage de 
l'état de Sienne a causé la ruine de 
son agriculture, et a changé en uu 
désert pestilentiel la fertile campa- 
gne qui porte le nom de Maremnie , 
ou province maritime. Les entrepri- 
ses mihtaires de Gosme P''. finirent 
avec la guerre de Sienjie et celle de 
Monlalciiio , où quelques Sicniiois 
s'étaient réfugiés. Mais dans l'état où 
se trouvait l'Europe , c'était par les 
négociations et les intrigues, plus 
que par les armes , .qu'un petit prince 
pouvait espérer de se maintenir ou 
de s'ap-andir. Cosme s'occupait sur- 
tout de conserver son crétlit à la 
cour de Rome : l'élection de Pie IV 
( Jean- Ange de Médicis ) , en 1 559 , 
fut son ouvrage; et ce pontife , qui 
portait le même nom que lui, quoi- 
qu'il fût d'une autre famille, le fa- 
vorisa en toute occasion. Dans les 
intrigues de Cosme, dont pres({Lie 
tous les détails étaient scandaleux , 
tantôt il était l'agent de Philippe II, 
tantôt, avec une duplicité inuuie, il 
troni])ait ce j>iunarque au nom du- 
quel il agissait. Dans le temps même 
où ces ptiaces faisaient entre eux de 
honteux marchés des choses saintes, 
ils s'edbi'çaient de [)iouver leur piété 
aux ])euples par des autodafés et de 
sanglantes perséculions. Le i5 mars 
i5().i , Cosme I"^»". institua l'ordre de 
Saint Etienne, dont Pie IV le déclara 
grand-maître : Cosme choisit ce pa- 
tron pour sou ordre militaire , parce 
que les deux victoires de Moule- 



Wlpvîo et de Siannagallo , clont l'une 
avait fonde, et l'autre aflermi sa sou- 
veraineté , avaient toutes deux e'ie' 
remportées le i'^'". aoûr, veille de la 
fête de saint Etienne , pape et mar- 
tyr. Cosme, en offrant une décoration 
aux riches vaniteux de ses e'tats et 
de ceux de l'Église , les engagea à 
fonder des commauderies ffui de- 
vaient rester dans leurs familles jus- 
qu'à leur extinction, mais qui ser- 
vaient en racme temps de dotation 
au nouVel ordre. Celte même année 
fut mai'quée par des événements fu- 
nestes qui ont achevé de noircir la 
mémoire de Cosme I"". , mais dans 
lesquels il est impossible de démêler 
la vérité d'avec les fables. Le cardi- 
nal Jean de Médicis, un des fils de 
Cosme, mourut subitement au mi- 
lieu de novembre, à Rosignano, 
château des Marcmmes, où il chas- 
sait avec ses frères : on prétendit 
qu'd avait été tué par dom Garcias , 
l'un d'eux. Bientôt après , D. Garcias 
mourut aussi ; el l'on assura que son 
père lui-même l'avait tué pour ven- 
ger la mort du cardinal ; o*iGn , la 
grande duchesse Eleonore de Tolède , 
accablée de douleur par la mort de 
deux de ses fils , les suivit de près 
au tombeau; et^on mari fut encore 
accusé de l'avoir poignardée. Cosme 
cependant attribua ces trois morts 
à une maladie pestilentielle qui l'é- 
gnait alors dans les Marcmmes. La 
lettre circonstanciée par laquelle il 
eu rend compte à son fils aîné, Fran- 
çois , est plus projH'c à confirmer les 
soupçons qu'à les détruire , par la 
profonde hypocrisie qui y règne. Al- 
fiex'i s'est emparé de cette fimesle 
catastrophe pour en faire le sujet de 
sa tragédie de dom Garcias. Cosme 
obtint du pape le chapeau de cardi- 
nal pour Ferdinand . le second des 
Hi qui lui restaient. Cependant d«- 



Çoûîé lui-même du monde par ses 
malheurs domestiques, et affaibli par 
les douleurs de la pierre , il se déter- 
mina, en i564j à résigner l'admi- 
nisl ration de ses états entre les mains 
de François, son fils aîné, auquel, à 
la même époque , il fit épouser un» 
archiduchesse d'Autriche. L'acte da 
cette union fut signé le i*"'. mai; 
mais Cosme n'abdiqua point comme 
avait fait Charles -Quint peu d'an- 
nées auparavant : il se réserva les ti- 
tres, le pouvoir suprême, et un» 
grande partie du revenu; il voulut 
que son fils fût , de sou vivant, son 
lieutenant, et non son successeur. 
D'ailleurs , bientôt après , Pie IV, 
qui mettait tout son amour-propre .t 
protéger la maison de Médicis, afin 
d'accréditer la généalogie supposée 
qui l'eu faisait descendre, s'occupa 
des moyens d'élever Cosme à la di- 
gnité d'archiduc, ou, sur l'opjjosi- 
tion de la maison d'Autriche, à cell« 
de grand -duc. Ce pape mourut «n 
1 565 , avant que les négociations en- 
treprises dans ce but fussent termi- 
nées. Mais Pie V, qui lui succéda , 
et qui auparavant s'était distingué, 
sous Paul IV, comme le plus zcie 
des grands inquisiteurs, accorda soii 
amitié au grand-duc. Celui-ci, à la 
vérité , pour ne laisser aucun doute 
sur la pureté de sa foi , crut devoir 
abandonner à la rigueur des lois por- 
tées contre les hérétiques, son favori 
et sou secrétaire , Pierre Carnesecchi, 
qui avait embrassé les opinions des 
protestants: Carnesecchi, couvert du 
san-benito , fut décapité et brûlé à Ro- 
me , le 3 octobre 1 567. Enfin , après 
deux années de négociations, Cosme 
fut déclaré grand-duc de Toscane , 
par mie bulle de Pie V, en date du 
1"] août i56g. Il se rendit à Rome, 
où il fut couronné parle pape, le 5 
mars iS^o. Mids il fallut long-temps 



So 



MED 



encore avant que l'empereur et le roi 
d'Espagne recuuuiisseut ce nouveau , 
titre. Cosnie, depuis la mort de sa 
femme , n'avait point su renoncer à 
Taraour pi s'était attache d'abord à 
Élconore Albiixi , demoiselle d'une 
grande naissance 5 mais après eu 
avoir eu un enfant , il l'avait dotée 
et mariée à un de ses courtisans. Il 
prit ensuite de l'amour pour Camille 
Marcelli, dont ilcut aussi uncfdlej 
il épousa cette dame d'après les ex- 
hortations (hi])ape ,le29 mars i J70. 
Tourmenté par ces intérêts domesti- 
ques, il passa dans l'inquiétude et les 
soucis les dernières années de sa vie. 
L'empereur et le roi d'Esp igue n'a- 
vaient pas voulu reconnaître son nou- 
veau titre : Alfiuise d'Esté, pour lui 
disputer la préséance, soulevait l'I- 
talie contre lui ; et le grand-duc cou- 
rait risque de perdre la protectioii 
de la maison d'Autriche/, à laquelle 
i\ avait tout sacrifié , tandis qu'il ne 
voulait ou n'osait pas accepter l'a- 
mitié de Catherine de Médicis et de 
Charles IX, qui lui était oiferte. 
Cependant sa sauté s'affaiblissait : 
outre la goutte dont U était tourmen- 
té , il avait déjà eu deu!t attaques 
d'apoplexie; une troisième le mit au 
tombeau le -u avril iS'ji- H était 
âgé de cinquante-quatre ans et dix 
mois; il en aAait régné trente-sept. 
Il laissait trois (ils légitimes et trois 
enfants naturels : les premiers étaient 
D. François , qui lui succéda , D. 
Ferdinand, cardinal, qui régna en- 
suite , et D. Pierre. S. S — i. 

ÎMEDICLS ( François ) , second 
çraud-duc de Toscane, fils et suc- 
cesseur de Cosrac P'". , régna ( avec 
sou père ) , comme prince régent , 
de 1064 à 1574, et seul jusqu'en 
i:)B7. Aprèsavoir, pendant dix ans, 
gouverné la Toscane, sous l'inspec- 
tion de sou père , il n'avait ni mérité 



MED 

ni obtenu l'amour des peuples. Elève 
par une mère espagnole , il s'était 
proposé pour modèle le caractère 
et plus encore les manières de cette 
nation. Sombre , orguedleux , dissi- 
mulé, il inspirait autant de défiance 
qu'il en éprcunait lui-même ; sa sé- 
vérité écartait du trône tous les sup- 
pliants qui avaient eu un libi-e accès 
auprès de son père : il s'était isolé 
dans l'Etat, de manière à ne voir ja- 
mais )ien que par ses ministres ou ses 
favoris. Antoine Serguidi de Vol- 
terra , et la fameuse Blanche Ca- 
pello (^. Capello), dont il était 
passionnément amoureux, étaient les 
seules personnes avec lesquelles il 
sortît de sa réserve; et toutes deux 
en abusèrent scandaleusement. Ce 
])endant il avait un goût ])articu- 
lier pour la chimie j c'était dans 
son laboratoire , et un soufllet à 
la main , qu'il recevait ses secré- 
taires, et qu'il traitait les affaires 
d'état : aussi les hommes distingues 
dans les sciences naturelles trou- 
vaient-ils facilement auprès de lui un 
accès qui était fermé à tout le reste 
de ses sujets. N'essayant point , 
comme sou père, de maintenir son 
indépendance entre les maisons de 
France et d'Autriche , il s'attacha 
tout entier à la dernière , et se re- 
garda moins comme un prince sou- 
verain que comme un vice -roi de 
Philippe II. A ce prix il obtint de 
faire reconnaître le titre de grand- 
duc , qui avait toujours été contesté 
à son père. Maximilien II signa, le '2 
novembre i57fj,undipl6me qui éri- 
geaitla Toscane eu grand-duché, sans 
faire aucune mention de la bulle du 
Saint-Siège. La cour d'Espagne imita 
cette conduite ; et le grand-duc fut 
enfin universellement reconnu. Eu 
montant sur le tronc , il avait fait 
enfermer dans uu couvent Caraill» 



MED 

Marlclli , veuve de son père , et 
l'avait accablée de mauvais traite- 
ments. II avait aussi éloigne' de 
lui ses deux frères : Ferdinand fut 
envoyé' à Rome, et Pierre en Es- 
pagne. AA'crti d'une conspiration 
trame'c contre lui par Horace Puc- 
ci , il ne s'était pas contente' de le 
faire pe'rirj il avait confisque' les 
Liens de tous ceux qu'il soupçonnait 
de complicité, ruinant ainsi, sans 
jugement , les premières familles 
de ses états. En même temps des 
impôts excessifs accablaient le peu- 
ple ; les tribunaux e'Laient tout-à- 
la -fois ve'naux et cruels; les mi- 
nistres du duc faisaient hair leur 
despotisme et leur dureté' ; et les 
crimes s'étaient tellement multipliés, 
que , dans les dix-liuit premiers mois 
du règne de François , on compta , 
dans Florence seulement , cent qua- 
tre-vingt-six assassinats, D. Pierre de 
Me'dicis , de retour en Toscane , 
avec sa femme Eléonore de Tolède , 
lui donna un exemple scandaleux de 
libertinage et de débauche, qui l'en- 
traîna aussi dans le vice: cependant, 
lorsqu'il eut conçu quelque défiance 
sur sa fidélité, il la poignarda lui- 
même, à Gastagiolo, le ii juillet 
1576; et le grand-duc, son frère, 
écrivit à Philippe II , pour l'ins- 
truire de cette action, qu'il ne dé- 
sapprouvait ])as. Très-peu de jours 
après, lasœur du grand-duc, Isabelle 
de Médicis , femme de Jourdain 
Orsini , duc de Bracciano , fut étran- 
glée par son mari dans sa terre de 
Gerreto. Cette princesse était dis- 
tinguée à la cour par ses grâces, son 
goût pour la poésie et la protection 
qu'elle accordait aux lettres : mais 
elle avoit donné à son mari de justes 
sujets de soupçonner sa fidélité; et 
dans cette cour débordée le liberti- 
nage était souvent uni à la jalousie 
xxviii. 



MED 



8t 



la plus féroce. Dans le même temps , 
François , (pii n'avait point d'enfants 
de l'archiduchesse sa femme se 
livrait de plus en plus à Blanche Ca- 
pello sa maîtresse ; et celle-ci , pour 
mieux assurer sa faveur , supposa un 
enfant, dont elle parut accoucher le 
29 août I J76. On lui domia le nom 
de D. Antoine de Médicis. L'année 
suivante l'archiduchesse donna un 
fils a François ; mais étant devenue 
grosse pour la seconde fois , elle mou- 
rut le II avril 1578, et fît ainsi 
place à Blanche Capello , que Fran- 
çois épousa secrètement le 5 juin 
suivant. Il publia son mariage au 
bout d'une année , lorsque le sénat 
vénitien eut adopté Blanche comme 
fille de la République. A cette même 
époque, François, ne pouvant réus- 
sir à se faire livrer ceux de ses enne- 
mis qui s'étaient réfugiés en Franco 
et en Angleterre, chargea son secré- 
taire d'ambassade, Curzio Pichena, 
de le venger d'eux; il lui envoya 
d'Italie des assassins et des empoison- 
neurs ; et en peu de temps Bernard 
Girolami, Antoine et Pierre Gapponi, 
et plusieurs autres grands seigneurs 
florentins périrent par le fer ou le 
poison. La rigueur avec laquelle 
François exigea , en 1 58o , des im- 
pôts exorbitants , pendant que les 
maladies et la famine désolaient ses 
états , achevèrent de le rendre 
odieux au peuple. Le 27 mars i582, 
le grand-duc perdit son fils unique 
dom Philippe; et comme D. Pierre, 
son frère . ne voulait pas se remarier, 
et préférait vivre en Espagne dans la 
débauche , le cardinal D. Ferdinand 
était dcA'enu l'unique espoir de la 
maison de Médicis. 11 est vrai qu'on 
crut long-temps à une grossesse de 
Blanche Gapello , et les frères du 
grand-duc s'attendaient à une nou- 
velle supposition ; mais la grossessf 
ê 



8'i 



MED 



prétendue était une maladie re'ello qui 
se dissipa d'elle-même. Les brouil- 
leries entre les trois frères de Me'di- 
cis , plusieurs fois apaisées et renou- 
velées , furent enfin termine'es par 
l'interposition de Blanche; le car- 
dinal revint en Toscane , pour y 
passer l'automne de 1 587 ; mais à 
peine e'tait-il arrive au Poggio à 
Caiano , auprès du duc et de la du- 
chesse , que François tomba griève- 
ment malade, le 8 octobre; et le 
surlendemain, Blanche, sa femme, 
fut atta([ue'e du même mal, Fran- 
çois , alors âge de quarante sept ans , 
mourut , le 19 octobre , et sa femme 
le 20 du même mois. Les soupçons 
d'empoisonnement pesèicnt tour-à- 
tour sur Blanche et sur le cardinal. 
Le dernier succéda paisiblement à 
son frère ; et l'un ne peut savoir au- 
jourd'hui si Blanche, en voulant 
faire périr le cardinal, s'était, par 
une méprise , empoisonnée elle- 
même avec son mari ; si Ferdinand 
avait commis le crime dont on lui 
voyait recueillir le fruit , ou si la na- 
ture avait fait toute seule ce qu'on 
attribuait à d'aussi grands foifaits. 
François laissait deux filles , dont 
l'une, Éléonore, était mariée à Vin- 
cent de Gonzague, duc de Mantoue ; 
l'autre , Marie , n'était âgée que de 
douze ans. D. Antoine , qui passait 
pour son fils naturel , fut maintenu , 
par le grand - duc Ferdinand , eu 
possession des honneurs et des biens 
qui lui avaient été accordés. La Tos- 
cane , pendant le règne de Fiançois, 
n'avait été envelopjiéc dans aucune 
guerre ; mais elle en avait éprouvé 
toutes les calamités par la soumis- 
sion aveugle et servile de son souve- 
rain à la cour d'Esp.igne. 11 acca- 
blait ses sujets d'impôts , pour four- 
nir des subsides à Philippe II ; il 
^'«tait ainsi attiré la haina de la 



MED 

France et de Catherine de Médicis , h 
qui les liens du sang et une gloire 
commune auraient dû l'attacher. Eu 
Italie , des dispnlcs de préséance l'a- 
vaient brouillé avec les maisons de 
Savoie et d'Esté : celle de Farnese 
était, dèsson origine, ennemie des Mé- 
dicis j et François avait humilié ans- 
si les maisons de Gonzague et d'Ur- 
bin , en disputant à ces ducs le titre 
d'altesse qu'il prenait lui-même. Il 
avait mécontenté davantage encore 
la république de Venise, qui avait 
compté sur sa recoimaissance , lors- 
qu'elle avait adopté Blanche Capello 
comme fille de Saint Marc ; mais 
François, parles courses des galères 
de Saint-Etienne contre les 'I urcs , 
provoquait chaque jour ces dange- 
reux ennemis de la chrétienté, et 
compromettait l'existence de la ré- 
publique , et la paix de toute l'Ita- 
lie , en attirant sur elle les armes 
d'inie puissance à laquelle lui-même 
n'était point en état de résister. La ré* 
publifjue de Gènes avait eu aussi , à 
plusieurs reprises , à se plaindre des 
mauvais offices de François : les pa- 
pes seuls étaient favorables à la Tos- 
cane, parceque l'habileté du cardinal 
de Médicis avait dirigé successive- 
ment les élections de Grégoire Xllf 
et de Sixte V. Le duc François dé- 
truisit le commerce dans l'état flo- 
rentin, en le faisant lui-même, parce 
qu'il soumit tous les négociants qui 
foriiiaient une concurrence, au plus 
dur et au plus injuste monopole. 
L'année i58o fut marquée par de 
nombreuses faillites , dont le com- 
merce florentin ne s'est jamais re- 
levé. Il détruisit aussi l'agriculture 
dans les Maremmes de l'état de 
Sienne , eu doublant le droit d'un écu 
par muidsur la traite des blés. Cette 
imposition excessive , dont l'agricul- 
teur uc pouvait se faire rembourser , 



MED 

ill renoncera ensemencer les terres. 
François avait le p;oût des sciences 
pliysiqiies; et on lui doit nicine quel- 
ques inventions dans les arts mécani- 
ques: il^n'etaitpointctran';;«'r non plus 
auxbeaux-arts. Buon Talenti, Allori, 
et Jean de Bologne jouissaient de sa 
protection : avare en toute autre 
chose, il dépensait des sommes im- 
menses pour l'architecture, les sta- 
tues et les tableaux ; c'est lui qui 
fonda , en i58o , la superbe galerie 
de Florence. Comme l'inquisition ne 
permettait pas les recherches pb iloso- 
pliiques, François encouragea la plii- 
lologie ; l'acade'mie de la Crusca fut 
fondée pendant son règne, et consoli- 
dée en ir)8i. François accorda des 
grâces et des pensions aux hommes de 
lettres di|^ngucscle son temps. Aide 
Manuce le jeune, et Ulysse Aldro- 
vandi étaient en correspondance ha- 
bituelle avec lui; et ce prince, le 
plus mauvais souverain , le despote 
le plus cruel et le plus fourbe qu'ait 
eu fa Toscane , tient un rang distin- 
gué parmi les prolecteurs des lettres 
et des arts. S. S — i. 

MÉDICIS (D. Antoine) , né d'une 
femme du peuple inconnue , fut 
l'enfant que Blanche Capello jircsenta 
comme étant le sien , et celui du 
grand-duc François de Médicls, lors- 
qn'après avoir supposé nne grossesse, 
e'ieparnt accoucher, le :>.9 août 1676. 
François, qui haïsssaitses frères, eut 
quelque temps la pensée d'assurer la 
succession de la Toscane à cet enfant, 
quoique Blanche lui eût avoué qu'il 
n'était ni à lui ni à elle: il le combla 
de biens ; et Ferdinand, en succédant 
à François, lui en conserva la jouis- 
sance ; seulement il fit. entrer dom 
Antoine dans l'oi'dre de Malte, pour 
l'empêcher de se marier, et assurer 
à sa famille la reversion de ces biens. 
Dom Antoine, qui, par son caractère 



MED 



83 



facile et aimable, s'était attiré l'atta- 
chement universel , fut considéré 
pendant quatre règnes , conrme mem- 
bre de la famille de Médicis : il hù 
rendit d'importants services dans les 
négociations dont il fut chargé par 
Ferdinand I, Cosraell et Ferdinand 
II; et il mourut re^^retté de tout le 
monde, le -j. mai i6ii i , laissant plu- 
sieurs enfants naturels , qu'il aA-ait 

dotés avec ses économies. S. S i. 

MÉDICIS (FfiRuiNAND I), cardi- 
nal, grand-duc de Toscane, (ils de 
Cosmcl*-"'"., avait trente-six ans, lors- 
qu'il succéda , le 1 9 octobre i .587 , à 
son frère François. Décoré du cha- 
peau de cardinal des l'année i56'2 
il avait soutenu à Rome avec distinc- 
tion les intérêts de la Toscane et la 
gloire de sa maison : il avait fait 
preuved'habiletédans la grandeécole 
de politique, ladirection'dcs concla- 
ves; et il avait déterminé l'élection 
de Grégoire XIII et de Si\te-Quint. 
Parvenu au trône de Toscane, il con- 
serva le chapeau de cardinal , jusqu'à 
ce qu'il eût fait choix d'une épouse 
qui lui convint. Il se détermina enfin 
pour Christine, fille de Charles II, duc 
de Lorraine, et petite-nièce de Ca- 
therine de Médicis, qui la lui avait 
recommandée. Sou mariage fut quel- 
que temps différé par les intrigues de 
Philippe II, qui voyait avec peine 
le grand-duc s'allier ainsi à la France, 
et par la mort de Catherine de Mé- 
dicis , survenue le 6 décembre 1 588. 
Il s'accomplit enfin le aS février de 
l'année suivante : Christine apporta 
au grand-duc tous les droits de Ca- 
therineà l'héritage du duc Alexandre, 
çt tous ceux de Laurent II de Mé- 
dicis au duché d'Urbin. François ne 
pouvait avoir, pour successeur, un 
homme d'un caractère plus contraire 
au sien, et plus propre, par ses ver- 
tus, à faire ressortir les vices de son 
G.. 



84 



MED 



prédécesseur. Ferdinand aussi affaLIe 
et préveuant que sou fière était hau- 
tain et réservé, aussi noble et fier 
dans sa conduite que son frère était 
vaniteux et bas , aussi généreux que 
son frère était avare , aussi occupé 
de la prospérité des peuples que sou 
frère l'était de ses plaisirs, changea 
en peu d'aunéesl'aspect de la Toscane. 
Audehurs il recouvra l'indépendance 
de sa coui'onne, que François avait 
compromise par son attachement 
scrvile à l'Espagne; il sut se mainte- 
nir neutre entre cette puissance et la 
France , et se faire respecter de tou- 
tes deux : au-dedaus il remit les lois 
en vigueur, réprima l'arrogance et 
la cupidité des minisires, modéra la 
cruauté des ordonnances de son pré- 
décesseur , et fit refleurir le com- 
merce. Ce fut lui qui exécuta le pro- 
jet conçu par Gosme P"". , de former 
un nouveau port à Livourne, en 
avant de l'ancien, et de bâtir une 
ville à côté de ce château que la ré- 
publique de Pise avait de tout temps 
considéré comme très-important. Il 
jeta les fondements de la citadelle de 
Livourne, le lo janvier iSgo: ce- 
pendant ni le port ni la forteresse 
n'ont été terminés sur le modèle qu'il 
avait adopté. Gosme II , (ils de Fer- 
dinand, les acheva sur une plus petite 
échelle. Dès la mort de Henri III de 
Valois , Ferdinand entretint une cor- 
respondance secrète avec Henri IV, 
dans un temps oii le roi de Navarre 
n'était encore reconnu par aucun 
prince catholique. Il lui fit passer de 
l'argent en iSqo, par l'entremise de 
Jérôme de Gondi , que Gatherine 
avait amené à la cour de France; 
il mit garnison dans le château d'If, 
pour protéger Marseille contre les 
entreprises du duc de Savoie , et s'at- 
tira ainsi la haine de ce prince ambi- 
tieux. Par-là il se fit aussi, à la cour 



MES 

d'Espagne , de nouveaux ennemis ^ 
parmi lesquels on remarquait sou 
frère D. Pierre, qui était retourné 
auprès de Philipj>e II, sous prétexte 
de conclure un mariage dont on le 
flattait depuis long-temps, mais qui 
s'y livrait au plus honteux libertinage. 
Ferdinand , entouré de dangers , et 
voyant déjà des troupes espagnoles se 
rassembler en Italie, et menacer la 
Toscane , ne perdit point courage ; il 
redoubla d'activité pour secourir le 
roi de Navarx'e, lui avança la solde 
pour un corps de quatre mille Suisses, 
lui envoya deux cent mille écus 
pour entreprendre le siège de Paris, 
et négocia pour lui avec le duc de 
Lorraine son beau-père, et avec le 
pape, qui, par crainte de l'Espagne, 
n'osait déclarer ses sentin^nts; mais 
en même temps il sollicita Henri de 
changer de religion, et il lui déclara 
que s'il ne se convertissait avant la 
fin de juillet iSgS, lui Ferdinand 
serait obligé de faire sa paix avec 
l'Espagne. Henri chaugea en effet 
de religion le 25 juillet; et seulement 
deux ans après , le 8 septembre 1 595, 
ilfut réconcilié avecl'Eglise, toujours 
par l'entremise du grand-duc. Gomme 
dans le même temps Ferdinand en- 
voyait des secours à l'empereur Pio- 
dolphell attaqué par les Turcs, on 
a peine à comprendre comment les 
revenus de la Toscane , ou l'économie 
de Médicis, pouvaient suffire aux sub- 
sides qu'il payait aux deux premières 
puissances de l'Europe. Ferdinand 
voulait aussi conserver avec l'Espa- 
gne, les dehors de l'amitié et de la 
déférence; sou langage était toujours 
en contradiction avec ses actions, et 
sa politique était ternie par la dissi- 
mulation la plus profonde, i^cs vertus 
de Ferdinand se ressentirent de l'in- 
fluence que les mœurs espagnoles 
avaient eu« sur toute sa famille. Il 



TMED 

n'avait aucune loyauté daus le carac- 
lère: ce fut lui qui, pour soumettre 
Marseille à Henri IV, s'arrêta au 
j)arti (le faire assassiner le consul 
Casaulx ; et ce fut encore lui qui fit 
ex^c'cuter ce meurtre le 16 février 
1 596. ( Voyez LiBERTAT. ) La con- 
servation du château d'If causa , 
l'année suivante , quelque refroidis- 
sement entre Henri IV et le grand- 
duc; il y eut même des hostilités 
entre le duc de Guise , qui comman- 
dait à Marseille, et don Jean de Mé- 
dicis , nis naturel de Cosrac , que 
Ferdinand avait charge de défendre 
le château d'If avec une flotte tos- 
cane. Cependant le^ deux cours furent 
réconciliées par le traité de Florence 
du i*^''. mai i5g8. Le château d'If 
fut rendu à la France ; et Henri 
s'engagea de rembourser au grand- 
duc plus d'un million d'ccus d'or , 
qu'il reconnaissait lui devoir. L'union 
tle la maison de France à celle de 
Médicis, devint ensuite plus intime 
par le mariage de Henri IV, avec 
Marie, fille du grand-duc François, 
qui fut célébré à Florence le 5 octo- 
bre 1600. Mais la légèreté de Marie, 
et sou peu d'afl'ectiou pour sa famille, 
rendirent ce mariage inutile pour les 
Médicis; il ne le fut pas moins pour 
la France, où le nom de Marie, et 
celui des deux Florentins ses favoris , 
Eléonore Dori, ou Galiga'i, et Con- 
cino Goncini , sont également odieux. 
Le dernier était petit -lîls de Bar- 
thélemi Goncini, premier ministre 
de Gosme 1'='". Presque à l'époque du 
mariage de Henri IV , ce prince ac- 
corda la paix au duc de Savoie, en 
l'énonçant à ses droits sur le marqui- 
sat de Saluées. Ce traité donna un dé- 
plaisir extrême au grand-duc, parce 
qu'il fermait aux Français l'entrée de 
l'Italie, et leur otait les moyens de 
le secourir. Dès-lors il s'efforça de rc- 



Mî'D 



85 



gagner les bonnes grâces de l'Espa- 
gne : la mort de sou frère, D. Pierre 
de Médicis , survenue à Madrid , le 'JtS 
avril 1604, facilita cette réconcilia- 
tion que Ferdinand desirait. D.Pierre 
avait toujours pris à tâche d'aigrir 
le monarque espagnol contre son 
frère. Par l'accord de la France et 
de l'Espagne, le cardinal de Florence, 
d'une branche cadette de la maison 
de Médicis , fut élevé au trône ponti- 
fical , le i*""". avril i6o5 : il prit le 
nom de Léon XI ; mais il ne garda 
que peu de jours cette haute dignité , 
car il mourut le ii6 avril. Ferdinand 
profita de la paix de l'Europe , pour 
faire des entreprises contre les infi- 
dèles; ses galères, sans cesse en course 
conti'c les Turcs, donnèrent des se- 
cours aux Druses , alors révoltés 
contre la Porte; elles firent, pour s'eni- 
parer de l'île de Gypre, l'.ne tentative 
qui n'eut pas de succès, et elles prirent 
et pillèrent la ville de Piona eu Afri- 
que. Gependant ce prince resserrait 
toujours davantage ses liens avec la 
cour d'Espagne , tandis qu'il s'éloi- 
gnait de Henri IV. Ildonn?, eu iGoH, 
une preuve décisive de son attaclx- 
ment à la maison d'Autriche , en fai- 
sant épouser à son fils Gosraell, alors 
âge de dix-huit ans, Marie -Made- 
lènc, archiduchesse d'Autriche, sœur 
de Ferdinand, archiduc de Gralz, qui 
fut depuis empereur. Gette même 
princesse était sœur de la reine d'Es- 
pagne et de la duchesse de Savoie, 
Le mariage fut célébré à Gratz , le 1 4 
septembre 1608. Ferdinand ne sur- 
vécut pas long-temps au mariage de 
son fds : attaqué d'une hydropisic , 
il mourut le 7 février 1609, vive- 
ment regretté par les Toscans. Aucun 
prince n'avait mieux su réunir l'éco- 
nomie privée à la magnificence dans 
les dépenses publiques : la ville ae 
Livourue luii doit son exi»teuce ; il 



S6 



niED 



y altira une population nombreuse 
par les fraucliiscs les plus et<ndiics; 
son réglciuont, du lo juin i593, fut 
comme une cbarte de liberté' pour 
celte ville et pour son commerce : le 
dessècliement du Val de Chiane , 
vallée de soixante milles de long , en- 
tre le Tibre et l'Arno, fut encore son 
ouvrage. Cette vaste étendue de ter- 
rain fertile n'était qu'un marais pes- 
tilenticlj Ferdinand lit ressortir cette 
riche campagne de dessous les eaux. 
Il rendit aussi à l'agriculture les 
plaines de Pise , celles de Fncecchio, 
elle Val dcNievole, que des eaux 
stagnantes rendaient stériles et insa- 
lubres. îMais il échouadans la Marcm- 
ine, parce qu'en promettant des ré- 
compenses à l'agriculture dans cette 
province, il punissait cependant le 
succès de la manière la plus sévère, 
lorsqu'il j)roiiibaillasortiede.sgrains. 
li'éloignemeut où sont ces campagnes 
des marches toscans , les oblige à 
exporter par mer tous leurs pro- 
duits; et lorsque cette exportation 
leur fut défendue, la misère de la 
Maremme s'accrut avec une ef- 
frayante rapidité. En protégeant l'a- 
griculture , Ferdinand ne négligea 
pas le commerce; il y prenait lui- 
même une part très-active. Comman- 
ditaire de plusieurs maisons de ban- 
que , il s'était associé secrètement 
au commerce de contrebande que 
les Anglais et les Hollandais faisaient 
dans l'Aménque espagnole. Enfin il 
entretenait pour son compte quatre 
galions destinés au cabotage de l'I- 
talie et de l'Espagne. Sa protection 
s'étenditaussisiir les beaux-arts; Jean 
de Bologne, qui lui était attaché, pas- 
sait pour le premier sculpteur de 
l'Europe. Jacques Péri et .fuies Cac- 
cini, ou Jules Romain, créèrent sous 
son règne l'opéra ; le premier fut l'in- 
vcuteur du récitatif. La musique, par 



MED 

la protection de Ferdinand , fît des 
progrès rapides; et la cour de Tos- 
cane fut considérée comme l'école 
du bon goût dans ce genre. Galilée , 
formé en Toscane parles leçons d'Os- 
tilio Ricci, fut professeur à Pise de 
1089 à iSga. Un mécontentement 
que lui donna Jean de Médicis, le 
fit passer à l'université de Padoue;^ 
mais, avant demoulir, FcrJiiiand le 
rappela en Toscane. Ec grand- duc 
Ferdinand laissa quatiefiis: (!iosrae, 
François, Charles et Laurent: et qua- 
tre filles : Eléouore, Catherine, Claude 
et Madelèue. Il assura un revenu 
de quarante mille écus à chacun de 
ses trois plus jeunes fils. Tous les fils 
naturels de son frère Pierre, furent 
placés dans des couveiits. i>. S — i. 
MÉDICIS (Do.> PitKRE) (jlsde 
Cosnie, et frère ])uîné des grands- 
ducs François et Ferdinand 1, trou- 
bla pendant toute sa vie la tranquil- 
lité de ses deux frères par la vio- 
lence de ses passions, l'inquiétude de 
son caractère, et la débauche chrénée 
à laquelle il se livra. Le grand-duc 
François lui avait procuré le géuéra- 
lat de l'infanterie italienne au service 
d'Espagne; et D. Pierre vécut pres- 
que toujours à la cour de Phili];])e IIj 
où il causa des tracasseries conti- 
nuelles à la maison de Médicis, par 
ses mauvaises mœurs, ses dettes, 
et ses demandes d'argent. Il préten- 
dit partager avec Ferdinand l'héri- 
tage de Cosnie 1*^^'. , son père, et de 
François, son frère; et il traduisit le 
grand-duc devant tous les tribunaux 
d'Espagne et de Rome, s'eflijrçant de 
faire descendre ce souverain au rang 
des particuliers, et compromettant 
sans cesse l'indépendance de sa mai- 
son. Maiié deux fois, il poignarda 
sa première lemrae, Eléonore de To- 
lède, au palais de Castagiolo, le 1 1 
juillet i/jyOj sur un soupçon d'iuli- 



MED 

de'Iifo. Il épousa, vers la fin de sa vie, 
ime dame portugaise dont il n'eut 

f)oint d'enfant, et mourut à Madrid 
e aj avril i(3o4, laissant un grand 
nombre d'enfants naturels , au soin 
desquels Ferdinand son frère pour- 
vut, en les mettant dans des cou- 
vents. S. S — I. 

MÉDICIS (CosME II ), quatrième 
grand-duc de Toscane, était âge' de 
dix-neuf ans lorsqu'il recueillit , le 
'j février 1609, la succession de Fer- 
dinand, son père. Il tenait de lui 
beaucoup de zèle et d'amour pour 
«es peujiles, et un vif désir d'illus- 
trer son règne par quelques exploits 
contre les infidèlçs; mais il lui e'iait 
fort inférieur en capacité et eu vigueur 
de caractère. La mort de Henri IV, 
qui suivit d'assez près celle de Fer- 
dinand, ne laissa point a Cosme l'em- 
barras de choisir entre deux puis- 
sances i-ivales , parce que Marie de 
Mc'dicis, au lieu de suivre les projets 
de conquête de son mari, reclicrclia 
elle-même l'alliance de l'Espagne. La 
paix intérieure de l'Italie paraissait 
ainsi assurée; et Cosme put porter 
toute son attention sur les pays si- 
tués au-delà des mers. Il fut sur le 
point de marier sa sœur Catherine 
avec le prince de Galles; mais le 
pape Paul V traversa ce mariage, 
qui fut enfin rompu, le 16 novembre 
161 2, par la mort de ce prince. 
Cosme II avait porté sa flotte à dix 
galères , avec plusieurs moindres 
vaisseaux. Il faisait redouter le pa- 
villon toscan dans toute la Méditer- 
ranée ; sa marine était enti'eteuue 
presque uniquement par les prises 
qu'elle faisait sans cesse sur les Turcs. 
Il continua, commeson père,àdouner 
des secours aux Druses , qui soute- 
naient, dans le mont Liban, une 
guerre opiniâtre contre les Turcs. 
Leva- émyr, Fakhr-Eddyn, sedétcr- 



MED 57 

mîna,cn 161 3, à se -réfugier à Li- 
vourne. Il fut accueilli par Cosme II 
avec l'hospitalité la plus généreuse , 
et logé dans le palais de Mc'dicis ; 
puis, avec l'aide du viceroi de Sicile , 
il fut, en iGi5, rétabli dans ses 
états. Il régna vingt ans encore, 
pendant lesquels il témoigna sa re- 
connaissance aux Toscans, en pro- 
tégeant leurs établissements à Tyr et 
à Sidon; mais enfin, surpris et en- 
levé par les Turcs, il fut étranglé à 
Constanlinople, le i3avril i635. Le 
meurtre du maréchal d'Ancre et 
le supplice d'Éléonore Gabgaï, sa 
femme, brouillèrent, en 161 7, la cour 
de France avec celle de Toscane. 
Louis XIII réclamait, pour de Luy- 
nes , son favori , les biens que Cou- 
cini et sa femme possédaient en 
Toscane, tandis que le duc, ne re- 
connaissant point une confiscation 
prononcée par les tribunaux fran- 
çais, voulait conserver ces biens aux 
parens de Concini et de la Galigaï. 
A ce premier sujet de querelle se joi- 
gnirent des saisies de vaisseaux tos- 
cans , faites à Marseille, et des repré- 
sailles ordonnées à Livourne , sur 
les vaisseaux provençaux. Cepen- 
dant, par l'entremise du duc de Lor- 
raine, ces diiréren' Is furent accommo- 
dés; et Bartolini, ambassadeur de 
Cosme II , qui avait été pendant quel- 
que temps éloigné de Paris, y fut 
rappelé. Cosme II, malgré la fai- 
blesse de sa constitution, s'était livré 
à des exercices violents. Il paraît 
qu'en chassant dans les Maremraes^ 
il contracta la fièvre endémique de 
la province. Quoiqu'il guérît de 
cette maladie , sa santé fut dès-lors 
toujours languissante: l'hiver rigou- 
reux de i6'Jto à 1621 lui occasionna 
une fluxion de poitrine dont il mou- 
rut , le 38 février, à l'âge de trente- 
deux ans. Il laissait cinq fils cl deux 



88 



MED 



filles; l'aîné de ces enfans, Ferdi- 
nand II, lui succéda. Le règne de 
Cosme II est l'époque où le grand- 
duché de Toscane a joui de la plus 
grande prospérité. Si Gosine n'avait 
pas tous les talents de Ferdinand 
son père, il fut plus que lui favo- 
risé par la nature et les circonstan- 
ces. La paix avait régné non-seu- 
lement en Toscane, mais dans tous 
les pays voisins; et le grand-duc 
n'avait point eu à craindre pour 
sa sîireté, ou à défendre son indé- 
pendance. Au-dedans , les saisons 
avaient été , pendant qu'il tenait les 
rênes de l'état , aussi favorables 
qu'elles s'étaient montrées contraires 
à Ferdinand; et une grande abon- 
dance avait succédé aux. disettes dont 
la Toscane s'était vue frappée à plu- 
sieurs reprises pendant le règne pré- 
cédent. La famille régnante , très- 
nombreuse à cette époque , était unie 
par tous les liens de la confiance et 
de l'amitié. Le frère aîné du duc, 
Charles de Médicis, avait obtenu le 
chapeau de cardinal ; mais aucune 
de ses sœurs n'était encore mariée. 
Cosme II favorisa les arts par sa 
magnificence , et les sciences par 
l'amitié qu'il accorda aux hommes 
qui les cultivaient. Gahlée surtout 
fut traité par lui avec une considé- 
ration qui apprit aux Toscans l'es- 
time qu'ils devaient à ce grand 
homme. S. S — i. 

MÉDICIS (Don Jean), fils na- 
turel de Cosme I*^''. , reconnu par 
son père et ses frères , avec lesquels 
il fut élevé, fut un des principaux 
ministres de Ferdinand P"^. et do 
Cosme II. Né en i5G(J, il servit eu 
Flandre sous le prince de Parme; et 
il y avait acquis une haute réputa- 
tion militaire : on estimait surtout 
.ses talents ]>our les fortific-iitions , 
l'artillerie et la maxine. 11 fut char- 



MED 

gé par Ferdinand de la défense du 
château d'If, lorsque le grand-duc 
reçut en gage cette forteresse. Em- 
ployé dans des négociations impor- 
tantes auprès des cours de France, 
d'Espagne et de Rome , il se condui- 
sit partout avec une extrême pru- 
dence; mais son goût trop vif pour 
les plaisirs , et ses opinions trop li- 
bres , scandalisèrent la cour de Cos- 
me II, et surtout la grande-duchesse 
Christine. Le blâme que lui attirait 
son libertinage, détermina, en itJiO, 
Jean de INléilicis à quitter Florence 
pour Venise , où la répuitlique lui 
donna le commandement de l'armée 
destinée à soumettre les Uscoques. 11 
prolita de la liberté qu'il avait recou- 
vrée, pour épouser sa maîtresse, 
Livie Vernana, Génoise de la plus 
basse condition , qu'il avait fait di- 
vorcer. Don Jean était âgé de cin- 
quante ans lorsqu'il fit ce mariage 
scandaleux. Il mourui peu après son 
neveu C'jsme II, à iNLuano près de 
Venise, le 19 juillet 1 621. Sa veuve, 
Livic, fut redemandée par les prin- 
cesses régentes de Toscane , qui la 
menacèrent de la traduire comme 
magicienne devant l'inquisition, si 
elle ne se mettait pas d'elle-même 
entre leius mains. Le divorce cpii 
l'avait séparée de son premier mari 
fut déclaré nul par le pape: tour-à- 
tour retenue dans un cloître ou dans 
une forteresse, elle finit ses jours 
misérablement. Les deux Gis qu'elle 
avait eus de Don Jean, frappés de 
bâtardise, poursuivis par un prince 
despoti({ue, punis de toutes leurs ten- 
tatives pour maintenir leurs droits , 
et poussés au crime par le désespoir, 
furent plus malheureux encore. 

S. S— I. 
MÉDICIS ( Ferdinand II ) , cin- 
quième gmnd-duc de Toscane , n'é- 
tait âgé que de onze ans lorsqu'il suc- 



MED 

cctla, le 18 fcAU-ier 16 u , à Cosrae 
II, son père , qui, par son teslaineut, 
avait règle l'admiiiislration de l'état 
pendant la longue minorité qu'il [né- 
voyait , appelant à la tutèle les deux, 
grandes dacliesses , sa femme et sa 
mère, et limitant par plusieurs ré- 
{^Jemeuts l'autorité qu'il leur allri- 
buait. Un des raiuistrcs-d'état q l'il 
leur laissait, Pichcna , était un liom- 
me d'une probité et d'une sévérité 
de mœurs éprouvée: ses talents le 
rendaient digue de gouverner un plus 
grand état ; miis une certaine ru- 
desse de earaCtèrc , qu'il ne pouvait 
contrainAre , déplat aux régentes ; il 
fut écarté pour faire place à un de 
SCS collègues , Gioli , intrigant avide 
et flatteur, qui entraîna bientôt dans 
un extrême désordre les finances et 
l'administration. Picliena mourut 
dans sa retraite, le i4 juin liiiQ. Les 
princesses régentes auraient pu trou- 
ver quelque appui dans les deux bâ- 
tards de Me Jicis , don Antoine et don 
Jean; mais tous deux raoururent en 
iGii , dans la première année du 
ujuveau règne. Cette même; année , 
Claude de Midicls , sœir de Cosms 
II , fut mariée à Frédéric de la Ro- 
vère , prince héréditaire d'Urbin ; 
mais ce prince mourut deux ans 
après, le 29 juin 1623, des suites 
d^s plus honteux dérèglements. 11 
laissait, de la princesse Claude , une 
fille, nommée Victoire, seule héri- 
tière de la maison de la Rovcre. Le 
vieux duc d'Urbin permit qu'elle fût 
amenée en Toscane avec sa mère, et 
promise à Ferdinand II , qu'elle 
épousa, le i^r. août i63i. Il sem- 
blait que cette jeune princesse devait 
être le gage de la réunion du duclié 
d'U 'bin à la Toscane. Déjà ce mjme 
d r:ai avait passé, par les femmes, de 
la m lison de Mjntefeltro à celle de 
j^ Rovère^ mais les princesses ré- 



m;:d 



So 



ç;entcs de Toscane n'osèrent poiit 
faii'c A'aloir leurs droits contre le 
pape Urbain VITI. Le vieux duc 
d U rbin eut la faiblesse de dépouiller 
sa pclile-fdle, pour assurer au Siint- 
Siége la reversion de ses états après 
sa mort; et les princesses régentes de 
Toscane ratillèrtnt cet abandon des 
droits de Victoire de la Rovère, le 
iG novembre iGiS. La mère de cette 
princesse , Claude de Médicis, épousa , 
en 1G23, en secondes noces , l'archi- 
duc Léopold, frère de renipercur. 
Enfin, après sept ans de l'égcnce , 
pendant lesquels les deux grandi-'s- 
duchesscs avaient maintenu leur état 
en paix, mais avaient fait mépriser le 
gouvernement par leur faiblesse et 
Iciir pusillanimité, Ferdinand II en 
prit les rênes le 14 juillet iGjS. Au- 
paravant il avait fait un voyage aux 
cours de Rome et de Vienne : l'em- 
pereur Ferdinand II, son oncle, l'a- 
vait accueilli avec la plus vive ten- 
dresse ; et le grand-duc, par ce voya-. 
ga , avait perfectionné son éducation 
déjà soignée, et développé l'esprit 
délié djnt il était doué. Eu sortant 
di tutèle il cjn;crva,àsa mère et à 
sJuaieule, une part importante dans 
le gouvernemjnt ; il en accorda 
une aussi à ses frères , et il maria sa 
sœur Mirgu:rit3 à Klouard Farnè- 
se, duc de Par,n;, miltant ainsi un 
terme à la rivalité qui avait long- 
temps divisé les Farnèse et les Mé- 
dicis. Mais Ferdinand II n'avait p is 
la main assez ferme pour tenir le 
gjuvernail durs la situation ora- 
geuse où se trouvait l'Italie : la 
guerre excitée par la succession ai 
duché de Mintoue , y avait appelé 
les Allemands ; elle avait compro- 
mis le grand-duc avec les Français, 
à cause des secours que d'anciens 
traités l'obligeaient à fournir aux 
Espagnols pour la défense du duché 



oo WED 

de Milan : enfin elle introduisit la 
poste en Lombardie, et de là en Tos- 
cane, en \6So; cet lionible fle.ui 
avait été précède par de mauvaises 
récoltes , en sorte que tous les mal- 
lieurs parurent fondreennicmetemps 
sur le çjrand-duché. Ferdinand , avec 
ira noble courage , résolut de parta- 
ger les mauxdescs sujets , qu'il n'a- 
vait pu fjnévenii . 11 ne voulut point 
s'éloigner de Tlorence ; mais , du Bel- 
védère où il demeurait, il traversait 
chaque jour la ville à clieval, avec 
ses frères , pour faire porter les ma- 
lades aux lazarets , et pourvoir à 
la propreté, h l'ordre et à l'abon- 
dance, au milieu des pestiférés. Six 
mille neuf cents victimes furent enle- 
"« ces par la contagion. Ce même Fer- 
dinand II , qui déployait d'une ma- 
nière si nobl('' le couiagc du cœur, 
manquait absolument de celui de 
l'esprit: il laissa , en i63i , le pape 
s'empaier de l'héritage du duc d'Ur- 
bin, qui venait de mourir, et il ne 
réclama, pour la part de sa femme, 
que les biens allodiaux de la maison 
de la Kovère. Il permit que ses of- 
ficiers de santé, frappés d'excom- 
munication par le pape pour avoir 
fait observer aux j)rètres et aux 
moines les lois de la quarantaine 
pendant la peste , demandassent par- 
don à genoux de cette prétendue in- 
fraction aux immunités de l'Église. 
Knfin,cii i633, il laissa traîner à 
Rome, Galilée , alors septuagénaire 
et infirme, pour le faire juger par 
1 inquisition. Deux frères du grand- 
duc, Mathias et François, élaient 
entrés, en i63i , au service de l'em- 
pereur Ferdinand II , leur oncle ; 
ils (ii-ent tous deux la guerre avec 
distraction sous Wallenstein , et 
tous deux ensuite , de concert avec 
Piccolomini , contribuèrent à décou- 
\ rir la trahison de ce général. Frau- 



MED 

çois mounit devant Ratisbonne , en 
i(x34. Mathias , plusieurs années 
après , passa au service d'Espagne j 
et, quand il revint en Toscane, son 
frère lui donna le gouvernement de 
Sienne. Marie -Madelène, mère du 
grand -duc, mourut à Passau, eu 
iG3i ; et Christine , son aïeule ^ 
mourut à Florence, le 20 décembre 
i(>3(i. L'archevêque de Pise et le 
comt? Urso Deici , principaux mi- 
nistres de ces deux régentes, étaient 
morts vers le même temps; et leur 
conseil étant ainsi absolument dis- 
sons , Ferdinand II jtrit nue part plus 
active dans le gouvernement. Le ea- 
ractèie bouillant et impétueux d'E- 
douard Farnèse, duc de Parme, beau- 
frère du grand-duc, et l'orgueil des 
B iberiui , neveux d'Urbain VIII, 
ayant allumé, en 164 i , une guerre 
entre ce])rin( e et le pape , Ferdinand 
fît alliance avec les Vénitiens et le 
duc de Modène, pour secourir son 
beau-frère. Mais la pusillanimité du 
grand-duc , et les lenteurs de la répu- 
b!i({ue de Venise, nuisirent pins à 
Edouard que les armes ouïes intri- 
gues de ses ennemis : elles lui arra- 
chèrent la victoire des mains . lors- 
qu'il avait déjà répandu l'alarme 
dans Rome ; et elles le forcèrent à se 
])rèler à de trompeuses négociations. 
D.ins les deux années suivantes , Fer- 
dinand II fit la guerre au ])ape sur 
les frontières de Pérouse ; mais ce 
fut avec une molle-se et une timidité 
qui rendent ridicule jusqu'au récit de 
ces expéditions. C'est la dernière 
guerre à lacpielle les Toscans aient 
])ris une part active. L'administra- 
tion intérieure de Ferdinand était 
])lus heureuse: il avait encouragé les 
lettres et les arts en Toscane, et plus 
encore les sciences. Les leçons de 
(îalilée avaient inspiré au grand-duc, 
et a sou frère Léopold , le goût le 



MED 

plus vif pour la pliysiqiic. Ils fai- 
saient eux-mêmes des expériences , 
el ils appelaient auprès d'eux tous 
ceux qui se distijij^uaieut en Europe 
parlenis progrès dans cette science. 
Parmi ces physiciens admis à la fa- 
miliarité des princes, on remarcpiait 
Torricelli , Redi et \iviani j ils fon- 
dèrent l'académie Del Cimento (ou 
de l'expérience), qu'ils avaient des- 
tinée à l'oliscrvaiion de la nature. Le 
prince Lcupold, alors âgé de qua- 
rante ans , en fut prcsidcn! , et en fit 
l'ouverture , le 19 juin 1657. Cette 
académie, au bout de neuf ans, fut dis- 
soute par suite de quelqiic discorde 
entre ses membres ; mais ce peu de 
temps lui a suiïi pour acque'rir une 
gloire immorlelle par raclivitc'ile ses 
travaux. Ferdinand II, ajnès avoir 
eu de sa femme un seul lils , qui fut 
Cosme m , s'était éloigné d'elle : 
l'humeur triste, jalouse et supersti- 
tieuse de la grande-duchesse Victoi- 
re, ne pouvait plaiie à son mari : 
malheureusement l'éducation du jeu- 
ne Cosme lui fut confiée jusqu'à sa 
seizième année, et Cosme prit de 
Victoire tous ses vices , sa supersti- 
tion, sa jalousie et sou aversion pour 
les sciences. Ferdinand se flatta de 
corriger les défauts rlc son fils en le 
mariant ( 1 (jGi ) à Marguerite-Louise 
d'Orléans, fille aînée du second lit du 
frère de Louis XIV . Cette princesse, 
distinguée par sa beauté, sa vivacité 
et sa grâce fi-ançaise , avait trop de 
légèi-eté, de violence et de bizarrerie, 
pour une cour où les mœurs étaient 
plus espagnoles encore qu'italiennes. 
L'époque de ce mariage fut aussi 
celle de la naissance d'un second fils 
du grand-duc , qu'on nomma Fran- 
çois-Marie : après dix-uuit ans de sé- 
paration entre les deux époux, on ne 
s'attendait plus à voir la famille de 
Médicis recevoir cet accroissement. 



Pli.D 



9T 



A peine cependant le mariage de 
Cosme m était-il célébré, que la 
cour de Toscane eut à s'en repentir. 
Marguerite avait donné son cœur au 
prince Charles V de Lorraine; elle 
ne vit plus qu'avec une prévention 
défavorable celui qui avait remplacé 
son amant. Tout lui déplut en Tos- 
cane, la nation, ses usages, ses fêtfs 
et sa langue : lorsqu'elle s'aperçut 
qu'elle élait grosse > elle porta sort 
aversioji pour la famille de Médicis, 
jusqu'à essayer de se procurer une 
fausse-couche par les exercices les 
plus violents. Cependant, le 9 août 
iG63 , elle mil au jour un fils, qu'on 
nomma Ferdinand. La famille de 
Médicis, qui, au commencement de 
ce règne , avait été fort nombreuse, 
diminuait d'une manière inq^iiétanle. 
Laurent, fds de Ferdinand I<^''. , élait 
mort, en i(:)48, des suites de son in- 
conduile. Deux princes de cette mai- 
son étaient cardinaux ; mais l'un 
d'eux, Jean-Charles , frère du grand- 
duc , mourut d'apoplexie , le aS jan- 
vier iGG3. Ses désordres avaient 
abrégé sa vie , et ses profusions 
avaient dérangé sa fortune* un génie 
élevé , une aine généreuse et désinté- 
ressée , un esprit vit" et lirillant , et 
un grand amour du plaisir , le ren- 
daient cher à la cour , autant qu'o- 
dieux à la grande-duchesse. L'antre 
cardinal , Charles de Médicis , oncle 
du ])récédent , était doyen du sacré 
collège , lorsqu'il mourut le 1 7 juin 
1G6G, accablé d'années et d'infirmi- 
tés. Il s'était brouillé avec les prin- 
cesses régentes au commenceraeiitdu 
règne de Ferdinand II , et il avait 
dès-lors vécu loin de la Toscane. 
Chargé de la protection des affaires 
d'Espagne , il avait été magnifique- 
ment récompensé par cette couion- 
ne : il possédait d'immenses revenus 
ecclésiasliques , et il tenait à Romo 



Ç^2 



MED 



le premier rang parmi les cardinaux 
et Uts princes. Pour recueillir ces ri- 
ches bc'nëfices , les deux frères du 
grand-duc , Léopold et Mathias , sol- 
licitèrent eu même temps le chapeau 
de cardinal. Jusqu'alors une parfaite 
harmonie avait re'gne' entre tous les 
princes de la famille de JMcdicis : 
Ferdinand II la vit avccdoulcur com- 
promise par cette rivalité' • il ne vou- 
lut point décider entre ses deux frè- 
res , et la nomination de la cour de- 
meura suspendue jusfpi'à la mort de 
Mathias , survenue le 1 1 octobre 
iGOy. Le'opold reçut le chapeau de 
cardinal , le 1 5 déceniLicdc la même 
année; et dès-lors toute espe'rauce de 
succession dans la maison de Me'di- 
cis fut bornée aux enfants du prince 
régnant. Quoique cette maison sem- 
Itlàt encore éloignée de devoir s'étein- 
dre, la me'sintclligence entre Cosmc 
III et sa femme , préparait déjà sa 
juine: la violencedes passions de Mar- 
guerite d'Orléans dégénérait presque 
en folie; et quelques sacrifices qiu; le 
grand-duc ousonfds fussent disposes 
à faire, ils ne pouvaient vaincre l'obs- 
tination ou la haine de cette princes- 
se. Elle avait mis au jour , au mois 
d'août 16G7, une fille nommée Anne- 
Marie Louise, fruit (l'une réconci- 
liation momentanée ; mais elle mon- 
trait de nouveau la plus violente 
aversion pour son mari, et, à plu- 
sieurs reprises , elle avait tenté de 
s'échapper déguisée pour retouiner 
en France. Ferdinand II crut devoir 
éloigner d'elle son époux , pour don- 
ner à son ame le teiups de se cabner. 
II fit voyager Cosmc en Italie , en 
Allemagne et en Hollande. Ce jeune 
prince lit voir que le commerce des 
savants attires à la cour de son père 
n'avait pas été entièrement perdu 
pour lui. Il visita ensuite l'Espagne , 
îc Portugal j l'Angleterre et la Frau- 



MED 

ct'y et il revint en Toscane, seule-r 
ment au mois de févi'ier 1670. H 
était temps qu'il rentrât dans sa pa- 
trie: son père, attaqué d'une hydro- 
pisie, mourut, le 24 mai 1670, âgô 
de cinquante-neuf ans. Le plus afla- 
ble et le plus populaire des princes 
de la maison de Médicis , fut aussi 
peut-être le plus aimé. Une grande 
douceur de caractère , qui , à la vé-. 
rite, dégénérait quelquefois enfaiblcs- 
se , le faisait chérir de tous ceux qui 
rapprochaient : il vivait avec ses 
frères dans une intimité qu'on voit 
rarement chez les princes; le gouver- 
nement était en quelque sorte partagé 
entre eux, et chacun agissait avec 
une indépendance presque absolue , 
assuré d'être approuvé par le sou- 
verain et par le peuple, si ses actions 
avaient pour but le bien commun. 
Mais la faiblesse de ce grand-duc per- 
mit à la cour de Kome de nombreu- 
ses usurpations sur la juridiction 
civile ; les anciennes lois de l'état et 
les droits du souverain furent dé- 
truits par les franchises qae récla- 
maient les ecclésiastiques. L'inqui- 
sition miiltiplia ses procédures: Lan- 
dolfe , Ricasoli et Fauslina-Mainar- 
di, furent soumis à une pénitence 
publique, le 'iG novembre 1 64 1 , et à 
une prison perpétuelle, comme soup- 
çonnés d'avoir introduit dans une éco- 
le déjeunes filles les principes diiquié- 
lisme, et les débauches dont on a dans 
tous les temps accuséles mystiques; et 
l'inquisiteur fut néanmoins puni par 
son supérieur , pour ne les avoir pas 
fait brûler. Cependant ces accusa- 
tions , appuyées seulement , dit-on , 
sur une confession révélée, pouvaient 
être calomnieuses. Le délateur, nom- 
mé frère Mario de Montepulciano , 
n'en acquit pas moins un crédit prodi- 
gieux auprès de l'inquisition ; et cette 
affaire troubla long-temps Rom(^ et h. 



MED 

rour de Toscane. Ferdinand II parut 
aussi e'trangcr aux principes d'écono- 
mie par lesquels il aurait pu taire 
prospérer ses états. Les manufactures 
et l'agriculture ne cessèrent de de'- 
clioir pendant tout son règne. Les im- 
menses travaux entrepris pour rendre 
les Maremmes salnbrits, demeurèrent 
sans fruit, et ces provinces devinrent 
toujours plus désertes. Les contribu- 
tions furent augmentées d'une ma- 
nière presque intolérable ; et l'impôt 
sur le sel , qu'on teignit en rouge avec 
du bois de Bre'sil , pour découvrir 
plus aisément la contrebande, causa 
un mécontentement universel. Le 
commerce étrangrt" prospe'ra cepen- 
dant; et la ville de Livourne s'accrut 
en population et en richesses, de ma- 
nière à occuper le premier rang par- 
mi les places de commerce en Italie. 
S. S— I. 
MEDICTS ( CosME III ) , sixième 
grand-duc de Toscane , fils et succes- 
seiu' de Ferdinand II , régna de 1 070 
à 1 723. Parvenu à l'âge de A ingt sept 
ans lorsqu'il recueillit l'héritage de 
son père , il avait le caractère le plus 
opposé à celui de Ferdinand II. Dès 
les premiers mois de son règne , il 
laissa voir im esprit faible et borné , 
mie vanité insensée , une prodigalité 
sans projiortion avec ses ressources , 
enfin une hauteur et une réserve à 
l'égard de ses sujets , qui éloignaient 
leur amour. Sa femme , en se livrant 
à son aversion pour lui ( V. l'ar- 
ticle précédent, p. 91), compromet- 
tait le sort de la Toscane ; mais on ne 
pouvait nier qu'elle n'eût des motifs 
pour ne point trouver son mari ai- 
mable. En 1671 , elle lui donna un 
second fds qu'on nomma Jean-Gas- 
ton; mais dès-lors elle rejeta toute 
idée de réconciliation : le 22 décem- 
bre 1672, elle alla s'établir au Pog- 
gio à Caiano , déclarant qu'elle ne 



WED 



ç,3 



reverrait jamais son mari , pour qui 
elle ne montrait que de l'horreur. 
Elle demandait avec instance , non 
point une séparation , mais une cas- 
sation de son mariage , auquel elle 
dflirmait n'avoir jamais donné sou 
consentement : elle espérait ensuite 
e'pouser le prince Charles de Lor- 
raine, qu'elle aimait toujours avec 
la même ardeur , et avec qui elle en- 
tretenait une correspondance. Mais 
Cosme ne pouvait consentir à «n di- 
vorce qui faisait de ses deux fds des 
bâtards incapables de lui succédei . 
Enfin, après de longues négociations 
avec Louis XIV , la grande-duchesse 
demanda une retraite au couvent de 
Montmartre , promettant de s'y sou- 
mettre à la discipline religieuse. Elle 
s'embanpia le \!\ juin 1675, et fut 
accueillie à la cour de Louis XIV, de 
manière à ce que la clôture religieuse 
ne la privât de presque aucun des 
plaisirs attachés à son rang. Le dé- 
part de la grande-duchesse fit perdre 
à Cosme III ce qui lui restait de l'af- 
fection de ses peuples ; cette prin- 
cesse était aimée autant que la mère 
du grand-duc était haie : sans con- 
naître les détails de ses démêlés avec 
son mari, on comprenait son aver- 
sion pour lui , et on la plaignait. 
Elle gagna également l'afléctiou de 
Louis XIV et de sa cour, par ses 
grâces et son esprit , tandis que la li- 
berté dont elle jouissait faisait le dé- 
sespoir de Cosme ; car celui-ci , ja- 
loux par vanité et non par amour , 
croyait son honneur entaché dès que 
sa femme sortait des grilles de Mont 
martre. Dans ces circonstances , ce 
fut un grand malheur pour la mai- 
son de Médicis que la mort du cai - 
dinal Léopold : sa santé était affai- 
bhe depuis long-temps ; elle fut en- 
core ébranlée par les chagrins que 
lui causaient les divisions de sa fa- 



9', MED 

luillc et les dciaiits de son nevec. Il 
mourut en lO^S. Des celte époque, 
les savants , rasscuiblcs pendant ie 
règne prc'cc'dent , s'éloignèrent de la 
Toscane; quelques-uns même y fu- 
rent persécutés par le souvciain 
soupçonneux. Cosme III n'oncmi- 
ragca plus que les poètes disposés 
à le flatter, ouïes artistes qui pou- 
vaient augmenter la pompe de sa 
cour. En même temps , il augmenta 
son Inxe et sa magnificence , pour 
démentir les repioclies d'avarice que 
sa femme avait répandus contre lui : 
sa table seule lui coûtait des sommes 
prodigieuses ; et, pour fournir à ces 
dépenses, il fut obligé d'accabler ses 
peuples d'impositions , qui anéanti- 
rent le commerce et l'iigricullure. 
Malgré leur séparation , Cosine et sa 
femme trouvaient le moyen d'empoi- 
sonner mutuellcmeut la vie l'un de 
l'antre. Gusmc, lourmentc de jalou- 
sie, entourait ^largucrite d'espions 
à Montmartre; il la poursuivait à la 
cour de Louis XIV par ses délations, 
et il s'elïbrçait de la faire enfermer. 
D'un autre coté cette princesse, pas- 
sionnée pour le plaisir , ennemie de 
toute retenue , chercliait tons les 
moyens d'augmenter la jalousie de 
son mari. Elle lui écrivit une fois 
qu'elle était décidée à se donner au 
diable, afin d'.icquérir ainsi le pouvoir 
de le lutincr sans cesse ; mais qu'elle 
songeait, aA-ccdésespoir,qu'allant en- 
suite en enfer , elle l'y rencontrerait 
de uonvea.!. En 1O80 , une maladie 
de Cosme III , causée par son intem- 
pérance et son excessif embonpoint , 
fit croire à Marguerite qu'il moiirrait 
bientôt : elle s'en réjouit publique- 
ment, et elle annonçait déjà les masi- 
raesqu'clic comptait suivre d.ms l'ad- 
rainistrati'::i de la régence. Mais 
Cosme III guérit j et il changea 
tellement son régime et son jeure 



MED 

de vie , qu'il acquit une vigueur qu'il 
n'avait point eue dans sa jeunesse. 
Le prince héréditaire , Ferdinand , en- 
tretenait avec sa mère une corres- 
pondance secrète, qui attira les plus 
dures persécutions à plusieurs de ses 
confidents. Fatigué de l'hypocrisie 
qui régnait à la cour de son père, et 
qui était tournée en ridicule par tout 
le reste de l'Italie , il secoua le joug 
qui lui était imposé , et il prit à tâ- 
che de se montrer en tout l'opposé 
de son père. La timidité de Cosme 
III, et non sa tendresse paternelle, 
l'cmpccha de réprimer les écarts de 
son fils. Du moins il voulut le ma- 
rier; et après une négociation infruc- 
tueuse avec l'infante Isabelle de Por- 
tugal , il lui lit épouser, dans l'hiver 
de i()88, la princesse Violante de 
Bavière , sœur de la Dauphine, qui , 
pour le malheur de la maison de 
Médicis, se trouva stérile. François 
Marie, frère du grand-duc, que son 
humeur enjouée et son goût pour le 
plaisir appelèrent à une vie toute 
moJidaine , avait cependant deman- 
dé, et obtenu, le 9. septembre 1686 , 
le chapeau de cardinal , pour soute- 
nir à Rome les intérêts de sa maison 
et recueillir les bénéfices qui lui ap- 
partenaient. Cosme III, d'autre part, 
avait marié sa fille, la princesse 
Anne, à Guillaume , électeur Palatin. 
Celte princesse avait déjà été offerte 
aux rois d'Espagne et de Portugal , 
au Dauphin de France et au duc de 
Savoie : elle ressemblait par son ca- 
ractère à son a'ieulc \ ictoire et à son 
père Cosme III; aussi était elle aimée 
de lui seul , et haie de la cour et du 
peuple. Cependant la Toscane était 
atteinte aussi par des calamités étran- 
gères à son gouvernement. L'empe- 
reur avait profité de la supériorité 
momentanée de ses armes pour lever 
des contributions ruineuses sur l'ita- 



!ie; elCosrae 111 , oblii^e d'en payer 
sa part , s'en ét.til deduramagé par 
do nouveaux, impôts. Au milieu de 
la misère universelle , il ne dimi- 
nuait rien de son luxe : les eau\- 
pigiies étaient abandoiuiées par les 
cullivaleurs désespérés ; les artisans 
se rassemblaient devant le palais 
pour demander, à grands cris , du 
pain et du travail , et l'ctat entier 
niarcliait à sa ruine. Cosme III , 
lorsqu'U vit le mariage de Ferdinand 
demeurer stérile, s'occupa de marier 
aussi son second (ils , Jean-Gasion ; 
mais, comme il ne voulait point lui 
doniier d'apanage , il songea ])ien 
plus à lui trouver une épouse riche, 
qu'à en choisir une qui pût lui plaire. 
La princesse Palatine , sœur de Jean- 
Gaston , fit cliois. pour lui de la 
belle-sœur de son mari. Anne Mai ie 
de Saxe - Lauenibourg , veuve du 
prince de Neubourg. Quoique Tem- 
Donpoint excessif de celte princesse 
laissât à peine l'espérance de lui voir 
des enfants , Jeau-Gaston se soumit 
au clioix fait par sa sœur et son père: 
il épousa la ])rincesse de Neubourg , 

le '2. juillet 1697 ' ^^ ^' ''^'* ^^ ^'^^^' 
dence auprès d'elle à Reichstadt en 
Bohème ; mais bientôt il s'aperçut 
qu'il avait été sacrifié à l'avarice de 
son père et de sa sœur. La femme 
qu'on lui avait donnée , dépourvue 
de grâces et d'esprit comme de fi- 
gure, était d'une rusticité rebutante; 
elle ne savait s'occuper fpic des soins 
de son ménage , et de ses nombreux 
liaras : Jean-Gaston, qui aimait la 
société, les arts , et le beau climat de 
la Toscane , se vit , avec une pro- 
fou'le douleur , confiné dans un petit 
village de la triste Bohème , au milieu 
d'une campagne monotone, ({ue le 
soleil desséchait sans l'échauffer; les 
plaines étaient sans richesse, les mon- 
tagnes sans majesté, et des vents gla- 



NLD 



05 



ces lui rendaient insupportable jus- 
qu'au contact de l'air. Sa seule com- 
pagnie était une femme d'une ligure 
repoussante, impérieuse, inquiète, 
emportée, avide, obstinée et arti- 
ficieuse. Son premier mari , pour 
échapper à sa société , s'était con- 
sumé par l'ivrognerie. Jean-Gaston, 
après avoir passé l'hiver avec une 
é|*ouse si peu aimable , sans voir en 
elle aucun signe de iécondilé, partit 
tout-à-coup de Bohèiue , et se rendit 
à Paris , où sa mère , Marguerite , le 
reçut avec une extrême tendresse, et 
le présenta à Louis XIV. Jean-Gaston 
retourna cependant bientôt en Bohè- 
me; mais il ne put y retrouver la 
paix : il alla chercher dans les villes 
voisines des occasions de jeu et de dé- 
bauche, qui ruinèrent tout ensemble 
et ses finances et sa santé. Sou frère 
Ferdinand , marié de son côté à une 
princesse sans grâces , avait de même 
cherché des dédommagemenrsdansle 
carnaval de Venise, où il avait perdu 
avec sa santé le dernier espoii- de re- 
nouveler sa famille. L'étal d'infirmité 
où d était réduit, fit désirer à Cosme 
III le retour de son second fils, 
A])rès de longues et infructueuses né- 
gociations pour réconcilier la piiu- 
cesse de Saxe avec son mari , et l'en- 
gager à le suivre en Toscane , Jean- 
Gaston revint seul au]irès de sou 
père , au commencement de l'année 
1705. 11 fit un voyage en Bohème, 
deux ans plus tard; mais il en revint , 
eu 1708, séparé pour jamais de sa 
femme. Son frère FercUnand, dont 
les maux avaient fait de tels progrès 
qu'on s'attendait à le voir expirer de 
jour en jour , voulait faire casser le 
mariage de Jean - Gaston pour lui 
donner une autre femme ; mais la 
procédure pour cette cassation , eu 
cour de Rome , pouvait être foi t 
longue , et laissait prévoir un résul- 



0^^ 



I\]ED 



tat incertain : Co?me IIÎ prcTe'ra de 
faire déposer le chapeau de cardinal 
à son frère pour le marier. François- 
Marie de Médicis était alors âgé de 
quaraute-liuiî ans ; mais son extrême 
embonpoint , et sa santé' ruinée par 
les désordres de sa jeunesse , fai- 
saient douter du succès de son ma- 
riage. Ce fut avec un extrême regret 
qu'il abandonna ses riches bénéfi- 
ces, sou rang à la cour pontificale , 
dont il avait joui vingt -trois ans, 
et la protection de la couronne 
d'Espagne auprès du pape , pour 
épouser, en 1709, Eléouore Gouza- 
giie , fille de \ incent , duc de Guas- 
talla et de Sabionetta ; mais un der- 
nier malheur attendait la maison de 
!Mcdicis dans ce mariage. La prin- 
cesse, rebutée par la figure et l'âge 
de son époux , lui refusa obstiné- 
ment ses droits ; et malgré l'inter- 
cession des ecclésiastiques et de sou 
confesseur , elle persista à vouloir 
conserver sa virginité. François-Ma- 
rie , désespéré d'avoir sacrifié sans 
finit son rang, sa fortune et son rc- 
])0s, tomba malade de chagrin : il 
mourut hydropique , le 3 février 
171 1 ; et avec lui s'éteignit pour la 
maison de Médicis toute espérance 
de succession. Pendant ce temps l'I- 
talie comme le reste de l'Europe était 
désolée par la guerre pour la succes- 
sion d'Espagne. Cosnie III était de- 
riieuré neutre, et il eut le bonheur 
d'obtenir qu'on respectât ses fron- 
tières ; mais ce fut eu payant d'énor- 
mes contributions à toutes les puis- 
sances belligérantes. Il est vrai qu'il 
tirait parti des vexations qu'il éprou- 
vait lui-même , pour accabler ses su- 
jets par des taxes infiniment plus pe- 
santes. Au milieu de la misère pu- 
blique, il étalait à sa cour un faste 
excessif; il dépensait des sommes 
rouiidérables en œuvres pies , et il 



MED 

faisait des pensions à une foule dé 
nouveaux convertis qu'il rassemblait 
de toute l'Europe. Mécontents d'uu 
souverain qui les écrasait d'impôts , 
les Toscans se réjouissaient de la 
ruine de sa famdle et de tous les mal- 
heurs que leur souverain éprouvait. 
Ce fut alors que ce prince forma uii 
projet bien extraordinaire, celui de 
rétablir la république à l'extinclioii 
de sa famille. 11 communicpia ce pro- 
jet , qui assurait sa propre indépen- 
dance , aux gouvernements d'Angle- 
terre et de Hollande; et tous deux 
l'embrassèrent avec chaleur, et pro- 
inirentde le seconder de toutes lein-s 
forces. Mais la mort de l'empereur 
Joseph , et le changement qui en 
résulta dans les vues de toutes les 
puissances , forcèrent , en 171 1 , 
Cosme 111 à y renoncer. Dès -lors 
il s'occupa d'assurer sa succession 
à sa fille , l'électrice Anne , qu'il pié- 
férait de beaucoup à ses deux fils. 
L'aîné de ceux-ci , Ferdinand, dont 
le corpset l'espritétaieutdepuis long- 
temps également affaiblis par une 
horrible maladie, mourut le 3o oc- 
tobre 1713,3 l'âge de cinquante ans. 
Les Toscans avaient pour lui l'af- 
fection la plus tendre , bien plus 
parce qu'ils le voyaient en tout l'op- 
posé de son père, que pour ses pro- 
pres vertus. Cependant il s'était mon- 
tré fréquemment l'avocat du peuple, 
le protecteur des lettres , et le défen- 
seur de tous les opprimés. Ferdinand 
avait obtenu, par la décision et l'im- 
pétuositédeson caractère, une grande 
autorité dans le gouvernement, quoi- 
que son père n'eût pour lui aucune 
tendresse. Jean-Gaston, son frère, 
était au contraire faible , indolent et 
facile; il se tint éloigné des affaires , 
dans lesquelles son père ne desirait 
point l'admettre : quoiqu'il fût plus 
jeune que la princesse Aime , celle- 



MED 

ci ne doutait pas qu'elle ne dût lui 
sunivrc , comme il arriva en effet. 
Cosme , pour complaire à sa fille , 
fit adopter par le sénat , le o.'j no- 
vembre 1713, une résolution par 
laquelle la princesse Palatine était 
appelée à succéder à la souveraine- 
té , après l'extinction du dernier 
raalc de la maison de Médicis. Cette 
princesse n'avait point d'enlants ; 
et reconnaître le droit héréditaire 
d'une fcinme, c'était après elle ap- 
peler les autres. Les Bourbons des- 
cendants de Marie de Médicis , et 
les Farnèse descendants de Margue- 
rite , pouvaient élever des préten- 
tions; mais leurs droits étaient près 
de se confondre par le mariaj^e de 
Philippe V avec Elisabeth Farnèse. 
D'autre part l'avantagedelaToscane, 
et l'espérance d'augmenter considé- 
rablement son territoire, faisaient 
pencher Cosme III eu faveur du 
prince héréditaire de IVIodène. Mais 
toutes ces négociations d'un prince 
faible , furent tout-à-coup renversées 
par la quadruple alliance. L'empe- 
reur, la France, l'Angleterre et la 
Hollande, partageaui l'Italie entre les 
maisons de Bourbon et d'Autriche , 
réservèrent la succession de la Tos- 
cane et du duché de Parme à un in- 
faut d'Espagne , à l'exclusion de la 
Palatine. Celle-ci , ayant perdu son 
mari le 6 juin 1716, était revenue 
en Toscane. Des garnisons neutres 
(levaient être mises dans les ports de 
Livourne et de Porto-Ferraio. Ce 
traité, publié à Londres , en 1718 , 
causa au grand-duc la douleur la 
plus vive. Ce prince protesta dans 
toutes les cours contre la violence 
qu'on voulait lui faire : il déclara 
qu'il l'ésisterait à main armée aux 
puissances qui disposaient de ses 
états ; et son opposition fut secondée 
par celle de l'Espagne , qui ne vou^ 

XXVIII. 



MED 



97 



lait point reconnaître la Toscane 
comme fief de l'Empire. Sur ces en- 
trefaites Ia grande-duchesse mourut 
à Paris , le 1 7 juin 1 72 1 , à l'âge de 
soixante-seize ans ; jusque dans son 
testament on trouve des preuves de 
la haine qu'elle portait à son mari. 
Ce dernier mourut à son tour le 3i 
octobre 1723, à l'age de quatre- 
vingt-un ans , après le rèqne le plus 
désastreux de tous ceux de sa raaisou. 
Il laissa sa mémoire en exécration 
au peuple, son état ruiné par son 
faste insensé, sa famille désunie par 
la partialité qu'il montrait à sa fille 
contre son fils, et son ministère hu- 
milié par les lois que lui imposaient 
les autres puissances. S. S — i. 

MÉDICIS ( Jean-Gaston ) , sep- 
tième et dernier grand-duc de Tos- 
cane de la maison de Médicis, était 
âgé de cinquante-trois ans lorsqu'il 
succéda, en 1728,3 Cosme III, son 
père. Déjà son esprit était affaissé 
par les chagrins qu'il avait éprouvés, 
et sa santé fort altérée. Son extrême 
indolence l'avait éloigné du gouver- 
nement, auquel il aurait pu prendre 
une grande part sous un AÎcillaid 
octogénaire. Au reste, depuis long- 
temps on disposait de sa succession, 
et l'Europe entière s'occupait à ré- 
gler le sort de ses états : il parvenait 
donc au trône comme un usufruitier 
plutôt que comme un maître; aussi 
en prit-il possession avec indifféren- 
ce , et presque avec dégoût. Cepen- 
dant le premier acte de son admi- 
nistration fut d'éloigner de la cour 
la foule de moines , de faux dévots 
et de délateurs, dont Cosme III s'était 
entouré , et de supprimer les pensions 
énormes faites aux nouA'caux con- 
vertis , et qui ruinaient son père. Sa 
sœur qu'il haïssait, et qui avait cause' 
tous ses malheurs, s'enferma dans 
le couvent dalla Quiète • tandis que 



qS MED 

Violante de Bavière, veuve de son 
frère , reçut de lui beaucoup de preu- 
ves d'attac'iemeut , et que cette prin- 
cesse seule parut avoir quelque pou- 
voir sur lui. Quant à sa femme, qui 
vivait toujours en B dième , il n'avait 
plus aucnitç correspondance avec 
elle. Jean-Gaston foima sa cour de 
jeunes gens qui partageaient son 
humeur enjouée et qui l'aidaient à se 
distraire de la tristesse de sa situa- 
tion. Un changement rapide s'était 
opéré dans les mœurs à son avène- 
ment au trône : le peuple toscan, qui, 
sous Cosme III , avait paru le plus 
religieux , le plus sombre et le plus 
nonchalant de l'Europe, reprit tout- 
à-coup sa gaité et sa vivacité. Jean- 
Gaston, en réformant la plus grande 
partie de!< dépenses de son père, avait 
aussi su diminuer considérablement 
les impôts ; il supprima divers mono - 
pôles , abolit les supplices atroces 
qu'ordonnait le dernier duc : l'espion- 
nage et l'inquisition dans l'intérieur 
des familles avaient cessé; etles Tos- 
cans , qui , depuis cinquante ans , 
vovaicnt dans la maison de Médicis 
l'objet deleur haine, recommencèrent 
à s'y attacher au moment où elle allait 
s'éteindre. En même temps Jean-Gas- 
ton résistait tour-à-tour aux cours de 
Madrid et de Vienne avec une grande 
fermeté: il ne voulut point recevoir 
l'infant d'Espagne dans ses états , 
ou les garnisons espagnoles dans ses 
ports; et, opposant l'une à l'autre les 
puissances qui avaient contracté la 
quadruple alliance , d sut, malgré 
tout le monde, maintenir son indé- 
penflance. Cependant il ne faut pas 
faire honneur uniquement à son ca- 
ractère, de la résistance qu'il opposa 
long-?emps aux premières pui.ssan- 
. ces de l'Europe : il faut au'>si ren- 
dre justice au respect qu'on montrait 
alors pour les droits d'mi prince et 



MED 

d'un peuple indépendants ; à la n'pn- 
gnance avec laquelle on employait 
la force, même pour assurer le repos 
de l'Europe; enfin à la patience avec 
laquelle on négocia pendant treize 
ans , au risque de brouiller vingt 
fois des alliés , plutôt que d'agir ar- 
bitrairement. Par un tiaité du aj 
juillet lySi, entre Jean-Gaston et 
Philippe V, la suocessibdité de l'in- 
fant D.Carlos à Jean-Gaston fut enfin 
reconnue ; mais le titre de grande- 
duchesse et le droit de régente furent 
attribués à la Palatine, si elle sur- 
vivait à son frère. Tous les biens- 
fonds de la maison de ^[édicis du- 
rent suivre le sort de la souverai- 
neté; mais les meubles et les etR-ls 
précieux devaient demeurer à la dis- 
position de Jean -Gaston et de sa 
sœur. Le grand-duc consentit enfin 
à recevoir à sa cour l'infant d'Es- 
pagne , et les garnisons espagnoles 
dans ses porfS. A cette époque , la 
princesse Violante était moi te; et 
Jean-Gaston , qui la j^leura amère- 
ment, et dont la santé était tellement 
affaiblie qu'il était forcé de garder 
le lit, se livra entièrement à Jules 
Dami, son valet-de-charabre, dont 
il avait fait son favori et le distri- 
buteur de toutes les grâces. L'infant 
don Carlos s'était rendu eu Toscane 
à la fin de l'année i73i , après avoir 
séjourné quelques mois aupiès de 
Jean -Gaston , qui le reçut avec la 
plus grande corchalilé; il passa dans 
le duché de Paime, dont le gouver- 
nement lui élait déjà dévolu par 
l'extinction de la maison Farnèsc. 
C'est de la qu'il partit, en i -^33, pour 
faire la conquête du rovaume de 
INapIes, lorsqr.e la guerre éclata en- 
tre la maison de Bourbon et celle 
d'Autriche. Cette conquête changea 
le sort de la Toscane. Les mêmes 
puissauces^qui, pour maintenir l'équi- 



MED 

libre de l'Italie, avaient voulu que le 
grand-duché appartînt à la maison 
de Bourbon , crureut alors conve- 
nable d'en assurer la souveraineté à 
un prince ami de la maison d'Au- 
triche, François III, duc de Lorraine, 
époux de Marie-Thérèse iille de l'em- 
pereur. Des préliminaires, arrêtés en 
1735. entre les cours de France et 
d'Autriche, furent acceptés, au mois 
d'avril 1736, par les rois d'Espagne 
et de ^aples. Le duc de Lorraine 
céda sou duché au roi de Pologne , 
pour être ensuite réuni à la France, 
en échange de la succession éven- 
tuelle de la maison de Médicis ; et 
Jean- Gaston se vit obligé de recon- 
naître un n/mvel héritier de son 
trône. Cependant la tête de ce souve- 
rain s'affaiblissait : il gardait le lit 
depuis plusieurs années , et il n'était 
entouré que de vils bouffons et de 
créatures méprisables par qui il lais- 
sait vendre tous les emplois ; enfin 
le gouvernement de Toscane tombait 
dans l'anarchie la plus dégradante. 
Sur ces entrefaites, des garnisons al- 
lemandes vinrent remplacer les trou- 
pes espagnoles dans les principales 
places de l'état; elles prêtèrent ser- 
ment d'obéissance à Jean-Gaston, le 
5 février 1737. Mais le grand- duc 
ne survécut pas longtemps à cet évé- 
nement; attaqué de la pierre et d'une 
goutte remontée , il expira le 9 juillet 
1737, avant d'avoir pu conclure 
avec le duc de Lorraine le traité 
qu'il avait ébauché pour la succes- 
sion de ses biens allodiaux et pour 
les droits de sa sœur. Mais la prin- 
cesse Palatine trouva, dans les égards 
du nouveau duc François , et du 
prince de Craon chargé par lui de 
gouverner la Toscane, un dédomma- 
gement à ses pertes. Par un pacte 
de famille, fait à Vienne le 3i oc- 
tobre 1737, elle assura au grand -duc 



MED (,9 

l'entière succession de la maison de 
Médicis, se réservant seidement une 
rente viagère de quarante mille écus 
florentins. Quoiqu'une part lui fût 
j)romise dans le gouvernement, son 
âge et ses infirmités l'en éloignèrent. 
Ellemourut enfin le i8lévrier i 743, 
âgée de soixante-seize ans; avec elle 
s'éteignit l'illustre maison des Médi- 
cis. Cependant une branche de cette 
famille , séparée dès le commence 
ment du quatorzième siècle de colle 
qui a régné en Toscane , s'était éta- 
blie anciennement dans le royaume 
de Naples : d'elle sont sortis les 
princes d'Ottaiano , dont la famille 
existe encore. — Parmi les nombreux 
écrivains qui ont tracé l'histoire des 
Médicis, nous indiquerons seulement 
les principaux : J. M. Bniti , Flo- 
rentinœ historiœ libri nu , Lyon , 
1 5G2 , in- 4". , se terminant à la mo rt 
de Laurent de Médicis ; ouvrage 
devenu rare, ayant , dit-on, été sup- 
primé par les grands -ducs qui le 
trouvaient écrit avec trop de liberté. 
— Varchi, Histoire des révolutions 
de Florence sous les Médicis , Colo- 
gne (Augsbourg), i7'-ii, in-fol., trad. 
eu français parRequier, Paris, 1760, 
3 Vol. in-i'i. — Les anecdotes de 
Florence, ou l'histoire secrète de 
la maison de Médicis , par Varillas, 
la Haye, i685, in-12 ; production 
romanesque, encore plus décriée que 
les autres écrits historiques du même 
auteur. — Histoire du grand-duché 
de Toscane sous les Médicis ( par 
Galluzzi), Florence, 1781 , 5 vol. in- 
4^. ou 9 V. in-S". , trad. en français 
( par Villebrune et M^*°. Keralio ) , 
Paris. 1782-83 , 9 V. in- 12. S. S-i. 

MÉDICIS , papes. F. CLEME^T 
VIÏ , LÉON X et LÉON XI. 

MÉDICIS, reines de France. P^. 
Catherine, VII, 377 , et Marie, 

XXVII, 64. 



yniversJ 
BISLHDTHgCA 



loo IMED 

MÉDICIS ouMEDICHINO 

( Jean-Jacques ). V. Marignan. 

MEDICUS (Frédéric-Casimir) , 
médecin elbotauiste, uéa Grumbach, 
en 1736, devint conseiller de ré- 
gence en Bavière, directeur de l'u- 
niversité de Heidelberg, de la société 
palatine -économique de Laulern , et 
conservateur du jardin de botanique 
de Manheim. Il a puissamment con- 
tribué à propager la plantation et la 
culture de l'acacia Robinier, en pu- 
bliant, dans un journal qu'il lit pa- 
raître à cet effet , de 1794 à i8o3 , 
SCS idées et ses vues(i). Il mourut 
le i5 juillet i8û8. Nous citerons de 
lui : I. Lettre sur la dest) action de 
la petite vérole , Franciort et Leip- 
zig , 17O3, in-S-^. Il s'élevait dans 
cet écrit contre la méthode échauf- 
fante, généralement employée alors 
contre cette maladie, et proposait 
d'administrer des rafraîchissants et 
du quinquina, d;ins l'intcnlion de di- 
minuerla suppuration, pendant la du- 
rée de laqi'.elle il croyait que le virus 
se àéve\o\)\)a\t,lJ . Description d' une 
épidémie bilieuse, dans laquelle la 
méthode tonique offrait, beaucoup 
plus d'ai^.^ntages que les autres, in- 
sérée dans le Recueil d'obsciTations, 
Zurich, 17G4, 2 vol. in-8"., en al- 
lemand. 111. Histoire des maladies 
périodiques , 1764, 1794^ iu-8''. en 
allemand. Il préconise remjiloi du 
quinquina dans toutes ces alléctions, 
et précise les cas où il faut lui asso- 
cier l'opium. W . De la force vitale, 
Manheim, 1774? và-^\°. H établit 
dans cet ouvrage, que la matière, 
jiar elle-même incapable de mouve- 
ment, ue saurait être la cause des 



(l) Ce journal, intitulé : Tjnachter Acacienhanm, 
forme 5 volumes in-S». , coraposes chacun tic six ca- 
hi* rs , excCjité le dernier , qui u'en a cjiie quatre. Ou 
V '{oint un supplément au tome IV, qui coBlicat .'a 
U'jte des quatre preuiitrs volumes. 



MED 

mouvements vitaux. Il admet que 
le principe vital réside dans le cer- 
veau , et coule a travers les nerfs. II 
reproduit l'opinion émise par Lecat, 
que les ganglions nerveux empêchent 
les mouvements vitaux d'être soumis 
à la volonté. V. Uberdie Feredlung 
der Bosskastanje , Lautern, 1780, 
in-4". ; dissertation curieuse, où il 
développe les divers avantages qu'on 
peut retirer du marron d'Inde. VI. 
Traité sur Vart de faire de beaux 
jardins, Manheim, 1 78'^ , in-8". , en 
allemand. VU. Observaiions de ho- 
(rt7?i(yj<É',Manheira,i78u,in-8°.VIII. 
Abrégé de l'histoire et de la descrip- 
tion du Japon , d'après Ksempfer , 
Francfort, 1 783, in-S"., en allemand. 

IX. Philosophie botanique , Man- 
heim, 1789, in-S**. , en allemand. 

X. Sur les arbres de V Amérique 
septentrionale, Manheim, 179^, 
in-8°. , en allemand. XI. Histoire 
delabotanique de notre temps, ibitl., 
i793,in-8'\ de gôpag. en allemand, 
XII. Sur les vrais principes de la 
culluie du fourrage , Leipzig, 1 75)6, 
in^"., en allemand. XIII. Journal 
des forêts , 1. 1*^''., i'"''. partie, Leip- 
zig, 1 797 , in-80. ; '1'^. partie , ibid. , 
T 799, en allemand. 11 n'en a pas pa- 
ru davantage. XIV. Considératiijus 
sur V anatomie des jdantes, Leipzig, 
1799, in-8°., en allemand. XV. Pe- 
tit Flan d'économie rurale, Man- 
heim , 1804, in-i2 , en alieniand. 
XVI. Lettre à M. François de Xeuf- 
chàteau, sur le robinier, traduite de 
l'allemand, 1 8o4, in- 1 2.X\ II. Trai- 
té d'économie rurale, Leipzig, 1807, 
2 vol. in-8<>. , en allemand. P. et L. 

MEDINA (Michel), religieux 
franciscain, natif du diocèse de Cor- 
doue , mort à Tolède vers 1 580 , 
se rendit très-habile dans les langues 
orientales, dans la connaissance des 
Pères, des conciles, de l'antiquité sa- 



MED 

crée et profane. Ses ouvrages , écrits 
d'mi assez bon style , pour le temps , 
tiennent plus de la théologie positive 
que de la scolastique. On les re- 
cherche encore aujourd'hui. Les 
principaux sont : Un Traité de la foi, 
Venise , 1 564, '^^^ l'auteur discute la 
matière fort amplement. — Traité 
de la continence de:s ecclésiastiques, 
imprime à la suite du précèdent. — 
Traité du piirgatoiie. Il parle de 
l'institution des evcques , des prêtres 
et de tous les ministres j l'on a re- 
marque' qu'il ne regarde pas le sous- 
diaconat comme un sacrement , quoi- 
qu'il le croie institué par Jésus- 
Clirist. — Plusieurs autres Traités sur 
la pénitence, d'humilité, la restitu- 
tion, le« indulgences, etc. \J ApolO' 
gie qu'il publia en i558, à Alcalà , 
pour son confrère Férus ou Sauvage 
contre Dominique Soto , lui attira 
quelques désagréments : elle fut mise 
à l'indci, et il se vit lui-même obligé 
de rendre raison de sa foi. — Plu- 
sieurs théologiens espagnols du même 
nom ont laissé des ouvrages oubliés 
aujourd'hui. — Un autre Médina 
publia, A^ers i55o, un Traité de la 
Navigation , qui fut traduit en fran- 
çais en i554. — Enfin , deux poète? 
de la même nation ont aussi porté 
ce nom; l'un d'eux, né àMurcie, au 
commencement du dix - septième 
siècle, a laissé un recueil estimé, im- 
primé à Madrid en 1715 , i vol. 
in-40. T — D. 

MEDINA - SIDONIA ( Gaspar- 
Alonzo Pèrez de Guzman duc de) , 
d'une des plus anciennes et des plus 
illustres familles d'Espagne ( F. Guz- 
BIAN, XIX, 266), était gouver- 
neur de l'Andalousie, à l'époqie de 
la révolution qui plaça D. Juan de 
Bragance , son beau-frère , sur le 
trône dePoi'tugal ( 1640). D. Juan, 
après avoir pris les mesures les plus 



MED 10 1 

propres à assurer la tranquillité inté- 
rieure du royaume, s'empressa de 
détourner les armements du roi d'Es- 
pagne , en lui suscitant de nouveaux 
ennemis : en conséquence il envoya 
le marquis d'Ayamonte au duc de 
Mediua pour l'engager à faire soule- 
ver l'Andalousie , et à s'en déclarer 
souverain. La facilité qu'Ayamonte 
fil voir au duc dans l'cxéculion de ce 
dessein , le séduisit ; mais le plan de 
la conjuration fut découvert par l'in- 
discrète vanité d'un moine qu'Aya- 
monte avait dépêché à Li>;bonne , 
pour informer le roi du succès de ses 
démarches. Le duc de Médina reçut 
inopinément l'ordre de se rendre à 
Madrid. Dans le premier moment , 
il balança s'il ne fuirait pas en Por- 
tugal; mais l'idée de passer le reste 
de sa vie sur une terre étrangère , le 
détermina à obéir. A son arrivée à 
Madrid , il descendit à l'hôtel du duc 
d'Olivarès , premier ministre , son 
proche parent ; et après en avoir 
reçu l'assurance qu'un aveu sincèra 
de tout ce qui s'était passé lui sauve- 
rait la vie, il lui déclara le plan qu'il 
avait arrêté avec le marquis d'Aya- 
monte : il fut ensuite introduit dans 
le cabinet du roi , à qui il répéta 
l'aveu de son crime, lui demandant 
pardon dans les termes les plus tou- 
chants. Le roi mêla ses larmes à 
celles du coupable, et lui accorda une 
grâce entière. Cependant le duc reçut 
l'ordre de ne point s'éloigner de Ma- 
drid ; et l'on envoya des garnisons 
dans les châteaux de son domaine. 
Olivarès lui conseilla, pour effacer 
tout-à -fait l'impression fâcheuse que 
pouvait laisser sa trahison , d'appe- 
ler en duel le roi de Portugal ; et 
malgré toutes ses observations pour 
être dispensé d'une démarche aussi 
ridicule, il fut obligé de signer un 
cartel de déli , qu' Olivarès rédigea 



102 INîF.D 

lui-même , et qui fut adresse à toutes 
les cours de l'Europe. Celte pièce, 
vraimeut singulière , a etè luiblièe 
par Laclède [Histoire de Forlugal), 
par l'abbë de Vertot ( Bévoliit. de 
Portugal ) , etc. Le duc de ]\îcdina 
se trouva , au jour fixé, près de \'a- 
lence d'Alcautara, sur la froutiirc 
des deux royaumes , armé de toutes 
pièces , et accompagné de toute la 
' suite d'un clicvalier errant. Le roi 
Jean , comme on le pense bien , n'y 
vint point , ni personne de sa part. 
Depuis ce moment , le duc de Mé- 
dina vécut dans une telle obscurité , 
que rhistcire ne fait plus aucune 
mention de lui. (A^. AYAMO^TE , III, 
j34.) W— s. 

MÉDYN (A.BOU), fils deHammad, 
fils de Mohammed, docteur arabe , 
était originaire de Fez, et mourut en 
589 ( 1 193 de J.-C. ) Ses écrits lui 
ont acquis une grande réputation, et 
lui ont donné , dit Hadji Khalfa , 
ime place honorable parmi les écri- 
vains du premier rang : ils sont ré- 
})audus principalement dans la Bar- 
)arie , oii ils sont fort estimés. Nous 
ne connaissons jusqu'ici que l'abrégé 
de son ouvrage intitulé, Tohfet ala- 
zjb wa nozhet alLibjb ( Présent 
fuit à Vlioinme d'esprit , et amuse- 
ment du sage), pîibUé par Fr. de 
Dombay, Vienne, i8o5, in-8''. , avec 
une traduction latine. C'est une col- 
lection de trois cent quarante-une 
sentences ou proverbes , dont quel- 
ques-uns étaient de'jà connus , et qui 
justifient , à tous égards, l'opinion 
que les Arabes se sont faite du talent 
de l'auteur. La traduction est fort 
souvent inexacte. M. de Silvestre de 
Sacy en a relevé les erreurs dans 
le Mag. enc) cl. de 1808, tom. vi, 
p. 4'>'t> et "^"iv. Pi — D. 

MÉEL ( Jean), peintre flamand, 
c*)nnucuFi"anccsouslc nomdcMitL , 



MEE 

r.afpiit en i5i9. Son premier maître 
fut Gérard Seghers; il était déjà regar- 
dé comme son premier élève, lors- 
qu'il résolut de se rendre à Konie. 
L'étude des plus beaux ouvrages que 
renferme celte ville , lui fut extrême- 
ment profitable. Le premier tableau 
qui le fit connaître , fut le Baptême 
de Constantin qu'il peignit ])our l'é- 
glise de Saint-Martin de' Monti , et 
dans lequel il s'efforça d'imiter la 
manière de Claude Lorrain. Il peignit 
ensuite d'autres ouvrages; et Alexan- 
dre VII lui ayant demandé un tableau 
pour la galerie de Montecavallo , 
Méel y ])eignit Moïse frappant le 
radier. C\-sX à cette époque qu'André 
Sacchi frappé du talent que Méel dé- 
ployait soit dans l'histoire , soit dans 
le genre plus vulgaire, où son com- 
patriote Picri-e de Laar dit le Bam- 
boche avait excellé , le prit en ami- 
tié, et le mit de moitié dans ses tra- 
vaux. Il avait été chargé de peindre 
la Revue de la cavalerie du pape , 
tableau qui existe encore dans le pa- 
lais Bnberiui. Il voulut que Méel 
l'aidât; mais ils finirent par se brouil- 
ler , et Saccbi le chassa de son école 
en lui disant d'aller jicindre ailleurs 
ses bambochades. Cc'te disgrâce lui 
fut utile; car il résolut de chan- 
ger de luanière, d'agrandir son style, 
et de piouver qu'il était capable de 
traiter tous les genres. En consé- 
quence , il se rendit à Bologne, oii 
il copia les ouvrages les plus renom- 
més des Carraches. Ces copies qui 
excitèrent l'admiration, existent en- 
core à Gènes. De là il se rendit à Pai- 
me , où il fit également une étude 
particulière des chefs - d'œuvre du 
Corrcge. De retour à Korae , il pei- 
gnit dans l'église de Saint-Laurent ia 
Lucina , trois Miracles de la vie de 
saint Antoine de Padoue, dans le 
stvledu Carrache. Il exécuta alors 



MEE 

plusieurs fresques au Vatican , près 
(le la chambre du pape. Ces ou- 
vrages lui méritèrent , en 1648 , 
le titre d'académicien • et le duc de 
Savoie, Charles Emanuel , l'ayant 
ajipclé à sa cour sur le bruit de 
sa réputation , le nomma son pre- 
mier peintre, et le décora de l'or- 
dre de saint Maurice, Charpjé d'orner 
le château de la Vénerie, MécI y pei- 
gnit onze sujets des métamorphoses, 
et dix sujets de chasses, tels que, l'^-^i- 
semblée des chasseurs , Wlller au 
bois ; le Courre du cerj', la Curée ^ 
et six Chasses de dijjé, eut s anim aux. 
]\Ialgré la laveur don( il jouissait, le 
désir de revoir Rume le poursuivait 
sans cesse. Ilchercha tous les moyens 
de quitter Turin; mais le duc n'ayant 
]îii se résoudre à le laisser pai lir , 
>léel en conçut un tel chagrin , qu'il 
cntombamaiade, etmouruten 1G64. 
Quoique son talent le portât de pré- 
férence vers les tableaux de genre , 
on admire dans ses compositions his- 
toriques la couleur et l'expression ; 
mais il pèche par le dessin, la grâce 
et la noblesse. C'est dans les tableaux 
de chevalet qu'il a excellé. Il traitait 
ordinairement des sujets tirés de la 
\ vie commune. Plein de finesse , de 
piquant el d'esprit, sa coideur vigou- 
reuse et brillante ajoute encore au 
charme de ses tableaux. Ses fonds 
sont ordinairement très-clairs, et les 
dcA'^ants touchés avec force ; les om- 
bres en sont larges et prononcées , 
comme s'il eût toujours fait ses étu- 
des en piein soleil. Le Musée du f^ou- 
vre possède quatre tableaux de ce 
inaîtie ; I. Un pauvre demandant 
l'aumône à des paysans qui pren- 
nent un repas à la porte de leur 
rhaumière. II. Le barbier napoli- 
tain, pend.int du tableau précédent. 
III. Une Halte militaire. IV. La 
Dinés des voyageurs , pendant du 



MEE 



ïo3 



tableau précédent. Jean TMéel s'est 
aussi distmguédans la gravure a l'eau- 
forle. On connaî! en ce genre plu- 
sieurs morceaux de sa comp<isi;ion. 
Les figures et les animaux (ju'il y a 
introduits sont dessinés avec esprit et 
exécutés d'une pointe facile et gra- 
cieuse. JjCS pièces sont au nombre de 
neuf: Y Assonijdion de la Uierge, 
et une Sainte Famille, toutes deux 
in-folio ; quAlre i>hijtts champe't es, 
format in-4° , et d'une exécution 
charmante ; enfin trois Sujets de ba- 
taille , in-folio , pour les guerres de 
Flandre de Sirada. Ses peintures du 
château de la Vénerie ont été gravées 
au burin , en vingt-une pièces , par 
G. Tasnière. P — s. 

MEELFUHRER^:Rodolpiik-Mar- 
tin), savant philologue, né à Ans- 
pach, vers 1670, était fils d'un mi- 
nistre luthérien, qui a joui de quelque 
réputation parmi ses coreligionnai- 
res. Il fréquenta dans sa jeunesse les 
jirincipales universités d'Allemagne , 
s'appliqua jiarticidièrement à l'étude 
des langues orientales , et termina 
ses cours avecun éclat extraordinaire, 
en soutenant quatre thèses l'une en 
grec, la deuxième en hébreu talmu- 
dico-rabbinique , une autre en hébreu 
littéral et la dernière en arabe. Ces 
dissertations académiques ont été 
imprimées sous les titres suivants : 
L)e quœstione : An S. Matthceus ^ 
e%>angelium grcFcè scripserit? Alt- 
dorf , ii6 jun. ]6q6. — - De benedic- 
tione sacerdotali, Giessen, 5 jun. 
1697. — Dissertatio philo sophica 
inauguralis ex philosophid ebrœdy 
ibid. , 'xS 3ug. 1 697. — De arabicœ 
linguœ utilitate, ibid., oct. 1697. 
Vers la fin de l'année 17 12, il se 
rendit à Augsbourg; et, le 9 janvier 
suivant, il déclara à l'assemblée des 
pasteurs , que son intention était 
de rentrer dans le sein de l'ÉgUsfr 



io4 



MEE 



catliolique. Il puhlia differfiiits écrits 
pour expliquer les motifs de soa 
changement ; mais ils furent censurés 
et condamnes par le synode de Ratis- 
bonne. Meelfuhrer finit par se re'con- 
cilier avec les principes du luthéra- 
nisme, et en fit de nouveau profes- 
sion, en 17.2.5. II essaya de colorer 
son inconstance par des raisons qui 
furent diversement appréciées; il se 
rendit peu après à Gotha , d'où il 
passa eu HoOandc, dans l'espoir d'y 
obtenir un emploi. N'ayant pu y 
réussir , il revint en Allemagne; mais 
il fut arrêté à son passage à Fulde , 
par l'ordre de Tcmpereur, et trans- 
féré au château d'Egra, où l'on croit 
qu'il termina ses jours eu l'j'iQ. In- 
dépendamment des écrits de contro- 
verse dont ou a parlé, et qui ne présen- 
tent aucun intérêt , on a de lui : I. De 
Gernianoruin in litteraturamorien- 
talem meritis dissertatio , Altdorf, 
1698, iu-4'\ Ce n'était quele prodrome 
de son grand ouvrage De Germanid 
orientali. II. Jésus in Talmurle^ 
sive Dissertationcs philologicœ u , 
de iis locis in qaihus per Lalmudicas 
Pandectas Jesu ciijusdam nientio 
injicitur, ibid. , 1699, in-4". III. 
De Talmudis versionibus , 1 699. 
IV. Accessiones ad Almeloi'eenia- 
nain Bibliothecani proinissam et 
latenteni, Nuremberg, 1699, in-8°. 
de 17G pag. {V. Almeloveen, 1, 
Go-2.) V. De mentis Hehrœorum in 
remlitterariam, Wittemberg, 1699, 
in-4''. \' I. De fatisUtteralurœ orien- 
talis, ibid., 1700, in-4". VII. Con- 
sensus veterum Hebrœorum ciim Ec- 
clesid christiand, ac vetnstissimis 
eorummoniimejitis, etc., Francfort , 
1701, iu-4°. VIII. De causis sjna- 
sogœ eirantis , Altdorf, 1702. IX. 
De impedimenlis conversionis Judœ- 
onim, ibid., 1707. Meelfuhrer est 
l'éditeur des Lettres de J.-Gkrist. 



MEE 

de Boineburg à J. Conrad Dieteric , 
Nuremberg, i7o3,in-i'j. V\^ — s. 
MEERBEECK, (Adrien Van), 
chroniqueur flamand, né à Anvers 
en 1 563, professa les humanités et 
la rhétorirpie dans différentes éco- 
les, fut nommé recteur du gymnase 
d'Alost , et mourut vers l'an \(y.ii. 
Il a publié, en flamand, une Chro- 
nique universelle du seizième siè- 
cle, Anvers, i6'20, in - fol. , fig. 
Elle est intéressante , surtout pour 
la suite des événemens qui se sont 
passés dans les Pays - Bas. L'au- 
teur a eu pour but principal de re- 
lever les erreurs de \an-Meteren 
( F. Meïeren ) et des autres histo- 
riens protestants. Meerbeeck est en- 
core l'auteur d'un Eloge funèbre de 
l'archiduc Albert, gouverneur delà 
Flandre, en latin , en français et en 
flamand^ Bruxelles , 162'a, in - 8". 
W— s. 
MEERMAN (Guillaume), au- 
teur hollandais, fils d'un bourgmestre 
de Delft , et né dans la dernière moi- 
tié du seizième siècle, fit quelques 
campagnes sur mer, s'adonna ensuite 
à l'étude, voyagea, en 1615, dans les 
contrées nord-ouest de l'Amérique 
pour la recherche d'un passage aux 
Indes-Orientales; et il périt vraisem- 
blablement dans cette aventureuse 
expédition, car on n'a pas eu de ses 
nouvelles depuis. Il est auteur de 
l'ouvrage intitulé : Comedia vêtus 
of BootMnans praetje, 1612, in-4°., 
réimprimé en 17 18 et t73'2, Ams- 
terdam, in S'»., avec de savantes no- 
tes par G. Van-denHoven, et un glos- 
saire des mots obscurs ou surannés. 
Il écrivit, vers la même époque, un 
autre livre ( Malle TFaegen), qui ne 
parut que long-temps après, et que l'on 
trouve dans l'édition de \anden llo- 
ven, delà Cowe^/irt'yei«<5, laquelle est 
une satire sur les querelles théologi- 



qncs des Arminiens et des Gomaristcs 
de Hullande, au dix-septième siècle. 
L'auteur reproche aux réformes d'a- 
voir encore conservé trop de choses 
du papisme. G. Meerman était ma- 
rin, comme on l'a dit; et c'est dans 
les termes et les usages de marine 
qu'il a pris les principales allégories 
de son livre. A. B — t. 

MEERMAN (Gérard), né à 
Leyde , en l'j'i'i, de la même la- 
nulle que le pi'écédcnt, se lit, dès sou 
jeune âge, remarquer par son sa- 
voir. Il n'avait que dix-sept ans lors- 
qu'il composa son premier ouvrage: 
son goût pour les lettres ne se 
démentit jamais depuis; et, maigre' 
les chai'ges q,u'il occupa , il trouva 
le temps de composer divers 
écrits estimables. Il avait fait plu- 
sieurs voyages de i7/j4 à 1747 , lors- 
qu'à son retour, en 174^, il fut 
nommé conseiller pensionnaire de la 
ville de Roterdam , place qu'il rem- 
plit avec un collègue jusqu'en 1 nyS , 
et seul jusqu'en ' 7^7 , où il s'en 
démit volontairement. Il avait été, 
en 1757, envoyé en Angleterre, pour 
régler qnelques différends de com- 
mercequi existaient entre cette puis- 
sance et la Hollande. Il était, de])uis 
1 766 , conseiller au haut tnbnnal de 
la Vénerie de Hollande et de West- 
Frise , lorsqu'il mourut à Aix-la- 
Cliapelle le 1 5 décembre 1 77 i . L'em- 
pereur lui avait conféré le titre de 
baron de l'Empire. Louis XV, au- 
quel il avait fait présent de qLiek{:;es 
manuscrits importants provenant 
de la bibliothè({ue des Jésuites , le 
décora de l'ordre de Saint-Michel , 
quoiqu'il fût protestant. Grand ama- 
teur des livres, Meerman en avait 
une collection immense et précieuse. 
11 avait acheté la bibliothèque de 
François-Paul Chiva , chanoine de 
l'église de Saint-Jeaii de Jérusalem 



MEE uj', 

à Valence en Espagne ; et ce fut 
dans ses mains que passèrent, à 
l'exception d'un très-petit nombre , 
les manuscrits du collège de Gler- 
mont , ou des jésuites de Paris. Voici 
la liste des ouvrages de Gr. Meer- 
man : I DiatribiC antiqiiario-ju~ 
ridica exhibcns nonnuUas de rébus 
mancipi et ?iec mancipi , eanwKjue 
nuncupalione conjeciuras , Leyde, 
1741, in-4°. II. Spécimen calcidl 
jluxionalls , 174*^5 ii\-!\°.\\\. Spé- 
cimen animadverdoman criticarum 
in Caii institutiones,M,iiàvià, 1743, 
in-S-'. ; Paris , 174; ' i"-8°- , édiliou 
augmentée , et réimprimée , en 
1753, dans le tome septième du 
Novus Thésaurus juris. iV, Cons- 
peclus novi Thesauri juris cli>ilis et 
canonici, 175 1 , in-8°. C'est le pro- 
gramme de l'ouvrage suivant. V. 
JVoms Thésaurus juris civilis et ca- 
nonici , i7;)i-54, sept volumes 
in-folio. Le nombre des pièces con- 
tenues dans celte collection, qui n'a 
ni ordre ni table, est de 108. Oa 
trouve la liste de ces pièces,, non- 
seulement dans les dernières éditions 
de la Bibliotheca juris selecta de 
Struve , et dans V Histoire littéraire 
du droit, par INcîtelblad, mais en- 
core dans le Catalogne des livres 
de la bibliothèque d' Orléans ( W. 
Fabre , XIV , '23 ). A la tète des di- 
vers volumes , suiit des préfaces 
beaucoup moins étendues , inoins 
érudites , et moins instructives que 
celles du Trésor d'Otion. Mais Meer- 
man a eu le soin utile, le plus sou- 
vent négligé parOtton, d'indiquer 
les dates et les lieux des éditions des 
ouvrages réimprimés dans son re- 
cueil, tin supplément a été publié 
par Meerman !ils ( f^. ci- après ). VI. 
Conspectus originum tjpographi- 
carum, proximè in lucem edenda- 
rumy 1761, in- 8".; traduit eo 



io6 



MKE 



frniriis par l'aljLc Go'qet, «oiis le 
titre de : Plan du traité des oris,i- 
nes typographiques , par M. Meer- 
nian , 176*2, ]iffit in-8". l^o tra- 
durtcnr ya joint quelques notes. Yll, 
Origines tjpograplncœ, la Hâve, 
1^65, deux tomes en un volume 
111-4". j '^^"''c "" portrait de l'au- 
fpur, j;rave' par Daulle', un beau 
portrait de Laurent Coster , par 
îloubiaken, et neuf planches gra- 
vées , cse'cute'es avec soin , et qui sont 
les copies figurées de pinsieuis an- 
riens tvpes, lesquels donnent une idée 
c\acte des caractères dont on s'est 
servi pour exécuter quelques-unes 
des plus anciennes impressions. Ce 
.vivant ouvrage est le ])lus beau titre 
littéraire de l'auteur, quoique le plus 
noble des sentiments, l'amour de la 
patrie, l'ait égare et porte trop loin. 
La caiise de J. L. Coster, prétendu 
inventeur de l'imprimerie ( F, Cos- 
ter , X, 58 ) , y est détendue aussi 
bien qu'une mauvaise cause peut 
l'être. jMa'grc la science et les talents 
de Meerman , on regarde comme 
nue table tout ce qu'il dit de Coster ; 
et les nouveaux elVurts de M. Koning, 
qui a publié récemment une Disser- 
tation sur l'origine , Viiivention et 
le perfectionnement de l'Imprime- 
rie (i), n'ont point lait changer 
d'opinion. Le système de Meerman 
a d'ailleurs été réfuté d'une ma- 
nière Aartorieuse , et d'après un mo- 
nument authentique, par M. A.-A. 
Renouard , qui a fait voir que les 
inl'ornies essais de typographie altri- 
])ués àlj. Coster, etque l'on supposait 
de i436à i44'*'> "'^ sont pas anté- 
rieurs à 1467 ( F- son Catalogue de 



(1) Amslirdaiii , 1819, in 8" d.' jRo paï. ri - |,1. 
Cel ouvrage u'rst qu(.* le pr«'fis d'un iiutre plus 
c usidt'i'able , pub ic par M. île Kuniiij; , t-u langue 
liiiUaiidaise , <l (|ua\ait 1 onruuué la sucielc des 
:>eieuces de Harlem , eu i8i(j. 



]\1EE 

la IHhlioihcqiie d'un amateur, t. ii, 
p. I r>i- 1 58). Henii Gockinga donca 
en hollandais un abrégé de l'ouvrage 
de Meerman ( Amsterdam, 1767 , 
in-8°. ) , à la suite duquel est un 
catalogue, composé par J. Visser, 
des livres imprimés dans les dix- 
sept provinces des Pays-Bas , avant 
i5oa. L'ouvrage publié par Jansen, 
et intitidé , De l Invention de Vlm- 
primerie ou Anuljse des deux ou- 
orages publiés sur cette matière , 
par M. Meerman , Paris , Schœll , 
]8of), in -8°., est une traduction 
du travail de Gockinga , fondu et 
combiné avec le Conspectus. Le Ca- 
talogue de Visser y a été conservé et 
augmenté d'environ deux cents arti- 
cles. VI 11. Gerardi Meerman et 
doctorum virorum ad eum epistolœ 
utque observationes de chaitœ vul- 
garis seu lineœ origine , la Hâve , 
1767, petit in-8». L'éditeur de ce 
volume fut Jacques Van Vaassen. 
Ij'académicdeGbttingue avait propo- 
sé un prix pour rechercher l'origine 
du pa])ier fait de chiffons de linge. 
Meerman , après avoir fait impri- 
mer nue lettre sur ce sujet dans les 
IS'ova acta eruditorum , de septem- 
bre 1761 , proposa un prix de vingt- 
cinq ducats sur le même sujet. Le 
])rix fut l'emporté par G. Ma vans, 
et adjugé, en 1763, par l'académie 
de Gottingue. H résulte de ces recher- 
ches , que Ton ne connaît point de 
pièce authentique en papier de chif- 
fonsdeliiigeoutoileantérieureau 1 4*^. 
siècle. Les auteurs , dont on trouve 
des morceaux dans ce volume sont 
Meerman , J.-Ch. Gottsched, Char- 
les-André Baelle, Gerdès, Paul-Da- 
niel Longueil ( Longolius ) , Grég. 
Mavaus, André Coltée Ducarel , H. 
Cannegieter , H. W. Qualeubrink , 
J. S. Heringen , J. Ph. Murray. 
Meerman a fouinidiiréreutes uolcs a. 



MEE 

VJntJiologiaîalmrt de P. lîiirmann 
le neveu; il avait projetc des y4nti- 
qiiitutes tfjw^raphicœ pragmaticœ, 
qui eussent fait suite à ses Origines 
typographicœ , ainsi que des ^na- 
lectaBelgica. Il s'était aussi occupe 
d'une Historia regum Fanâalorum 
in Africd. A. B — t. 

MEERMAN (Jean), fils unique 
de Gérard, naquit en i^jS. Dès son 
])as âge, il annonça son goût et ses 
dispositions pour les belles-lettres. Il 
n'avait que dix. ans lorsqu'il traduisit 
on hollandais le Mariage forcé , de 
Molière ; et cette traduction fut im- 
priiuée , toutefois avec quelques cor- 
rections de Vass, maître de l'enfant. 
A quatorze a«s , il fut envoyé à 
Leipzig, et admis au nombre des 
pensionnaires d'Ernesti. Après avoir 
achevé ses études académiques, il 
voyagea en Saxe , en Prusse, à Gœf- 
liugen, et vint terminer ses études à 
J>eyde, s'y (ît recevoir docteur eu 
droit en 1774 5 visita ensuite la 
France, l'Italie, l'Allemagne, et plus 
tard la Grande-Bretagne et l'Irlande. 
A son retour, il fut nommé échevia 
de la ville de Leyd..e , donna sa démis- 
sion en 1751 , et parcourut de nou- 
veau la Prusse , l'Autriche , l'Italie. 
Il revint dans sa patrie en 1 792. De 
1797 a 1800, il alla en Dinemark, 
vSuède, Norvège, Finlande, et Rus- 
sie. Cette vie active ne l'avait pas 
empêché de cidtiver les lettres; Meer- 
man avait remporté en 1784, un 
prix extraordinaire à l'académie des 
inscriptions et belles lettres de Paris. 
Sous le règne de Louis Buonaparte, 
il fut directeur des beaux-arts et de 
l'instruction publique du royaume 
de Hollande , et il mérita bien de 
son pays par le zèle et le succès avec 
lesquels il remplit cette fonction. 
Lorsque l'usurpateur réunit ce pays 
à la France, Meerman devint comte 



IMEE 107 

de l'empire et sénateur : il faisait 
partie de cette majorité toujours 
disposée à souscrire à toutes les 
volontés du maître. Il est mort le 
19 août 181 5, laissant généreuse- 
ment à la ville de la Haye, pour erre 
rendue publique, la riche biblio- 
thèque de son père, qu'il avait lui- 
même beaucoup augmentée. On a 
de lui : I. Spécimen jiiis publici de 
solutione vinculi qiiod olirnjïdt inter 
sacrum romanum imperiiim et fœ- 
derati Belgii res publicas , Leyde , 
1774, in-4''. II. Saiiplemenlum novi 
Thesauri juiis civilis et canonici, 
la Haye, i 780 , m-folio, formant le 
huitième volume de l'ouvrage de son 
père. ( V. Harmenopcli; , t. xix , 
pag. 440' ) IIE Dii,coars (pd a 
remporté le prix de l'académie des 
inscriptions de Paris , sur la (pies- 
tion : Comparer ensemble la ligue 
des Achéens , celle des Suisses et 
la ligue des Frovinces-unies ; déi>e~ 
lopper les causes , l'origine , la na- 
twe et l'objet de ces associations 
politiques, ibid. 1784, in - 4". 
IV. Discours présenté à l'académie 
de Chdlons-sai -Marne , en i'^87, 
sur la qu"stion qu'elle a\>ait propo- 
sée : Quels sont les meilleurs moyens 
d'exciter et d'encourager le patrio- 
tisme dans ■ une monarchie sans 
gêner ou affaiblir en rien l'étendue 
t'.e pouvoir- et d'exécution qui est 
propre à ce genre de gouvernement? 
Lcvde, 1789, in 8°. On trouve à la 
suite le discours de Mathon de la 
Cour, qui avait remporté le prix 
{F. Mathon de la Cour). V. Nis- 
toiie de Guillaume , comte de FIol- 
lande et roi des Bomains ( F. Guil- 
laume, tom. XIX, pag. II 7-1 18), 
la Haye, 1783-97, cinq volumes 
in-8". en hollandais : ce livre a été 
traduit eu allemand. VI. Relations 
de la Grande-Bretagne et V Irlande, 



loB 



MES 



de l'Autriche , de la Puisse et de la 
Sicile, 1787-94, cinq parties in-8"., 
en liollaudais. YII. Relations du 
nord et du nord-est de l'Europe, 
i8o5-iSo6, G vol. iu-S". , aussi en 
hollandais. Dans ces deux importants 
ouvrages, l'auteur rend compîe des 
observations intéressantes qu'il a 
laites dans ses divers voyages. VIII. 
Ilugonis Grotii parallelun rerum 
puhlicarum liber tertius de moribus 
ingeniofjue popidorum Allienien- 
sium , iiomanorum , Balavorwn , 
Harlem, 1801-180.2, trois volumes 
iu-8°, avec le texte bollandais. C'est 
îa première édition du seul livre qui 
reste de cet ouA^rage de Grotius. 
( iT. Grotius , xviii , 543-44- ) 
L'e'diteur y a joint une dissertation 
S'ir la comédie des Chevaliers d'A- 
ristophane. IX. Grolii ej/istolce iné- 
dites , 180G, in-8o. {F. Grotius, 
xviii, 55'i.) X. Fragments de l his- 
toire du siège et de la prise de Leyde 
( eu i4oo), sous Jean de Bavière. XL 
Ues preuves de la sagesse divine que 
fournit V histoire, Mémoire lu à la 
société' littéraire Diligent id , à la 
ilaye, iS^jG, in-8°. de 53 pag. (en 
lioll.) XII. Sur le redoublement de 
la voyelle dans la langue hollan- 
daise , ibid. , 180G, in-8'\de G5 pag. 
Combattanl sur ce point l'orthogra- 
phe de M. Siegenbeek , ado[)tée par 
le gouvernement et prescrite pour 
les actes publics, il autorise pour 
toutes les voyelles le redoublement 
que son adversaire n'a Imettait que 
pourl'EetrO. XIII. Parallèle entre 
josias , Antonin le pieux, et Henri 
IF, la Haye, 1807, in-8''. (en 
hollandais. ) XIV Montmartre , 
poème en vers hexamètres hollan- 
dais avec une traduction française , 
Paris , i8i'i. Il existe une édition 
.séparée du texte hollandais. XV. 
Discours sur le premier voyage 



MEG 

de Pierre -le -G rund , principale- 
ment en Hollande , 181'^, in-8"*. 
Enfin on lui doit une traduction hol- 
lamlaisei'iela3/<?wiafZedeKlopslock, 
dans le même mètre que l'original , 
et ornée de très - belles gravures. 
Il a laissé en manuscrit et en hollan- 
dais : — 1°. Mémoires sur Christian 
Il , loi de Danemark, relativement 
aux af) aires des Pays-Bas. — 12''. 
Mémoires sur Jeannc-d' Arc : l'au- 
teur avait lu ces deux morceaux dans 
des sociétés littéraires. — 3°. iVo- 
tices et Pièces officielles concernant 
les événements politiques des an- 
nées 1801 à 181 I. — 4"- Notice des 
événements qui se sont passés en 
Fiance en i8i4- H s'occupait de 
la publication de V Histoire des 
voyages exécutés par l'empereur 
Charles- Quint , depuis l'an 1 5 1 4, 
jusqu'à sa mort, par Jean Fan- 
deness. On a son Éloge, en hollan- 
d.:is , par J. VV. te Water ( dans les 
Mémoires de la société de linéra- 
ture hollandaise de Leyde , in-4*'., 
3 août i8iG, pag. 3-43); en latin, 
par H. C. Gras (1817, in-8°. de 
ivi5 pag. , avec un frontispice gravé 
ofiiant son portrait) : le même, en 
IVaiiçaLs , traduit par M. Kralft (dans 
les Annales encyclopédiques , de 
Milliu, février i<Si8 ). A. B— t. 

MÉGABYSE, l'un des héros de 
la Perse , figura parmi les sept con- 
jurés qui renversèrent du trône le 
faux Smerdis , l'an 5ui avant J.-C. 
Lorsqi'il fut question de délibérer 
sur la forme de gouvernement qu'il 
convenait de donner à son pavs , il 
opina pour le régime olygarchique ; 
mais l'avis de Darius, qui tendait a ré- 
tablir i'uuilédc pouvoir l'emporta, et 
Mégabyse , comme les autres grands 
de l'état , se soumit à l'ascendant de 
cet habile rival. Darius , qui aurait 
pu le craindre , lui témoigna une 



MEG 

confiance généreuse , qui ne fut pas 
trom]iëe : Mcpiabyse eut une part 
importante aux événements glorieux 
de son règne , et par ses exploits 
persomiels étendit la puissance de la 
Perse. Demeuré en Europe après la 
désastreuse expédition de ScytLie , 
il soumit les Périnthiens , subjugua 
divers peuples de la Tlirace , s'em- 
para de la Pannoniè , dont il fit pas- 
ser en Asie presque tous les habi- 
tants , et fit reconnaître à la Macé- 
doine la domination de Darius. lî fit 
rappeler en Perse Histiée de Milet , 
l'un des chefs remuants des Grecs 
d'Asie ; et la révolte postérieure 
de cet homme justifia bientôt ses 
craintes. Si l'oji en croit Hérodote, 
Darius ouvrant un jour une grenade 
qu'il tenait à la main , quelrpi'un lui 
demanda quel bien il voudrait mul- 
tipher autant que les grains de ce 
fruit. « Je voudrais , répondit le 
» prince , avoir autant de Mégabyse, 
» et j'en serais plus flatté que de la 
» possession de la Grèce entière, w 
Plutarque rapporte, avec plus de fon- 
dement peut - être , que cet éloge 
fut appliqué à Zopyre fijs de Méga- 
byse. Une seule action de Zopyi-e 
effaça tous les services de son père. 
Les Babyloniens s'étant révoltés con- 
tre leur gouverneur, et l'ayant mis 
à mort , Zopyre se présenta aux 
rebelles , le nez et les oieilles mu- 
tilés , et criant vengeance contre Da- 
rius , qu'il accusait de l'avoir ré- 
duit à cet état. Sa fureur hypocrite 
inspira la confiance ; il parvint à se 
faire remettre le commandement, et 
s'en servit pour replacer Babylone 
sous le joug qu'elle avait voulu se- 
couer. Cet acte extraordinaire de dé- 
voùment , qu'on serait tente de ré- 
voquer en doute , s'il n'appartenait 
pas aux mœurs orientales , arracha 
cette exclamation à Darius : a Que 



MEG icg 

» n'ai-je perdu vingt Babylones, et 
» sauvé Zopyre à ce prix de la fu- 
» reur de son zèle. » Les successeurs 
de Darius héritèrent de sa recon- 
naissance, F T. 

MÉGABYSE, fils de Zopyre, 
obtint la main d'Amvtis , fille de 
Xerxès et sœur d'Artaxercès, qui lui 
succéda. Cette union ne fut pas heu- 
reuse , et Mégabyse ne taida pas à 
découvrir dans sa femme une con- 
duite adultère • il s'en consola par 
ses travaux gun-iiers , dont nous de- 
vons le récit à Ctésias. Xerxès ayant 
jeté sur lui les yeux pour piller le 
temple de Delphes , Mégabyse re- 
poussa cette mission , et demanda des 
ordres qui corîvinssent mieux à un 
guerrier. Artaban , après avoir fait 
poignarder Xerxès, l'éservait le mê- 
me sort à Artaxercès • il chercha un 
auxiliaire dans Mégabyse , et lui dé- 
couvrit ses desseins : celui ci tourna 
contre le meurtrier ces révélalioiis 
imprudentes; mais les conjurés, ani- 
més plutôt que découragés par la 
mort de leur chef, prirent les ar- 
mes, et Mégabyse reçut une blessure 
dangereuse en remportant sur eux 
une victoire complète. Un nouvel en- 
nemi de l'Etat se présentait à cora-. 
battre en Egypte; Inare de Libye, 
«ppuyé par les Athéniens , s'était 
icndu maître d'une grande partie dix 
pays, et bravait ïautorhé du grand 
roi. Mégabyse reprit succfssivenieîU 
le terrain , (;t força le rebelle à se 
replier sur Byblos , avec six raille 
Grecs , qui lui restaient. Le siège au- 
rait été long et meurtrier; Mégabyse 
aima mieux accorder une capitula- 
tion l'an 459 avant J.-G. La rcine- 
raère, inconsolable de la perte d'un 
de ses fils , qui avait été tué en mar- 
chant contre Inare , accabla le roi 
d'importunilés pour obtenir la vio- 
lation du traité qu'ayait conclu Mé- 



iio MEG 

gabyse : elle allait même jusqu'à dc- 
maudcr la tête de ce général , qui 
avait pu se résoudre à favoriser des 
traîtx'es. Artaxerxès résista cinq ans 
aux instances de celle femme vindi- 
cative ; mais au moment où Méga- 
byse venait d'être vaincu par Cimon 
dans la Cilicie , l'an 45o av. J.-C. , 
il eut la lâcheté de livrer à s.) mère 
Inare, cinquante Grecs , malheureux 
dont la mortfiit le partage. Leur vain- 
queur, indigné, se retira dans son 
gouvernement de Syrie ; il prit les 
Grecs sous sa protection , et se vit 
bientôt à la tête de cent cinquante 
mille hommes. Osiris, envoyé con- 
tre lui par Artaxerxcs avec unearmée 
supérieure en nombre , fut complè- 
tement défait. Ménostratès , qiu le 
remplaça, ne fut pas plus heureux. 
Des paroles séduisantes fuient alors 
portées à Mégabyse , qui céda au 
désir de reparaître à la cour. L'ini- 
mitié d'Artaxercès épia un prétexte 
pour le perdre: sou beau-frcre l'ayant 
prévenu à la chasse , en tuant un 
sanglier , cette atteinte portée à sa 
dignité lui parut digne de mort, et 
il consentit avec peine à ce que le 
coupablesubît simplement l'exil. Mé- 
gabyse, disgracié , vécut cinq ans à 
Cyrthe , sur la mer Rouge : il par- 
vint enfin à éloigner ses gardiens , 
en leur persuadant qu'il était attaqué 
de la lèpre ; il l'cvint à la cour , fut 
réintégrédans ses honneurs , et mou- 
rut à l'àgc de soixante-seize ans , lais- 
sant deux fils héritiei's de sa valeur. 

F T. 

MÉGANCK ( Françots-Domini- 
QUE ) , théologien appelant , était 
né à Menin, vers i083, et fit ses 
études à Louvain. Il s'y lia avec des 
théologiens unis de principes et d'af- 
feclion au clergé d'Utiecht; et étant 
deA'Cuu prêtre, il passa lui-même en 
Hollande , eu 1713, pour y profcs- 



niEG 

ser ces mêmes principes avec plus clè 
liberté. Il se dévoua tout entier à 
cette cause , et la soutint par ses dé- 
marches et par ses écrits. Il exerça 
le ministère dans plusieuis villes de 
Hollande, sous l'autorité des arche- 
vêques d'Ulrecht ( V. Meindautz ), 
et ligura dans le concile que ce parti 
tint à Utrecht en 1 7^3; on trouve de 
lui, dans les actes du concile, sept 
rapports sur les matières agitées dans 
cette assemblée. Il prenait alors le ti- 
tre de doyen du chapitre d'Utrecht , 
qui n'est point reconnu à Kome , et 
qui n'est composé que de pasteurs 
des villes voisines ; c'est en quelque 
sorte un chapitre in partibus. Mé- 
ganck quitta l'exercice de ses fonc- 
tions en 1771 , et mourut le 12 oc- 
tobre 1775, à Leyde, où il avait élc 
long-temps pasteur. Les ouvrages de 
ce théologien sont, un écrit latin pour 
la défense des propositions condam- 
nées par la bulle U?iige?iitus; la Ré- 
futation d'un traité du schisme , 
eu hollandais, 1724, in-12; Dé- 
fense des contrats de rente rache- 
tablesdes deux côtés, 1 73o , in-4°. j 
Suite de la défense, 1731, in-4°. ; 
Remarques sur la Lettre de Vévéque 
de Montpellier , au do j en Pan Er- 
kel, contre l'usure, 1741 , iu-4°. de 
59 pages; ces trois derniers écrits 
sont en faveur du prêt à intérêt, ma- 
tière qui excitait alors de vives dis- 
cussions parmi les appelants de Hol- 
lande. Méganck se prononça pour le 
prêt , et cite dans ses Remarques dix- 
huit écrits publiés dans le même 
temps et dans le même sens que le 
sien : il fut réfuté par Legros et Pe- 
titpied. Méganck est encore auteur 
d'une Lettre sur la primauté de 
saint Pierre et de ses successeurs , 
1763, in-i2 de 191 pages; lettre 
dirigée contre les erreurs de Pierre 
Leclerc^ autre ç'cnvaiu appelant, et 



MEG 

qui fut réimprimée en 177 î, avec 
des aiigmcntalions. Me'ganck y prou- 
ve que la primauté du pajie n'est pas 
une simple prerop,ative d'honneur , 
mais une primauté d'autorité et de 
juridiction, et qu'elle est d'institu- 
tion divine ; mais en admett^tnt ce 
principe, il en rejetait les conséquen- 
ces dans la pratique , et refusait de se 
soumettre de fait à cette juridicliou 
qu'il reconnaissait en tliéorie. P-c-r. 
MEGASTllE^ES, historien et 
cjéographe gi'ec, fut envoyé comme 
ambassadeur de la part de Sclcucus 
Kicator à Sandrocotlus , roi de l'Inde, 
pour afiérmir l'alliance que ces deux 
monarques venaient de conclure. Il 
alla jusqu'à la grande cite de PaiiLo- 
thra, où il (it im séjour de phisicurs 
années. A son retour il publia un 
ouvrage sur l'Inde et la Perse, où il 
paraît avoir décrit les pays qu'il 
avait traversés , les institulions et les 
mœurs de leurs habitants, soit d'a- 
près ses propres observations , soit 
d'après des sources persanes et indien- 
nes. Les fragments cités par Stra])on , 
Josèphe, Arrien, Elien, Atlienée et 
autres, prouvent combien cet ou- 
vrage ofliaitde notions intéressantes, 
variées et authentiques, et combien 
les critiques dédaigneuses que Slra- 
bon en a faites, étaient injustes et 
mal raisonnées. Les distances que 
Mégasthènes déclare avoir priscf eu 
notant les stalhmes ( Strab. xv , p. 
689) , et non pas dans quehjues an- 
ciens travaux astronomiques, se trou- 
veront justes si l'on veut admettre 
que par stades , Mégasthènes entend 
une des nombreuses mesures indien- 
nes. Il avait observé que dans l'Inde, 
l'ombre en certaines saisons tombait 
au nord; il avait appris que dans les 
parties méridionales onvuvait l'Our- 
se disparaître à l'horizon ( Strab. , 
tom.ii^ p. 7G }. Il n'a pas bL-aucûun 



MEG 1 1 1 

exagéré , en parlant des bambous 
ayant trois coudées de périphérie : 
il y a des atiteurs modernes qui vont 
presqu'aussi loin {/f'ahl^ u, 76)). 
Le tigre royal de Bengale est bien 
deux fois plus long qu'un lion. Le 
Gange , à son embouchure et dasis 
ses crues, peut bien avoir cent stades 
égyptiens ( deux lieues et demie ) 
de large. Le singe blanc à visage 
noir, paraît une variété du Siiniit 
Faimiis , qui est blanc au ventre et 
à la poitrine. La division des Indiens 
en sept castes, au lieu de quatre , 
prouve la bonne-foi de IMégasthènes, 
et son amour de l'exactitude ; il ;i 
voulu marquer (pielques - unes iU-^ 
subdivisions des castes qui ont éga- 
lement frap])é et embarr.issé les 
modernes: on peut juger, en lisan!: 
V Enwnéiaiiun de M. Colebrooktî 
{Adat. Research, v), combien il 
est facile de rauiliplier les divisions 
et de s'y égarer. Les mœurs et usa- 
ges des Bramines, les exercices su- 
perstitieux des gymuosophistes ou 
F anaprusia s ^Xkuv attitude immo- 
bile, !c caractère bruyant des fêtes re- 
ligieuses indiennes , sont autant do 
traits curieux et vrais dont Suaboii 
est redevable à Mégasthènes. Cet ob- 
servateur attentif a très -bien dis- 
tingué les Bramincs ou Bruchmanl 
des Bhouddisles ou Schamaniens, 
qu'il appelle Sarmanes ; comme les 
Bhouddistes qualilient eux -menus 
leur dieu suprèiiie, de Sarnana , 
pacifique, ou de Schramnna , dili^ 
gent : on ne peut guère douter que 
le système du Bhouddisme n'exis- 
tât des-loxs, sous une forme récu- 
liere, et en guerre ouverte avec m 
Braminisme. Le penchant des ado- 
rateurs de Bhoudda pour la vie d'a- 
nachorète , pour les sorcelleries , les 
encbanteurs, les talismans, n'avait 
pas tcliappé à Mégasîbènes. 11 nous 



lia MEG 

semble même qu'en Vlislinguant entre 
le culte de Bacchus, suivi dans les 
provinces montagneuses, et celui 
d'Hercule, dominant dans les plaines, 
ce voyau;eur a fait allusion à la divi- 
sion des Bramines en sectateurs de 
Visclinou et de Scliiva. On pourrait 
s' étonner de ce qu'il semble rcpre'- 
sentcr tous les Indiens comme ne sa- 
cliant ni lire ni écrire, ce qui est 
contraire aux (ci:îoip;nagcs d'autres 
anciens sur l'existence de l'art de l'e- 
Ciiture dans l'Inde; mais, enlisant 
le passag€ avec attention, il nous a 
semble qu'il ne veut parler que des 
soldats, des marchands, des labou- 
reurs , en un mot , des classes qui se 
rencontrent dans un camp ou dans 
une marche militaire. Un autre frag- 
ment !rès-remar(|uable prouve com- 
bien Megastlièncs faisait altenlion 
à la civilisation inlellcctuelle des 
nations, et quelle était son impar- 
tialité', même en se trompant ; c'est 
le passaf^e du troisième livre sur 
l'Inde, r.ipporte par saint Clément 
d'Alexandrie {Slromat., i, 3o.5 ) : 
« Tout ce que les Grecs disent sur la 
» nature des êtres , est également 
» connu des Philosophes e'trangers, 
» telsque les Braciimanes dans l'Inde 
» et les Juifs dans la Syrie. » Il est 
vrai (juc, comme habitant de l'em- 
pire de Sclcucus, il avait e'te' à portée 
d'observer le génie clevc des Hébreux 
auquel lui etïliêopompe, seuls parn)i 
les Grers, ont rendu quelqr.e justice. 
Les fables qu'il rapporte sur les 
hommes à un seul œil, sur les Pvg- 
mces, etc., etc., sont des peintures 
exage're'es que les Indiens lui auront 
faites sur quelques peuplades très- 
difTornjes et de très -petite stature, 
retrouvées par des voyageurs moder- 
nes dans les montagnes du Tibet. 
Ainsi iMe'gasthènes était im homme 
Ires-digne de foi, pour un aucieu; 



MEG 

et son ouvrage nous serait sans doute 
d'une grande utilité' pour comparer 
l'état de l'Inde au troisième siècle 
avant J.-C. , avec l'ctat moderne. 
Mais combien d'autres perles de ce 
genre n'avons-nous pas faites! One'- 
sicrite, Da'imachus, Aristobule, et 
d'autres compagnons d'Alexandre , 
avaient tous recueilli des observa- 
tions sur rindc ; et tous, quoique 
traite's de menteurs par l'ingrate an- 
ti(juitê, n'avaiciit proljablement pas 
mérite ce nom plus que Me'gasthènes. 
Le fameux Annius de Vilerbe a pu- 
blic de prétendus Annales Persici 
et Indici Metasthenis {sic) , qui 
ne sont pas authentiques , mais qui 
peuvent , d'après les conjectures du 
savant M. Furtia d'Urban , contenir 
quelques fragments défigurés du véri- 
table ouvrage. M. B — n. 

MEGE (D, Antoine-Joseph) ( i ), 
bénédictin de la congrégation de 
Saint-Maur, né, en i(î'.i5 , à Cler- 
niont en Auvergne, prit l'habit reli- 
gieux à l'àgede dix-huitans, et, après 
avoir terminé ses études , fut chargé 
de l'enseignementdcs novices : il s'ap- 
pliqua ensuite à la prédication; et, sur 
la fin de sa vie , s'élant relire à l'ab- 
baye de Saint-Gcrmain-dcs-Prés , il y 
partagea son tem])s entre l'étude et 
la prière, et mourut le 1 5 avril 1 69 1 , 
dans de grands sentiments de piélé. 
D. Mége a traduit en français : le 
Traité de saint Ambroise sur les 
avantages de la virginité , Pai'is , 
iG55 , in- 19.; et le Psautier rojal ^ 
ou les Psaumes attribués à dora An- 
toine , roi de Portugal, Toulouse, 
1671 , in- 16. On cite encore de lui : 
I. La Morale chrélievne , fondée 
sur l'Écriture et expliquée parles SS. 

(t1 II n'esl |iciit-clre )>ns inutile de rcmaïqnpr que 
ce religieux a trois articles clans les tables de la lii- 
hlioth. lùiloiiq. tic la France , où l'ou distingue D. 
Mége, D. Aut Josefh et D. Jos. Migc. 



Pcrcs, Paris, iG(ii; 'i". éd., 1664, 
in-i-i. C'est une (radiictiou du livic 
de Jonas , evcqiie d'Orléans : De Ins- 
titiitione Icdcali. il. Explication ou 
Paraphrase despsauines de David, 
tirée des SS. Pères et des iiilei prêtes , 
ib., 1675, in-4°. etin8«. III. Com- 
mentaire sur la règle de saint Be- 
noit , etc. , ib. , 1 687 , in-4''- 11 y e'ta- 
blitdes maximes opposées à celles de 
l'abbede la ïrape , et par conséquent 
plus aj)proprices à la faiblesse liu- 
naaine. J^es rigoristes l'accusèrent de 
relâchement, et ils parvinrent a faire 
condamnerson livre dans une assem- 
Ijle'e des supe'rieui's delà congrégation. 
IV. Lavie de saint Benoit , par saint 
G règoire-le- G rand, avec une ex])lica- 
tion des endroits les plus importants, 
etc., ibid. 1690, 1787 , in-4'\ Il y a 
beaucoup de recherches et d'érudi- 
tion dans les notes. L'auteur n'épar- 
gne rien pour y prouver que saint 
Grégoire a ète' bcucdictin. V. Quel- 
ques ouvrages ascétiques peu impor- 
tants , et dont on trouvera les titres 
dans l'Histoire littéraiie de la con- 
grégation de saint Maiir , par D. 
Tassin, pag. i3i-i4o. D. Mége a 
laissé en maïuiscrit : Annales con- 
gre gationis S. Mauri ab anno i G i o 
cid ann. i653, 7 vol. in-fol. Cet ou- 
vrage était conservé à l'alîbaye de 
Saint-Germain-des-Prés, W — s. 

MEGERDITGH, célèbre docteur 
arménien, que ses talents en peinture 
ont fait surnommer Naghasch ou le 
Peintre^ naipiit vers la fin du qua- 
torzième siècle , dans le bourg de 
Borh, situé près de Paghasch , ou 
Bilîis. Célèbre parmi ses compatrio- 
tes par ses poésies et son éloquence, 
il ne jouissait pas d'une moindre es- 
time parmi les Musuhnaas. J^ié d'une 
étroite amitié avec le vartabied Gous- 
îantin Vahgetsi , qui fut patriarche 
d'Arménie, sous le nom de Gons- 
xxviii. 



MEG II?, 

tantin V , il vint le trouver en l'au 
i43o, lors de son inauguration , et 
il en obtint le siège épiscopal d'A- 
inid. De retour dans son diocèse , 
Mcgerditcli mil beaucoup d'ardeur à 
l'élever et a décorer magnifiquement 
les églises qui londjaient en ruines. 
Bien plus, proUtaut du crédit dont 
il jouissait auprès de son souve- 
rain Ilamzah , chef de la race des 
Turcs Ak-Koiouulon , qui gouver- 
nait alors la Mésopotamie et une 
partie de l'Arménie , il parvint à 
alléger considérable meut les charges 
qui pesaient depuis long-temps sur 
les Chrétiens de ces deux pays. En 
1439, Hamzah lui permit de répa- 
rer et d'agrandir la cathédrale d'A- 
mid ; il eu fit une des plus belles 
églises de l'Arménie. Les Musul- 
mans , furieux du crédit qu'il avait 
sur l'esprit de leur prince, s'elforcè- 
reut de le perdre. Toutes leurs tenta- 
tives furent vaines pendant quatre 
ans; enfin , en 144^- ^1-^ s'adressè- 
rent au sulthan Schahrokh , fils de 
Tamerlan ( V .Quau fiouiiu-MinzA, 
VII , 67 I ) , au monarque des Otho- 
mans, et au sulthan ci'Egvnlc. Ham- 
zah ne put défendre plus long-temps 
son protégé, qui , ])Our conjurer 
l'orage , fut obligé de s'enfuir d'A- 
raid , et de se retirer à Constauti- 
nople. De cette ville, Megerditch 
passa en Crimée, où il fut fort bien 
accueilli par le vartabied Sarkis , vi- 
caire du patriarche dans ce pays. 
Il y résida pendant plusieurs années; 
et pour reconnaître l'hospitalité qu'il 
eu avait reçue, il orna de ses pein- 
tures les églises arméniennes de Kaf- 
fa. En i447 ■■ ^' revint à Amid, où- 
réguait alors Djehangir^ fils de îlara- 
zalî : non moins bien disposé pour 
les Chrétiens , et pour Megerditch 
en particulier, il lui permit de ré- 
tablir lu cathédrale, qui avait él« 



ii4 MEG 

reavcrsce peudant son altsenco. De- 
puis il gouverna paisiblement son 
diocèse , et il mourut en 1470- 
Tous les ouvrages composes par 
Megerditcli sont en vers , et pour la 
plupart relalifs à des sujets reli- 
gieux ; ou en trouve plusieurs dans 
le D*'. i3o des Manuscrits arméniens 
de la Bil)liothè(iue du Roi. 

S. M— ^. 
MÉGERLIN .David-Frédéric), 
théologien et philologue allemand, 
était ne dans îc Wurtemberg, au 
commencement du dix-liuilicme siè- 
cle. Appelé à IMontbelliard pour 
remplir les fonctions de recteur du 
gymnase et de second pasteur de 
l'cglise allemande, il fut oblige de 
quitter cette ville, en 1 784 , lors de 
sou occupation par les troupes fran- 
çaises. Il retourna dans le Wurtem- 
berg, et y obtint une cure de campa- 
gne; mais il en fut prive quel![uc 
temps après, à cause de son incou- 
duite. S'e'lant retire àLaubach, et 
ensuite à Francfort , il y trouva 
quelques ressources dans la publica- 
tion de ses ouvrages, et dans l'ensei- 
gnement de la langue française; il 
mourut à Francfort, en 177^, à 
l'àgc d'environ soixante et treize ans. 
On cite de lui : I. Tract aliis de scrip- 
tis et collegiis orient alibwi , etc., 
Tubingen, i7'i9, ia-4°. II. Catalo- 
gu^ edendorum xx scriptorinn phi- 
lologico-critico-theoloii;icorum, ihïd., 
1 ^'29, iu-4°. III. Hexas orienlaliiun 
cullegiorum philologicornm , ibid. , 
1729, in-4°. IV. De Bibliis lalinis 
Moguntuf primo impressis ann. 
ï45o et i4^3'2, ibid., 1700, in-^". 
Y. Fermiichte Juhel, etc. .'Pensées 
diverses sur l'année du jubilé des 
Chrétiens et des Juifs), Francfort, 
17.51 , in- 4°. VI, Preuve irréfraga- 
ble de la vérité de la religion chré- 
tienne 'j avec uu supplément conte- 



]\IEG 

nant le Guide de la conversion des 
Juifs (en allem. ), ibid., 1767, in- 
4'^., et beaucoup d'autres ouvrages 
du même genre pour convertir les 
Juifs au cbristianisme. VII. Grun- 
driss der Offenbahrung^ etc. ( Pla 
de la révélation), ibid., 1769, in- 
S**. II prétend prouver dans cet ou- 
vrage , que Mahomet est l'antechrist 
ou le dragon annoncé par l'Apoca- 
lypse. VIII. Theologiicher glucku- 
reana^ etc. (Gratulation théologique 
aux potentats invités à réunir leurs 
forces pour chasser les Turcs de l'Eu- 
rope ), Wetzlar, 1770. IX. Die tw- 
kischs ^ibel, etc. ( La Bible turque); 
première traduction allemande du 
Coran, faite sur l'arabe, Francfort, 
1772, iu-8^. Mcgcrlin avait public, 
dès i7-5o, un Programme en latin, 
sur la nécessité d'une nouvelle tra- 
duction allemande du Coran; mais 
il n'a pas réussi à en donner une 
meilleure que celles qui existaient 
déjà. Il était très-médiocremeiit ins- 
truit dans les langues orientales; et 
d'ailleurs il paraît avoir manqué des 
secours dont il avait besoin pour ce 
travail. On préfère à la traduction 
de Mcgerlin , celle de Théodore 
Arnd , faite sur la version anglaise 
de G. Sale, Lemgo, 174^. W — s. 

MEGGENHUFFEN (FERDI^A^u, 
baron de), l'un des chefs de l'illu- 
minisme en B.ivicre, était né, eu 
l'-Gi, à Burghauscn. Après avoir 
terminé ses premières études , il entra 
au service , et fut nommé auditeur 
ou juge militaire d'un ro^giment d'iu- 
fantcrie. II fut initié, en 1776, dans 
les secrets de Tillurainisme par le 
fameux Weishaupt , qui abusa f,ici- 
lement de l'enthousiasme, si naturel 
à son âge , pour l'amener à ses vues. 
La cour de Bavière , instruite dos 
plans et du but de cette association , 
dcfciidil, ca 17H.J, toute corres- 



MEG 

poniimce , toute communication 
CJitie les adeptes et leurs chefs , et 
en punit (jucl'^jues-uns par l'exil ou 
par la piivation de leurs emplois. 
Meggenholieu, trouve l'un des moins 
coupables , fut condamné à uuç re- 
traite d'un mois dans un couvent. 
Rendu à son corps , il demanda son 
congé, et alla rejoindre Weishaupt, 
qui l'envoya d'abord à Ma'icnce, puis 
à Vienne , où , par le crédit du ba- 
ron de Boni , il fut nomme commis- 
saire des écoles à Ried , dans l'inu- 
viertel ( le quartier de l'Inn ; il se 
noya malheureusement dans l'Inn , 
près de Haguenau, le 26 octobre 
ï 790 , dans une partie de plaisir. 
Son corps ne fut retrouvé que trois 
mois après. Il' avait publié , en alle- 
mand : Ilisloire et Apologie du ba- 
ron de Meg::enhoJfen , pour serAr 
d'éclaircissement à l'histoire des 
Illaminés ; supfdément au sixième 
volume du Monstre ff'is , ^'J^^, 
in-8<*. de io3 pages. On trouve 
mic notice sur ce malheureux jeune 
liomme, àansh Nécrologe de Schli- 
chtegrull , pour l'année 1790, t. 11, 
p. 'i.']()-3:i^i. VV — s. 

MEGIS ER (Jérôme), laborieux 
philologue allemand, était né vers 
i555, à Stiittgird, dausle Wurtem- 
berg. Sou père, l'un des pasteurs de 
l'église de cette ville, lui enseigna les 
éléments des langues ancieniics , et 
l'envoya , en 1^7 i , à l'uniAcrsité de 
Tubinguc, où il suivit les leçons de 
Crusius , l'un des plus célèbres hellé- 
nistes de son temps. Ses progrès fu- 
rent très rapides ; ou le vit , plus d'une 
fois , traduire enVers héroïques grecs , 
«ne prédication qu'd venait d'enten- 
dre. 11 reçut, en i5"7, le degré de 
maître ès-arts; il s'appliqua alors à l'é- 
tude de l'histoire et de la géographie , 
et apprit en même temps les langues 
orientales, qui avaient élc assez ué- 



MEG 



II j 



gligéos jusqu'à cette époque en Alle- 
magne. Megiser visita ensuite une 
partie de l'Europe, tantôt seul, tantôt 
dans la société de quelques gentils- 
hommes qui se chargeaient de le dé- 
frayer en route. On a}q)rend par la 
dédicace de la Description de Venise 
(en allemand), que Megiser avait fait 
un voyage en 1 588 , avec le baron de 
Weyer, et qu'il avait le projet d'en 
publier la relation , mais que les cir- 
constances ne lui avaient pas encore 
permis de l'exécuter. Fatigué de 
couises qui ne lui laissaient pas le 
temps de songer à sa fortune, il réso- 
lut de se fixer dans les états de la 
maison d'Autriche; et il habitait, eu 
i.K)! , Gràts dans la Siyrie. 11 fut 
ensuite, pendant sept ans, recteur 
d'im collège de Clagenfurt. Les jé- 
suites , informés qu'il cherchait à 
dogmatiser, parvinrent à l'éloigner; 
et il transporta son domicile à Frauc- 
fort-sur-le-Mein , où il se maria. L'é- 
lecteur de Saxe, Chiistian II , l'ap- 
pela , en 1 Go3 , pour être professeur 
extraordinaire à Leipzig, et le nom- 
ma son historiographe : mais son 
extrême vivacité ne lui permettait de 
se fixer nulle part: en juin 160"), il 
enti'cprit de former à Gei'a un établis 
sèment d'instruction publique, sur 
un nouveau plan , pour lequel il ré- 
digea des statuts fort estimés. L'élec- 
teur le rappela en 1609, à Leipzig: 
trois ans après, il se retira à Lintz, 
dans la haute Autriche, avec les ti- 
tres de comte palatin , et d'historio- 
graphe de l'archiduc Charles. Il y 
mourut en 1G16. Megiser conserva 
toujours son indépendance, et vécut 
du produit de ses écrits, qu'il faisait 
imprimer à ses frais. Ou a de lui un 
très-grand noinbre d'ouvrages, tant 
eu latin qu'en allemand. Rotermuud 
en compte vingt-cinq, outre ceux dont 
il ne fut qu'éditeur. Ou se couteulera 
8., 



ii6 



IMEG 



d'indiquer ici les pliis importants : 
1. Ciuéchismc^ eu vers Lexamctres 
grecs, avec inie version latine, i5b4, 
iu-4''. 11. Diciionariam 'lualuor lin- 
e^uanan , (allemand., latin, iliyrien 
et italien), Gratz, i^qO, in-8". III. 
SpeciincnxL diversavnm alquc iiiter 
ie diijereniium linguai uni et dialec- 
torum; vidf^Licet oratio dominica 
tolidein Liii: uis expressa, Francfort, 
1592, in-8". lôg'i, iu-4°. (i) C'est 
le recueil le plus complet qui eût paru 
jusqu'alors des traductions tie l'Ùrai- 
son dominicale en plusieurs langues : 
Gesner , en 1 355 , n'en avait donné 
que •Àj. dans son Mithridales; cl An- 
gelo Kocca , qui les reproduisit en 
1591 , n'y en avait ajoute que trois 
( ^. GiSiVER, XVII , 240, et CuAM- 
BERLAYNE, \iii , 2 ). IV. T/iesaiirus 
polj i^loltus vel diclionariwn mul- 
tilingue ex f/uadringentis circiler 
linguis , dialectis , idiomatibus et 
idiotismis constaiis, ibid., iGo3 (2}, 
iu-8°. de iGi 5 pages , à 3 eoloinies ; 
oiivrac;e très-rare , mais moins que le 
précèdent, qui a élcincoiuni à tcuis les 
bibliographes français. Quoique im- 
primé depuis plus de deux siècles , le 
Thésaurus de iMegiser est encore le 
recueil le plus ample que nous ayons 
des versions de chaque mot, en un 
çrand nombre d'idiomes difTérents: le 
mût Punis y est traduit eu G7 langues 
L'ouvrage entier contient plus de 
huit millearticles, dont chacun oiT're 
la version du même mot en 1 4 ou 1 5 
langues. Les recueils donneypar Her- 
vas et par P.illas sont plus précieux, 



(1) MrgisiT ilniiiia, CD i(iii!{ , en xlletnan.! ( Pinfi 
einer 'ciihUincIschiin^ ,i'lr.^ . imr nDiivclle rdi- 
tiiin de le recueil , coi-t»Miaiit inissi Va version pr-K- 
glolle de Wi'e , <lu Cniiu el du D c:d<j};ue , l'raiir- 
j'utt. i) S». Adeluiig n'avnil vu niu?u:ie de ces editi^us. 
Hervas eu tife encore une de Kraiict'nrl. 

(») CV»t «ar e-r' »r que d^ni^le (".alalogne raloonct 
( 11", mti^i j, ou «n clt>' uue ediliou d" \>>3l : r'x^iu- 
jilairrdc FaU-oni-t , <'Ou>erv<> aujouivrinii à la Bibliu- 
ÏLèque du Rui, est bieu réclleiucut de ilioi. 



MEG 

sans doute , pour les langues d'Asie et 
d'Amérique ; mais Us donnent si peu 
de mots , qu'ils ne peuvent nullement 
remplacer celui de ÎMegiser, qui est 
fort exact pour un grand nombre de 
palois ou dialectes provinciaux. Ce 
prodigieux travail , que l'auteur avait 
commencé des sa jeunesse , serait 
plus insiructif s'il était rangé par 
langues comme ceux de Hervas et de 
Laët; et il serait peut-être plus utdesi 
l'auteuravait suivi l'ordre alphabéti- 
que des mots eux-mêmes , au lieu de 
se borner à l'ordre alphabétique des 
mots latins, qui forment le litre de 
chaque article : les mots grers , ara- 
bes, et ceux des autres langues exo- 
tiques, y sont en lettres latines. V. 
Institutionum linguœ tuvcicœ librl 
IF, Leipzig , lOr.i , in - 8". Dans 
la dédicace à l'empereur Mathias , 
alors roi de Hongrie , l'auteur ob- 
serve qu'il est le juAfcer qui ail entre- 
pris de réduire cette langue bai bare à 
des règles grammaticales , et d'eu 
dresser un vocabulaire. \'I. Antlinlo- 
gia seu florilegium gvœco-latinuin , 
Francfort , i()0'^ , in-8''. Cet ouvrage 
reparut sans autre changement (jne 
celui du frontispice, sous ce titre : 
Omnium lioraruin opsonia , curante 
J. J. Forsio, iiiid., i()i4. L'abbé 
Mercier de Saint- Léger a indique 
celte supercherie dans une lettre à 
Chardon-la-Rochetlc,inséiée au Ma- 
gas. encjcloptd. iv année, tora. 
ï*^'" , ji. 77 et suiv. VIL Icônes et 
vitcp paparuni à S. Petro ad Cle- 
mentem rjll, Francfort, iGo-.i, 
in-8".; trad. en alleui. par George 
lieal, ibid,, i()o4, in-8". Vllî. Le 
Catéchisme de Luthc , en huit 
langues. Géra, 1G07. l'arnii les ou- 
vrages que Megiser a ])ubliés en alle- 
mand , on dislingue : Les yinnales 
de Carinthie , Francfort, i()o8, 
Leipzig, iGi2,uvol. in -fol. Une 



'MEG 

description de Malte, sous le titre de 
F ropu'^naculii'.ii Euvopœ , trad. de 
l'itaiiou, Lcipzip; . in-8'\, i (3oG. i () i o; 
( relraJuiie eu français , par J. Jac- 
qiicliu, Poreutruy, iGi i , in-i'i). — 
Diaviiiia , Ausiruicum seu kalcn- 
dariiim doiniis Austtiœ , etc. , Augs- 
boiir^-, i6i4, i'i-B". — DeLcix or- 
diniim eqaestriwn , etc. , Lcipz ;:; , 
i()!7, in-8''. iVTof^iscr a donné une 
édition do la likélorique de Nicodè- 
mc Friscldiii , dont i! avait cte relève 
( Leipzig, 160 j , in-8". )i et il a pu- 
blic quelques extraits à l'usage àp.s 
écoles II a traduit en allemand : 
Le f^oyage en ylj ricane de Louis de 
Bartliema i^Vartoniannus), Ijeip/.'g, 
t()o8, iGio,in-8^. ; ceux de Marco 
Polo, ib., 161 i,in-8'. — \i Histoire 
abrégée du voyage de P. Quirini, 
ou le Nord ancien et nouveau, ib., 
i()i3, in-8'*. — La Description 
de Vide de Madagascar, \(\of\, 
iu-4«.; 1O09, iG.i'i, in-8^. lig. On y 
trouve un vocabulaire niadeVasse , 
assez étendu. ( Vafer, Milhridat.) Le 
Nouveau Monde du Nord- Ouest, 
avec la relation de la découverte 
laite en iGi •>- , d'un nouveau passage 
à la Cliincparlenord, etc., Loipzig, 
i()i3; d)id., i638, in-i2. W — s. 
MEHOY T.Maudy. 
MÉHÉGAN(Guillauivie-Alkxan- 
DRE de), issu d'une fomille irlan- 
daise A'cnue en France à la suite du 
roi Jacques II , naquit à La S.die , 
diocèse d'Alais , en 17'ii. Adonne 
t«)nt entier à la culture des lettres , il 
lut appelé de bonne heure en Dane- 
uiark ])our y professer la littérature 
française, dans la chaire fondée à 
Copenhague parle roi Frédéric V : il 
y publia un prospectus pour un cours 
d'études , i-yji , et le discours qu'il 
avait prononcé à l'ouverture de ses 
kçons , in-4''. Il ne tarda pas de re- 
Tc.iir en France , où il fut \m des 



WEH 1 1 7 

collaborateurs du .Tournai enryclo- 
pédique. 11 est scrii de sa pliiUic uu 
grand nombre d'au'res ouvrages : 
1. Zoroiisire, 1751^ in-iu. II. Oii- 
gine des Guèbjes, ou la Reli-iinjt 
na Lu- elle mise en action, 17'ji , 
iu-iti. m. Pièces fugilii'es, 1755, 
in-13. IV. Lettres sur l'Jnnée lit- 
téraire ( et en particulier sur la 
feuille du 11 mai 1755;, I7')5, 
in- l'y».. V. Considérations sur les 
révolutions des Jrts , 1 7^5 , i^-i '2. 
\'I. Histoire de la niurquise tle Ter- 
ville , 175G, in-iu. VIL Origine, 
progrès et décadence de V Idolâtrie, 
1756, '\\\-\'),. VIII. Lettres d' As- 
pasie , 175G, in-\-2. IS.. Combien 
un empire se rend respectable par 
l'adoption des arts étrangers. Dis- 
cours prononcé ( par La Beanmellc) 
devant la cour de Danemark, pour 
l'ouverture des leçons publiques de 
langue et belles -lettres française»?, 
Paris , 1 757 , in-i '.i ( F. le Journ-it 
des Savun.i de juin 1757, p. 4^8 ). 
X. Tableau de l' Histoire moderne, 
depuis la chute de l'empire d' Occi- 
dent jusqu'à lapai. r de ÏFestphalie, 
i7()G, 1777 , 3 vol. in - la. XI. 
\j Histoire considérée ^ns•à-vis de la 
Religion , de V Etat et des Beaux- 
Arts, 1767", 3 vo!.in-ic>.. Ces deux 
dernières productions n'ont paru 
qîi'après la mort de l'auteur. Le Ta- 
bleau de VhL^tolre moderne est son 
principal ti're littéraire. Les événe- 
ments dont i! se compose, y sont en- 
visagés sous un point de vuephiloso- 
phi([nc dans leur iidbience morale, 
et décrits dans un style dont l'élé- 
gante précision ne laisserait rien à 
désirer . si >ni luxe d'expressions fleu- 
ries et d'uoagcs recherchées ne lui 
donnai' un éclat fatigant Ce défaut est 
encore plus sensible dans les autres 
ouvratros de f-Iéhétian: et sa conver- 
satiou mcme n'eu était pas exempte: 



fi8 



îvnpji 



elle ressemblait trop à scslivros.Daiis 
SCS vers, au contraire, plus d'iraagi- 
liatiou , plus de coloris : il ne savait 
être poète qu'en piose , et lorsqu'il 
n'aurait pas fallu l'èlre. Les criticpies 
jic lui fuient prf:- épargnées ; mais on 
s'en prit moins aux vices de sa ma- 
nière qu'à ses opinions. Celles qu'il 
manifesta dans ses Reelien lies sur 
l'origine des Guèhres, elsur l'origine, 
l<s progrès et la décadence de l'idolâ- 
trie , fureiil attaquées par divers jour- 
nalistes, devin jent le sujet d'une vive 
querelle entre liii et Fréron , et le fi- 
rent mettre à la Bastille, Au surplus , 
les opinions de riléliégan sont deve- 
nues iudi(rére;itesaiijourd'lii'.i;il n'est 
plus considéré que comme simple lit- 
liiraîciir, et comme un liftémteur qui 
n'a pas rem|)Ii toulr' rétf^nduede son 
talent. M. Micliel iJerr l'a apprécié 
dans une Notice insérée dans les Mé- 
moires de l'académie de Nanci. II 
mourut à Paris le 23 janvier l'jGG. 
— Son frère aîné ( Jacques-Antoine- 
Tliadéc D£ Mjîuégan ), capitaine an 
régiment de la couronne, s'était fait 
nue haute réputation de bravoure, 
pendant la guerre de Sept- Ans. Après 
îa bataille de Mindcn, enfermé dans 
cette place, il refusa de signer la capi- 
lulalion acceptée par les autres mem- 
bres du conseil de guerre dont il fai- 
sait partie, et olliil de sortir à la tète 
de la garnison et de se faire jour à 
travers les troupes ennemies, qui te- 
naient la ville assiégée.La proposition 
fut rejetée , parce que le général qui 
commandait ne voulut pas abandon- 
ner les équipages. Toutefois la con- 
duite de Mcliégan ne resta pas sans ré- 
compense ; le roi , qui en fut informé, 
le plaça à la tète d'uu régiment de gre- 
nadiers royaux, et il est mort maré- 
ciial-de-carap, eu 1793. V. S. L. 

MEHEMKD kl NASSER (Acou 
AiiUALLAu ) , roi d'Afrique et d'Es- 



MEFÎ 

pagne , et cinquième prince de la 
puissante dynastie des Al-Mohades , 
succéda, l'an de l'hégire 595 (de 
J.-C. 1199), à son père Yacoub al 
Mansour ( /^. Mansour, XXVI, 
5-i5 ). Il s'embarqua pour l'Afrique, 
y vainquit Aly, roi des îles Baléares, 
en 601 , et mit fin aux troubles exci- 
tés par ce prince , qui s'était elTorcé 
de relever le parti des Al-Moravides. 
Il assoupit ensuite la révolte du gou- 
verneur de Mahdiah, et donna le gou- 
vernementde Tunis, en 6o3 . à Abdel 
VVahed , fondateur de la dynastie des 
Hafsides, lesquels, plus tard, s'y ren- 
dirent indépendants. 11 repassa le dé- 
troit, en 607, et alla rcprendreja place 
de Silves en Portugal. Après d ouze ans 
de trêve, le roi de Casiille av.iit re- 
commencéles hostilités. Déterminé à 
tenter les plus grands el\brts contre 
les Musulmans , il av.iit fait alliance 
avec les rois de Navarre et d'Aragon, 
et envoyé solliciter des secours dans 
tous les états de l'Europe. Pour résis- 
ter à tant de forces réunies, Mehemed 
fit proclamer , en Afrique , la guerre 
sainte, et parut bientôt en Andalou- 
sie , à la tète d'une armée formida- 
ble. Il se rendit à .laen, où se réuni- 
rent à lui un giand nombre de Mau- 
res 'espagnols , 's'avaiiça vers la Cas- 
tille , et s'cm]i;na du principal défile 
de la Sierra-Morena. Ce prince , au 
lapporl des auteurs arabes , était 
loin d'avoir cet extérieur imposant, 
cet air martial, qui charment les 
soldats : il était roux et sans barbe, 
maigre , triste , ayant toujours les 
yeux baissés j et par-dessus tout cela 
il bégayait. Avec un pareil physique, 
Mehemed devait inspirer peu de 
confiance à ses troupes : il leur devint 
odieux par un acte impolitique de 
sévérité. Ayant appris indirectement 
que Calatrava venait de tomber au 
pouvoir des Castillans , il fit tran- 



MEH 

clicr la lète à plusieurs de ses ve'zyrs , 

{)our uli avoir cache les lettres qui 
ui annonçaient la prise de cette 
place. Cependant l'armée cli retienne 
arri\ëe au pied des montagnes , ne 
peut espérer, ni de les franchir, ni 
d'en dc-ljusquer les Musulmans : un 
pâtre la guide, par un sentier dt'- 
tourne' , jusqu'au sommet ; elle y 
campe dans nue vaste plaine, non 
loin de Tolosa, et s'y repose deux 
jours , malgré les efforts des Maures 
pour l'atliicr au combat. Enfin, le 
i6 juillet 1 212 , se donna la fameuse 
bataille qui assura pour jamais, eu 
Espagne, la supériorité aux princes 
chrétiens sur les Maures, et affran- 
chit ceux-ci de la domination des 
monarques d' Afrique. IMeheracd , pla- 
cé sur une émineucc, d'où il domi- 
nait toute son armée, s'était envi- 
ronné d'une palissade liée par des 
chaînes de fer , et paraissait au mi- 
lieu d'une garde d'élite, tenant son 
sabre d'une main , et le Cqrau dans l'au- 
tre : mais le brave roi de Navarre ( F. 
Sanche VII)péuétra jusqu'à celte en- 
ceinte, et brisa les chaînes ; Mchemed 
eut à peine le temps de fuir avec ses 
trouj)f s en pleine déroute. Quelques 
auteurs espagnols ont crié au miracle 
sur cette A'ictoire ; ils. ont avancéque 
les Musulmans avaient perdu plus de 
deux cent mille hommes , et les (Jhré 
tiens seulement viugt-cinq hommes. 
Garibay porte, avec plus de vraisem- 
blance , la perte des premiers à cent, 
soixante mUle hommes , et celle des 
seconds à vingt-cinq mille. Les histo- 
riens arabes ne fournissent aucun 
détail sur la bataille de Tolosa, dont 
ils ne donnent pas même la date pré- 
cise ; mais ils n'en contestent jioint 
la réalité , et ils l'ont nommée Uak- 
kdt al Icabi ( bataille de la colcie 
divine ). Ils attribueiit leur défaite à 
la troJàson • et Ton voit en efiet que 



MEH 



»'9 



lesvainqucni's ne s'acharnèrent pas 
à la poursuite des fuyards, ne proiî- 
tèrenl point de leurs avantages , et 
laissèrent assez tranquilles les priuces 
maures d'Espagne. La prise de To- 
losa , et de trois ou quatre bicoques, 
fut l'unique fruit de leur victoire : ils 
échouèrent devant Ubeda , que Mc- 
hemed défendit en personne. Ce 
prince, arrivé à Seville, fit périr tous 
ceux qu'il soupçonnait de l'avoir 
trahi. Au mépris qu'on avait pour lui, 
depuis sa dernière défaite , se joignit 
la haine qu'il inspira par ces san- 
glantes exécutions. Ses plus proches 
parents abusèrent de ses malheurs : à 
peine eut-il quitté l'Espagne, qu'Abou 
Zakharia-Sa'id, son frère, s'empara 
du royaume de Valence. Cordoué , 
Séviiie, Carmone, Ecija , furent sou- 
mises à d'autres souverains musul- 
mans. De retour eu Afiique, Mche- 
med fit des préparatifs immenses 
pour rétablir ses alîàires en Espagne ; 
et déjà sa flotte avait mis à la voile du 
port de Salé, lorsqu'il mourut, le 
lochabanGio ('.ij décembre iui3), 
à l'àgc de trente-quatre ans, après en 
avoir régné quinze. Avec lui périt la 
fortune des Al-Mohades : il eut pour 
successeur, en Afrique, son fils Abou 
Yacoub Yousouf, surnommé Al 
]\Iostanser , prince inepte , après le- 
quel huit autres rois de la même fa- 
mille se disputèrent le trône de 
Maroc , jusqu'à l'an 668 ( i ^69 ) : 
mais dans cet intervalle leur empire 
fut démembré. Tunis , Tremeseu et 
Fez formèrent trois royaumes dis- 
tincts , sous les dynasties des Hafsi- 
des , des Zcianides et des Mérinides ; 
et ces derniers ayant conquis Maroc , 
détruisirent la puissance des Al-Mo- 
hades. A — T. 

MEHEMED ou MOHAMMED I 
( Abou Abdallah ) , cinquième roi 
d'Espagne de la dynastie des Om- 



I90 MEH 

inayades, monta sur le trône de Cor- 
doiie, l'an de l'hëgire -iSS (8^2 ), 
après son père Abdel Rahman ( V. 
Abdkrame n,tom. ï, p. 60). Irrite' 
par le zèle imprudent de quelques 
chrétiens, il débuta par les chasser 
tous de son palais , et en lit expirer 
plusieurs dans les supplices. Le règne 
de Mehemed futunesuite continuelle 
de guerres ciA^iles et étrangèixs. qui , 
selon les auteurs espagnols, cbran- 
Jèrent la puissance des Oinraayades: 
mais les historiens arabes semblent 
dire tout le contraire ; car ils com- 
parent ce prince an khalyf'e Abdel- 
Mclck , l'un de ses plus illustres an- 
cêtres , qui triompha de tous ses 
ennemis ( F. Abuelmelek , 1 , 54) ; 
et ils nous apprennent que Mehemed 
chanta envers le récit de ses propres 
exploits , et qn'i! mit à !a tête de ses 
armées, Walid ben Abdcl-llahman, 
homme au'-si savant que grand ca- 
pitaine , qui fut victorieux dans tous 
les combats , et dont les campagnes 
fnreutdeputs offertes . comme modè- 
les , pour rinstrnction des jeimes 
militaires. L'an 853 , Moiisa , chré- 
tien renégat, et gouverneur de Sar- 
ragosse , se révolta contre le roi de 
Cordoue , épousa la fille lie Garcie , 
comte de Navarre , s'empara de 
Hucsca et de Tudela ; enleva Ale- 
bayda an roi des Asturies , en 856 , 
et ia perdit l'année suivante , après 
avoir été vaincu par Ordogno, dans 
irae bataille où soii beau-père lut 
tué. Mehemed, quoi([ue ennemi des 
Chrétiens , se réjouit de cette vic- 
toire . et en pi'ulite pour marcher 
contre ToKde, qui avait pris part à 
la l'évolte. Mousa et Ordogno l'ont 
la paix, et envoient des secours aux 
rebelles ; mais une diversion , opérée 
avec succès dans la province d'Alava 
par un des généraux de Mehemed , 
Cl des avantages décisifs obtenus par 



MEH 

ce prince sur les Tolcdains , les obli- 
gent enfin de se soumettre en 858. 
Une nouvelle invasion des Normands 
suspendit les hostilités entre les Mau- 
res et les Chrétiens; elles recommen- 
cèrent après le départ de ces pirates 
qui , repoussés de la Galice par le 
roi des Asturies , et gorgés de butin 
en Andalousie , allèrent désoler les 
îles Baléares et les cotes d'Alrir|ue. 
IMehemed attaque le comte de Na- 
varre , le bat près de Panipelune , 
le l'ait prisonnier , et ne le punit 
de ses liaisons avec les rebelles, 
qu'en le renvoyant libre et comblé 
de présents. Il se jette ensuite sur les 
terres d'Ordogno : mais de nouveaux 
troubles le lappellent dans ses états ; 
et tandis qu'il assiège Merida, le roi 
des Asturies lui enlève Salamanque, 
en 86'i. Satisfait d'avoir , en 8(34, 
conclu un traité avec Charles -le - 
Chauve , qui s'engage à ne plus sou- 
tenir les Chrc'tiens d'Espagne , Mehe- 
med fait contre ceux-ci les jihis grands 
efi'urts j il envoie en même temps une 
Hotte sur les côtes de Galice, et une 
armée en Catalogne : la première est 
battucen voulant tenter une descente; 
la seconde , conduite par la victoire 
devant Barcelone, s'empare de deux 
toiU'S et des faubourgs , sans pouvoir 
prendre la ville. Les Musulmans ne 
sont pas plus heureux devant Léon , 
dont Alfonse-le-Grand les force de 
lever le siège. Tolède ne pouvait 
se consoler de n'être plus la capi- 
tale de l'Espagne : ses habitants' se 
révoltèrent encore, en S'y:* ; Mehe- 
med marcha contre eux et les sou- 
mit: deux ans après, pour preuve 
de leur fidélité , ils traversèrent le 
Douero , et ravagèrent les terres des 
Chrétiens. Alfonse les atteignit jîrès 
de la petite rivière d'Orbedo, leur tua 
douze mille hommes , et passa au fil 
de l'épée un corps de troupes de Cor- 



MEH 

donc , qui s'avançait pour les soute- 
nir. Meliemed obtient une trèAT de 
trois ans ; mais à peine est-elle expi- 
rée, qu'Alfonse reprend les aimes, 
en 877 , pénètre jusqti'à Merida , et 
s'en retourne charge de bulin. De 
nouvelles révoltes empêchent le roi 
de Cordoue de se venger des Clué- 
tiens. Omar ibn Afsouu s'était em- 
pare de Hnesca ; Al Mounclar , fils 
aîné' de Mehemed , enlevé au rebelle 
Rueda cl Lerida, et se saisit d'un de 
ses principaux adhérents : mais cet 
ëclu'c n'empêcha pas Ibn Aisoun de 
fonder dans l'Aragon une princi- 
pauté , où lui et ses descendants ré- 
sistèrent soixante-dix ans anx Om- 
mavades, etcagsèrent de grands maux 
à l'Espagne, En '.itiB (881 ) la fou- 
dre tombe sur la grande mosquée de 
Cordoue, et tue, à côté de Mehe- 
med , un de ses courtisans. Au mois 
de safar ou raby 1 , 278 ( juillet- 
août 885), ce monarqne se pro- 
menant dans ses jardins avec Hes- 
chain ben Abdelaziz , gouverneur de 
Jaën , surnommé le Grand ^ à cause 
de son esprit , de ses connaissan- 
ces , de sa valeur et de ses belles 
actions , cchii-ci s'écria : Qus l'hom- 
me serait heureux sur la terre , s'il 
pouvait échapper à la mort I — Eh 
ne l'a dois-jepas le trône d'où elle a 
fait descendre mon prédécesseur ? 
répondit Mehemed. Le même jour ce 
prince, frappé d'apoplexie, mourut 
iîgé de soixante-cinq ans , apr^s un 
règne heureux de trente-cinq ans. Il 
joignait au talent de la poésie celui 
d'ime belle écriture , et il était très- 
habile arithméticien. On a loué aussi 
son courage , sa justice , son hu- 
manité , la régularité de ses mœurs , 
et son amour pour les let-res. 11 
l.iissa trente-trois fds , dont plu- 
siours se distinguèrent dans !es 
scu'ncos et dans la littérature. L'aî- 



MEH 171 

né de ses fils. Al Moundar, fut son 
successeur. A — t. 

MEflEMEiD T (Abou Abdallah), 
premier roi de (irenade , de la ciy- 
nastie d..-s Ijeno-Nasser^ ou Kasse- 
rides , naq"it à Ardjoun;* , dans l'An- 
daloiisie , l'an de î'hég. ^91 (11 94 de 
J .-C. ) , d'une famille aiabe , issue d'un 
Ansaricn, ou t(jmpagnon du pro- 
phète ( F. M A U05I I T , XXVI, 1 9'i ) , 
et qui s'était é(abli( en Espagne dès 
le temps de sa première corqut îe par 
les Musulmans. Il reyiit une éduca- 
tion soignée , et manifesta , dès sa 
jeunesse, le désir de dominer , et de 
se signaler par de grandes entrepri- 
ses. Sa force, sa valeur , sa taille, sa 
figure, commandaient la crainte et 
le respect , en même temps qu'il 
s'attirait l'estime universelle par sa 
prudence, sa frugalité, l'austérité de 
ses mœurs et la simolicité de ses vête- 
ments. Il servit d'abord sous les rois 
Al-Mohade:> d'Espagne, et montra 
autant de modération et de droiture 
dans la perception des impôts , que 
de courage et d'habileté dans les 
campagnes qu'il fit contre les Chré- 
tiens. Après la décadence de cette 
dynastie ( F. l'article Meuemed el 
Nasser , roi de Maroc , pag, 118), 
il se joignit à Mota wakkcl ben Houd, 
qui, à cette épnq'ie, était devenu sou- 
verain d'une glande partie de l'Espa- 
gne musulmane ; etil combattitlong- 
lemps avec lui pour rétablir la su- 
prématie spiritnellede Mostanser Bil- 
lah, khaîyfe Abbasside dcBaghdàd, 
et pour détruire à -la-fois la puis- 
saïue et la doctrine hétérodoxe des 
Ai-Mohades ( F. Tomrut ). Enfin 
il se révolta contre Motawakkel , eu 
6*9 ( l'iSa ) , s'empara de Jacn, 
puis de Gnadix, de Lorca , et de Grc- 
isad.- , dont d fit sa capitale. Il prit le 
titre de roi, et distrijjuades aumônes 
abondantes aux indigents , aux iufir- 



12a MEH 

mes , auTC viciliards de cette ville , 
exemple imité depuis par ses succes- 
seurs à leur avènement ;:u trône. Il 
étendit sa domination par ses con- 
quêtes et ses alliances , et se vit mê- 
me un instant maître de Cordoue 
et de Sévillc : mais la première , 
après la mort de Molawakkel , fut 
prise par saint Ferdinand , roi de 
Caslille ; et Mcliemed , malgré une 
victoire tpi'il remporta sur le iVèie 
de ce prince , perdit Ardjouna et 
Jaën : il n'obtint la paix, en t»43, 
qu'en se rendant vassal et tributaire 
du Castillan , et fut obligé de lui ame- 
ner des secours , qui contribuèrent 
à rendre celui-ci maître de Séville , 
on 640 ( I '^4'^)- Valence étant depuis 
tombée au pouvoir de Jaymes l*^"". , 
roi d'Aragon ( V. Jaymf.s P'". , 
XXI, 8.22) , Grenade devint alors 
le dernier refuge et le boulevartdes 
Musulmans en Esj)agne. Aussi, lors- 
que les Ta rtarcs eurent pris Baglidad 
et détruit le klialyfat , Melieracd 
s'attriliua le surnom d'Al Galcb Bil- 
lali , et le titre A'emjr al Moume- 
iiim ( j)rince des Fidèles ). Il rompit 
la trêve avec les Chrétiens , sous le 
règne d'Alfonsc X j et uni avec Al 
W'atliek ben Houd , roi de Murcic , 
son ajicien ennemi , qui avait perdu 
sa capitale, il reprit Xérès, Arcos , 
et quc!({ucs autres places. Un faible 
secours que ces iirinces reçurent de 
Yacoub , roi Mérinide de ^?aroc , 
ayant resserré l'al'iance des rois de 
Castille et d'Aragon , Mencraed fut 
forcé de renouveler la trêve , de 
payer un tribut plus fort, d'aban- 
donner le roi de Mureie , et même 
de se déclarer contre lui. Il parait 
que la ])uissance du roi de Grenade, 
consolidée par la politique plus que 
par les armes , ne fut point cbraiilée 
par ces échecs , puisqu'il la transmit 
à ses descendants , et que sa dynas- 



MEH 

tîe , bien différente des autres royau- 
mes maures d'Espagne , dont aucun 
n'avait subsisté plus d'un siècle , 
égala presque la durée de celle des 
Oramayades ( près de trois siècles ). 
Mehemed accueille l'infant don Phi- 
lippe révolté contre Alfonse , et saisit 
cette occasion de réparer ses pertes. 
A l'âge de quatre-vingts ans , il entre- 
prend sa dernière campagne contre 
les Chrétiens; mais atteint d'une 
maladie grave , il est contraint de re- 
prendre le chemin de sa capitale , et 
il expire dans un village , à la suite 
d'un vomissement de sang , le 29 
djoumady 11, 671 (21 janvier 
1273), api'ès avoir régné près de 
quarante-deux ans. Il fut enterre' 
dans un cimetière commun; mais 
son corps fut rer fermé dans un cer- 
cueil d'argent , et l'on grava sur le 
marbre qui couvrait S'>u tombeau, 
une épitaphe fastueuse, usage in- 
connu aux khalyf<^s et aux autres 
raonanpies musulmans de l'Orient , 
prohibé même par l'islamisme , et 
que les princes maures , comme les 
sultans olhomans , ont , sans doute , 
pris des Chrétiens. Mehemed était 
ennemi du faste , indulgent envers 
ses domestiques , ])lein d'ordre dans 
ses aiïaires , et sans cesse occupé des 
soins du gouvernement. 11 donnait 
deux audiences publiques par se- 
maine , écoutait les plaintes de tous 
ses sujets , et leur rendait prompte 
justice. Il encourageait les lettres , 
les arts, le commerce et l'agricul- 
ture : aussi ses greniers et ses caisses 
étaient toujours remplis , et il par- 
vint à une cxtiême opulence. Il n'eut 
point de conçu] livies, et n'épousa tfne 
des femmes de son rang. Ce fut lui 
qui , au moyen d'un impôt spécial, 
dont il fut lui-même le percepteur, 
bâtit, dans la paitle Laute de Gre- 
nade , le fameux quartier nocimû 



MEII 

Al Hamra ( l'Alhambra ) , qiii c!e- 
viiit à-!a-fois la citadelle de cette 
A'ille et le palais de ses rois , et dont 
on admire encore les restes magnifi- 
ques. Ce piince eut pour successeur 
son fils Meliemcd II. A — t. 

MEHEMED II , surnomme Al 
FAh.iii,roidc Grenade, fils etsucces- 
seur du pre'cëdent, marcha sur les 
traces de son père et consolida son 
ouvrage. Il se rendit célèbre par sa 
magnificence, sa valeur, ses talents 
politiijues et militaires. 11 déjoua, par 
sa patience et sa fermeté, les complots 
de quelques séditieux, se fit beau- 
coup d'amis parmi les grands , par 
ses manières nobles et libérales , et 
sut ménager adroitement ses enne- 
mis. Il attira toutes les nations dans 
ses états, qu'il enrichit par le com- 
mercejotil profita des fautes d'Alfon- 
sc X , pour les agrandir aux dépens 
des Chrétiens, sur lesquels il rem- 
porta en personne plusieurs avanta- 
ges , entre autres , la victoire qui 
coûta la vie à l'infant don Sanche 
d'Aragon , archevê([tie de Tolède , 
en i-î^S. Mehcmed fut tantôt allié, 
tantôt ennemi (hi roi de Maroc 
( Yacoub II ) ; il régna trenle ans avec 
autant de gloire que de bonheur, et 
mourut le 8 schaban 701 ( 8 avril 
1 3o'i ) , âgé de G8 ans. Ce prince ex- 
cellait dans l'éloquence et dans la 
poésie. Il était toujours entouré d'as- 
tronomes , de philosoplics , de mé- 
decins, d'orateurs et de poètes. On 
rapporte comme une singularité re- 
marquable, qu'Azyz ben Aly, son 
A ézyr , avait avec lui une ressem- 
blance parfaite, pour i'àge, la taille, 
la figure , les mœurs et les goûts. 

MEHEMED III Al Amasch , 
(Anou Abdallah) , troisième roi de 
Grenade, de la même dynastie, as- 
socié au tronc par son père Mt-he- 



MEII 



123 



med II, lui succéda l'an 701 (i3o2). 
Il eideva d'aboiil plusieurs places au 
prince de Jaèn , tributaire du roi 
de Castille, et conquit ensuite la 
forte ville d'Almandhar, oîi, parmi 
les cajitifs , se trouva , dit-on , une 
reine d'une rare beauté, fpii, conduite 
à Gienade , portée sur an char , et 
suivie de toute sa maison, épousa 
danslasuitelcroideMaroc.L'an7o3, 
Mehemcd vainquit et fit périr Aboul 
Hedjadj, son parent, qui s'était 
révolté à Guadix. Informé des trou- 
bles qui agitaient le roj^aume de Fez, 
il envoya Faradj , son beau-frère, 
alcaïde de Malaga , pour s'emparer 
de Ceuta , au mo s de schavval "joS. 
Ce général réussit dans cette expé- 
dition, et revint avec un butin consi- 
dérable. Malgré oes succès, Mehe- 
mcd ne put résister aux rois de Cas- 
tille et d'Aragon ligués contre lui • 
et quoique l'un , après avoir pris 
Gibraltar , eût échoué devant Alge- 
ziras , et que l'aulie, à la suite d'une 
victoire sur les INIaures, ji'cût pas 
été plus heureux devant Alméria , 
le roi de Grenade fut ff.rcé d'ache- 
ter la paix avec ces deux princes, 
par quelques sacrifices. Mehcmed 
était doué de tous les avantages 
du coips et de l'espiit. Passionné 
pour les arts, il fonda dans l'Al- 
Jiamb) a , une grande et belle mos- 
quée, supportée par des colonnes élé- 
gantes dont les baseset les chapiteaux 
étaient d'argent massif. Il affecta , 
pour l'entretien de cet édifice, le re- 
venu des bains publics , qu'il avait 
fait aussi consîruire avec le produit 
d'un impôt sur les Chrétiens et sur 
les Juifs. Il protégeait les savants et 
les gens de lettres , les admettait à 
.sa table ; proposait auxpoèles des su- 
j<'ts de composition , et figurait lui- 
même dans le concours. Ses occupa- 
tions littéraires, et 1er, soiiis qu'iS 



124 MEH 

donnait aux affaires âo. l'ctat , lui 
ayant fait contracter l'habitude de 
travailler bien avant dans la unit à la 
clarté des flaïubeaus , il lui survint 
une maladie incurable qui affecta sa 
"vue. Cette infirmité, qui le fit nom- 
ïaer \e Chassieux , l'obligea de dé- 
poser toute son autorité entre les 
laaius de son vézyr Abou Abdallah 
Mohammed al Hakem. Les princes 
du sang et les grands en murmurè- 
rent; leurs complots furent décou- 
verts et sévèrement punis. Mais ces 
mesures rigoureuses exaspérèrent les 
esprits, et occrisionnèrent enfin une 
sédition , dont le traité avec les prin- 
ces chrétiens fut le prétexte. Le i''". 
schawal 708 ( i3 février i3o() ), 
la soldatesque el la populace brisent 
les portes du palais du vézyr, mas- 
sacrent ce ministre , ])i]lent ses meu- 
bles, ses trésors , sa ri:he bibliothè- 
que; puis pénétrant dins l'Alham- 
bra qu'c41es livreirt également au pil- 
lage, elles y proclament roi, Nasser, 
frère de Méhéraed. Ce dernier est 
contraint d'abdiquer; et on le con- 
duit dans la forteresse d'Almuneçar , 
après un règiie de 9 ans. Au mois 
de djoumady 11 710, Nasser avant 
été frappé d'apoplexie, on le ci'ut 
mort: et Alehemed, rappelé ])ar ses 
partisans , remonta sur le trône : 
mais , q-ielques jours après, Nasser 
ayant recouvré la santé, il retourna 
dans sa relraife , où son frère se défit 
de lui, au mois de schawal 718 
( février 1 3 1 4 ) , en onlounant qa'ou 
le précipitât dans un lac. Mehcmed 
était âgé de ;jS ans. Son corps fut 
joint à ceux de ses ancêtres, et ho- 
noré d'une épilaphe. A — T. 

MEHEMliD V (AcouL Walid), 
8*^. roi de Gi-enade, succéda à son père 
Yonsouf, en ']~)5 ( i3j4); et quoi- 
qu'il eût à peine vingt ans, il se con- 
cilia tous les suffrages par son esprit , 



IVIEFI 

ses vertus , son jugement, sa grâce et 
son adresse dans les tournois : mais 
son extrême bonté l'exposa aux pré- 
tentions insolentes des grands , à la , 
licence des peuples , et causa les 
malheurs des premières années de 
sou règne. Isa , gouverneur de Gi- 
braltar , leva le premier l'étendart 
de la révolte , et prit le titre de roi, 
en 7 j6 (i3,55); mais son avarice et 
son incontinence le rendirent odieux. 
Abandonné de ses partisans , il fut 
arrêté, avec son fils , envoyé à Ceula, 
et mis à mort par ordre du roi de 
Fez. Mehemed avait disposé près de 
l'Alhambra un palais agréable et 
commode pour ses frères. Peu tou- 
chés de_ ses bons ])rocédés , deux 
d'entre eux , Soleiman et Ismaël, 
prirent successivement les armes 
contre lui , et le chassèrent du tr<jne. 
Dans la seconde insurrection qui eut 
beu le uS'^. lamadhan 760 (iSjf)) , 
Mehemed s'échappe de Grenade , 
pendant la nuit , déguisé en ser- 
vante , taille en pièces les troupes 
envoyées à sa poursuite , et se retire 
a Gaadix , oii il trouve des sujets 
fidèles : mais ne pouvant y réunir 
assez de forces pour résister à Is- 
maël , il a recours aux rois de Fez 
et de Castille ; et bientôt, sur Tinvi- 
taîion du premier, il s'embarque à 
IMardella , avec une suite nombreuse , 
et arrive à Fez, le 6 moharrem 761. / 
Accueilli dans cette cour avec tous 
les égards dus à un roi malheureux , 
il y résida vingt-un mois , et re- 
vint en Espagne sur une puissante 
flotte que lui avait fournie Abou- 
Salem , roi de Fez. Mais , à peine 
débarqué , il se vit abandonné par 
les troupes africaines que la nouvelle 
de la mort de leur souverain obli- 
gea de repasser le détroit ; et s'étant 
retiré à Ronda , il s'y forma une 
petite principauté. Cependant Is- 



MEH 

maèl ne régnait plus à Grenade. Ce 
prince , sans courage et sans capa- 
cité, après avoir servi d'inslrument 
à l'ambition d'Abou-SaïJ , son oncle 
paternel et son beau-frère, avait ète' 
saisi par sou ordre, le -26 chabau 
-^Gi (i36o), garotlè, traîné dans la 
prison des plus vils nialiaitei.rs , et 
mis à mort, ainsi que Ca'is , sou 
jeune frère. L'usui.pateur, joignant 
l'outrage a la cruauté, aA'ait laisse' 
les cadavres de ses victimes couverts 
de haillons et exposés aux injures de 
l'air , jusqu'à ce qu'ils fussent tom- 
bés en putréfaction. Le nouveau sou- 
verain de Grenade ayant fait alliance 
avec Pierre le Cérémonieux , roi d'A- 
ragon, avait encouru ia vengeance 
de Picire-le-Crnel , roi de Caslille , 
qui , juste et généreux peut-être une 
seule fois dans sa vie , se décl ira 
hautement pour le monarque dé- 
trôné , et fit a Abou-Sai'd une guerre 
d'extermination. Meliemcd, qui avait 
joint ses troupes à celles du Castil- 
lan , fut navré des maux que les 
Musulmans éprouvaient j et ne vou- 
lant en être ni le complice , ni le té- 
moin , il quitta le camp de son aliié, 
et retourna dans sa retraite à Ronda , 
aimant mieux être privé de son 
royaume , que de porter les armes 
contre ses sujets ingrats. Pierre n'en 
pressa pas moins vivement Abou- 
JSa'id; et afin de le priver des secours de 
l'Aragonais , il se liàta de conclure 
la paix avec ce dernier. Vainement 
pour l'apaiser, le roi de Grenade lui 
renvoie sans rançon le grand-maître 
de Calatrava , fait prisonnier au siège 
de Guadix , oii les Chrétiens avaient 
échoué. Informé que Malaga a ou- 
vert ses portes à Mehemed , et crai- 
gnant que la capitale n'imite cet 
exemple ; abhorré à cause de ses 
cruautés , entouré d'ennemis et de 
traîtres , sans espoir de secours , il 



MEH îiS 

se détermine à aller trouver le roi de 
Caslille, qu'il se flatte de gagner par 
ses promesses et ses présents. Sur la 
foi d'un sauf-conduit , il se rend à 
Séville , avec sa cour et ses trésors , 
suivi d'une biillante escorte. Pierre 
lui montre d'aboid une politesse 
perfide ; mais bientôt il ordonne que 
tous les Maures soient égorgés dans 
le palais où on les a logés : ensuite 
ayant fait lier les mains à Abou-Saiu, 
il devient son bourreau et le ])erce 
de sa lance , après lui avoir repro- 
ché son alliance avec le roi d'A- 
ragon ; puis enchérissant sur la bar- 
barie du tyran qu'il vient d'immo- 
ler , il fait élever une pyramide for- 
mée de tous ces cadavres , trophée 
horrible et digne de tous deux. 
Mehemed recueillit le fruit d'un for- 
fait dont il était absolument innocent. 
11 remonta, le 10 djoumady II, 'jG3 
( i3G'^),surletrône de Grenade, qu'il 
occupa encore dix-huit ans ; et pour 
témoigner sa reconnaissance an roi 
de Castille, il lui renvoya tous les 
chi'éticns fai'.s prisonniers au siège 
de Guadix. Il eut encore à se dé- 
fendre contre Aly , prince du sang 
royal, qui osa lui disputer ia cou- 
ronne ; et il tailla en pièces ses par- 
tisans. Toujours fidèle à son indigne 
allié , il lui amena de puissants se- 
cours dans ses guerres contre Pierre 
d'Aragon et Henri de Transîajnare ; 
mais ses efforts ne purent retardei" la 
chute de ce prince perfide et cruel. 
Pendant les troubles qui agitèrent la 
Castille, Mehemed prit et détruisit 
Algeziras, et entretint depuis une 
paix constante avec les Chrétiens. 11 
mourut en -jiii ( iS-jq) , âgé de qra- 
rante-six ans , et eut pour successeur 
son lils Mehemed YI. A — t. 

MEHEMED Vi (AboulJIedjad.t), 
onzième roi maure de Grenade , fiis 
d'Aboul Walid, de la dynastie des 



■fiÔ 



MEH 



^'asscl•idcs , lui succéda eu iSyg. Ce 
fut un des meilleurs rois qui i^ouver- 
nèrcnt le royaume de Greuade. Il 
préféra les avantages de la paix à 
îuHt l'ëclat de la gloire militaire. 
Sous sa prudente administraliou, son 
royaume recouvra peu-à-peu sa force 
et sa splendeur : le commerce et l'a- 
griculture lui rendirent une nouvelle 
Tie, et y répandirent l'abondance. 
Son attention pour les objets les plus 
importants du gouvernement , ne 
l'empêcha pas de se montrer le zélé 
protecteur des beaux-arts. Il em- 
bellit Grenade et Guadix de plusieurs 
magnifiques éHitices. Son alfection 
pour cette dernière ville était si re- 
marquable, qu'il fut surnommé par 
son peuple Mehemed de Guadix. Il 
fut assez adroit pour maintenir une 
paix durable avec la Castille; et a 
sa mort, arrivée en iSg'i, il laissa 
à son lilsjYousouf Il.une succession 
ïlorissante et paisible. B — p. 

MEHEMED VIII , surnommé El 
A'içar, ou le Gaucher, i5™*. roi de 
Grenade, fils aîné derYousouf III , 
lui succéda en i 4*23. Il est beaucoup 
plus connu dans l'histoire par les 
étranges vicissitudes de sa fortune 
que par aucun exploit faraeux. Sa 
tyrannie et sa négligence encouragè- 
rent son cousin-germain IMehemed el 
Soghair à prendre les armes contre 
lui , et à le chasser du royaume, en 
i^'i.'J. Mais deux ausaprès, El A'içar 
qui s'était réfugié auprès du roi de 
Tunis , aidé des secours de ce prince 
et du roi do Caslille , reprit Grenade , 
fit El Soghair prisonnier, et le fit 
mourir de la manière la plus cruelle. 
Ainsi rétabli sur le tronc, il ne chan- 
gea rien cependant à son système 
d'oppression; et, oubliant les bien- 
faits du roi de Caslille, il refusa de 
lui payer ti ibjit ; ce qui fut cause 
cpi' après avoir été défait plusieurs 



MËfi 

fols , dans une guerre sanglante qu'il 
soutint coutre les Chrétiens , il fut 
détrôné de nouveau. Yousouf el Ah- 
mar, petit-fds d'AbouSaid, tué à 
Séville , fut élu à sa place par la 
protection des Castillans ; mais la 
mort de ce prince, arrivée en i432, 
le sixième mois de son règne, fil 
rappeler de Malaga Mehemed el Aï- 
car , qui fut de nouveau proclamé 
roi. Il eut encore une longue guerre 
à soutenir contre le roi deCastdIe; 
mais à peine les dissensions des Chré- 
tiens laissaient respirer le royaume 
de Grenade, que Mehemed el Aradj 
ou le Boiteux, prit les armes à Al- 
mérie contre son oncle Mehemed el 
Aïçar, marcha vers Grenade, s'em- 
para de l'Alliambra , et y fit prison- 
nier ce prince qui, toujours le jouet 
de la fortune, fut , pour latroisième 
etdernièrefois , privé de son sceptre, 
en 1445, et enfermé dans une prison 
étroite, où il mourut peu de temps 
api es. A — T. et B — p. 

MÉHÉMET B ALTEZY, ou plutôt 
BALTADJY,grand-vé/-yr sous Ach- 
metlll, avait été rais très - jeune 
au nombre des Baîtadjy , ou fendeurs 
deboisdu sérail, sous le sulthan Mus- 
lafa II. Il fut ensuite page d'Ach- 
met m, qui l'employa dans l'aven- 
ture vraimeut romanesque qui mar- 
qua son amour pour Saraï ( f^. 
Saraï). Méhémet, devenu selikhdar-. 
aga, épousa la maîtresse de son maî- 
tre , c'est-à-dire , consentit à en être 
le gardien : le sulthan le fit capitan- 
pacha , poste qui le retenait six mois 
à Constantinople , et l'en tenait six 
mois éloigné : enfin en 1704, il fut 
nommé grand- vézyr. Il ne resta que 
stize mois dans ce poste, et fut dé- 
posé, mais sans disgrâce, et envoyé 
comme pacha dans la ville d'Ahp. 
Il reparut comme grand-vézyr eu 
1710, et reçut ordre d'aller com- 



MEfI 

battre les Russes à la tète de deux 
cent mille liommcs. « Ta hautcsse 
» sait, dit-il au sulthan, que j'ai été 
» accoutume à me servir d'une lia- 
» chc pour fendre du bois, et non du 
» biitoii de commandement pour me- 
» ncr une armée à la guerre. Je te 
» Servirai de mon mieux ; mais si 
» je réussis mal , je te supplie de 
» ne pas me l'imputer. » L'adroit 
vézyr n'en enferma pas moins le 
czar Pierre et son armée sur les 
bords du Prulh : c'est avec raison 
qu'on s'étonue qu'il se soit borné à 
lui faire souscrire une paix honteus(;. 
( Z'". PitRUE le Grand. ) Charles XII , 
accouru au camp othoraan, entre 
tout furieux dans la tente du grand- 
vézyr : «. Pourquoi refuses -tu , lui 
» dit-il, d'amener le czar prisonnier 
» à Conslanliuopîe? » — Eh ! qui 
V gouvernerait son empire en son 
» iibsencc ? repondit Mchcmel Bal- 
» tadgi; il ne faut pas que tous les 
» rois soient hors de chez eux. » — 
Charles XII accusa, près du sulthan, 
le grand-vézyr de lâcheté et de trahi- 
son; et Achmet admit ces soupçons : 
il envoya l'aga des janissaires rede- 
mander le sceau de l'empire à Mehe- 
met , qui était alors à Audrinople. 
L'envoyé du sulthan l'avaL't trouvé 
occupé à jouer aux échecs, Mché- 
met le pria d'attendre que la partie 
fût achevée : ayant ensuite pris con- 
naissance de la mission de l'aga , il 
remit les marques de sa dignité, dont 
il était dépouillé pour la seconde 
fois , et partit pour Lemnos , lieu 
de son exil , oii il mourut truis ans 
après , en i-^iS. S — y. 

MÉHÉMET EFFENDI , defter- 
dar ou grand- trésorier de l'empire 
othoman, était plénipotentiaire au 
traité de PassaroAvitz, conclu en 1 7 1 8 
entre les Turcs et l'empereur. Deux 
ans après , il fut nommé ambassa- 



MEII l'i^ 

deur près la cour de France, et 
chargé d'assurer le roi , qu'en consé- 
quence de son intervention et de la 
protection qu'il accoi-dait aux reli- 
gieux gaidiens des lieux-saints dans 
la Palesiine, sa hautesse avait donné 
des ordres pour faire les réparations 
du saint séj)ukre de Jérusalem. 
Les intrigues des Grecs scliismatiques 
avaient toujours empêché l'expétli- 
tionde ce lirmanqueruii sollicitait de- 
puis trente ans. Au reste le but princi- 
pal de cclteambassa Je étaitd'obtenir, 
par la médiation de la France, une 
trêve avec Malte, dont les arme- 
ments faisaient beaucoup de mal à 
la Turquie. Mebemet partit le -j oc- 
tobre i-j'io. Apres avoir essuyé une 
tempête violente , où il avoue qu'il 
é])rouva une frayeur extrême , il 
arriva en vue de Toulon. Là de nou- 
A'elles contrariétés l'attendaient. Li 
peste ravageait Marseille ;ct l'on assi- 
jétit l'ambassaJeur à une sévère qua- 
rautaiue. Furieux de ce procédé , il 
serait retourné aussitôt à Constauti- 
nople , s'il eût pu le faire. Lorsque 
le temps de sa réclusion fut expiré , 
Mehemct fut reçu avec des marquer 
de respect , qui lui firent oublier 
les désagréments qu'il aA^ait éprou- 
vés. Il remonta par le canal du Lan- 
guedoc jusqu'à Bordeaux , et de là se 
rendit à Paris par terre. Il admira 
beaucoup le canal ; mais ce qui l'étou- 
nait le plus , c'élait la liberté dont 
il voyait jouir les Françaises, et le 
respect qu'on l^eur témoignait. Arrivé 
à Paris, il fut reçu avec les ])lus 
grands égards par le régent , et par 
le vieux inaréclial de Villeroi, go;;- 
verueur de Louis XV qui n'ava't 
alors que neuf ans. On s'empressa ue 
lui faire voir tous les monuments de 
Paris et de Versailles ,qui lefra])pL- 
rent de la plus vive admiration. ' 
Quant au motif de son and}assade, 



laS 



MEn 



ou lui repondit que FonJ re de Mal(e , 
quoi.|iie protégé j)ar les prinrcs ca- 
tlioliqiics de l'Europe, n'eu ICI 011 nais- 
sait aucun pour maître , et qu'étant 
souverain dans sou de, aucune puis- 
sance ne pouvait enrhaîncr -es j^alc- 
rcs dans ses piuts. Meiiciûf t retour- 
na à Conslauliuoj)]e , après un an 
d'absence, emportant des présents 
de la cour pour environ cinquante 
mille francs. Les mémoires du temps 
l'accusent d'en avoir détourné a son 
profit une partie qui était destinée au 
grand-seigneur. On I ui reproche aussi 
d'avoir montré plusieurs fois une 
avarice sordide ])endant son S('jonr 
en France. Il publia une relation qui 
doima aux Turcs une baule idée des 
Français. Néanmoins, comme dans 
cet ouvrage on trouvait quelques 
passages qui pouvaient déplaire , le 
marquis de Bonnac, notre ambassa- 
deur, lui adressa des représentations, 
qui le déterminèrent à faire quelques 
changements à son manuscrit. Sa 
Relation a été publiée en français , 
Paris, i-jjS, in-i'i, et lithographiée 
en turc, Paris, 1820. On accordait 
cependant à ce Musulman une péné- 
tration peu commune et un esprit 
(in et délié. Il serait parvenu aux. 
premières charges de l'état sans la ré- 
volution de 1730. Achmet III avant 
été déposé, et remplacé par JMali- 
moud I*^*",, le grand-vézyr, Ibrahim 
Pacha, qui protégeait îMehemet, per- 
dit la vie ; et celui-ci s'estima trop 
heureux d'être exilé dans l'île de 
Cypre, où il mourut. Cet ambas- 
sadeur, après son retour, avait sou- 
vent amusé la curiosité du sulthan 
par des jilans des châteaux et des 
jaixlius de Versailles et de Fontaine- 
bleau , que ce j)rince fit exécuter im- 
parfaitement dans ses maisons de 
plaisance , et qui furent détruits par 
les rebelles , après ?a déposiliun. — 



MEIÏ 

S.uD,filsdeMehemetEnrpndi, qui était 
venu eu France avec lui comme sé- 
cretaiie, fut dans la suite nommé 
beglierbeg (le Romélie , puis am- 
bassadeur près la cour de France 
en fj^o.. Il parlait le français avec 
autant u'e f.icilité que sa langue ma- 
leruelle. Il aimait les scii^nres et les 
arts ; et ce fut lui qui établit l'im- 
])rinierie de Scutari , d'oîi sont sor- 
tis plusieurs ouvrages remarquables. 
On voit aux Gobelins deux belles 
tapisseries qui représentent la ré- 
ception de l'ambassadeur Mehemet 
EiJèndi. G — T — n. 

MÉHÉMET (Emin), granrl-vé- 
7.yr, né en Circassio, vers i']'>.\, 
d'im marchand de soieries, avait été 
amené a Constantinojilc par les allài- 
rés de commerce de son père.; et 
après avoir suivi long-temps les ca- 
ravanes a Suez et sur les bords de l{a 
]Mer-Rouge,il vendait ses étoiles dans 
la capitale de l'emjjire turc. Son es- 
prit le fit distinguer, et placer dans 
les bureaux du réis-effcndi. 11 devint 
en peu de temps premier commis , 
cl reis-cd'eudi lui -même. Admis 
ainsi dans le divan , il ne tarda pas 
à y acquérir une grande influence. 
Habile à ibitfer Mustafa III, (|ui 
aviit à cœur moins la gloire de son 
règne tiue l'intérct de sa puissance, 
il fit embrasser à la Porte le système 
utile de favoriser les troubles de la 
Pologne sans y ])rendre de part ma- 
nifeste , afin de mettre aux prises les 
Russes et les Polonais ; car la poli- 
tique confondait dans la même haine 
les oppresseurs et les opprimés. Ce 
fut alors (vers l'année i^Oj)) que la 
dignité de grand -vc/.yr lui fut con- 
férée par son maître. L'empire otho- 
man avait été cbbgé de prendre une 
part active a la querelle : Méhémet 
Emin , grand-vé/yr a quarante-cinq 
ans , plein d'esprU , de fermeté , de 



MErt 

pvo'somption ot d'inijn-eVoyancc, ne 
douîa pas qu'il no fût aussi facile de 
conduire une p;uerj"e fjue de la con- 
seiller. Il se liait au nombre des sol- 
dats rassembles sous ses ordres, 
autant qu'à sonétoilequi l'avait clevc 
si rapidement d'un rang aussi ol)S- 
cur. Mais à peine enlre'en Moldavie, 
il trouva les inap;asiiis vides, par un 
clletdelalraliison ,oude la mauA'aise 
foi de ses ennemis caches. Mehemet 
Emin avait espère' ([u'il n'aurait qu'à 
paraître pour forcer les Russes à la 
paix ; et dcs-lors sa faveur, sa répu- 
tation et sa tète, se trouvaient ])our 
jamais assurées : mais le désordre et 
l'indiscipline amenèrent la famine 
dans l'armée avant qu'elle eût encore 
rencontré l'ennemi. Il opposa à tous 
les obstacles un courai^e et une cons- 
tance aussi étonnants qu'iniitijes. Le 
défaut de vivres l'empêchait d'avan- 
cer , et le retenait sur les rives du 
Danube : en vain son activité es- 
saya-t elle de remédier à des mal- 
heurs qu'il aurait dû prévoir, et qu'il 
ue réparait pas en punissant tous 
ceux qu'il soupçonnait d'en être les 
auteurs ; il n'en fut pas moius ac- 
cusé d'avoir détourné les sommes 
tirées du trésor impérial j)Our l'ap- 
provisionne ment de l'armée , et d'a- 
voir vendu son inaction aux ennemis 
de son maître. Enfin, étant entré sur 
le territoire polonais , il annonça la 
volonté de traiter en peu])le conquis 
lesalliés qu'il avait ordre de secourir. 
« Ces confédérés , disait-il , ne sont 
•') que des fuyards qui peuvent périr 
» au coin d'un bois : ils nomment 
» liberté le droit de vivre sans lois. 
» Je ne reconnais la république que 
» dans le corps réuni à Varsovie. » 
De leur côté , les malheureux Polo- 
nais frémissaient d'avoir invoqué un 
pareil protecteur. Aussi l'évêque de 
Kaminiek leur disait-il ^ qu'appeler 

xxviii. 



MEH 1-9 

1rs Turcs pour chasser les Russes, 
c'était mettre le l'eu à la maison 
pour (u chasser les insectes. Le 
sulthan désavoua son grand-vézyr, 
lui ordonnade protéger ses alliés, de 
combattre les Russes, et l'investit 
en même temps d'une autorité assez 
absolue pour pouvoir le rendre res- 
ponsable des événements. Chargé de 
ce glorieux surcroît de puissance , 
Méhémet Emin se crut ptrdu , et ne 
se trompa point. ïl avait établi sou 
camp près de Bender : vingt mi!)^ 
hommes disciplinés sulFisaicnt pour 
dc'truire cet immense attroupement, 
qui s'a])pt'lait l'armée othomane : les 
fautes des Russes ne peuvent se com- 
parer qu'à celles de leurs ignorants 
et fanati(jues ennemis. Le grand-vé- 
zyr ue put empêcher le siège de 
Khoczini. Jja disette de vivres et de 
fourrages, les désordres de toute es- 
pèce, rendaient dans le camp de Ben- 
der îa déserlion journalière : les cla- 
meurs de tous cos fuvards, qui tra- 
versaient Constantinojde pour re- 
tourner en Asie, convainquirent le 
sulthan du mécontentement général 
et de la faiblesse de Méhémet Emin , 
sinon de sa complicité : il envoya 
chercher sa tète , qui fut exposée â 
la porte du sérail dans le mois d'août 
de celte même année i'y69. S — y. 
MÉHÉMET-P,AcuA , grand-vézyr 
de Soliman I , de Selim II et d'Amii- 
rath III, était renégat, et esclave 
d'origine. 11 avait été clerc; et sa 
fonction était de servir la messe à 
Bosna, dans l'église de Saint-Saba , 
dont sou oncle était curé. Il avait 
dix-huit ans lorsqu'on l'enleva, et 
qu'on lui fît embrasser la religion ma- 
hométane. Roxelane laissa tomber 
un de ses reganis sur lui, et sa haute 
fortune en devint la suite; Sélim lui 
continua la même faveur que Soli- 
man lui avait accordée. Méhémet 



i3o 



RIEH 



était vieux , et sou maître avait au- 
tant de respect pour sa sagesse que 
pour son âge. Il desapprouva la con- 
quête de Cypre , parce qu'il fallait , 
pour la tenter , rompre injustement 
une paix qui venait d'être conclue 
avec la république de \ enise. Ennemi 
de Mustata- Pacha, il l'attaqua au 
milieu de sa gloire, et le lit dis- 
gracier. Mcliémct vit sans elTroi 
cette ligue chrétienne qui, sous Co- 
lonne et don Juan d'Autriche, mena- 
ça l'empire othoman , en 1 07 i ; il fut 
le seul peut être qui jugea Lien la ba- 
taille de Lépante dans ses inutiles ré- 
sultats. « La perte de la flotte otho- 
» manc, rcpondit-il à l'ambassadeur 
» de Venise qui venait le braver dans 
» sou palais , est pour mon sublime 
» empereur ce que la baibe est pour 
» un homme à qui on l'a rasée , et à 
» qui elle repousse ; mais la pci te de 
» Cypre est pour la république ce 
» qu'est la perte d'un bras qu'on ne re- 
)> couvre point quand il a été coupé.» 
C'est avec cette fierté et cette con- 
fiance que Méhémet- Pacha avait 
-vdeilli dans le vézyriat jusqu'à l'àgede 
soixante-seize ans. Premier ministre 
sous trois règnes , il achevait son 
illustre carrière avec honneur et sé- 
curité sous Amurath III, lorsqn'eu 
l'an 1579, il fut assassiné au milieu 
du divan par un spahi, qu'il avait 
injustement dépouillé de son timar , 
ou fief militaire, et dont il avait deux 
fois rejeté la supplique. Le sulthan, 
qui par Insard assistait invisiblc- 
ment à cette séance du divan , leva 
le rideau qui le cache à tous les re- 
gards , arrêta les cimeterres levés sur 
l'assassin , se fit rendre compte des 
motifs d'un meurtre aussi hardi , et 
faisant taire les lois dans une circons- 
tance si extraordinaire, pardonna au 
spahi , le renvoya absous , et le réta- 
blit dam son tiinar. S — t . 



MEH 

MEHEMET-RIZA-BEYG est le 
premier ambassadeur de Perse qu'on 
ait \u en France. Quoique le carac- 
tère diplomatique de ce personnage 
ait été révoqué en doute par l'illustre 
auteur des Lettres persanes; quoi- 
qu'on ait prétendu dans le temps , et 
qu'on ait répété, il y a peu d'années , 
que cette ambassade n'avait été, com- 
me celle de Siam , qu'une comédie 
imaginée pour amuser la vieillesse 
de Louis XIV; quoique les aventures 
de Mehemet-Riza-Beyg aient en quel- 
que sorte accrédité ces bruits , nous 
avons acquis, aux archives du mi- 
nistère, la certitude qu'il est venu 
en France, remplir, au nom du roi 
de Perse, une mission dont nous de- 
vons faire connaître les motifs , les 
détails et les résultats. En i^oS , 
Louis XI V^ avait envoyé le sieur Fa- 
bre de Marseille, pour former avec 
la Perse des relations plus solides 
et plus avantageuses que celles qui 
avaient existé jusqu'alors. Fabie 
ayant péri à Erivan, sur les frontiè- 
res de Perse, victime d'une longue 
et cruelle persécution ( F. Marie 
Petit ) , fut remplacé par le sieur 
Mifhcl, qui conclut en 1708, à Is- 
pahan, un traité de commerce avec 
les ministres de Chah-Houçc'iu. Ce 
raonarqne voulait dès-lors envoyer 
uiie ambassade à Louis XIV; mais 
Michel l'en détourna, pour épargner 
à la France épuisée des dépenses au 
moins inutiles. Le bruit des vi' toires 
des Français sur les armées alliées, la 
paix d'Ltrecht , qui s'en suivit, et 
le besoin d'acquérir un allié puissaut, 
lors({ue des révoltes nombreuses et 
fréquentes préparaient' la chute du 
trône des sofys , déterminèrent enfin 
le roi de Perse à faire partir un am- 
bassadeur pour Versailles. Afin que 
celte mission fût ignorée des agents 
des nations europccmies qui rési- 



METl 

tlaifiit à Ispalian , il chargea le klian 
(le la province d'Erivan de nommer 
l'ambassadeur, el d'aclieter les pré- 
sents qu'on devait lui confier. Ce 
gouverneur ayant choisi Miiv.i Sadek, 
rliefde son divan , celui-ci elliayede 
la longueur et des dangers d'un pareil 
voyage, donna dix mille c'cus pour 
en être dispense, et céda sa place à 
Meheract-Rixa-Beyg, kalenter ou in- 
tendant de la province. Ou ne pou- 
vait faire un plus mauvais choix : 
l'onili d'orgueil et enlètecoinine tous 
les hommes dépourvus de jugement, 
le nouvel ambassadeur joignait à une 
humeur capricieuse et très-irascible, 
une extrême brutalité; et, dans son 
pays même, il passait pour n'obser- 
server aucun devoir de bienséance 
et de politesse. Il partit d'Erivan , le 
I J mars 1 7 1 4 ^ ^"^'^^ ""*^ suite nom- 
breuse, et arriva à Smyrne, le 23 
avril. Quoique pour cacher son ca- 
ractère diplomatique , il eût pris soin 
de pi'.blier qu'il allait en pèlerinage à 
la Mekke, son faste et ses équipages 
éveillèrent les soupçons du grand 
douanier de wSmyruc. Trop exacte- 
ment surveillé pour pouvoir passer 
en France , il confia les lettres et les 
présents du sofy,àuri arménien de 
sa suite, que le consul français lit em- 
barcpier pour Marseille. Mehemet-Ri- 
za-Beyg espérant trouver plus facile- 
mentàConstantinopleles moyensd'a- 
chever son voyage, s'y rendit un mois 
après. Mais eu arrivant, il fut arrêté 
j)')r ordre du Grand- Seigneur , sous 
j)rétexte qu'il avait voulu frauder les 
douanes. Les interrogatoires qu'onlui 
lilsubir.la torture donnée à plusieurs 
desesgens,ne purent découvrir la vé- 
rité aux ministres de la Porte. Il avala 
même une lettre de change de 10 
mille pistoles , de peur qu'elle ne tra- 
hît sou secret. Cependant l'ambas- 
sadeur de France, Desalieurs, parvint 



MF.H i3r 

à lui procurer sa liberté, en gagnant 
le tchaousch -bachy , qui se lendit 
caution du piisonnier. l.e jirètendu 
pèlerin alla secrètement chez M. Des- 
alieurs et convintavecluides mesures 
à prendre j)our assurer son passage 
eu France. Le 7 août, il fut mis entre 
les mains de rémvr-hadj , qui avait 
ordre de le renvoyer en Perse , à sou 
retourde la IMekke; mais lorsque la 
caravane fut arrivée à une demi- 
lieue de la colede Syrie, il l'aban- 
donna pendant la nuit , et vint à 
Payas, où l'Athénien Padery , l'un 
des drogmans de la légation fran- 
çaise, lui avait amené une barque 
avec huit de ses gens restés à Coiistan- 
tiuople. L'ambassadeur de Perse s'y 
embarqua pour Alexandrelte, où U 
trouva un navire qui le déposa , le 
■23 octobre, a Marseille. Il y fut 
joint par l'Arménien, qiù lui rap- 
porta le coH're de fer, où étaient 
renfermés les présents et la lettre 
du sofy. Peu de jouis après, malgré 
les représentations des magistrats, il 
s'ol)Stina à faire une entrée solennelle 
dans cette ville ; il fixa lui-même le 
jour de cette cérémonie, qui coïncidait 
avec l'entrée de la reine d'Espagne , 
et la rendit plus brillante. Cet am- 
bassadeur avait alors environ 48ans; 
et l'on trouva qu'il ressemblait aux 
portraits de Henri IV. Après avoir 
donné des fêtes aux dames de Mai- 
seille, et diverti les habitants par 
l'originalité de ses manières, Mp- 
hemet laissa des dettes dans cette 
vUIe , qu'il quitta le 'i3 décembre : il 
continua sa route par Lyon et Mou- 
lins , donnant partout des preuves 
d'extrav^agance , et V'oyageaut tantôt 
à cheval , tantôt en litière , et tantôt 
couché dans une sorte de carrosse; 
mais toujours précédé d'un étendard 
aux armes de Perse. Il arriva, le 26 
janvier 1715 , à Charenton , où il 



i3'2 MEH 

logea dans la maison du baron de 
Breteiiil, introducteur des ambassa- 
deurs, qui vint le complimenter de 
la part du roi. L'envoyé persan de- 
meura constamment assis sur un ta- 
pis pendant cette visite. Il exigeait que 
le ministre des affaires étrangères , 
Colbert de Torcy, qu'il regardait 
comme le grand-vézyr, vînt le pren- 
dre à Gliarenton, pour le conduire à 
paris ; et l'on eut beaucoup de peine 
à lui persuader qu'en France, tous 
les ministres étaient égaux en préro- 
gatives et en dignité. Il voulait faire 
son entrée publique à cheval, et con- 
sentait toutefois à monter dans un 
carrosse du roi, depuis Gliarenton 
jusqu'au faubourg Saiut-Antoine, à 
condition qu'il y serait seul, sa reli- 
gion luidéfendantde s'enfermer dans 
une boîte avec des chrétiens. Après 
avoir rejeté ses prétentions sur les dé- 
tails du cérémonial , et sur le nombre 
des gens du cortège, il fallut encore 
combattre sa snpersfilionsur les jours 
heureux ou malheureux. Enfin, le jeu- 
di, 7 février, fut fixé pour son en- 
trée. Le baron de Breteuil l'ayaut fait 
avertir de se lever pom* recevoir le 
maréchal de Matignon, nommé par 
le roi pour l'accompagner , il s'y 
refusa opiniâtrement , disant qu'après 
le roi, il regardait tous les autres 
commcdes esclaves. Etes-vous le roi 
de Perse ? lui demande le baron : A 
Dieu ne plaise, répond l'ambassa- 
deurj je ne suis qu'un de ses moin- 
dres esclaves. — Eh bien, morbleul 
reprend le baron, rendez donc à V es- 
clave du roi de France, les hon- 
neurs qu'on rend à l'esclave du roi 
de Perse. L'ambassadeur paraît in- 
terdit et convaincu; mais voyant le 
baronenconférenceavecle maréchal, 
il descend dans la cour, monte à 
cheval . et croit ainsi éluder l'obliga- 
iou qui lui est imposée. Le baron 



MEH 

s'aperçoit de sa ruse, court à lui, et 
le force de remonter dans sa cham- 
bre. Aussitôt six Persans entrent , 
le fusil bandé , et un septième pré- 
sente un sabre nu à sou maître ; le 
baron , sans s'elfrayer , somme l'am- 
bassadeur de faire à l'instant retirer 
cette canaille, menaçant , en cas de 
refus, d'appeler d'un coup de sifflet 
6000 mousquetaires , qui feraient 
main-basse sur les Persans. Intimiilé 
par cette fermeté, INIehemet-Riza-Bcyg 
reçut le maréchal de Matignon, con- 
formément à l'étiquette, et monta eu 
carrosse avec lui et le baron de Bre- 
teuil : pour le satisfaire on partit à 
8 heures du matin; mais la lenteur 
de la marche , et une station au fau- 
bourg Saint-Antoine , oii des rafraî- 
chissements lui étaient préparés, fa- 
vorisèrent la curiosité pulibque, et le 
retardèrent assez pour ([u'il n'en- 
trât dans Paris quà une heure après 
midi. On peut voir, dans les journaux 
du temps, les détails de celte cérémo- 
nie, et de l'audience publique que 
le roi lui donna, le 19 du jncme mois, 
dans la grande galerie de Versailles. 
Louis XIV et toute sa cour déployè- 
rent, dans cette occasion , une si 
grande magnificence, que l'ambassa- 
tleur en fut frappé d'admiration. Les 
présents du sofy consistaient en 7 
gros diamants bruts, 200 émeraudes, 
200 turquoises, i5o perles orienta- 
les de moyenne grosseur, et deux 
fioles de baume , appelé Momie. 
Mehemet-Riza-Beyg était chargé par 
son maîti'e de demander l' exécution 
du traité de 1708, et de promettre 
des avantages plus considérables à la 
nation, moyennant qu'une escadj-e 
française serait envoyée dans le golfe 
Persique, pour faire la guerre aux 
Arabes de Maskat , qui infestaient les 
côtes de Perse, ruinaient son com- 
merce, et s'emparaient de ses îles. 



MEH 

Les ministres de Louis XIV éludè- 
rent de s'expliquer calëgoriqiicnient 
sur cette dernière proposition; mais 
en satisfaisant à la passion de l'am- 
bassadeur pour l'argent, la débauche 
et les prodigalités, ils surent tiier 
parti de son incapacité Au mois de 
juillet, ils lui tirent signer un nouveau 
traité si avantageux à la France, et 
si honteux pour la Perse, qu'il sem- 
blait avoir été dicté par des vain- 
queurs à des vaincus. Mchemet eut 
son audience de congé le i 3 août , 
avec le même cérémonial , mais non 
pas avec autant d'éclat qu'à celle de 
réception; et il quitta l'iiùtel des am- 
bassadeurs , pour se retirer à Gliail- 
lot, où il devait demeurer jusqu'à 
son départ. Les avanies qu'il avait 
éprouvées en traversant l'empire 
otlioraan, lui faisaient craindre de 
reprendre le même chemin pour 
retourner en Perse. On convint qu'il 
s'embarquerait au Havre , et qu'il 
serait conduit dans un port de Rus- 
sie, d'où il continuerait sa l'oute par 
terre. En coiiséquence on prépara à 
Chaillot les bateaux sur lesquels il 
devait , ainsi que sa suite , descendre 
la Seine jusqu'à Rouen. Pendant sou 
séjour à Paris, il s'était lié avec une 
dame de Roussy,et plus particulière- 
ment avec une marquise d'iipiuay, 
sa fille. Comme il avait manifesté le 
dessein de les emmener en Perse , 
et que l'on craignait qu'elles n'y chan- 
geassent de relipfiou, on songeait à 

1 î Al 

l en empêcher, lorsqu? l'ambassadeur 
fit partir secrètement la fille pour 
Rouen , sous la conduite d'an de ses 
interprètes. Le lendemain, 3i août, 
M™<=. de Roussy se présenta toute 
éploréc chez le lieutenant-de-police 
d'Argensou , pour se plaindre que 
le Persan avait fait enlever sa fille 
pendant la nuit, sans lui laisser le 
temps d'emporter ses bardes. Elle 



MEII l 'M 

prétendait d'ailleurs que IM"*^. d'É- 
pinay était trop vertueuse pour 
s'abandonner à un Musulman ; et 
que l'ambassadeur, dans l'intention 
de l'épouser, avait reçu le baptême 
d'un prêtre arménien. D'Argenson ne 
fut point la dupe de cette fable; il 
envoya ordre à l'intendant de Rouen, 
d'arrêter la jeune aventurière. Ce- 
pendant Mehemet-Riza-Beyg , ayant 
fait construire un grand coflre k 
Chaillot, le fit embarquer avec ses 
bagages pour Rouen : arrivé devant 
cette ville le -2 septembre , il refusa de 
sortir de son bateau, où sa maîtresse 
vint passer la nuit. Le lendemain il 
entra dans la ville , et se rendit par 
terre au Havre. La marquise y fut 
transportée par eau, placée dans le 
coffre , puis mise à bord de la fré- 
gate VAslrée , qui di;vait ramener 
l'ambassadeur, La police fut ins- 
truite de toute l'histoire : mais 
Louis XIV venait de terminer sa car- 
rière; et les intrigues (pii occupèrent 
la cour, durant les premiers jours qui 
suivirent sa mort, firent perdre de 
vue les affaires moins importantes; 
de sorte que l'ordre du roi pour ar- 
rêter Mehemet-Riza-Beyg, et pour vi- 
siter ses bagages , ne partit que le 1 1 . 
Il était trop tard; le 1 3, cet ambassa- 
deur mit à la voile avec 1 8 personnes 
de sa suite, deux Français, l'un ingé- 
nieur, l'autre horloger, l'intei-prète 
Padery, et i3 forçats, nés Persans, 
qu'on avait délivrés des galères. Lors- 
qu'on fut à la hauteur des côtes du 
Danemark, Mehemet-Riza-Beyg se 
fit débarquer, et renvoya la frégate 
sous prétexte que la mer incommo- 
dait son Hélène qui était grosse; mais 
n'ayant de lettres de créances ni pour 
cette cour , ni pour aucune puis- 
sance du Nord , il fut obligé da 
subsister à ses dépens , avec une 
suite nombreuse. 11 séjounia à Ce- 



i>n 



i\lEFI 



])eiilia!;uc, à Hambourg, à Berlin, 
d'où il partit le ig novembre pour 
Daiitzit;. Son train était déjà clirui- 
ïiné : plusieurs de sc5; gens, fatigues 
do SCS mauvais traitements, l'avaient 
abandonne, et il ne les réclama point 
p.ir raison d'économie. Les mêmes 
motifs avant déterminé ses voiluriers 
à le quitter, il se serait vu dans l'im- 
])Ossibilité de continuer sou voyage , 
si les magistrats de Berlin ne lui 
fiLSsent procure des chevaux en 
payant. Arrivé à Dantzig, au mois 
dedécembre, il y fut retenu plusieurs 
Jiiois par les neiges et les glaces; et il 
eut lieu de se rcp« nlir d'avoir congé- 
dié la fréi;ate française. Sa maîtresse 
V fit ses conclus au mois de janvier 
1"] l(j. Lorsque les cbeiiiiiis fun nt dc- 
veiMis plus pralicablcs , ils se renii- 
jent en rouie, fraverst-rent la Pologne 
et la Russie, et n'arrivèrei;l sur les 
^frontières de Perse que dans les pre- 
miers mois de 1717. !Meliemet-Kiza- 
Beyg avait mal rempli sa mission. Il 
avait outre-passé ses pouvoirs ; il 
avait vendu une partie des présents 
destinés au sofy; il sesdilait coupa- 
ble : aussi a\ ait-il traîne- en lungnetir 
son vHiyage , dans l'opoii- assez fondé 
qu'avant son retour, cpieique révolu- 
tion survenue dans le ministère, ou 
dans le gouvernement de la Perse, 
rmpècl'.erail qu'on n'examinât sa 
conduite, et le ferait ouljlier. Mal- 
heureusement pour lui , le faille 
Chah-Ilouceïn ocupait encore son 
trône chancelant , et le khan d'Kri- 
van avait été déposé. Melicniet-Uiza- 
Begh, se voyant sans protecteurs, et 
n'ayant point de grâce à espérer, ter- 
mina ses aventures à Erivan, eu ava- 
lant du poison , au mois de mai 
17 17. La Française qu'il avait amenée 
se fil raahometaue, et se joignit au 
frère du défunt , pour conduire dans 
la capitale ce qui restait des présents 



31 EU 

du roi de France. Le sieur de Car- 
dane qifi avait dû accon:pagner iMc- 
hcmet-Riz.a-Be\g , avec le titre de 
consul-général en Perse, y était ar- 
rivé depuis quelque temps , quoiqu'il 
fût parti G mois après lui ; et Padcry, 
qui avait quille cet ambassadeur, 
fut nommé consul à Chyraz, en 
1718. Ce furent les premiers agents 
quela France eût entretenus enPerse j 
car, jusqu'alors, les missionnaires 
avaient été seuls chargés des intérêts 
de la nation. La mésintelligence se 
mit bientôt entre ces deux consuls , 
qui avaient reçu chacun des instruc- 
tions diirérenles. Tous deux solliei- 
tèient long-temps en vain la confir- 
mation du traité de 1715: Padeiy 
l'obtint enfin de Chali-JIoucéin , en 
17.'/^., dans le temps que ce mal- 
heureux prince était assiégé dans sa 
capitale par les rebelles ( F. Mir 
Maumouu ) ; mais bientôt la chute 
de ce monarque, et les révolutions 
qui déchirèrent la Perse, firent qiu; 
notre nation ne put profiter d<s 
avantages de ce traité, et obligè- 
rent les deux consuls de retourner en 
France. A — t. 

MÉHLL ( KTIEN^E•HE^RI ), cé- 
lèbre compositeur , et membre de 
l'institut de France, naquit à Givet, 
en 17G3. Son père avait servi dans 
le génie , et était inspecteur des for- 
tifications de Charleinont. Le jeune 
Mehul reçut les premières leçons de 
musique de l'organiste de cette ville, 
qui était aveugle. Ses progrès furent 
si rapides , qu'à l'âge de dis ans , les 
Hécollets lui confièrent l'orgue de 
leur couvent, et qu'a douze , il fut 
nommé adjoint à l'organiste de la 
riche abbave de la Valledieu. Ce fut 
là qu'il se perfectionna dans la 
composition , sous un professeur al- 
lemand très-versé dans la science du 
contrepoint. Le dcsir de cultiver stu 



MEII 

tnlcnt attira Meliiil à Paris, en 1779. 
Il prit des leçons de piano d'Kdel- 
niaun , et devint en peu de temps l'ë- 
lève le plus reinar(|nable de rel habile 
maître. Le hasard lui procura bien- 
tôt la connaissance et l'aniitic d'un 
homme à jamais célèbre. Le che- 
valier Gluck , à cc'.te époque même, 
était venu à Paris , pour y l'aire don- 
ner le dernier de ses chefs-d'œuvre 
( [jihigénie en Tawide). Dévore de 
l'envie d'entendre cette admirable 
musique, mais n'espérant point pou- 
voir se procurer, pour la première 
représentation, un billctdont le prix 
eût excède ses facultés, le jeune Mè- 
1ml prend la résolution d'user de 
sf ratai^ème. A Li répétilion générale , 
il imaj^ina de se blottir dans le fond 
dune loge , comptant ainsi se trou- 
ver tout placé pour le lendemain. 
iMais , 6 disgrâce I un inspecteur de 
la salle fait sa ronde 5 le pauvre élcAT 
est découvert , et forcé à grands cris 
de soilir de sa cachette. Heurcuse- 
meui pour lui , Gluck était encore 
sur le théâtre : il demande la cause 
de tout ce bruit ; il l'apprend de la 
bouche même du jeune artiste , qui , 
tout tremblant de respect devant nu 
si grand maître , exprimait son dé- 
sespoir par les larmes qui roulaient 
dans ses yeux. La vue d'un enfant de 
seize ans, déjà si passionné pour 
l'art , intéressa tellement Gluck , que 
non content de lui donner sur-le- 
champ un billet pour la représenta- 
tion du lendemain , il lui fit promet- 
tre de venir le voir. On se figure la 
joie et l'empressement du jeune Mé- 
hul. Dns la première visite, Gluck 
apprécia toutes ses heureuses dispo- 
sitions , et se fit un plaisir de les cul- 
tiver. Ce grand artiste , comme l'a 
souvent répété Méhul, l'initia dans 
la partie philosophique et poétiqiie 
de l'ar! musical, il lui fit composer , 



IMKII i"j 

sous SCS yeux , et comme essais , trois 
ouvrages sur lesquels l'auteur d'Al- 
ccsle fit des observations qui révélè- 
renl encore mieux à sou élève toute 
la ])iofondeur de son génie que ses 
admiraljles compositions elles-mê- 
mes. Gluck repartit pour Vienne, 
d'où il ne devait plus revenir en 
France. Mélud, livré à ses propres 
forces , désira de les essayer sur la 
scène illustrée par son maître ; et il 
présenta à l'académie rovale de mu- 
si((iie un opéra de Cova. Rebuté des 
longs délais qu'on lui faisait éprou- 
ver , il tourna ses regards vers l'opé- 
ra-comique , et il y débuta par Eit- 
plii'osine et Coradin , en 1 790. Cette 
musique , d'un genre absolument 
nouveau à ce théâtre , y fit une sen- 
sation difficile à décrire. On risque- 
rait d'être taxé d'exagération , si l'on 
cherchait à rendre lefTet que pro- 
duisit particulièrement le duo du se- 
cond acte, si connu sous le nom de 
Duo de lu jalousie. Heureusement , 
un artiste célèbre s'est chargé de ce 
soin; voici ce que dit Grctry(i): 
« Ou était loin de s'attendre à des 
» elFefs terribles sortant de l'orches- 
» tre de l'opéra-conuipie : Méhul l'a 
« tout-à-coup triplé par son harrao- 
» nie vigoureuse , et surtout piopre 
» à la situation. Je ne balance point 
» à le dire : le duo d'Euf/hrusine est 
)) peut-être le plus beau morceau 
» d'eltèt qui existe. Je n'excepte pas 
» même les plus beaux morceaux de 
» Gluck. Ce duo est dramatique : 
» c'est ainsi que Coradin furieux doit 
») chanter; c'est ainsi qu'une femme 
» dédaignée et d'un grand caractère 
» doit s'exprimer: la mélodie en pre- 
» mier ressort n'était point ici de 
>) saison. Ce duo vous agite pendant 
» toute sa durée; l'explosion qui est 



îi^ Es-eii iiir la i 



u^, loin. 11, P' 



i36 MEH 

)) à la fin semble ouviir le crâne des 
)) spectateurs avec la voûte du tliéà- 
» tre. Dans ce chef-d'œuvre, Me'hul 
)) est Gluck à trente ans. Après avoir 
■» bien entendu ce morceau, dont le 
» premier mérite , à mon gre , est 
w d'être vigoureux sans prétention 
» et sans eflbrts pour l'èire, je desli- 
» nai de bon cœur à mon ami IVIë- 
■» hul, l'épigraphe que Diderot avait 
» jadis placée sous mon portrait : 

Irritât , mulcel , falsis lenoribus implcl , 
Ut mrigiis. 

» 11 semble elTecfivemenl que c'elait 
» pour l'aulcurdu duod'Eiiphrosiue 
» qu'Horace fit ces vers. » Un suc- 
cès aussi prodigieux (ixa l'attention 
générale sur MchuI : l'administralion 
de rO])cra se ressouvint (|ue, de])uis 
^ix ans, elle avait dans ses carions 
un ouvrage do sa composition , et 
die fit donner Cora et Alonzo. Le 
piil)hc était devenu exigeant envers 
l'auteur d'Euplirosine, et il accueillit 
assez iVoidenicnî sa 6'orrt, quoiqu'elle 
olfrit des morceaux remarquables. 
Méliul ne tarda point à prendre une 
revanche éclatante : sa Stratonice 
passe encore pour la plus parfaite de 
ses compositions ; dans le cadre étroit 
d'un seul acte , il a su réunir de ces 
lieaulés d'un ordre supérieur , qui 
fixent à jamais le rang d'un aitiste( i ). 
Adrien, tragédie lyrique, dont les 
autorités révolutionnaires suspendi- 
rent long-temj)s la leprésentation , 
se fit renidrqucr des gens de l'art par 
un grand développement de science 
liarmonique; mais l'extrême sévc^ 
rite du style rebuta les simples ama- 
teurs. Méhul parut, pendant une as- 
sez longue suite d'années , se consa- 



(i)II a l'tc qursllim de faire passer Slratonici- , 
Mir le tlK'âlre de l'Ojjcra , en j ajnntar.l un rérùalif , 
dont dcvail .«e charger It nevpu de rnnl>'ur. Au ino- 
•iicnt où lions étTivDiis, te projet u'a ^'»3 cucuin rc-\'u 
suu t:icL'utiuu. 



MEH 

crer presque entièrement à l'opéra- 
comique. II y donna un grand nom- 
bre d'ouvrages, dont quelques-uns 
composés aAcc trop de précipitation, 
ou sur de mauvais poèmes , furent 
trouvés peu dignes de lui, et sont 
vraisemblablement à jamais oubliés. 
Il faut en excepter Phrosine et Mé- 
lidure, que le sujet, tiré du Gentil 
Bernard , n'a point permis de con- 
server sur la scène ; Ar'uidont , qui, 
malgré son mérite , a du céder la 
place au Montano de lierton , à cause 
de la ressemblance des deux poèmes, 
et de la supériorité du dernier ; V l- 
rato, où le musicien sut assez bien 
saisir la manière italienne jiour trom- 
per le l»nblic de Paris; [-tluil, en 
style ossianique, dont les violons sont 
e\( lus pour faire place aux ([uiofes 
(i), et Joseph, remarquable par la 
couleur an ti([ueel l'onction religieuse. 
Ce dernier ouvrage avait été indicjuë 
parla commission pour le ])rix décen- 
nal. Dansl'aniiée qui précéda sa mort, 
IMéiiuI, qui gardait le silence depuis 
assez long-temps , voulut se rappeler 
au souvenir de ses anciens admira- 
teurs par ui! opéra-corai(pie intitulé, 
La Journée aux aventures. Tout en 
l'applau lissant, ils eurent le chagrin 
de leconnaître que le talent de l'au- 
teur n'avait pas juoins décliné que sa 
santé. On avait commencé à faire la 
même remarque à l'occasion de son 
Ampidim , donné à l'Opéra , peu 
d'années auparavant. Attaqué d'une 
maladie de consomption , il alla res- 
pirer l'air pur des îles d'Hièrcs. Dans 
toutes les villes qu'il traversa , et 



(t) Crfte imiovntion pmdiiUil un Irès-btl elT t sur 
les conu.iissi'iirs , et ne fui pas même riniair)"'<' par 
le public, (jni mit entendre rorthcstre ordinaire. 
Des envieux repatiHirent , et les ignorants crurent qne 
Grelry sciait permis de dire , après une rcprésenta- 
lion d'L'llàiil : K J'aurais donné un louis pour en- 
). tendre une clmnteieUe . » Si Grétry fcîit été ca- 
pable de tenir un propos aussi ridicule, CC u'eSt pa» 
X aiébul qu'il dit fait tort. 



MEH 

pi itici paiement à Marseille, les ama- 
teurs de iiiusi<|iie lui décernèrent 
une sorte de triomphe. Ce furent 
les dernières jouissances de sa vie : 
il revint mourir à Paris , le i8 octo- 
bre 1817. A ses obsè({ues , i^o mu- 
siciens exe'cutèrent luie messe de 
mort du célèbre Jomelli. Indépen- 
damment de ses ouvrages de théâtre, 
Me'hnl avait déployé la richesse de 
ses moyens dans plusieurs genres. On 
a de lui des Sonates de piauo^ et six 
Symphonies , qui ont été exe'cute'es 
avec succès au Conservatoire. C'est 
lui qui avait mis en musique le Chant 
du départ , le Chant de victoire , 
le Chant du retour , et une foule 
d'hymnes et de cantates de circons- 
tance , tellesque l'air de Roland dans 
Guillaume le conquérant. Le style 
de ce maître se recommande générale- 
ment par la force de l'expression dra- 
matique, et par une facture savante. 
Il ne dissimulait pas lui-même, et il 
en a fait l'aveu à l'auteur de cet ar- 
ticle , qu'entraîne par l'esprit d'une 
époque où l'exage'ration des idées s'é- 
tait introduite jusque dans les arts, il 
avait abusé quelquefois des moyens 
d'elFet jusqu'à confondre le bruit avec 
l'énergie. La critique pourrait aussi 
lui reprocher de s'être laissé domi- 
ner , dans certains morceaux, par 
l'attrait d'unje idée heureuse, au point 
de lui faire perdre une partie de son 
charme, en la répétant jusqu'à sa- 
tiété. Pour en citer des exemples, 
nous indiquerons deux ouvrages uni- 
versellement connus : l'andante qui 
précède la chasse dans 1' Ouverture 
du jeune Henri , ainsi que l'ouver- 
ture et le premier acte du ballet de 
la Dansonianie. Méhid nVtait pas 
seulement un grand musicien : à 
beau(;oup d'esprit naturel il joignait 
une instruction variée. Son carac- 
tère était fort honoral)lc , et ses 



MEII 107 

mœurs exirêmement douces. Il avait 
épousé la fille du dot leur Gastaldy ; 
mais il n'a point laissé d'enfants. L'é- 
loge de Méhul a été prononcé à l'a- 
cadémie royale des beaux-arts , le '^ 
octobre 1819, par M. (hiatremère 
de Quincv ( 1 ). S — v — s. 

MEHÛN ( Jean de. ) f . Meung. 

MÉHUS ( Laurent ) , l'un des 
pliLs savauts philologues du dix- 



(i) Doué d'une eilrèmc seusiliilité , Mchul Texci- 
talt encore en plarniil sur son forle-plano , une fêle 
de mort , lorsqu'il se livrait à des coiiujiisitu'us furies 
et tragiques , tielUs <{u'l£uphro.<inie , Siratonice , Mé- 
lidorc , Héléna. Duos ce g. nre , qui a prlucipalement 
contriliué 'i etiblir sa réputatiou, les omn.iisseurs ont 
trouvé son sly'e moins ûpre que celui de son niuitrc , 
et>on chaut plus large et plus doux. Sou taleut sa- 
vait d'ailleurs se plier au gcui c comique et graclenx, 
et il l'a prouvé avec succès d.ins V Iruto , dans Vne 
Fidie , elc On n'a même pas oublié cet air cbarm mt 
et de la plus aimable fraîclienr , Le Papillon Ifger, 
qui u suivécu à l'opéra du Jeune sage et le f^'teiix 
Ji'ii. Dès la rréatiou du couservaloire de musique , eu 
I-f)/! . jusqu'à sa suppression en i8i5 , Mebul y 
avait été !'un des trois ius|iccteurs de l'enseignement ; 
il fut alors uoniuié surintendant Me la musique de la 
cliapelle du Koi , et professeur de composition à l'é- 
cole royale di musique. Membre de l'Eiistilut , en 
x-ç)j , et de l'académie des beaux-arts en iSiO, il 
était aussi chivalier de la Légion d'Honniur. Ses 
pruiiiieis essais furent nue Ode sacrée de J. B. Rous- 
si au , qu'il lit eiccuttr an concert S]iiritucl , eu 1^83; 
un Duo lie Zuraslre clianté }\ la société des eiifanls 
d'Apollon, eu 1786. Il rorapusa sous la diri clion de 
Gluek , Psyché. <Ie Voisenon , Anacréoii , du 
Genlll - Bernard , et T.ausus ri Lydie , qui n'ont 
point été représentés. S^ s autres ouvrages dramali- 
q.ies sont au nombre de qnar.inte : A 1 0,:éra : //(//- 
s_-,y7i7e , reçu en 17S- , et non n présente; Cara et 
Atonzo , i7'l' ; Horatius Cnrlif , 179!?; yiiTniiiius ; 
Sii/uon ; TancréJe et Cloiinde, reçus en 179 '|, 
95 et 9G, el non représentés,- Adrien, ri ru ru 1791, 
joué eu 1799; Aiiifthion ou Us .Imuzones , iSii ; 
VOriJlamme , avec MM. Paér , Kreutzer et Ber- 
ton , iRi.'i : il a airan,é la muslipie des billets du /«- 
gemeiU de Pilris , ijpS ; de la Dansoinanie , 1800 ; 
et de Persée et Ant/romi-dc , 1810. Au Tbéâlre- 
Fr inr.iis : les clinpurs de deux tragédies de Cliénier , 
Tiiaoléon , 179Î ; et OF.dipc-Roi , riçn eu iRo^ , et 
non riprésciite. Aux théâtres de l'opéra-comique , 
Favarl el Feydeau . EuphroUiie , 179" ; Strito'iice, 
!-()•> ; Le Jeune sage el le Vieux fitu 179? ; MeH- 
dore et Phrntine , ijQ^ ; Doria et la Caverne , 
179.1 ; le Pont de Loili , 1797 ; le Jeune Henri , et 
Ariodant , 1799; £10/1 ,"1800 ; É/iirure , i8i.o , 
avec M. Clieriibiui ; VIralo, iR'ii ; l.'ne Folie , Jo- 
hanita , le Tiésoi , ou le Danger d'écouter aii.e 
portes , iSoa ; Héléna , V Heureux malgré lui , 
l8o3 ; Baiser et Quittance , avec MM. R.reul-ier . 
Berton et \icoJo , 180 'j; les O.-ux aveugles de To- 
lède, Gnhiielle d'EsIrée, 1806; Uthal . 1806; Jo- 
seph , 1807 ; Le Prince Troul/odour, i8i3 ;la Jour, 
né; aux aventures , 181G. lia laissé ui;iuuS'Tits lis 
f/usiites , Ou le S'ié^e de \aumbourg ; et Sésostru . 
Il a lu deux rapports à ITuslitut, surtétatf.itur <f ■ l'< 
imisiijue en France , et sur les travaux de' cl' -'es 
du conservatoin à Rome. A — T. 



i^S 



MLH 



huitième siècle, cfait ne à Florenre 
d'une l'amille hounêle. Après avoir 
termiué ses éludes , il embrassa l'elat 
ecclésiastique , et fut attache à la 
j,a'de de la fameuse bibliothèque 
liaurenticnnc. Quoiqu'il se soit borné 
.' la tâche moins brillante qu'utile 
«l'éditeur , l'abbé Méhus s'est fait une 
ic'putation très-étendue. Il était en 
carrcspoudance avec la plupart des 
savants de l'Europe , et membre de 
l'académie étrusque de Gortoné. On 
lui doit d'excellentes éditions des 
Lettres de Léon. Brum d'Arezzo, et 
(le CoUuccio Sahitati , Florence , 
1741 1 iu-8". (1) — de V Itinéraire 
deCvRiAQUE d'Ancone,ibid, , 1 "j/ji, 
in-8*'. — dos Lettres de Léon. 
Datf, ibid., 1743, in-S". —du 
livre de Barth. Fazio De viris illns- 
Iribiis , ibifl. , 1 74 J , in-4''- ; — tle 
celui de Ben. Colluccio De disccr- 
diis Florent inontm , ibid. , 1747 1 
in-S". — du Spécimen hisloriœ litte- 
rariœ Florentinœ, par Giann. Ma- 
KLTTi , ibid., 1747 ï in-8''. — de 
la Fie de Laurent de Médicis , par 
Nie. Valori, Florence, 1749» in-8". 
— de la Fi' et des opuscules de Ser 
Lapo da Castiglionchio , Bologne, 
1753 , in-4". — et enfin du recueil 
des Lettres d'AMBROiSE le Camal- 
dule , et des savants de son temps , 
ibid., 1759, 'i, vol. in-fol. Toutes 
ces éditions sur lesquelles on peut 
consulter les difTérents articles de la 
Biographie , où elles ont été déjà ci- 
tées et appréciées , sont enrichies de 
bonnes préfaces et de notices pleines 
d'intérêt. La f'/fi d'Ambroise le Ca- 
inaldule est un précis très-bien fait 
de l'histoire littéraire de Florence , 
jusqu'à l'année i4+"- ^^ morceau 
ser.l sufllt pour justifier tous les élo- 
ges que l'abbé Méhus a reçus de ses 

rOAVnrt. Bruni, Vf, m, cclt'- édition, par 
niif t'.<ut« d'imprcksiou , est datée de >;Si. 



• Mr.î 

rompatriotes. L'édition augmentée , 
qu'il av. lit promise,de la L'iblii theca 
l ttina medii aui , de Fabricius , n'a 
point jjaru. ( foy. Fabricius, tom, 
XIV. p.<io.) — On croit qu'il était de 
la mciuc famille que Livio Mehus , 
peintre et caili^'raplie , né vers l'an 
iG3o, dans la petite ville d'Oude- 
narde , en Flandic , qui fut élève de 
Piètre de Corlone , et qui a gravé à 
l'eau-forte d'après Raphaël Vauni et 
S'.efanino délia Bella. Il mourut à 
Florence , en 179 1. W — s, 

MEI ( CosiMo ), littérateur, né à 
Florence , en 17 >.8 , après avoir ter- 
miné ses études à l'université de Pa- 
doue, visita les principales ailles de 
r Italie. Pondant son séjour à Tuiin, 
il Siit se manager les bonnes grâces 
du roi de 8.;! ! ligne, qui le décora 
de l'ordre des hi>. Maurice et Lazare : 
ii se fixa ensuite à Venise, où il mou- 
rut en 1 7<)o, après avoir ren-pli lojig- 
temps l'emploi de censeur de livres. 
C'est au cliovalier Mei, qu'on doit la 
tradiiclion italienne du J}iu\e;an Ma- 
zuchelliunum , Venise , 1 7 f) 1 -63 , Cî 
vol. in-fol. (/^. Mazzuchki.li.) On 
cite encore de lui : I. De amore sid 
Dissert ai.io , Padoue ^ 1 7 4 1 . 1 1 . Scr- 
moni di Mimiso 6'eo(anap,ramme«le 
Cosimo iMei), indirizzati à S. E. Jl- 
viso Fallaresso , Bergame, 1783. 
r/estun recueil de satire» dont les cri- 
tiques italiens louent le style pour 
sa pureté et son élégance. III. La 
Traduction , en vers italiens, d'une 
Satire de l'abbé Bragolino contre 
les imitateurs serviles de Thomas j 
dans le Giornal. litterar., Venise, 
i''8'i, p. uoo. VV — s. 

'mEIBO.M Henri) VJncien (i), 
né le 4 décembre 1 555 , à Leragow , 
dans le comté de la Lippe , fut nom- 

(i) Lf nom dp ccttp famille était nfphoiim ; mais 
cornme dans If 111 s ouvra, 'es ils s'apiitliTCut eu iuliit 
Metbumiiis , celui de Mcibora a prcvalil. 



RIEI 

me on I j83, protcsscurd'liisloirc ot 
de poésie à 1 uiiiversile de Helmsladt, 
et lïil charge, en 1 5c)0, d'iuie mission 
diplomatique, à Prague, auprès de 
l'empereur Rodolphe, qui l'anoblil 
et le uomma poète lauréat : il mou- 
rut en iG'iJ. Il avait le goût des re- 
eherches, et il a rendu des services 
importants, par la publication d'un 
grand nombre de chroniques et de 
pièces originales, re!aliv(!s surtout a 
l'histoire de la Saxe. Ou lui doit de 
bonnes éditions, enrichies des noies, 
de la Chromqae d'Albcric, chanoine 
d'Aix la-Chapelle, Helmsladt, 1 584 > 
in-4".; de celle de Gobelin Persoua , 
P'rancfort, i h)9, in-foL; de l'ou- 
A rage de Slcidau , de Quatuor sum- 
inis imperiis j Ilclmstadl , i58(i , 
in-8'^. ; de plusieurs Monuments de 
l'ancienne langue saxonne; de la vie 
du pape Jean XXIII , par Thierry 
de jNiejn , etc. Les pièces histon- 
([ues qu'il avait tirées des archives 
des villes et des abbayes de l'Alle- 
magne, ont été réijnprimées par les 
soins de Henri Meibom , son peîit- 
lils sous ce titre: Ojm.cula hisiurica 
'varia ad resgermanicas Sj^ctantia, 
yarLiitipritiuim, parliin auctiàs édi- 
ta, Ilclmstadt, iGGo,in-4".,: et elles 
ont été insérées dans Ictoni. i'"'". des 
Scriplores rerum germariicarum , 
par le même éditeur. Le troisième 
volume de cette collection renferme 
dilîérenles pièces de H. Meibom l'an- 
cien, qiii avaient paru séparément, et 
parmi lesquelles on citera : Oratio ds 
acadciiiiie Juli e priiucrdiis et incre- 
mentis; — Oatio de origine f/elni- 
stadii; — De origine et olficio Can- 
cellariorum acadeinicorum , etc. 
On a de lui, comme littérateur, un 
recueil très-rare intitulé : Parodia- 
runi Horatianarwn libri net sylva- 
rum libri ii , Helmstadt, i588, in- 
8°. G. Grutcr en a tiré dilï'érenics 



!\ir.I i.:«j 

pièces qu'd a insérée-. dans les Dcliciœ 
poëtar. germanonwi, tom. iv. — 
H. Meibom son petit-lils a publié le 
recueil de ses jPoe'mrt(ai^(7cr«, Helm- 
stadt, i66j, in-8". Enfin il est l'édi- 
teur des centonsde \ irgile ( Firgilii 
centones)^\h\A.., '^97, lipart. in-4".; 
et des Poésies d'Euricius Cordus , 
ibid. , iGiG,in-8»., qu'il fit précéder 
de la vie de Tauteur. 11 avait traduit 
en allemand une Chronifjue des rois 
de Per^e, d'après le latin de Reiuer 
Rcinercius, W — s. 

MEIBOM (Jkan-Hknri), savane 
médecin, fils du précédent, né en 
1 5()o , à Helmstadt , fut élevé par 
son père, qui lui inspira le goût des 
bons écrivains de l'antiquité, et en 
particulier d'Horace, dont il faisait sa 
lecture la plus habituelle. Apres avoir 
terminé ses premières études, il visita 
l'Italie pour se perfl^clionner dans 
les sciences, et s'appliqua surtout à 
la médecine : il reçut le bonnet de 
docteur àBàle, en iGif), et revint 
à Helmstadt, oit il ne tarda pas d'ob- 
tenir une chaire de professeur ordi- 
naire, qu'il occupa jusqu'en i6.>.6. Il 
alla ensuite à Lubeck., appelé par 
l'évèque de cette ville , qui le nomma 
son médecin ; et il y exerça son art 
avec une réputation toujours crois- 
sante. Il mourut en cette ville le iG 
mai iG55. On a de lui : I. De Jlagio- 
ruin usu in re venered, Lcydc , 
i6.iQ, pet. in la. Cette édition est 
recherchéedcs curieux pour sa rareté: 
celles de Leydc , \C^!^3, iu-4''., Lon 
dres, i6G5 ou plutôt Paris, 1757), 
in-j'Ji , et Londres, 1770, in-3'2, 
ne contiennent guère que le texte de 
Mcibomius. L'édition de Copenha- 
gue, 1669, in-8". , est due aux soins 
de Th. Bartholin, qui y ajouta ce 
qu'd avait écrit sur la même matière : 
la plus complète est celle de Francfort. 
1G70, pet, in 8"., de i/(4 pag. ; ell'* 



1^0 



MEI 



reuferrae, outre les additions de Bar- 
tholin, celles de Henri Meibom, dont 
il sera question dans l'article suivant. 
Doppet a piJjiie une imitation de cet 
ouvrage, sous cetitre : Aphrodisiaque 
externe ou traité du Fouet, etc. 
(Genève), 1788, iii-18. Il a été tra- 
duit en français par jMercier de Com- 
piègne {F. Cl. Fr. Mercier). II. 
I/ippocralis orkossiuejusjurandum, 
gr. lat. cwn comme iitario, Leyde , 
1643, iu-4°. III. Epistola de cj- 
nopJiorid, seu canis portatione igno- 
miniosd, Hclmstadt , i645 , in-4°- ; 
Nuremlierg, i(j85. IV. De inithri- 
dato et theriacd discursus, Lubeck, 
i65:i , in^**. V. Mœcenas sive de C. 
Cilnii Mifcenaiis vitd , moribus et 
rébus gestis comnientarius; accedit 
C. Fedonis Albinovam Mœcenati 
script urn epicedium notis illustra- 
tum, Leyde, 1 (5/)3, in-4°. ; ouvrage 
curieux, mais rctlige sans méthode. 
On y désirerait, dit Visconti, quel- 
quefois un peu plus de critique, et 
mêmcsouA'cut moins dcdigressiousj 
la matière n'est pas tellement épuisée 
dans cette com])iIatiou , que Henri à 
Seelcn n'ait encore trouve quelque 
chose à recueillir daiLS ses Analecla. 
A I. -/. Cassiodori formula comitis 
archiatrorum , Hclmstadt, 16G8 , 
in-4''. C'est un commentaire sur la 
19". lettre du vi'^. livre de Cassio- 
dore. VII. De cervisiis potibusrjue 
et ehriaminihus extra vhiam alus 
comnientarius, ibid., i(iG8 , ou 
iG'j9, in-4'^ Ouvrage curieux et 
rccnerche' , auquel on a joiut le 
traité d'Adrien Turnèbe , De vino ; 
Jacq. Gronovius l'a inséré dans le 
tome IX du Thésaurus cnticjuit. 
grœcar. VIII. Index script or un H. 
Meibomii senioris editorum et inedi- 
torum, cum chronico Marienlha- 
lensi, Heimstadt , i65i, in-4''. J 
roimpiimédaus les Opuscula hisio» 



MEI 

rien, de H. Meibom le Jeune, 1660^ 
in-4'\ Il a laissé en manustiit une 
Histoire de la médecine, depuis 
Hippocrate jusqu'au quinzièmesiècle, 
dont son fils promettait la publica- 
tion^ mais elle n'a poûit paru. 
W— s. 
MEIBOM (Henri) le Jeune, mé- 
decin , (ils du précédent , naquit à 
Lubeck , en 1 638. Après avoir fait 
ses premières études dans sa ville 
natale , il alla continuer ses cours à 
l'université de Heimstadt , où il étu- 
dia la philosophie et la médecine : 
il visita ensuite les Pays-Bas , par- 
courut l'Allemagne, l'Italie (1) , la 
France et l'Angleterre, cherchant 
partout les moyens de s'instruire. Il 
prit , on iTitiS , le grade de docteur 
à l'université d'Angers; et l'année 
suivante il revint à Heimstadt rem- 
plir la chaire de médecine, à laquelle 
il avait été nommé pendant son ab- 
sence. Il fut chargé, en 1678, de 
professer aussi l'histoire et la poé- 
sie ; et il s'acquitta de celte double 
fonction jusqu'à sa mort , arrivée le 
'>.G mars 1700. Meibom, quoique 
fort occupé, et par les soins qu'il 
devait à ses élèves , et par ceux 
qu'il doiuiait aux malades , a trouvé 
le loisir de publier un grand nombre 
d'ouvrages ; ce sont pour la plupart 
des thèses , des programmes , des 
harangues , dont on trouvera l'indi- 



(i) Voy. le Menns^iaiia ,éà. de 171'», toni. ii'.,]!. 
19/^ , où l'on raconte la bovuc de Mcibcim, qui Gt l« 
viijMge di- liolf'giie, comptaMt y trouver un maiiiis- 
rrit iiilitT de Péfrone, et qui l'ut Irès-surpris d'ap- 
prendre que l'on conservait eÔectiveineul en cette 
ville le corps entier de saiut Pétrone. Cette invstiH- 
cation . que Hirsching C V. i , i8>. ) attribue à Jean- 
Henri M< iboui , a éle mise en vers , et racontée fort 
plaibainnieut parM. Andri'ux, qui est inèitie parve- 
nu à rcduiri! e:i vers Iraurais la note latine, source 
de la lui prise , et snpposec lue sur i'albiiiii d'un voy;^ 
geur ,en ces termes : 

Petronius extat Bononi^ : 
Hic inte^cr scrvutur hodié , 
Quant vidisse leslor. 

( DecaiU jjhilos'ophirjHf.^ 



MEI 

calion , au nombre ôe trente-neuf, 
dans le tome xviii des Mémoires de 
Nieeron, et dans le Morëride i n5g. 11 
faut yajuuter ses Observationes ra- 
riores in siibjccto anatomico , pu- 
bliées par le célèbre Haller, Gùt- 
tiugue, 1701 , in-4". On se conten- 
tera de citer ici les plus importants: 
1. De Incubatione iii fanis deo- 
rum , medicinœ causa ^ olim facld, 
Helinstadt, iGSt), in-4". ^'^^^^ Dis- 
sertation est curieuse, et pleine de 
recherches intéressantes sur les pra- 
tiques employés quelquefois dans 
les teujples du paganisme, où les 
ra.dades, en y passant la nuit, appre- 
naient en songe quel remède devait 
opérer la guérison de leurs maux. On 
a tenté jécemment de rattacher ce 
fait aux. phénomènes que présente la 
somnambulisme magnétique. II De 
Vasis palpebrarum mwis eplstola , 
ibid., i65G, in-4". I^cyde, 17-23, 
in-8. Il y décrit , avec exactitude , les 
glandes et les vaisseaux des pau- 
pières ; mais on a cru mal-à-pro])OS 
qu'il avait fait de nouvelles décou- 
vertes à cet égard, 111. Epistola 
de lono(evis , ibid,, i (364, in-4". 
Cette lettre est adressée à Auguste , 
duc de BrunsAvick , alors âgé de 
quatre-vingt-six ans. Il y recher- 
che les causes de la diminution do la 
vie humaine depuis le déluge. IV, 
Dissertatio histnrica demetalli J'o- 
dinarum Ifartzicamm prinid ori- 
gine et progressa , etc, , iiiid. , 1 680, 
in-4".j curieux. V, Scriplores re- 
rum germanicarinn , olc. , ibid. , 
1688, 3 vol. in-fol, ; colleclion inté- 
ressante. On trouve le détail des ])iè- 
ces qu'elle renferme dans les 3!ém. 
de Niccron, p. 377-84, et dans la 
Méthode d'étudier l'Histoire , par 
Lenglet Du Fresnoy, tom, xi ( éd, de 
Drouet), pag, 191 - 19G, Outre les 
anteui's de"jà cités, on peut consulter 



MEI 141 

V Eloge de H, Mcibom , dans les 
JVoi'a lilternria maris Ballhici, 
année 1700, et les Athenrp Lube- 

censes. "VV s, 

MEÎBOM (Marc), .savant phi- 
lologue , de la même laraille que les 
précédents , était né , vers iG3o , à 
Touningen , dans le duché de Sles- 
wig. Après avoir terminé ses études , 
il visita la Hollande, et profita de 
son séjour à Amsterdam pour publier 
le recueil des ouvrages des anciens 
sur la musique. Il en offrit la dédi- 
cace à la fameuse Christine, reine de 
Suède , qui l'invita à se rendre à sa 
cour, et lui assigna une pension; 
mais on dit que cette princesse , 
l'ayant engagé a. chanter un air de 
musique anrienne, en présence de ses 
courtisans, il fut si honteux du rôle ri- 
dicule qu'elle lui avait fait jouer , qu'il 
partilbrusquement et se retira en Da- 
nemark. Le roi Frédéric III l'accueil- 
lit avec bonté, le nomma à une chaire 
de l'université d'Upsal , et lui confia 
la garde de sa bibliothèque; mais, 
suit que ]\reibum fût d'un caractère 
inconstant , soit que le climat ne 
convînt point à sa santé , il quitfa 
le Danemark pour revenir en Hol- 
lande. Il obtint, bientôt après, la ])lace 
de professeur de belles-lettres à l'aca- 
démie d'Amsterdam; mais il ne la 
garda qu'un an , parce qu'on .s'a- 
perçut qu'il n'était rien moins q-ie 
propre à former de bons élèves. 
Ayant imaginé qu'il avait découvert 
la forme et la construction des tri- 
rèmes , il se rendit en Fiance pour 
vendre son secret , qu'il regardait 
comme très-important ; mais il ne 
trouva personne qui voulût le lui 
acheter. Il passa ensuite en Angle- 
terre ( 1674 J ■, flans l'espoird'y faire 
imprimer une édition de l'x4ncien- 
Teslament , avec ses remarques sur 
le texte hébreu , dont il avait cor- 



i4a MEI 

rip;c un p;rand nombre de passages , 
d'après la nature du mètre heLra'i- 
qiie , se flattant d'en avoir seul re- 
trouve la clef : ses prétentions cho- 
quèrent les plus savants théolo- 
giens , et il e'choua encore dans son 
projet. Il revint en Hollande plus 
])auvre qu'il n'en était parti, et vécut 
quelque temps des secours qu'il re- 
cevait des libraires ; sur la fin de sa 
vie il iut obligé de vendre une partie 
de ses livres pour subsister. Il mourut 
à Ltrecht , eu i 7 i i , daus un â|;c très 
avancé. Le reste de sa bibliotiièquc 
fut vendu à l'encan ; et celtedispersion 
iit disparaître éj;alcment un manus- 
crit auquel il attachait le plus jçrand 
prix, et qui conienait, disait-il, le 
texte authentique du Commentaire 
de saint Jérôme sur Job , morceau 
perdu depuis lonj;- temps, mais, 
duntsaiut Auj^uslin l'ait un cU)Ç,c. ma- 
j;i;ifique. Meiboiu avait voulu le vrn- 
(lreauxbéiiédictii;s(!elaconp;réj^ation 
deSainl-Maur , qui desiraient eu en- 
richir leur édition de saint Jérôme ; 
mais il en demandait une somme si 
énorme que le marché ne j)ut se con- 
clure : il avait cej)endant obtenu du 
comte d'A.vaux dix mille florins de 
Hollande en avance sur cette négo- 
ciation ( i ). On connaît de lui : 1. Des 
Notes sur Vilruve , dans l'édition 
donnée par J. de Laet , Amsterdam , 
1G49 •. in-fol. II. Diald^us (le pro- 
portioîiihus , Copenha<j;ue , iOjj, 
in-fol. ; ouvrage curieux, dont les \i\- 
terlocuteurs sont Eucli;!c, Archiiiiè- 
de , Apollonius , Pappus , Eutocius, 
Tliéon et Hcrmofime. Il s'y trouve 
des paradoxes que le docteur Wallis 



(1) C.f in^iiufrrit étail , rn lyti.î , entre les in^iiu 
df M GriMi<r, Hi Vc»ai, hcrillcT de U Hllo de 
Meibom. l\ roffrait iionr 1.700 fr. .-i D. n rll.ud , 
qui 'e pr'pu» an P. Paciaiidi , bil>lii>llicc^>iri' du duc 
Ile PHriue; mais (l'Iiii-ci n'en roulait d'iriuer que 
4^0 fr. On ij('iore ■ii le marché a rtii conclu i ce prix. 
( Coirftpnndance lie D. BefUiod ^ ^ la Biblio'.Lc({uc 
|>ul>li>jui' de Bewnron. ; 



IMEI 

réfuta dans un traité assez étendu , 
imprimé au i*^"". volume de ses OEti- 
vres. III. Antiquœ musicœ auctoies 
rjj . gr. et lat. cura nntis, Amsterd. , 
Elzcv., i65'^, Vvol, in-4''.j rare. Ce 
recueil contient Aristoxenes, Euclides 
Jntroductio harmonica, Nicoma- 
ci)us, Alypius, Gaudentius , Bac- 
«hius senior et Aristides, avec le t)*-". 
livre ( de Musicd ) de Martianus Ca- 
pella. L'éditeur y ^ joint de savantes 
notes pour éclaircir les passages les 
plus dilliciles. IV. De veteri fabricd 
triremium liber, ibid. , i (17 i , in-4''. , 
fig. Cet ouvrage a été inséré dans le 
t. XI! du Thesaur. antiquitat.Roma- 
nar. J. Schetlèren a publié unecriii- 
que [ F . J. ScuKKFER.) V. L'édition 
des Fies des philosophes,\y.iv Diogè- 
neLaéicc , ibid., i(j()7. ,uvol.in-4"., 
grec et latin. C'est encore la meil- 
leure et la })liis estimée qui ait parr. 
Meibom revit le texte de Diogène , 
avec le ])lus grand soin : il corrigea 
et compléta la version latine d'Aiii- 
broisc le Camaldide; et il se propo- 
sait d'ajouter des notes à celles de 
Ménage et des autres savants ; mais 
s'étant brouillé avec le libraire , il 
n'a donné que quelques remarcpies 
sur le x^. livre qui contient la Vie 
d'Epicure. VI. Vavidispsnlmi mi , 
el totidem sacriT Scripturcv veteris 
Testamenli integ^ra capita , prisco 
hebrœo métro restitiita, ib., 1698, 
in-fol.; c'est un échanlillon de son 
travail sur la Bible, dent il avait 
donné qiiehpies essais, en lO'-jH et 
1G90 ; mais le mauvais accueil qu'il 
reçut des savants l'enipèclia d'en pu- 
blier la suite. VII. La Traduction 
latine du Manuel d'Ejiictète, et du 
Tableau de Ccfbcs , etc. Le roi de 
Danemark fit imprimer cet ouvrage 
à ses frais , et fit présent de la totalité 
de l'édition à Meibom , qui la garda 
jtlus de «piarantc ans dans son ra- 



Linel. Après sa mort, ses heiiliors 
la veiidiient à un libraire; et Adr. 
Reland y joignit une préface et les 
nutesàc Sauiuaise, et la lit paraître 
à Utrecht , 1 7 1 1 , in 4°. V^IH. Une 
édition des Opuscula injthologica, 
pfn sica et ethica { f\ ïhum. Gale, 
XVT , u8(i ) , Amsterdam , 1O88, 
iu-8". IX. Epistola de scriptoribus 
variis musicis. Cc:tc lettre, datée du 
14 avril 1GG7 , est insérée dans le re- 
cucildes Lettres de Marq.Giide, 1097, 
in- 4°- X. Essai de criliijue où l'un 
tâche de montrer en quoi consiste la 
poésie des //ébreiix (dans la Biblio- 
thèfjue univ. et hist. de J. Lcclerc, 
rx, 'i\Ç)-\Ç)i ), 16S8, in-iu. W-s. 
MKÎCHELBEÇK f Charles ), sa- 
vant bénédictin , né dans la Bavièie , 
vers 1G80 , embrassa la vie monas- 
ti<[ue à l'abbaye de Biiren , et s'ap- 
j)li(|ua à l'étude sous la direction du 
P. Pez. Il professa, pendant quolrpie 
temps , la théu!()ç;iedaus dillércnles 
maisons de l'ordre, et fut enfin ap- 
pelé à Freisiuj^en par le prince-évè- 
que , qui le nuninia l'ini de ses con- 
seillers , et le ciiarj;ea de composer 
riiistoire du diocèse, d'après les mo- 
niunents conservés dans sesarcliives , 
dont il lui confia la garde. Il s'ac- 
quitta de cette tache avec succès , et 
mourut le 2 avril 1784 , regretté de 
ses confrères. Indéj)eudamment de 
deux Traités de controverse, en alle- 
mand, Munich, 1709 et 1710 , in- 
8". , on a du P. Meicliell)eck : I. HIs- 
loria Frisingensis ah anno "ji^ , ad 
annum \']'i^ , Au:;sbourg , 17^4- 
•29, 2 vol.in-foi. Cette histoire passe 
pour exacte. Elle est judicieusement 
écrite ; et l'auteur a appuyé son ré- 
cit de plus de quatre cents pièces jus- 
tificatives, pour la plupart inédites , 
qui remplissent le deuxième volume , 
ibid. ,1729 in-fol. II. UneChronique 
abrégée de la ville de Frcisinzen 



?,IEÏ 



1,3 



( en allemand ) , ibid. , 1724 > i»-4°' 
m. Chronicon Benedicto-buranum, 
Augsbourg, 1753 , in-l"ol. Cette his- 
toire de l'abbaye de Benedict-Beu- 
ren , qu'il avait laissée en manuscrit, 
a été publiée par son confrère le P. 
Alj)h. Haideni'eld. D'autres ouvrages 
historiques , non moins iinportaiîls , 
du même auteur , sont demeurés iné- 
dits, W— s. 

MEIER ( JoAcniM ) , savant phi- 
lologue alle;r.and , ué en 16G1 , à 
Perleberg, dans la Marche de Uran- 
debomg, annonça , dès sa jeunesse , 
une grande ardeur pour l'élude et les 
recherches histoiiques. Nommé pro- 
fesseur d'histoireet de droit public au 
gymnasede (lottingue, il remplit cette 
double chaire avec beaucoup de dis- 
tinction, et mourut le x avril 1732. 
On connaît de lui : I. Lelen , etc. i V ie 
de Henri le Lion, duc de Brunswick), 
Leipzig, 1G94, iu-40, U. De vlu- 
ris Fischeris , necnon de Piscinis , 
Piscibus et Piscatoribus memoa- 
bilia quœdam , Gottingue, 169J , 
in-4'*. de 4^ pag. 11 y a donné une 
notice détaillée de tous les horanies 
plus ou moins célèbres, qui ont porté 
en anglais , en allemand ou en latin , 
les noms de Fis/ier, Fischer, ou Pis^ 
caior. III. Disserlatw de patriciis 
gerinanicis , claris Bernhardis et 
Thilombus , necnon de Dranfeldio- 
riim gente , ibid., 1698, in-4°. IV. 
.'Jntiquitates Meierianœ ,e\c. , ibid. , 
1700, in-4°. de 160 pag. C'est uu 
recueil de recherches sur tous les 
personnages connus dans l'histoire 
ou dans les lettres , sous le nom de 
Mayer , Mayr, Meier ou Meyer; il 
en cite trente qui avaient échappé à 
Witten , ou dont ce savant ne fait du 
moins aucune mention dans son Dia- 
riuni biographicum. Rotermund , qui 
ne parle que de ceux qui ont écrit, en 
compte qn lire vingt-dix sous le seul 



î44 WEI 

nom de Moicr, et qiiatrc-viiit^N.six 
sous celui de Mcyer. V . Commenlatio 
de numo quodam aiireo Posthumi 
tjranni in Gallid ; dissertation 
pleine d'érudition sur une médaille 
qui pourrait bien être fausse , selon 
Fabricius. Meier puljlia d'abord cette 
dissertation en allemand, dans les 
Hannov. Monall. yluszùge ( uov. 
ï-you jjjournal qu'il s'était chargé de 
continuer pendant un voyaççe que fit 
J.G. Eckard, sonami. Il la traduisit 
enlatin,ctIafitiraprimeiàGbttingue, 
i-joS, in-8" : elle fut insérée par 
Woltereck dans les Electa rei nu- 
mariœ ; et enfin Meier en donna une 
nouvelle édition augmentée , Goslar , 
17 i3 , in-4''. , avec 4 pi. VI. Dis- 
sert atio de Boioruin migralionibits 
et oriaine , nccnon de claris Buh- 
mevis ^ Gottingue , 1709, 17 10, 
iu-4*'. de 208 pag. VII. Plessiscker, 
etc. ( Les origines et l'antiquité de la 
maison de Plesse ) , Leipzig , 1 7 1 3 , 
in-4".,fig. \\\\. Coqjus jiuis upa- 
nagii et paragii continens scrijito- 
res , qnotr/iwt inveniri potinTuiit , 
qui de apanugin et paragio ex ins- 
tituto egernnt , etc. , Goslar , 1 7^1 1 ; 
Leniç;ow, i7'-i7 , ">. vol. in-fol. Cette 
collection est très -estimée en Alle- 
magne ; on regrette (pie l'édition soit 
déparée par de nombreuses erreurs 
tj'pographiqucs. On doit encore à 
Meier une bonne éHitiou des OJficcs 
de Cicéion , avec un choix des meil- 
leurs commentaires, et ses notes , 
Leipzig, 17'^!, 'i vol. in-8". ; et 
j)liisieuis opuscules moins impor- 
tants. VV — s. 

MEIEROÏTO ( Jean-Henri- 
Louis) naquit, eu i74''''j à Star- 
gard en Poméranie, oii sou père était 
recteur à 1 école calviniste. La recher- 
che des fossiles, dont les environs de 
sa ville natale abondent, lui servit de 
délassement, pendant ses premières 



MEÎ 

études ; et il en conserva toute sa vie un 
goût prononcé pour les connaissan- 
ces physiques. Ses Obse valions sur 
V origine despajs basaltiques, i '"90, 
et celles qu'il a adressées au géogra- 
])he Robert, sur la chaîne de hauteurs 
qui s'étend le long des frontières de 
Julicrs, Liège, Stavelo, Luxembourg, 
Limbourg, etc. (1788) , en font foi. 
La sœur de Meierofto détermina eu 
quelque sorte la carrière qu'il suivit. 
Elle avait autrefois charmé, par des 
contes , les eimuis d'un frère presque 
aveugle : le voyant devenir savant, sa 
curiosité lui en demanda à son tour. 
Elle voulut connaître les Métamor- 
phoses d'Ovide, et ne lui donna point 
de relâche qu'il ne les eût traduites. Il 
traduisit également pour sa sœur les 
plus beaux morceaux de l'Éuéide. 
Ces passe-temps l'attachèrent irré- 
vocablement aux études classiques. 
Dans celte diixction il ne pouvait 
trouver de meilleur guide que son 
père: le maître et l'élève se cliéris- 
saient réciproquement; on s'était pro- 
mis de ne se séparer que le plus tard 
possible. Un événement imprévu en 
disposa autrement : à dix-huit ans, 
Meierotto était grand , bien fait et 
d'une santé robuste. La guerre récla- 
mait des soldats; un chef militaire, 
avant jeté les yeux sur lui, arrêta 
qu'il sciait enrôlé de force. L'exécu- 
tion heureusement fut confiée a un 
officier, ancien élève du père. Celui- 
ci, averti du danger qui menaçait son 
fils , le conduisit a Berlin , ou il 
acheva ses cours au collège Joa- 
chim ; puis à Franci'ort-sur-i'Oder, 
où il obtint l'emploi de sous-bddio- 
thécairederuniversité,donlil tira un 
excellent parti./ll dut se consacrer 
au\ études théologiques; elles étaient 
indispensables : mais elles olFraient 
peu d'attrait à son esprit; et la méla- 
physicpie, sorlc de teigne endémique 



MET 

aux iiniversiU'S d'iVllcmagnc, ne lui 
souriait pas davaiitaj^e : il poursui- 
vait avec d'autant [)Iiisdez(?le l'étude 
critique des anciens. Eu t-j^S, il 
quitta Francfort, pour se charger de 
i'ëducaliondu fils d'un riche financier 
de Berlin : largement défraye, il se vit 
en état de consacrer jusqu'à deux 
mille francs par an à sa bibliothèque. 
Déjà il était désigné pour la première 
place de professeur vacante au collè- 
ge Joachiui: il l'obtint en i^-jS. Trois 
ans après on lui conféra le rectorat 
de ce gymnase aux applaudissements 
de ses plus anciens collègues. Ils sen- 
tirent qu'onavaitbesoiij d'un homme 
fort, actif et ferme. L'exposé de tout 
ce dont cet établissement lui est l'cde- 
vable, et de la manière dont il l'a 
relevé par les saines méthodes d'en- 
seignement qu'il y introduisit, et par 
la vigueur de sa discipline, ne sau- 
rait entrer dans cette notice. Les ta- 
lents et les services de Meierotto fu- 
rent généralement appréciés; et son 
mérite ne resta pas ignoré du roi. 
Frédéric se fit présenter le recteiu- du 
gymnase Joachim , par l'académi- 
cien iVIérian. Dans leur entretien, le 
monarque se plaignit que l'Allemagne 
négligeait les études classiques ; et il 
enjoignit à ses interlocuteurs d'y 
remédier. Le vœu du grand Frédéric 
ne fut pas stérile : mais les rapjjorts 
jicrsonnels du professeur avec ce mo- 
narque, bien qu'infiniment honora- 
bles pour le premier , n'avancèrent en 
aucune manière sa fortune. AAec les 
émoluments de ses diverses places , 
son revenu aniuicl ne s'élevait pas à 
4ooo fr. Il était surchargé de travail: 
désintéressé, bienfaisant et père de 
famille , son attachement pour sa 
patrie l'avait, plus d'une fois, porté 
à refuser les offres qu'on lui faisait 
dans l'étranger, et qui lui promet- 
taient un revenu plus considérable, 
xxviu. 



MEI 



143 



et en même temps plus de loisir qu'il 
n'eu avait à Berlin. Vers la fm de 
1785, le duc de Gotha lui adressa 
des propositions si avantageuses 
qu'il ne put s'empêcher d'en écrire 
au roi. Voici la réponse du monar- 
que: « Cher et particulièrement féal, 
» vous me ferez plaisir de refuser les 
» propositions qui , d'après votre 
» lettre d'hier , vous viennent de 
» Gotha, et de continuer avec votre 
» zèleaccoutumédefaireprospérerlc 
» gymnase Joachimiquc.J'ignoreab- 
» solumenl par quelle raison vous tou- 
» chez quatre cents thalers de moins 
» que votre prédécesseur; je ])reu- 
» cirai des informations , et si un jour 
» il se trouve quelques fonds de dis- 
» pénibles, j'en saisirai l'occasion 
» pour vous faire du bien : comptez 
» sur votre très-gracieux roi, Fredé- 
» rie. » Soit malveillance, soit lési- 
nerie, le chef de l'instruction publi- 
que , le liaron Zedhz , persuada au 
roi qu'il n'y avait point de fonds pour 
améliorer le sortde Meierotto, qui, en 
attendant, sur l'invitation sj)éciale 
du roi, venait de refuser la place de 
Gotha. Il s'en plaignit à Frédéric, 
qui lui fit cette réponse : « D'après 
» l'assurance que je vous ai donnée 
» d'augmenter vos appointements, 
» lorsqu'il y aura occ.ision, je ne 
» puis vous dissimuler que j'ai été 
» fort surpris de recevoir hier une 
» plainte de ce que ma promesse ne 
» s'est pas accomplie encore : je vous 
» croyais une meilleure connaissance 
» du monde, et plus d'expérience 
» que vous ne montrez , puisque vous 
» ne concevez pas qu'on n'a pas tou- 
» jours de l'argent sous sa main, et 
» qu'un chacun , n'importe de (piel 
» état , doit attendre patiemment 
» qu'on puisse venir à son secours. 
» Je vous invite donc de nouveau à 
» prendre patience. » 11 s'agissait de 



t46 MEI 

douze à quinze cents francs que le roi 
ne pouvdit pas trouver; et il avait 
cinq cents millions dans ses coffres II 
L'a llaire devint publiqic; Berlin s'in- 
téressait vivement à ÎMeierotto. Le 
monarque si riche, et si près de sa 
tombe , fut accuse' d'avarice. Li con- 
duite de Zcdliz parut révoltante ; 
cependant il ne serait rien résulté 
de foutes CCS clameurs, si le prince 
qui devait bientôt succéder au vieux 
Frédéric , n'avait pas pris le parti de 
Meiorotto. Par déférence pour les 
sentiments de l'héritier présomptif, 
le baron Zedliz consentit .1 augmen- 
ter de '200 thalers les appointements 
du professeur. Frédéric - Guillaume 
étant, bientôt après, monte sur le 
trône, Meierotto fut nommé membre 
de l'académie, du consistoire et du 
conseil suprême des écoles: enfin un 
le mit, sous le ra])poit de la fortune, 
dans une position fort convenable; 
et quant au «gymnase qu'il dirigeait , 
on lui accorda , avec une libéralité 
vraiment royale, tout ce qui était 
nécessaire au pcrfectiounenicnt de 
cette école. Il jouit de ces faveurs, 
jusqu'en septembre 1800. A cette 
époque il revenait d'un pénible voya- 
ge, entrepris pour visiter les écoles 
de la Pologne et de la Silésic, lors- 
qu'il mourut presque subitement. 
L'ouvrage «jui a établi sa réputation 
littéraire, est celui qui a pour titre : 
Des mœms et de la vie sociale des 
Jîoiiiûins aux difjéi entes époques de 
la répuhliqae , 2 vol. , Berlin , 1776. 
L'expérience des passions politiques 
que le continent de l'Europe a ac- 
quise depuis la publication de cet ou- 
vrage, y apporterait quelques modili- 
catioDS ; du reste il présenleun tableau 
d'iuie justesse et d'une fidélité re- 
marquables. \j Histoire de V éduca- 
tion de la jeunesse romaine , Berlin , 
a 7 78 ; et la Langue d'un peuple re- 



MEI 

présentant sa manière de penser et 
sa moralité , 1 798 , sont deux écrits 
qui se lient naturellement à celui 
que nous venons de ciler, Meierotto a 
composé aussi en allemand diffé- 
rents ouvrages élémentaires. Quant 
à ses productions latines , elles sont 
en grand nombre. Nous nous con- 
tenterons d'indiquer : L Ciceronis 
F^ila ex oratoris scriptis exceipta , 
in-8"., 1783-8. 11. De rébus ad 
auctores ipiosdam classicos / erti- 
nenlihus dubia, viro eximin Heyne 
proponit , Berlin, 1785. Heyne eu 
profita dans ses éditions postérieures 
de Virgile. III. Graminaùca latina 
in exemplis , tironum in re^io Joa- 
chimico usai exhibila, 1780, 1 vol. 
in-8°. IV. Unefoulede programmes, 
de dissertations , de mémoires qui 
ont été imprimés séparément, ou 
insérés dans les IMémoires de l'a- 
démie de Berlin. Oiielipies-uiis de 
ces mémoires traitent des sources 
où les historiens, tels qu'Hérodote, 
Thucydide, Titc-Live , Salluste , 
Tacite, ont puisé. De plus amples 
renseignements se trouvent dans la 
Vie de Meierotto, par Léopold Brunn, 
Berlin, 1802, in 8**. (en allemand.) 

O— R. 

MEIGRET (Louis) célèbre gram- 
mairien du xvi*'. siècle, naquit à 
Lyon, et vint se fixer à Paris, où il pu- 
blia, depuis 1 5.40 jusqu'en iS)8, di- 
vers ouvrages sur notre langue, et plu- 
sieurs traductions, soit du grec , soit 
du latin , qiù le firent estimer. Après 
avoir débuté \yA\' traduire le second 
livre de Pline le Jeune, il se signala, 
en i54'^, par un Traité touchant le 
commun usage de l'escriture fran 
coise , auquel est dé'iattu desj'auU 
tes et abus en la vraje et ancienne 
puissance des lettres , in-4''. de 5(3 
pag. non chiffrées. Ce traité fit beau- 
coup de bruitj et eut des partisans et 



flfS atlversairos. L'auteur y voulut 
introduire une oitliograplie eiilièio- 
ment conforme à la prononcialion. 
Ij'année suivante , parut la Trans- 
lation de langue latine en fran- 
çojse lies septiesme et Imiliesnie 
Hures de Plinius secundus, faicte 
par Lors Meii^ret , Paris, 'Jehan 
Longis, 1543. C'est un petit in-8"', 
de cxxxv fouillels, plus une epître 
de 1 1 pag. aux lecteurs , une table de 
8 et un piivilege de 3 ])ac;. non nu- 
mérotées. Gomme le P. Niceron, dans 
le eatalogue qu'il donne des ouvrae;es 
de Meigret, au nombre de seize, ne 
parle point de celui-ei , et que ce livre 
ne se trouve dans aucune des biblio- 
thèques publiques de Paris , nous 
lerons remarfjuer que le priviléf;e 
porte: «Considérant que nous avons 
« ia retenu et lait deux noz impri- 
» meurs l'un en la langue grecque , 
» et l'aultre eu la latine ; ne voulants 
» moins faire d'honneur a la nostie 
» qu'aux dictes deux aultres langues, 
« auons retenu et retenons par ces 
» présentes , Denis lanot, nostre i.'u- 
» primeur en la dicte langue françoy- 
» se , pour doresuauant imprimer 
» bien et deuement en bon caractère 
») et le plus corrcctenunt que faire se 
» pourra, les liures qui sont et se- 
» ront composez , et qu'il pourra 
») recouurer eu la dicte langue, aprcz 
» toutes fois qu'ils auront esté bien 
» deuement et suftlsaïament veuz et 
» visitez , et trouuez bons et non 
» scandaleux. Donné à Paris, le dou- 
» ziesme iour d'apuril, l'an de grâce 
» 1543. » Nous avons cru devoir 
donner ici cet extrait comme une 
nouvelle preuve de l'amour de Fran- 
çois I*^^' . pour notre langue. IMcigret, 
^ausl'épitre qui précède cette Trans- 
lation des ■y'", et 8". liiTes de Pline, 
dit « qu'il les a escriz d'une escri- 
» ture telle que requiert la prouou- 



» ciation françoyse , en remettaiit 
» chascune lettre en sa vrave puis- 
» sauce , mais que lorsqu'il s'est 
» adressé à l'imprimeur à la requeste 
» duquel il s'estait mis depuis plus 
» de douze ans à rechercher la ray- 
» son de bien escrire , il le trouua 
» merueilleusemenl changé et refroi- 
5) dy pour sa nouveauté, le sarovs 
» toutes fuis volenliers , conlinue-t- 
» il , ])ourquoi il ne nous est auiour- 
» d'Iiuy autant loysiblc de changer 
» nostre façon d'escrirc, selon que 
» la prononciation se change, comme 
» il a esté à ceux qui en changeant 
» l'escriture ancienne ont escrit les 
» hommes pour Ir lioms. Il ajoute 
» que la raison et conscience le lor- 
» cent de confesser que s'il eût pu 
■>■> entretenir une imprimerie à ses 
» gages , il eût pri^féré la vérité à 
» toutes calomnies et corroux , te- 
» nant pour certain qu'elle aura à la 
» longue quelque autorité pour cstre 
» reçue, si non de tous , à tout le 
» moins de la ])lus saine partie. » 
Duclosdisait aussi , en i •^54 : « Lors- 
que celte réforme sera faite , car 
elle se fera, on ne croira pas qu'elle 
ait pu éprouver de la contradiction» ; 
et d'Alembert a répété depuis , en 
pleine académie , qu'elle sera adop- 
tée un jour , quand le bon sens aura 
enfin secouélejougdcce tyran qu'on 
nomme l'usage. Il v eut une deuxiè- 
me édition du Traité dr l'escriture 
j'rancojse ^ en i54j. C'est un petit 
in-8". , imprimé en caractères itali- 
ques, mais toujours avec l'ancienne 
orthographe. Ce nefut que trois an* 
après, que Wecliel consentit à impri- 
merie Menleurow la traduction faite 
par Mcigret , de V Incrédule de 
Lucien, avec une écriture q'adrant 
à la prolacion françoeze. C'est un 
in-4*'. eu caractères italique? , fon- 
dus exprès , de 09 pag. , dont l'cpître 
10.. 



lîS 



MEI 



aux lecteurs, qui va jusqu'à la paç;e 
129 , teud à justifier cette nouvelle; or- 
lliographe. Eu i55o, il publia sou 
Trètté de la graminère fraiwoèze , 
imprimeen caractères romains, l"o);- 
dus d'après sou système. Ce fut alors 
que Jac, Pelelier publia ses Dialo- 
gues de l'ortograje e prononciacion 
J'rancoèze , avec une apologie à 
/iOys Meigret, Poitiers, i55o, iu- 
8*^. 11 partageait bien le sentimeut 
de notre grammairien , qu'il faut 
écrire comme on parle ; mais il ne 
s'accordait pas avec lui dans l'exe'- 
cution. Quoiqu'il eût congratule Mei- 
gret, celui-ci fit de suite une réponse 
à cette apologie, et ne ménagea guère 
l'auteur. Guillaume des Autels , dès 
1548, avait oppose au système de 
Meigret, un Traité louchant l'an- 
cienne écriture de la langue fran- 
çaise. INIeigret lui répondit fort du- 
rement dans ses Défenses tow^hant 
son orthographie francoèze, contre 
les censures et calomnies de Glao- 
malis et de ses adhérans. Des Au- 
tels publia l'aune'e suivante une Ré- 
plique aux faneuses défenses de 
Louis Meigret , Lyon , 1 55 1 , et 
s'attira une réponse encore ])lus du- 
re, sous ce titre : Réponse à la de- 
zesperée repliqe de Glaomalis de 
Vezelet , transformé en Gjllaome 
des Aotels. Tons ces ouvrages de 
Meigret, sont impriijie's selon son 
orthographe. 11 laisse en leur entier 
les lettres faire leur devoir envers la 
prononciation. Il marque d'un ac- 
cent aigu toutes les voyelles longues , 
et retranclie toutes les lettres qui 
servaient à représenter la quantité'. 
Notre reformateur a aussi diversifie' 
\è ouvert de l'e clos. Il est vrai qu'il 
n'a pas employé' à cet effet l'accent 
grave: il ne le pouvait point, puis- 
qu'il réservait l'emplacement du des- 
sus de la lettre pour y marquer la 



MEI 

quantité; mais il ajouta une ce'dilîe A 
Ve , pour en faire un è. C'est encore 
à lui que nous sommes redevables do 
cette cédille qu'il emprunta des Es- 
pagnols, pour distinguer znrtco/i de 
Mdcon. On a fait l'honneur à Ramus 
d'aA'oir introduit ley et le v. Sa gram- 
maire n'a paru f[ue vingt ans après 
que Meigret avait dit: « J'ai diversifié 
» i consonantc de Vi vovcllc , par 
j) nue proportion double de Vi , d'au- 
» tant ([ue c'est une prolacion cjuasi 
» double, et je l'appelle//; » et on 
le trouve dans ses écrits , tel ([ue nous 
le formons aujourd'hui. Il ajoute : 
« J'eusse aussi volontiers donné 
» ordre à '-Vu consonante , par un 
» point ventral, mais ce sera avec le 
» temps. « S'il n'a point tenu parole, 
il a au moins indiqué cette réforme; 
et Ramus ne nous a donné que le v , 
quoi qu'en dise Papillon dans les Mé- 
moires de Desmolets. « Au regard 
» de l c\n molles ou mouillées, il les 
» laisse aussi jusqu'à un autre temps , 
» craignant de donner fascherie et 
» trop de peine pour le commence- 
» ment, combien que ce soit une 
» chose bien étrange d'assembler ign 
w et ///, pour 71 et l molles. » II ef- 
fectua deux ans après dans sa gram- 
maire cette réforme , en mettant un 
trait horizontal au dessus del'M, com- 
me font les Espagnols , et un crochet 
au haut do 1'/. Il voulait aussi admet- 
tre la cédille sous le c , lorsqu'après 
cette lettre Vli n'est pas aspirée; et 
distinguer archevêque de archiépis- 
copal dans l'écriture, comme dans la 
prononciation. Il retranchait encore 
Vu dans éqltable , pour qu'on ne le 
prononçât point dans ce mot, com- 
me dans celui d'équestre. Il soutient 
que le t doit toujours sonner devant 
un t , comme devant Va, et qu'il con- 
vient d'écrire nous portions nos por- 
cions. Ne pouvant épuiser ici tout son 



»ÎE1 

système, nous avertirons pourtant 
qu'il rclrauclieune dos deux conson- 
nes doubles, quand il n'y en a qu'une 
qui sonne, et même la "lettre n dans 
qucl({ues troisièmes personnes du plu- 
riel où elle n'est point prononcée. 
Quoiipie Pelelier, Joubert et Ramus 
l'aient imite en retranchant aussi 
cette n, on ne peut disconvenir qu'il 
attaquait en cela les principes de no- 
ti'C langue. Ainsi Des Autels a eu rai- 
son, dans le temps, défaire un repro- 
che à Meigret de l'avoir retranclic'e , 
quoique celui-ci eût eu soin de la 
suppléer par un accent qui marquait 
la longueur de la syllabe , attention 
que n'a pas eue Ramus. Ce qui a 
nui à Meigret , c*est qu'il s'est trop 
complu dans sa reforme. Lorsqu'il 
publia sa traduction de V Incrédule 
de Lucien^ 9.2. lettres ou environ 
lui suflisaicnt pour son système ; 
et deux ans après , dans sa Gram- 
maire., il en admet 27 à 28. Flori- 
mond, dans sa Brièue doctrine pour 
duement escripre selon la propriété 
du langaige J rancoys, en if)33, s'é 
tait servi , pour la première fois , de 
l'apostrophe , et avait dit qu'il serait 
bon que les imprimeurs la notassent 
doresnavant ; mais il l'avait restreinte 
à quelques monosyllabes, ainsi que 
Dolet l'enseigna depuis, eu i54i , 
dans son Traité des accents , et tel 
que nous le pratiquons aujourd'hui. 
Aussi cette doctrine fut tellement 
accueillie , que Meigret déclare , en 
1 54^* , « qu'elle est ja reçue en l'im- 
» primerie , comme bien nécessaire 
» pour éviter surperfluitc de lettres; 
» mais il lui semble que cette rcs- 
y> triction aux monosyllabes n'est 
« ([u'un chastouillement, et qu'elle 
» n'atteint point au vif. » Il fait eu 
consé pience nîain basse sur Ve muet 
à la fin de tous les mots oi!i il le 
trouve , et il écrit , un^ ami' enticT 



IVIEî 



i49 



aiin d'un perfet' amour. Aussi Des 
Autels lui reproclie-t-il « qu'il dif- 
forme l'escrilurc par innumerablcs 
et inulilesa]K)strophes. «Etienne Pas- 
qnier se plaint aussi de ce que IMci- 
gret , voulant rendre notre écriture 
plus lisible, avait fait qu'on ne pou- 
vait point le lire lui-même. Il est 
certain qu'en voulant tout réformer 
à la fois , il imposait une trop forte 
tâche à ses contemporains. Depuis le 
début de notre auteur dans la litté- 
rature, jusqu'en i, 548, on pouvait 
compter les années par le nombre de 
ses ouvrages; mais , en i549, ^^ ^^^ 
fit rien paraître. Les invectives mê- 
mes de Des Autels , qui venait de le 
censurer, ne purent le distraire du 
travail immense dont il était alors 
tout occupé. Ce ne fut qu'on ijfio , 
que Chrct. Wechel put imprimer le 
Trètté de la Grammere francoeze 
f et par Lojs Megret , \^3 feuillets 
in-4''. C'est la première grammaire 
française qui ait été publiée dans 
notre la/igue. Il en avait paru deux, 
vingt ans auparavant : l'une fut im- 
primée à Londres sur la lin de 1 53o 
( r. Palsgrave ) : l'autre est de .Tac- 
(pics Dubois, ou Sylvius, qui publia 
la sienne eu latin, à Paris, un ou deux 
mois plus lard, le vu des ides de 
janvier 1 53 1 . Ce savant sentant l'in- 
sufbsance de notre alj)habet , a mis 
cntctede son Introduction à la lan- 
gue française ( In linguani gallicam 
Isagage { 1 ) un tableau des lettres de 
notre alphabet , qu'il accompagne 
d'accents, de traits d'union , de let- 
tres surécrites , dont rien n'est resté 
dans notre écriture que l'accent aigu 
sur Vé fermé. C'est le premier qui 
ait été introduit dans notre orllio- 



^i) CeltP introdiicliou comprend 89 pag. ; la gr-);n- 
Tuaire françoiseen latin, Gi'aininnlicn Latir.o ^'liiti tt^ 
commence '1 la pa^c f)o. et finit à la i5y^. ; «'est ua 
in-4". , <it Jté à la reine Eléouoce. 



i3o ME! 

p;raplic, et précisément d,in.s ce li- 
vre. Il est vrai qu'il se servit aussi de 
l'accent grave; mais ce l'ut pour de- 
signer notre e bref ou muet, ce qui 
était assez inconvenant. Quant à l'è 
grave, il le surligna horizontale- 
ment^ ce qui n'a pas e'te' adopte. Ou 
doit cependant lui tenir compte d'a- 
voir voulu l'aire distinguer dans no- 
tre e'criture trois sortes d'e ; mais ils 
avaient été connus avant Ini. Geof- 
froy Tory, de Bourges, dans son 
Chamjy-Fleury ^'\vai^x\vn.é ^ en i52g, 
et dans lequel , par parenthèse , on 
ne trouve aiicnnesortcd'acccnts , dit : 
e a trois divers sons en prononcia- 
tion et ri I lime Françoise; et il cite l'au- 
teur du livre dn leu des échecs , qui 
s'en était explique formellement dans 
le siècle précédent, et en avait donné 
pour exemple le mot étoile, qu'on 
prononçait alors ètelé. Quant à Yi et 
à Vu, Sylvius les fait suivre d'un 
tiret, lorsqu'ils sont consonnes , ce 
qui n'a pas été admis, non plus que 
SCS lettres surlignées. Mais s'il n'a 
pas été heureux dans ses inven- 
tions orthographiques , il ne rac- 
lile pas moins des éloges pour avoir 
publié la preraièregraminaire qui ait 
paru en France sur notre langue , 
lorsqu'on ne se doutait même pas 
que celle-ci eût ses princi|)es. Au 
reste, Sylvius ignorait que Paisgrave 
écrivît alursunc grammairesur notre 
langue, en Angleterre; et il est dou- 
teux que Meigrct ait connu celle de 
Sylvius , ])uisque, pour marquer les 
voyelles longues , il se sert de l'ac- 
cent aigu , que celui-ci met sur Vé 
fermé, et que cet accent est la seule 
chose qui se rencontre dans les deux 
systèmes. Meigret est le premier qui 
ait avancé que la langue j'rancoeze 
ne connaît point de cas, parce que 
les noms francoes ne changent point 
k'urjin. S'U iutcrprèie ainsi le mot 



MEi 

casus , il a raison ; mais si l'on ad- 
met qu'U signilie la circonstance, le 
cas dans lequel un nom est em- 
ployé dans une phrase , comme nous 
croyons l'avoir démontré il ya vingt 
ans à l'Institut, d'à près Varron,Quin- 
tilien , et surtout Priscien qui dit : 
Casiis siint non vocis sed significa- 
tionis ; peut-être Meigrct s'cst-il trom- 
pé. Il commence par reconnaître que 
nous avons en notre langue des voca- 
bles que le latin ni le grec ne sau- 
raient écrire par leurs caractères; et 
il fait un alphabet de ces lettres, ea 
les classant par ordre selon leur afll- 
nité. Il met en tète les voyelles, puis 
les cnnsonantcs , commençant par 
les labiales b , p , /", ph,v , etc. ; 
ainsi , cet oi-dre convenable des let- 
ties que l'on a admiré , il y a cent 
soixante ans , dans la grammaire 
raisonnéedes savants de Port-Royal, 
est dû à la sagacité et au travail de 
notre grammairien. Il entre dans de 
grands détails sur le genre des noms , 
et termine en disant : Ceux en u , 
comme fétu , sont du masculin , ex- 
cepté vet'tu ; aussi signi(ie-t-il qua- 
lité et non substance. Il définit la 
tierce -personne , celle de qui l'on 
jiarle , sans lui adresser la parole^ 
ilélinition plus exacte que celle de 
Porl-Iloyal. « Le verbe signifie ac- 
» tion ou passion , avec temps et 
« modes ; et combien que le verbe 
» substantif ei/e ne signifie point ac- 
M tion ne passion , il est toutefois si 
» nécessaire à toutes actions et pas- 
}) sions, que nous ne trouverons ver- 
» lies qui ne se j)uissent résoudre j)ar 
» lui , parce (|ue toute action ou pas- 
» sion requiert existence. » Cette dé- 
finition fut adoptée cent ans après , 
jtar Lancelot , dans les premières 
éditions de sa Piléthode latine , et 
vaut bien toutes celles qu'on nous a 
duiuicts depuis. Quelques-uns vou- 



MET 

laieiit que l'on déclinât toujours le 
participe , et que l'on écrivît de 
incme le mot lue dans ces phrases : 
J'ai lu une lettre , et la lettre que 
j'ai lue. Notre auteur combat cette 
opinion avec une excellente dialec- 
tique et beaucoup de jn-j^emeut. Il 
reconnaît , comme Tory et Sylvius, 
quatre conjugaisons, et met celle qiu 
est terminée en ir , la (piatrième , 
comme ont fait tous les grammairiens 
du seizième siècle. « L'accent ou ton 
)) en prononciation est une loi ou 
y> règle certaine, pour élever o'.iabais- 
» ser cliacune syllabe , et combien 
» que cette doctrine semblera bien 
» nouvelle au pur l'rançois , si est- 
« elle de telle conser|uence , que si 
\> (juel qu'un ne' l'observe , l'oreille 
» tVançoise s'en mécontentera. )>Pour 
commencer à défricher celte doc- 
trine , il consacre quatorze pages à 
ce chapitre des accents ou tons des 
syllabes, dans lesquels il donne vingt- 
quatre exemples qu'il a fait noter en 
musique, depuis les monosyllabes 
jusqu'à un mot de douze syllabes 
qu'il forge exprès. Il compare sou- 
vent la parole au chant ; et il paraît 
(pi'il était bon musicien et qu'il avait 
l'oreille très-dèlicate. Aussi passa-l-il 
pour un des meilleurs èciivains de 
son siècle; ce que l'on croira facile- 
ment , si l'on consiilèic que les écrits 
dont nous venons de tirer ces extraits 
oui deux cent soixante dix ans. Qui 
croirait que Goujet, dans sa Biblio- 
thèque française , ait pu avancer 
qu'il n'a rien dit des grammaires de 
Louis IMeigret et de Jacques Dubois , 
parce qu'elles sont si mauvaises , 
qu'on ne peut en supporter la lecture, 
même de quelques pages ! Il ajoute 
qu'en i558 , Robert Estienne en ira- 
]jrima une qui est claire , assez mé- 
thodique , et qui lui fit honneur, 
taudis ipie ce mêiuc Robert Es tienne, 



MEI i5i 

en fête de cette grammaire, avertit 
le lecteur « qu'il a diligemment leu 
» les deux susdits autheurs , qui pour 
» certain ont traité doctement pour 
» la plupart ce q l'ils avaient entre- 
» pris , et qu'il a fait un recueil prin- 
» cipalement de ce qu'il a vu accor- 
))der à ce qu'il a le temps passé ap- 
» prins des plus savants en nostre 
» langue. » Nous pouvons assurer 
qu'on ne trouve rien dans la gram- 
maire d'Estienne qui ne soit dans 
Svlvi''S ou dans Mcigre!. Le chapitre 
De larnutationdes lettres des mots 
latins faits français , qui forme 
près du quart de l'ouvrage , est tota- 
lement extrait de l'Introduction à la 
langue française de Sylvius. Ce sont 
proprement les racines latines du 
français. Le marquis de Paulmy dit 
que nos grammaiiiens modernes y 
trouveraient bien des insiruclions ; 
et c'est une vérité. Quant à la gram- 
maire de Meigret, il lui paraît qu'elle 
mérite plus d'attention ([ue (-elle de 
Sylvius , qu'elle est plus étendue et 
pius intelligib'e. jNous convenons 
qu'elle est mieux conçue, mieux rai- 
sonnée , et une des plus complètes que 
nous avons ; mais celle de Sylvius 
est d'un latin très-clair et très-pur. 
P. de la Ramée , qui est sans doute 
juge compétent en matière de gram- 
maire , dit , dans la ])réface de la 
sienne , que « la conduite de ceste 
» œuvre plus haute et plus raagni- 
» (ique , et de plus riche et diverse 
» étotîe , est propre à Eouis Mei- 
» gret. » Quant à l'orthographe , 
Meigret , dit le marquis de Paulmy , 
tome XIX de ses Mélanges ^ est par- 
venu à l'honneur de faire ime secte ; 
ses disciples ont été nommés Mégré- 
tistes , et l'on peut dire qu'elle s'est 
relevée de nos jours. En eftét, le 
célèbre académicien , l'abbé de Dan- 
geau , dans sa Lettre sur l'ortho- 



i53 MEI 

graphe à M. de Pontcliartraiu , qui 
parut en iGgS, ne propose d'autres 
changements que ceux qu'avait in- 
diqués Meigret. Pendant trente-six 
années consécutives , il ne cessa de 
défendre ce système eu pleine aca- 
démie , et se montra constamment le 
zélé partisan de cette utile réforme. 
Il voulut lui-même l'enseigner à l'é- 
lite de la noblesse française, et admit 
Duclos parmi ses élèves. Celui-ci ne 
manqua jias de puljlier , dans ses 
notes sur la Grammaire raisonnécde 
Port-Royal , toute la doctrine de son 
maître , (jui n'était autre que celle de 
Meigret. D'im autre coté , Bufiier , 
l'abbé de Saint-Pierre , Girard, Du- 
marsais , Voltaire, Beauzée , Wailly, 
ayant plus ou moins complètement 
professé cette même doctrine , elle 
lit tant de prosélytes , que l'acadé- 
mie , qui, eu i-yiS, avait déjà un 
peu faibli dans la deuxième édition 
de son Dictionnaire , fut obligée clans 
la troisième , en 1 740 -, de proclamer 
ce principe de Meigret, que le chan- 
gement qui sunient dans la pronon- 
ciation d'un tenue, doit en opérer 
un autre dans la manière d'écrire ; 
et elle a enfin retranché le b d'ob- 
meltre, le d A'adjouter, en un mot, 
les lettres oiseuses qui ne se pronon- 
cent point , comme Vaugelas l'avait 
demandé précisément cent ans au- 
paravant. En i7G:>, , loin de dis- 
puter le terrain , elle avoua que Vu- 
sage s'était prononcé^ et fit dans sa 
quatrième édition , sous la plume de 
Duclos , plus de dix mille correc- 
tions. Enlin , elle vient tout récem- 
ment de consacrer le même 2)rincipe, 
rn délibérant que dans la prochaine 
édition de son Dictionnaire, on im- 
primerait devoir , et je devais ; un 
endroit , et il voudrait ^ la paroisse , 
et (\[^C\\ paraisse , suivant la pronon- 
ciation d'aujourd'hui. B — jnd. 



MEI 

MEILHAN. F. Senac. 

MEILLERAIE ( Charles de La 
Porte , duc de la ), pair et maré- 
chal de France , était petit-fils d'un 
riche apothicaire de Parthenay , en 
Poitou. Élevé par son père dans les 
principes delà réforme, il les aban- 
donna dans la suite. Il avait reçu de 
la nature les qualités les plus bril- 
lantes ; et il dut la rapidité de son 
avancement, autant à son propre 
mérite , qu'à la protection du cardi- 
nal de Richelieu , son cousin-ger- 
main. 11 se signala, eu 1629, dans 
les guerres de Piémont , à l'attaque 
du Pas-de-Suzc, et, en iG3o, au 
combat de Carignan. Après le siège 
de La Molhe , en Lorraine , où il 
avait donné des preuves de beaucoup 
d'intelligence et de sang-froid , il fut 
nommé grand-maître de l'artillerie 
de France. Il servit, en cette qualité, 
dans les guerres du comté de Bour- 
gogne et des Pays-Bas ; et il reçut le 
])âton de maréchal, eu i63r), des 
mains du roi (i), sur la brèche de 
Hesdin. 11 défit , en 1640, l'armée 
espagnole commandée par le mar-' 
quis de Fuentes , et contribua ainsi 
à la réduction d'Arras : il prit , l'an- 
née suivante , trois places impor- 
tantes , Aire, La Bassée et Bapaume ; 
et nommé, en 1642, commandant 
de l'armée qui devait entrer dans le 
Roussillon , il soimiit la plus grande 
partie de cette province en peu de 
mois. 11 fut employé, eu 1644, dans 



(t^ Lmiis XIII prit une cniiiie , et dit, Pn la pre'- 
seubiut ù La Mcilleraie ; u Je Ton^ fais maréchal de 
» Fr.iiicc. Voilà le bâton (|uc je vous en donne ; les 
>» scrvires que vous lu'ave?. rendas m'obligent à cela : 
ji vous continuer' 7, il ïne bien servir. » Le nouveau 
maréchal répondit qu'il n'était pas digne de cet hon- 
neur : « 'i'rëve de coinplinienls, reprit le roi , je n'ai 
» jamais fait un maréchal de meilleur c<enrqut- vous.» 
Vov. le Dictionn. portatif des fàils et liils tnémoia- 
hles de l'histoire , tom. j'i , art. L\ MeiM.EBAIE, 
où par une distraction inconcrvible on confond per- 
]>rtnellenient Ce graud Capitaine avec son fijs, :e duC 
de Mazariu. 



MET 

les Pays-Bas, sous les ordres du 
duc d'Orléans : au sie'gc de Gravc- 
liucs , il eut une dispute Ircs-vive 
avecle maréchal de Gassion, à qui 
prendrait possession de la ville; mais 
le prince la termina cn/lecidaut que 
c'était le droit ihi régiment des gardes 
que La Mcillcraie commandait. En- 
voyé' en Italie, en 1G4O, il prit 
Porto- Longone et Piombino; et il 
Lâta ainsi la conclusion de la paix, 
avec la cour de Rome. Il remplaça , 
on 1G48, d'Emcry, dans la charge 
de surinfendant des finances ( /', 
Emeky, XIII , 1 15 ). Il avait, dit 
Voltaire, la probité de Sully, mais 
non pas ses ressources ; il taxa les 
financiers et les traitants , dont la 
plupart firent banqueroute , et aban- 
donna la surintendance en 1649. ^-''^ 
Meilleraie avait des connaissances 
plus étendues qu'on ne le supposerait : 
il aimait Descaries , et il se chargea 
([uelqiie temps de lui faire toucher sa 
pension en Hollande. Comme mili- 
taire , il concevait rapidement les 
meilleures dispositions , et les exécu- 
tait de même ; il maintenait parmi 
les soldats la plus sévère discipline , 
et donnait l'exemple de* la patience 
et de la sobriété; enfin ou le consi- 
dérait comme le meilleur général de 
son temps pour les sièges. 11 mourut à 
l'Arsenal, a Paris , le 8 février iG64, 
à l'âge de soixante-deux ans. Il avait 
été marie deux fois. Son fils unique 
épousa la fameuse Hortense Mancini, 
nièce du cardinal Mazarin , dont il 
prit le nom et les armes ( F. Man- 
cini , XXVI , 45^- ). Le portrait de 
La Meilleraie a été gravé plusieurs 
fois , in-fol. et in- 4". , et fait partie 
des collections de INIoncornet, Odicu- 
vre, etc. Perrault lui a consacré une 
courte notice dans le recueil des 
I Hommes illustres du dix-septième 
' siècle. W — s. ' 



MEÎ 



liy'i 



MEIMENDY ( Kuodjaii Aumed 
Ibn Haçan , surnommé Al ) , fut 
ainsi nommé, parce qu'il était natif 
de la ville de Meïmend , dans le 
Khoraçan : il fut vézyr du céU'bre 
Mahmoud , sulthan de Ghazna ( /'. 
]M Ail MOUD , XX\I, iC'S ) , après 
Aboul Abbas Fadhl , dont le carac- 
tère violent avait tellement indisposé 
ce prince , qu'en le déj)0sant , il l'a- 
vait abandonné à la vengeance de ses 
ennemis. Méimeudy , homme d'un 
mérite supérieur, fut alors promu à 
cette charge, qu'il remplit avec dis- 
tinction pendant dix-huit ans: il fut 
le protecteur déclaré des gens de let- 
tres , et surtout de l'illustre poète 
Ferdonçy , qu'il introduisit à la cour 
de Mahmoud. Ce ministre jouit long- 
temps d'un grand crédit auprès de 
son souverain. Mais ses envieux, à la 
tète desquels figuraient Altoun Tasch , 
gouverneur du Kharizrae et généra- 
lissime du sulthan , et Ilouzenk Mi- 
kal , compagnon et ami d'enfance de 
ce prince, firent tous leurs eiï'orls 
pour perdre Méimendy, qu'ils accu- 
sèrent de malversations. Soutenu par 
la sidlhane Haram-Nour , première 
femme de Mahmoud , et fille d'Ilek 
Khan, roi du Turkestan , princesse 
à qui sa naissance et sa rare beauté 
avaient donné beaucoup d'empire 
sur l'esprit de son époux, le vézyr 
déjoua les intrigues de ses e/me- 
mis, et confondit leurs calomnies. 
Mais, après la mort de sa protec- 
trice, il ne put leur résister plus 
long-temps. Il fut destitué , relégué 
dans une forteresse de l'Indoustau, 
et remplacé par Houzenk INIikal , 
homme , d'ailleurs , doux et allable, 
mais qui n'avait point la capacité 
nécessaire pour remplir les pénibles 
fonctions du vézyriat.Dans la suite, 
lesulthanMas'oud, fils de Mahmoud, 
rendit la liberté et les sceaux de l'em- 



ifil 



ÎIEI 



pire à Meimendy, qiii ne les ron- 
hcrva que trois ans , et mourut Triii 
de riicgi'-e 4'î4 (io33). A — t. 

MEINDAKTZ ( Pieere-Je^n ), 
archevêque d'Utrecht, ne' à Grouin- 
p;ue , le 7 novembre 1684, d'une 
famille catholique , fit ses études 
daus cette ville , à Maliues et à Lou- 
vain. Comme il était altarhé à la 
cause de Codde et de ses adhérents 
( F. Codde ) , il eut peine a trouver 
un c'vcque qui Aonhll lui conférer les 
ordres; et il fut oblige de p.isscr , eu 
ï 7 1 G, en Irlande, où Lue Fagan, e'vc- 
que de Mcath , et depuis archevêque 
de Dublin, l'ordonna, lui et onze 
autres jeunes Hollandais, qui étaient 
dans le même cas. A son retour , il 
fut fait pasteur de Leuwardeu , en 
Frise. Le 2. juillet i73(), on l'élut 
archevêque d'Utrecht. Ceux qui 
avaient perle ce titre avant lui , 
avaient tous e'te frappe's de censures 
par le Sainf-Sicge. IMcindarts n'eu 
fut point intimide, et se fit sacrer 
par Varlet , êvcquc de Rabylone, re- 
tire en Hollande , et qui fut le prin- 
cipal fauteur du schisme. Clément 
XII et Benoît XIV s'élevèrent con- 
tre l'élection et la consécration de 
Mcindarts, par des brefs dont celui- 
ci appela au futur concile, suivai.t 
l'usage établi dans reparti; puis, 
pour mieux consolider sa petite 
église , il sacra successivement des 
cvcques pour Harlem et pourDcven- 
ter, sie'ges éteints depuis long-temps, 
et qu'il fît revivre de son autorité. 
Ces actes lui attirèrerit de nou- 
veaux reproches et de nouvelles 
censures , qu'il méprisa également. 
Mcindarts pub'ia plusieurs écrits 
pour sa justification , un Mémoiie 
in-4°. , en 1744? joint à son acte 
d'appel ; une Lettre sur les ajfdres 
deV Eglise , d» 4 novembre 17,55 , 
in- 1-2 ; une Lt^Urc à Benoît XI F , 



MEI 

du i3 février 1758, qui fut aussi 
iiujiriuiée; un Mandement du -X-i 
mai suivant, sur la mort de ce pape ; 
u u Recueil de témoignages eu faveur 
de son église, I7<33, iu-4". , réim- 
priuié depuis en u vol, in-r2. Celte 
année il tint un concile à Utrecht, 
avec les deux évèques qu'il avait f lits 
et les prêtres qui k-ur étaient atta- 
chés : quelques jansénistes français 
firent aussi partie de cette assem- 
blée , que l'on croyait propre à don- 
ner un ])cu de relief à la cause. Les 
actes en furent imprimés en latin; on 
en donna même deux éditions diffé- 
rentes , in-4". et in-ia : on les tra- 
duisit aussi en français , et ils furent 
accueillis avec chaleur, en France, 
par ceux qui avaient procuré la tenue 
•lu concile , et qui en avaient payé 
la dépense. Mais ils furent condam- 
nés a Rome , le 3o avril l 'jiiîï , et 
censurés par l'assemblée du clergé de 
France, en 1766. Mcindarts réclama 
contre ces jugements dans une Lettre 
à Clément XIII , datée du 10 octo- 
bre 1766, et imprimée à Utrecht, 
17(38, in- ri, de ja)o pag. Cette let- 
tre est signée de lui, des deux évè- 
ques qu'il appelait ses sulTragants , de 
Méganck et d'autres ecclésiastiques: 
ils tenaient alors , à Utrecht, une 
assemblée à laquelle ils donnèrent 
le nom de synode provincial. Mein« 
darts survécut peu à ce nouvel acte 
de schisme; il mourut dans sa ville 
natale, le 3i octobre 17G7 , à l'âge 
de quatre-vingt - trois ans. H a eu 
des successeurs ; et il y a encore , 
en ce moment , un pasteur hollan- 
dais , q!ii prend le titre d'archevêcpie 
d'Ulreeht. P — c— x. 

MEINDErvS(Hl.RMA!S-ADOLPluO, 

savant jurisconsulte, né, en iG(rj, 
dans le comté de Ravensberg, fré- 
quenta successivement les uniAersités 
de Marbourg, Strasbourg et Tubiu» 



MEI 

gne. Il se lia dans celte dcniici'e ville 
avccde jcuiios proposauls qui finirent 
par le déterminer à embrasser le lii- 
lliëranisme. Il visita ensuite la Hol- 
lande , s'arrêta quelque temps à 
Leyde, pour entendre les leçons des 
plus célèbres professeurs, et, de re- 
tour en Allcniap,ne, fut nomme juge 
au tribunal de flavensberg. Il passa, 
en i6i)3, avec le titre de conseiller, 
à la cour de Halle, en fut élu prési- 
dent en 1713, et mourut le 17 juin 
1730. Les talents de Meinders lui 
avaient mérite la bienveillance du 
roi de Prusse, cpii l'iionora du titre 
de son liistorioj^jiaphc. Il s'appli- 
qua surtout a l'étude du droit et des 
antiquités germaniques , et publia 
plusieurs ouvrages pleins de recher- 
ches et d'èiuditioi , parmi lesquels 
on cite : I. Sciagraphia thesauri an- 
tujidlatuin Francicaruin et Saxoni- 
canim cùm sacrarum tînn profana- 
riiin maxime in ff'estphalid, Lem- 
gow, 1710, in-4". II. Tractaius de 
statu religionis et reipiiblicœ iub 
CaroloMagnoet Ludui>ico Fioinve- 
ieri Saxonid seu fFestphalid et vi' 
cirus legiunibusj accessit commen- 
vienlaiiis ad capilidationes binas 
Caroli Alagni, etc., ibid., 1 7 1 1 , in- 
4°. Cet ouvrage (st très-savant : 
l'auteur y a joint cinq dissertations 
intéressantes, sur les capitulaires de 
Charlemagne; sur les pratiques su- 
perslitieuses des anciens Saxons ; sur 
raathenticilc des diplômes qu'on a 
sous le nom de Charlemagne; sur les 
anciens monastères de la Saxe; et 
sur l'origine des dîmes , dans la 
Westphaiie. III. De origine, nalurd 
et coiulitione hominum proprioruvi 
et bonoram emphjtheoticorum ; de 
vianwnissionibus et redemptionibiis 
liominum propriorum, etc., îbid. , 
1718, in-4°. IV. Dissertatio de 
jiuliciii- wntenariis et ceiitumvi' 



MEI i5.> 

ralibus , sii'e criminalibus et civi- 
libus velenim Gennanoruni , im- 
primis Franco! imiet Saxonum ., etc., 
ibid., 1 7 i5, in-/|".; dissertation sa- 
vante, dans laquelle on trouve des 
recherches curieuses et appuyées de 
documents a ul lient iqiies sui l'origine, 
les progrès et la nature du liibuiial 
secret , ou des fiancs-jugcs de West- 
phalic. V. histmclicn sur la ma- 
nière dont les procédures pour cause 
de sorcellerie doivent èt.e faites 
dans les éi al s de Brandebourg, i 1 )id. , 
1 7 16 , in-4". 'en allemand). M. Mo- 
numenta Ravensbergensia, insères 
dans la Description du comte de 
Ravensberg ( en allemand ) , par 
Weddingen, Leipzig, 1790,10m. 11, 
p. i57-iG8. Meinders est encore au- 
teur d'un Commentaire sur le Zo- 
diaciis vilœ ( /^".Manzoli) : mais on 
ne croit pas qu'il ait ètèimprimc ; et il 
promettait nu Traité sur les mon- 
naies des Francs et des Saxons. 
W— s. 
MEINER ( Jean-Wernf.r ) , phi- 
lologue allemand, naquit le 5 mars 
17 '43, à Romershofen, village de 
Franconie , oîi son père remplissait 
les fonctions d'instituteur primaire. 
Il acheva ses études à l'univeisitèdc 
Leipzig , et y reçut ses grades avec 
beaucoup de distinction. Nomme , en 
i7r)o, co-recteur , et, l'année sui- 
vante, recteur au gymnasede Lagen- 
salza , il exerça cet emploi honora- 
blement jusqu'à sa mort , ariivée le 
^3 mars 1789. C'était un homme 
d'un rare me'rile ; et il a laissé plu- 
sieurs ouvrages , tous écrits en alle- 

• T ' * 

maiid, qui sont estimes. Les princi- 
paux sont : I. Les 'véritables pro- 
priétés de la langue hébraïque , 
Leipzig, i748,in-8'^. il. Explica- 
tion des principales diiiicuUés de la 
langue hébraicfue , Langensalza , 
1757, iu-8". i\l. Essai d'une lo- 



i5G IMEI 

inique formée sur le modèle de la 
langue humaine, ou Grammaire gé- 
nérale philosophique, Leipzig, 1 784? 
in-8". ; c'est le meilleur ouvrage de 
jMeiner. Il est regarde comme classi- 
que dans plusieurs universités j et les 
Allemands le mettent en général au- 
dessus de V Hermès de Harris. Ce- 
pendant il a le défaut d'offrir une 
philosophie du langage principale- 
ment dédiiile de la grammaire hé- 
braïque , telle qu'elle existait avant 
le grand Albert Schultens , c'est-à- 
dire, remplie de vaines subtilités et 
privée de l'appui des langues sémi- 
tiques , cloul ce savant philologue a 
deviné le génie et appuyé l'analyse 
grammaticale sur inie profonde con- 
naissance des philologues arabes , 
mal connus , et sur-tout mal appré- 
cies avant lui. IV. Doctrine de la 
liberté de l'homme , d'après les 
idées fondamentales de l'Ecclésiaste, 
etc., Ratisbonne, 1784, in - 8^\ 
V. Mémoires pour améliorer la 
traduction de la Bible , ibid. , 
1784-85, 1 vol. in-8". Meincr a 
pour objet de prouver que les dilïc.'- 
rcnces qu'on remarque «lans les an- 
ciennes traductions du texte maso- 
relique ne sont que le résultat des 
conjectures hasai-dées par les tra- 
ducteurs ; mais il tojnbe lui-même 
dans le défaut qu'il reproche à ses 
devanciers , et hasarde une foule de 
conjectures nouvelles et tout-à-fait 
inadmissibles. On a encore de Mci- 
uer des Thèses et des Dissertations 
sur des sujets intéressants : De ge- 
nioruni mali^norum verd vi et na- 
i«m, Langensalza, 1750, in-4*' — > 
Nova analj sis logica et versio , 
cap. 1 1 1 Ecclesiasles , ibid. , 1 76 1 , 
111-4". — Mimicii Felicis loci aliquot 
à corruptionis suspicione vindicati , 
1.752. — f erborum suavitatis quœ 
ver a ratio, ex Ciceronis lib. m , de 



MEI 

Oratore, cap. 3g et 4o, ibid., 175/5. 
— Aellœ Lœliœ Crispidis Bono- 
niensis vera faciès nunc tandem 
denudata, ibid. , 1755 ( Foy. Ch. 
Ces. Malvasia, XXVI, 4i8 ).— 
Potestatis ciidlis integritas contra 
Olii^er. LegipoTitii vim et injuriani 
vindicata, ibid., 1755. — Pro- 
grammata duo de Hebrœoi'uiry 
censibus , ibid. ;, 1 764-66. C'est la 
réfutation d'un ouvrage de Michaëlis 
sur le même sujet. — Varia vetc~ 
rum Ubrorum loca suœ inlegrilati 
7-e5itïi/frt, ibid., T 764, iu-4^. W-s. 
MEINERS (Curistophe) , histo- 
rien et littérateur allemand, naquit 
ou 1 747 , à Warstade, près d'Ottern- 
dorf , dans le pays hauovrieu de 
lladcln. Sonpère, fermier intelligent 
et maître de poste, lui contia de 
bonne heure les soins et le manie- 
ment de fonds qu'exigeaient ses occu- 
pations d'agriculteur et d'em])loyé 
de l'administration. Sa mère était 
une femme distinguée par son esprit 
et son grand sens. L'un et l'autre lui 
ins])irèrent de bonne heure les senti- 
ments de probité et de piété dont ils 
étaienlaniracs. Adroit à tous les exer- 
cices du coips, le jeune Meiners avait 
acquis une espèce de primauté sur 
ses camarades, qui la lui pardon- 
naient volonl iers à cause de son talen t 
])Our conter des aventures extraordi- 
naires. Le plaisir avec lequel ses récits 
étaient écoutés , le portait à les va- 
rier, à les embellir de circonstances 
de son invention, et à frapperde plus 
en plus d'admiiation ses jeunes au- 
diteurs, par des incidens merveilleux. 
vSi le rôle qu'il s'était accoutumé à 
jouer dans ce cercle de petits villa- 
geois , fit naître en lui le goût de 
l'histoire, et développa son talent 
descriptif, comme il le pensait lui- 
même , on ne peut s'empêcher de re- 
coiinaitrc les traces de cette habi- 



MET 

tinio dans le penchant pour l'cxa^e'- 
ralion qui se fait reinarquer dans ses 
nieilleuis ouvrages. II ne connaît ni 
nuances ni ménagements : il se pas- 
sionne pour des détails qui ne ré- 
pondent nullement à la vivacité de 
son style; et il en tire des consé- 
quences ou leur attribue une impor- 
tance qui sont liors de proportion 
avec le sujet. Il fit ses premières 
études à l'école d'Otlerndorf" et au 
gymnase de Brème. Accoutumé à tout 
traiter avec passion, et à cire le centre 
d'une action qui le flattait et l'arbitre 
de mouvements qu'il excitait ou cal- 
mait à plaisir, il fut rebuté de l'ari- 
dité de l'enseignement élémentaire; 
et, comme il était profondément af- 
fecté de se voir préférer un grand 
nombre de ses condisciples , plus 
patients et plus dociles que lui , il 
résolut d'apprendre les sciences par 
SCS propres efforts. Ne voulant de- 
Toir ses progrès qu'à son travail , 
indépendamment de toute direction 
ctrangcre , de toute institution sco- 
lastique , il ne prit plus conseil que 
de son jugement privé, et n'atten- 
dit rien que de son industrie par- 
ticulière. On ne ti'ouve, en consé- 
quence, dans ses ouvrages, ni opinions 
d'écoles, ni suite de recherches com- 
mencées par ses maîtres ni enipreintes 
de leurs idées individuelles. Franche- 
ment éclectique d'intention , les ou- 
viages de Meiners olfrent tous les 
avantages et tous les inconvénients de 
la méthode de ce nom; ce qui fouinit 
vme nouvelle preuve de son insu 111- 
sance pour les grandes fins de l'in- 
vestigation de la vérité et de l'éta- 
blissement solide de résultats incon- 
testables. En garde contre l'esprit 
systématique des plus illustres de ses 
compatriotes , des Wol liens , de Kant 
et de ses disciples, l'indépendance phi- 
losophique de i'auieur est, coiume 



MEI ,57 

celle de tous les éclectiques, plus ap- 
j>arcnte que réelle. N'ayant pas la 
force de tcte et la profondeur d'esprit 
nécessaires pour creuser jusqu'aux 
fondements des doctrines métaphy- 
siques et morales, il se livre succes- 
sivement aux vues que lui ont fait 
partager les écrivains à grands talents, 
ou en grande vogue , que le hasard a 
placés sous sa main , ou dont la re- 
nommée lui a plus particulièrement 
conseillé la lecture dans le temps de 
ses premières ou de ses plus sérieuses 
études. En proie, pour ainsi dire, 
au piemier occupant , il ne trouve , 
dans ses recherches subséquentes , 
que la confirmation ou le développe- 
ment des idées qu'il a puisées dans 
les livres qui l'ontleplus frappé. Imbu 
des opinions quil'ont captivé, il en ver- 
ra désormais le re(l(;t, la preuve, l'ex- 
cellence, comme jaillissant de toutes 
les observations , de toutes 1rs lectu- 
res auxquelles il sera conduit. Son 
aversion pour les devoirs et les étu- 
des régulières de classes s'était accrue 
à Brème, par la sévérité du recteur 
du gymnase, qui lui avait donné 
pour tuteur et pour guide un de ses 
camarades, gène qui le remplit d'in- 
dignation. Ce mentor lui devint tout- 
à-iait odieux; et les succès de ses 
condisciples, joints à ses dégoiils 
personnels, qui lui paraissaient, les 
uns comme les autres, peu mérités, 
lui firent cbercher plus que jamais 
lui dédommagement et un moyeu 
de noble vengeance dans la solitude, 
et dans l'application la plus soute- 
nue. Les satires de Rabener , poète 
aussi religieux qu'enjoué , l'armè- 
rent contre les systèmes matéria- 
Lstes; et l'Emile de Rousseau fit 
une profonde impression sur sou 
esprit. La mort de sou père l'ayant 
rappelé dans ses foyers , il pour- 
suivit le même plau d'études : mais 



î59 MET 

ayant perdu l'espoir de lui succéder 
dans le petit cm jiloi qu'il occupait, 
il se reudit à Gœttingue pour termi- 
ner son instruction , et ce fut toujours 
sur le même plan; car les habiles 
professeurs de cette illustre univer- 
sité n'eurent pas plus de prise sur 
Mciners, que les instituteurs de son 
adolescence : les trésors immenses 
de la bibliotlicquc académique lui 
tinrent lieu de tout autre secours lit- 
téraire; et jamais aucun des infatiga- 
bles érudits qui en ont exploité les 
richesses , ne les mit à prolit avec 
plus d'ardeur et de fruit. Cette 
magnifique collection a pu seule 
fournir à Meiuers la prodigieuse 
variété de citations , tirées de voya- 
geurs, d'historiens, de philosophes 
de tous les temps et de toutes les 
nations , dont presque chaque page 
des productions de sa plume ollre 
le rapprochement instructif, mais 
souvent plus curieux et piquant 
que fécond en résultats certains. Il 
est remarquable qu'un homme aussi 
savant, aHîchant une indépendance 
aussi absolue de tout esprit de sys- 
tème, de tout préjugé de classe ou 
de situation, jtlein de confiance en 
son jugement, doué d'une sagacité 
peu commune , et trcs-tiisposé à ré- 
voquer en doute les faits générale- 
ment admis, se soit trompé pres- 
que dans toutes les conjectures , 
toutes les hypothèses qui lui étaient 
propres , même dans celles (ju'd a 
c'îayées avec le plus de soin , en 
les appuyant sur le j)Ius formidable 
appareil de preuves historiques et 
d'autorités imposantes. I es ouvrages 
de Mciners ne sont dépourvr.s ni 
d'élégance, ni de méthode; toutefois 
la clarté et la chaleur en sont le ca- 
ractère dominant ; cette dernière 
qualité surtout fait un singulier con- 
traste avec l'ariJilé des discussions, 



MEI 

et l'cffravantc accumulation des ex- 
traits rassemldés avec plus de savoir 
et d'imagination que de véritable 
critique et d'impartialité. Cette cha- 
leur qui prend quelquefois presque 
le caractère de la passion, exp'ique 
en partie un phénomène auquel on 
ne s'attendrait guère d'après le genre 
des écrits de Mciners. Qui dirait 
qu'ils aient pu influer sur les desti- 
nées des peuples ? Il est cependant 
certain que ses opinions sur l'infé- 
riorité physique et morale de la race 
nègre ont été citées dans les débats 
du parlement britannique , par les 
défenseurs de cet infâme tralic qui 
a fait si long-teraps l'opprobre d(S 
peuples de l' Europe , et la honte des 
nations chrétiennes. Il est fort pro- 
bable aussi que les recherches très- 
savantes de Mciners, publiées, ca 
l'-Si , dans son plus bel ouvrage 
( V Histoire de l'origine et des pro- 
grès de lapJiilosophiechezles G recs), 
sur l'institut de Pythagorc, ont four- 
ni à-la-fois un modèle et un aliment 
à ces associations secrètes qui ont 
exercé un si grand empire en Alle- 
magne , depuis près d'un demi-siècle, 
lleyne a dit, dans son éloge de Mei- 
ners , qu'il tenait de témoins dignes 
de foi, que plusieurs de ces sociétés 
mystérieuses et patriotiques avaient 
puisé des maximes et des exemples 
dans l'exposé que le savant historien 
des philosophes grecs avait fait du 
ré^iule ésolérique et cxotérique des 
Pythagoriciens. Mais , ce qui expie 
bien des erreurs et compense le mal- 
heur d'avoir autorisé de funestes 
abus ]iar quelques-uns de ses écrits , 
c'est leur excellente tendance en gé- 
néral. Prouver, par l'histoire des 
peuples anciens et modernes, que la 
prospérité publique et le bonheur 
individuel sont les compagnes insé- 
parables des lumières et de la vertu ) 



MEÎ 

que ramt'lioraîiou morale et Tac- 
croissemcnt de tous les genres de 
bien-être ont constamment suivi les 
progrès de l'instruction , tel est le 
but que Meineis a manifeste dans tous 
ses ouvrages. Il a rassemble dans 
cette intention une masse de faits , 
tellement accablante j)ar le nombre 
et par l'évidence du résultat, qu'il en 
jaillit la conviction la plus intime 
pour tout esprit accessible aux preu- 
\ es qui établissent luie vérité d'obser- 
vation , et qui sont le com])lemcnt de 
la démonstration à priori , tirée de 
l'analyse de notre nature clle-mérac. 
La vie de Meiners, uniforme et pai- 
sible , comme celle d'un savant uni- 
quement occupe de ses recliercbes , 
Ji'oUre pour tout événement que des 
Voyages dans quelques parties de 
l'Allemagne et de la Suisse , entre- 
pris pendant les vacances de l'univer- 
sité a laquelle il était attache, dep'iis 
1 77 I , en qualité' de professeur dans 
la faculté de philosophie. Il remplit 
à son tour, et avec beaucoup de 
auccès, les fonctions de pro-recteur; 
et l'acadcuiie royale des scieiices de 
Gœltingue n'eut pas de menibic 
plus assidu et j)lus laborieux. Le 
gouyernemenld'Hanovre lui conféra, 
ainsi qu'à quel([ues-uns de ses collè- 
gues les plus distingues, qui étaient 
en même temps ses amis particuliers, 
MM. Spitller et Feder , le titre de 
conseiller aulique. Malgré la diver- 
gence de leurs opinions sur plusieurs 
points d'histoire ou de doctrines 
philosophiques , et malgré l'obsti- 
nation, quelquefois même l'empor- 
tement qu'il mettait à soutenir les 
siennes , la mort seule put rompre 
les liens qui l'unirent à ces deux houi- 
mcs célèbres. Les fruits de celte inti- 
mité ne furent point étrangers aux 
sciences qu'ils cultivaient dans des 
vues diverses , mais avec un zèle 



MET r-Tj) 

e'gal ; et nous lui devons deux re- 
cueils estimables : le Magasin histo^ 
riqiie que Meiners publia conjointe- 
ment avec Spitller ( 1791-94 ; , ot la 
Bibliothèque pliilosophic/iie , poiu- la- 
quelle il associa son travad à celui 
de Feder ( 1788-91 , 4 vol. ). Il eut 
le bonheur d'obtenir la main de la 
fdle du prof. Achenwall, si connu 
pour avoir eu la première idée d'inie 
branche des sciences géographico- 
poliliques, à laquelle il donna lenoni 
de Statistique, conservé par Schhef- 
zcr. Cette femme, digne de lui p.ir 
ses qualités excellentes, et par son 
instruction, lui fut très-utile, en le 
ramenant parfois avec douceur à 
des dispositions plus calmes , et en 
influant sur la tUrcction de ses tra- 
vaux. Elle passait pour avoir rendu 
les voyages de Meiners plus intéres- 
sants parle tact et la finesse avec les- 
quels elle savait porter son atteutioi» 
sur les objets vraiment remarqua- 
bles, et rectifier ses premiers apc-r- 
çus : on disait d'elle que ses veux 
remplissaient, en voyage, à "^cùtc 
des yeux de son mari," les fonctions 
de la lunette appelée le chercheur, 
qui , fixée sur le coté d'un télescope^ 
aide l'observateur à trouver plus fa- 
cilement la plage du ciel dont il 
veut examiner les détails. Le gouver- 
nement russe répandit sur les der- 
nières années de Meiners un lustre 
tout particulier , en lui donnant uiie 
marque de la plus haute estime , et 
les moyens d'influer d'une manière 
aussi bienfaisante ({ue flatteuse siul.i 
civilisation du plus grand empire que 
la terre ait vu depuis celui des Ro- 
mains. L'empereur Alexandre, ayant 
résolu de créer, dans diirérentes pro- 
vinces de ses états , des univeisites , 
de perfectionner les anciennes , et de 
placer partout des ])rofcssenrs for- 
més à celles d'Allemagne , Meiners 



iCo MEI 

fut iiiTité par le comte MuravjcfF, 
qiii était ctarge' de cette grande tâ- 
che, à le seconder dans le clioix 
de sujets propres à remplir les in- 
tentions de rempereui-. Toutes ses 
de'signations furent accueillies ; et 
il eut le bonheur , eu procurant 
à une foule d'hommes recomman- 
dables , une existence heureuse et 
utile , d'étendre le règne de la lan- 
gue et de la littérature de sa patrie 
sur de vastes régions , où l'une et 
l'autre exerceront une influence utile 
à la conlrc'e qui les a vues naître. 
Cette distinction, et , en général , sa 
renommée, et la modeste fortune que 
lui valut son travail , Meincrs ne les 
dut qu'à ses nombreux écrits. Dans 
la carrière de renseignement oral , il 
n'eut aucun succès ; et la jeunesse 
studieuse de Gœttinguc imita , à son 
égard, l'exemple qu'il avait lui-même 
donné, en se tenant , durant le cours 
de ses études, constamment éloignée 
des auditoires académiques, il ne 
poussa pas cette carrière jusqu'au 
terme que semblaient lui assigner sa 
robuste constitution , les soins qu'il 
donnait à sa santé, un régime sobre , 
et l'habitude d'un exercice régulier. 
Des affections de fuie se dévelop- 
pèrent tout-à-coup avec une force 
inattendue, et l'enlevèrent, le i*^"", 
mai 1810, aux sciences, à ses 
amis , et aux lettres germaniques , 
dont il était un des principaux or- 
nements. La douleur d'avoir été té- 
moin des malheurs et de l'asservisse- 
ment de son pays sous une domina- 
tion étrangère, contribua sans doute à 
abi'éger ses jours ; mais on ne peut 
s'étonner de voir qu'il ait succom- 
bé à une maladie qui est particulière- 
ment attachée aux hommes sédentai- 
res lorstjiie l'on considère le nombre, 
la variété , l'étendue de ses écrits, et 
l'immensité des travaux, qu'ils sup- 



MEI 

posent. Ne pouvant les énumércr 
tous , nous devons renvoyer aux 
bibliographies allemandes , et nous 
borner, en indiquant les classes dans 
lesquelles ils se dis'ribuent naturel- 
lement , à (lire deux mots du mérite 
distinctif des principaux ouvrages 
de chacune de ces divisions. Eu 
renonçant à développer ce que nous 
avons dit îles qualités d'ame et de 
style qui en rendent la lecture at- 
tachante et séductrice ( un Anglais 
dirait iinpressive ) , nous ne croyons 
pas nous tromjier en affirmant que 
leur tendance géuérale et l'à-propos 
de leur apparition ont été pour beau- 
coup dans leur succès. Meiners n'a 
cessé de ramener toutes les discus- 
sions métaphysiques ou littéraires et 
politiques aux grands intérêts de la 
morale pratique et de l'application 
usuelle des connaissances humaines 
les plus étrangères en apparence au 
bien public et au bonheur des par- 
ticuhers. Il a cherché à détourner 
ses contemporains des investigations 
trop subtiles , et a surtout fait une 
guerre aussi vive que persévérante 
aux systèmes abstraits , par lesquels 
leurs auteurs prétendent subjuguer 
ou refondre toutes les sciences d'ap- 
plication , et soumettre l'emploi des 
forces publiques et individuelles, à 
la tyrannie des méthodes scolasti- 
ques , qui tendent à jeter dans leur 
moule étroit tous les besoins du cœur 
et de la société ; à l'ascendant d'opi- 
nions bizarres ou hardies, mises à la 
mode par des écriAains imposants. 
Quoique ses armes fussent plutôt le 
gros bon-sens , et son guide l'opi- 
nion commune et traditionnelle 
des beaux siècles de la littérature , 
aidés l'un et l'autre des souvenirs 
d'une prodigieuse érudition , il y 
avait , même pour les têtes fortes et 
les esprits spéculatifs , quelque chose 



MEI 

d'entraînant dans sa bonne foi, dans 
SCS excellenles intentions en faveur 
d'une jeunesse i[u'il voulait empêcher 
de sacrifier son temps à de vaines 
art^uties ou à des recJierclies , selon 
lui , stériles ou dang;ereuses. C'est 
ainsi que , dans sa Revision de la 
philosophie (l'^-jo), il s'éleva contre 
les derniers adjiérents du Lcibuitzia- 
nisme et de l'école de Wolf ; dans 
des écrits particuliers, contre les par- 
tisans du magnétisme animal , et de 
Scliroepfcr , thaumaluige mainte- 
nant oublie ; dans ses liecherches sur 
r entendement et les volontés de 
l'homme ( 180G , 2 vol. ), contre la 
crânoscopic du docteur Gall ; dans 
son Histoire universelle des doc • 
trines morales, ou d-e la science de 
la vie ( der Elhik ) (-î vol. , 1 80 1 et 
'j. ) , contre la philosophie de Kant , 
philosophie qu'il avait déjà attaquée 
et même dénoncée à ses contempo- 
rains , dans la préface de sa Psy- 
chologie , en l'jStJ. Celte dernière 
lutte , hasardée contre un athlète de 
trop haute stature , fut à-la-fois le 
moins heui eux et le moins fructueux 
de SGS combats contre les idoles du 
jour. La deuxième des remarques 
générales que nous croyons utile de 
présenter sur les productions de la 
plume fertile deMeiners, est relative 
à l'opportunité de leur publication. 
Toujours prêt à offrir à la génération 
contemporaine, sur les olijets de son 
attention ou de son engoûment , le ta- 
bleau de phénomènes moraux ou 
politiques , appartenant à d'autres 
temps et à d'autres climats, nous le 
voyons appeler les méditations de 
son siècle , lour-à-tour , sur l'inéga- 
lité des conditions chez les différenls 
peuples du globe , et les querelles 
qu'elle a suscitées ou les phases 
qu'elle a subies ( H ist.de l'inégalité 
des différentes classes de la société 

XXVIII. 



MEI iGi 

citez les nations de l'Europe , "i vol. , 
I n92 ) ; — sur la grande question de 
l'utilité de linstructiuii du peuple ^ 
ses avantages et ses inconvénients 
(- Tableau comparatif des mœurs et 
de l'organisation sociale , des lois 
et de l'industrie , du commerce et 
de la religion , des sciences et des 
étfiblisse?nents d'instruction , des 
siccles du moyen dge et du nôtre , 
pour aider à apprécier les résultats 
bons et mauvais du progrès des lu- 
mières , et pour se faire une juste 
idée de son utilité ou de ses dangers, 
3 vol., 1790 : cet ouvrage, riche 
d'un nombre prodigieux de faits et 
de parallèles , a été traduit en hol- 
landais par le professeur Hermann 
Bosch ; — sur l'organisation des uni- 
versités allemandes , leur mérite et 
les réformes dont elles paraissaient 
susceptibles (1°. Histoire des uni- 
versités de V Europe , 4 vol. , 1802- 
180.J ; De munere cancellariorum 
in universitatibus lifterai iis , deux 
mémoires insérés dans ceux de l'aca- 
démie rovale des sciences de Got- 
tingue , i8o3 et i8o5; 2°. Exposé 
succinct de l'origine et de l'accrois- 
sement progressif des universités 
protestantes de V Allemagne et de. 
celle de Gôttingue en purdculier , 
1808, trad. en français par M. Ar- 
taud ; 3<*. Annales académiques de 
Gôttingue , i8o4 ). Ce sont ces re- 
cherches sur les écoles supérieures 
de l'Europe en général , et plus par- 
ticulièrement de l'Allemagne , q; i 
déterminèrent l'empereur Alexandie 
à consulter Meiners sur les établis- 
sements qu'il voulait fonder ou per- 
fectionner dans ses états d'Europe et 
d'Asie. Pour compléter l'idée que 
nous avons à donner des services 
que Meiners a rendus aux lettres et à 
la philosophie , en comprenant sous 
ce dernier litre la religion aussi bien 



l62 



MEI 



que les sciences morales et politiques, 
il ne 110115 l'esîc qu'à tlas'icr ses ou- 
vrages, et indiquer spccialement les 
plus importants de ceux dont nous 
n'avons pas encore eu occasion de 
parler. Ils peuvent se ranger sous 
quatre à cinq chefs : i**. Philoso- 
phie proprement dite ; 2". Histoire 
de la philosophie; 3". Anliiropo- 
logie physique , morale et politi- 
que; 4'^' Ktablisscincnts d'instruc- 
tion et méthodes d'enseignement ; 
5*. Voyaçes, Meiners a c'te un de 
ces hommes qui , doues d'un esprit 
observateur et assez pénétrant pour 
suivre a l'ori e d'étude les méditations 
des philosojdics spéculatifs , se sont 
crus autorisés ou même appelés à 
juger leurs systèmes en connaissance 
de cause , et capables d'établir sur 
leurs ruines des doctrines })lus sa- 
tisfaisantes : cependant il n'en est 
lien. Judicieux et nullement dé- 
pourvu de sagacité, lorsqu'il s'a- 
git d'exposer les idées d'autrui, et 
d'indiquer les côtés faibles d'édi- 
fices conslruits par de grands ar- 
chitectes , il n'est en état ni de bâtir 
à ses propres frais , ni surtout d'é 
lever sa propre habitation sur des 
fondements solides , avec les maté- 
riaux qu'il a tirés des dilT-irentes cous- 
truclious de ses devanciers. Quand il 
ne marche plus appuyé sur dos faits 
positifs , il trahit à chaque ]'asson 
impuissance et la faible portée de ses 
facultés conteaiplatives. I. Le moins 
mauvais de ses Traités philosophi- 
ques est un IMémoire qui concourut 
avec ceux de L. Cochius et de Ch. 
Garve , pour le prix proposé , en 
I "j66 , par l'académie de Berlin , 
sur la question de saroir : S'il est 
possible de détruire les inclinations 
naturelles ou d'en réveiller que la 
nature ne nous a pas données ? et 
quels seraient les meilleurs moyens 



MEI 

d'affaiblir les mauvais penchants 
et de fortifier les bons? La disser- 
tation de 3Ieiners, qui obtint le 2". 
accessit, a été imprimée en 176g, 
in-4°. , à la suite de celles de ses con- 
currents. On ne peut guère porter un 
jugement plus favorable sur un Traité 
psychologique , concernant les diffé- 
renls états de la conscience intime ^ 
imprimé en tète du deuxième vol. de 
ses Mélanges de philosophie ( 1775- 
7G, 3 vol. ) Ce recueil oftre d'ailleurs 
des recherches intéressantes sur les 
systèmes de Platon , d'Epicure et des 
Slo'icicns ; sur le génie de Socrale, le 
cubedes animaux chezles Egyptiens, 
les mystères des anciens , leurs res- 
sources contre les terreurs delà mort. 
Ses ouvrages, sur les principes du 
beau {^Histoire et Théorie desbeaux' 
arts, 1787; Eléments d' œsthétique y 
même année , et ses Principes de 
morale ( 180 1 ), n'ont aucun mérite 
particulier. L'histoire des opinions 
et de la civilisation des peuples tant 
policés que barbares, est le domaine 
qu'il a cullivé avec le plus de succès. 

— IL II a donné une Esquisse de 
V histoire delà philosophie ( 1 78G , et 
deuxième éd. en 1789), dans les 
Méni. de l'académie royale des scien-» 
cesdeGottingue; — Commentât, très 
de Zoroaslris vitd, doctrind et 
libris , 1777 (où il a émis une hy- 
pothèse, reproduite dans les IMémoi- 
res de la sociétéde Bombay , de 1 8 1 9, 
par M. Erskine ) ; — De variis 
reliLfionis Persarum conversionibus 
(1780); — De rcaliwn et nominu- 
liuni iniliiselprogressu (ib., 1793); 

— \J Histoire des opinions et des 
croyances qui prévalurent dans les 
premiers siècles de notre ère, surtout 
parmi les Néo- Platoniciens ( 1 782): 
ouvrage curieux et savant , mais 
trop injuste pour l'école d'Alexan- 
drie; — l'Histoire de Vorisine, des 



BIRI 

jiro^i'ès et cle la décadence des 
sciiiices die z les G recs et les Romains 
( 1781 , 3 vol. , trad. eu français m 
ï-jçjf), par Laveaux et Chardon-la- 
Rochette). Cet écrit, le plus considé- 
rable et peiit-èlre le meilleur de Mei- 
ncrs , a jetc un nouveau jour sur plu- 
sieurs points de l'histoire de la philo- 
sophie grecque, principalement sur 
la secte et les plans politi(pies des 
Pythaç;oriciens. Malheureusement il 
•s'arrêîe à Platon , dont , au surplus, 
il ne juge pas la doctrine avec assez de 
profondeur et d'equite. Cet ouvrage 
avait été prece'dé de la plus impor- 
tante de tontes les productions de 
Meiners, de son /listoria de vero 
Deo, omnium re,nim aucto-e atqiie 
redore (1780), où il a expose les 
degrés ])ar lesquels les philosophes 
crées se sont élevés jusqu'à l'idée 
d'une intelligence suprême, distincte 
de l'univers , idée inconnue avant 
Auaxagore. Il montre que , pour 
être admise selon toute sa pureté 
dans le système des croyances popu- 
laires , il faut qu'elle trouvedes esprits 
])réparés par une instruction déjà 
avancée; et il explique ainsi pour- 
quoi les Hébreux retombèrent si faci- 
lement et si long-temps dans la phis 
grossière idolâtrie, en dépit de la révé- 
lation aussi sublime que surprenante 
dont l'arbitre des destinées humaines 
les avait favorisés. — 11 faut enHu 
ranger dans cette classe des écrits de 
Meiners, son Histoire de toutes les 
religions {2 yoh 1806), et une courte 
Esquisse de cette histoire ( 1 787 ) ; — 
un Essai sur l'histoire de la religion 
des plus anciens p.'uples, particu- 
lièrement des Egyptiens (1775); 
traité extrêmement remarquable, où 
Meiners soutient, avec des raisons 
bien fortes, une opinion diamétrale- 
ment opposée à celle qui voit dans 
ks croyances des peuples de l'Asie 



MEI 



i63 



et de l'Afrique, les débris d'un ancien 
système de religion éclairée, déuaturé 

et corrompu par les 1 évolutions; . 

De Jaharum religionum origine ac 
dijfèreniid (Nov. Com. soc. reg, se. 
Gotting. auu. 1784, 5 ) ; De libro 
qui inscribitur de mrstenis /Egjy^ 
tiorum (ib, per ann. 1 78 1 ); DeSocra- 

ticorum reliquiis , ib. ann. 1 782) • 

Contre l'authenticité des ouvrages 
attribués à Jamblique, à Eschine 
disciple de Socrate ; Contre celle &es 
prétendues lettres de Socrate , de 
Platou,etc. Dans son histoire delà 
philos, grecque, il élève les mêmes 
doutes sur la plus grande partie des 
écrits qui portent le nom d'anciens 
Pythagoriciens. On ne saurait enfin 
rapporter à une autre classe d'écrits 
les deux volumes qu'il a donnés sur 
la lie d'hommes célèbres de l'épo- 
que de la restauration des sciences 
( I 795et I 79 i) , recueil biographique 
d'un mérite émiiient. Nous devons 
encore faire mention d'un mémoire 
sur Marc-Antonin (De M. Antonini 
mori'us ) ( Com. Gotting. per an- 
num 1788). — III. A la division 
d'anthropologie physique , morale , 
historique, appartiennent, outre quel- 
ques-uns des livres que nous avons 
depa cités : i". Histoire des femmes 
{Des we blichen Ge.schlechts) l^yal. 

in-40 , I 788 , I 798 99 , 1 800. 2°. 

Histoire de V humaniié { 1786; , où 
Meiners expose son hypothèse sur les 
deux races d'hommes qui sont descen- 
dues du Caucase et de l'Altai, et dont 
l'une, la race lartare on caucasienne, 
offre selon lui le type du beau physi- 
que et moral, du courage et de l'in- 
telligence, les plus heureuses qualités 
du cœur et de l'esprit; et dont l'autre, 
la race mongole, est aussi difforme et 
faible qu'abjecte , dépravée et stupide. 
Celte hypothèse est développée dans 
mx grand nombre de Mémoires qui 
II.. 



j6i 



MEI 



forment la majeure partie des onze 
Tolumes du Mag, historique , de'ja in- 
diqué j dans son Cours d^ histoire de 
l'hum unité ( 1 8 1 1 et 1812,4^01.), 
impiime' à Tubingiie, après sa mort ^ 
et dans ses Recherclies sur la dii>er- 
sité des races humaines en Asie , 
dans les terres australes, dans les 
îles du Grand- Océan, etc. (j8i2, 
2 vol. , ib.) : elle est complètement ré- 
'futce par Blumenbach {De generis 
hutnani varietate nativd), et a fourni 
à M. Aug. Lafontaine le canevas d'un 
roman aussi plaisant que spirituel 
( Fie et exploits du baron Quinc- 
tius Hejmeran de Flaming, deuxiè- 
me edit., 4 vol., 1798). — Nous 
avons encore , sous ce troisième litre , 
à citer \ Histoire du luxe chez 
les Athéniens^ mémoire couronné 
par l'acad. de Gassel (1781); — De 
grœcoruni gjmnasiorum utilitate et 
damnis (N.Comm. Soc. scient. Got- 
ling.,perann. 1791 et 179"^); — De 
anthropophagis (178G); — De sa- 
erificiis hunianis {ih. , 1786-88); — 
De origine vetenim jEgyptiorum 
(ib., 1789-go); — De causis ordi- 
nuin , seu castarum in veteri Mgypto 
atque in Indid (ib.); — Tableau 
comparatif de l.i fertilité ou sté- 
rilité, de l'état ancien et présent 
des principales contrées de l'Asie (2 
vol, 1795, 179G); — Description 
des monuments répandus sur toute 
la surface du globe^ dont les auteurs 
et l'époque d'érection sont inconnus 
ou incertains (Nuremberg, 1796); 
— Histoire de la décadence d's 
mœurs et des institutions politiques 
chez les Romains (Leipzig, 1782; 
trad. eu français par Binet , 1 796, et 
par M. Breton pour la Bibl. hist. à l'u- 
sage des jeunes gens, àont elle forme 
les vol. 3i et 3'2). Cet ouvrage, un 
des plus recommandables deMeiuers, 
n été retouché par son auteur, pour 



MEI 

servir d'introduction et de supplé- 
ment à la dernière partiede la traduc- 
tion allemande de Gibbon, qui a trop 
négligé l'importante considération 
des mœurs , ainsi que celle du déla- 
brement des finances sous les em- 
pcrciu's , et qui a trouvé dans Meiners 
et dans Hogewischdes maîtres dignes 
de remplir les lacunes que l'historien 
écossais avait laissées. Les traduc- 
teurs français auraient dû prendre 
pour base de leur travail, le traité 
de Meiners remanié et tel qu'il l'avait 
amélioré pour le Gibbon allemand. 
— IV. Aux écrits de Meiners sur 
les universités , il faut ajouter ses bel- 
les recherches sur la dignité de chan- 
celier dans ces établissements {De 
munere cancellariorum in universi- 
tatihus liiterariis) (Comm. Gotting, 
i8o3 et i8o5), et de nombreux ar- 
ticles sur l'état de l'enseignement 
dans différents pays de l'Europe , in- 
sérés dans le Magas. hist. , etc. La 
prodigieuse facilité avec laquelle il 
analysait la foule d'auteurs qu'il con- 
sultait, et en présentait la substance 
dans ses propres compositions , fai- 
sait désirer qu'il donnât aux jeunes 
gens quelques directions sur la ma- 
nière la plus fructueuse de lire , de 
faire et de classer des extraits : il 
publia, sous ce titre, en 1789, un 
traité méthodique, qui eut beaucoup 
de succès. — V. Parmi les rela- 
tions de voyages qu'il a mises au 
jour, nous ne citerons que ses Zet- 
tres sur la Suisse (2 vol., 1784; la 
deuxième édition , de 1 788 , est aug- 
mentée de 1 vol.); elles placent Mei- 
ners au rang des bons écrivains de 
l'Allemagne. Les descriptions ani- 
mées, les renseignements politiques 
qu'elles offrent et qui sont générale-r 
ment exacts , en font une lecture 
d'autant plus intéressante, qu'on y 
tiouve la Suisse, telle qu'elle était 



MEI 

avant la révolution. — On peut voir 
dans Meusel une liste plus complète 
des ouvraîres de ce fécond écrivain : 
celle de ses Mémoires impriinc's dans 
la Collection de Tac. des se. de Got- 
lingue , y a etë insérée , p. 79 et suiv. 
du xvi*^. vol. , par les soins de M. 
Reuss. Son Eloge a été prononce par 
Heyne et publié en 181 o. Mciners n'a 
pas laissé de postérité. Son portrait 
se voit en tète du 8i*'. tome de la 
Bibl. ^erm. univ. ; mais la gravure 
par Scliwenterley , de 1 792, est plus 
ressemblante. S — r. 

MEINIÈRES. F. Belot. 
MEINTEL (Jean -George), 
savant théologien, était né, en 1695, 
dans le territoire de Nuremberg. Il 
se destina d'abord à l'enseignement ; 
et après avoir terminé ses études , et 
régenté quelque temps dans diverses 
écoles , il fut nommé , en 1724, rec- 
teur du gymnase de Schwabacli. 
Pendant les sis années qu'il occupa 
cet emploi, il eut souvent l'occasion 
de voir le jeune Phil. Baraticr ; et ce 
fut par les conseils de cet enfant , si 
extraordinaire ( /^.Baratier), qu'il 
apprit l'hébreu et le syriaque. Ap- 
pelé , en 1731 , à Peters-Aurach , et 
en 1755, à Windspach,poury rem- 
plir les fonctions de premier pas- 
teur , il continua néanmoins de cul- 
tiver les langues orientales avec beau- 
coup d'ardeur, et y mourut octogé- 
naire , le 23 mars 1775. Parmi ses 
noml)rcus. ouvrages nous indique- 
rons : I. Theologus philiater , siva 
medicinam amans piimùm ralio- 
nibiis idoneis defensus , tum verb 
ex historid litterarid antiquiori pa- 
riter ac receatiori illustratus , Nu- 
remberg , 17 17, in-8". II. Nou- 
veaux Dialos,ues en six langues 
( français , italien , espagnol , an- 
glais , hollandais et allemand) , ibid. , 
1729, in-S». III. Schauplalz , etc. 



MEI 



ï6c 



( Théâtre de la mort ou Danse des 
morts ), ibid. , 1786, gr. in-80. Cet 
ouvrage , écrit en vers et décoré d'es- 
tampes , n'est que la traduction d'un 
livre publié en hollandais , par Sal. 
Van Rusling. ( Pour la danse des 
morts , F. Macaber , XXVI , 16. ) 

IV. Naiuralisch , etc. ( Considéra- 
tions pieuses sur les ouvrages de la 
nature , publiées pour la propaga- 
tion du véritable christianisme, sur- 
tout dans les campagnes) , Anspach , 
1752, in-8'\, fig. Ce livre esti- 
mable a été effacé par celui de 
Sturm , auquel il a servi de modèle. 

V, Critische poljglotten conj'erens- 
zen , etc. ( Conférences critiques 
sur le premier livre de Mo'ise ) , Nu- 
remberg , 1 7G4-69-7 o , 3 vol . in 4°. 
C'est une analyse raisonnée du texte 
hébreu , comparé aux différentes 
versions delà polyglotte de Londres 
( F. Waetoiv ) , et aux principales 
traductions de la Bible dans les lan- 
gues modernes. L'autetir y étale une 
grande érudition j mais il n'est pas 
toujours heureux dans ses conjectu- 
res : cependant son ouvrage est re- 
gardé, en Allemagne, comme une 
mine abondante , et très-utile aux 
jeunes gens qui se livrent à la criti- 
que verbale des Livi'es saints. Le 
plan adopté par Meintel était beau- 
coup trop vaste, puisque les deux 
premiers volumes ne contiennent que 
les douze premiers chajiitres de la 
Genèse. VI. Kurze doch griindli- 
che , etc. ( Courte et solide explica- 
tion du livre de Job , d'après la tra- 
duction de J. Dav. Michaëlis), ibid. , 
1771 , in -4°. VII. Metaphrasis 
libri Johi , sive Jobus vietricus , 
vario canninis génère , pviniùm 
ejulans , post jubilans , ibid. , 1774» 
\n-'è^. — Conrad-Etienne Meintel, 
fds du précédent , peut être regardé 
comme un savant pre'coce. Elcvcpar 



i66 



MEI 



son père , sur le plan adopte pour 
rëclucation du jeune Baratier, il 
possédait , à l'âge de douze ans , le 
latin, le français, le grec et l'he'- 
breu , et traduisait toute la Bible, 
d'après les textes originaux. Dès 
qu'il eut achevé' ses études tliéologi- 
ques , il reçut une vocation pour 
Kœuigsberg ; et ayant été appelé en 
Russie , il fut nommé pasteur d'une 
des églises protestantes de Péters- 
bourg. Ses talents lui méritèrent le 
tilre de poète lauréat , et la bienveil- 
lance de l'impératrice. Une mort 
prématurée l'enleva, le i3 août 
1764, à l'âge de trente-six ans; il 
était memjjre honoraire de la so- 
ciété des beaux-arts de Leipzig. 11 a 
publié une f^ersion latine des notes 
des plus célèbres commentateurs juifs, 
sur les Psaumes de David , Schwa- 
bach , 1744 7 iu-S*^. ; son père y 
joignit une préface et quelques expli- 
cations. On connaît encore de lui : 
I. Un Sermon ( en allemand ) pro- 
noncé à l'occasion du couronnement 
derimpératriceCalhcrineIÏ,Kœiiigs- 
bcrg , 1763 , in-8". Il, Un Recueil 
de poésies assez médiocres ( f'^er- 
mischle Gedichte ) , Nuremberg , 
17G4 , in-8<^., dont les sujets étaient 
peu convenables à un homme de sou 
état. m. Cent et quatre Histoires 
choisies , tirées de la Bible , ti'adui- 
tes de l'allemand ( d'Hubner ) eu 
italien , Schwabacli , 1745 ^ in-8<». 
IV. La Monarchie des Hébreux 
( du marquis de Saint- Philipp^^ ) , 
traduite en allemand ; et quelques 
dissertations académiques. — (ieor- 
gc-î''rcdéric Mlintel, autre fils de 
Jean George, né en 1 768 . suivit d'a- 
bord la même carrière; il embrassa 
ensuite celle des armes , s'endjarqua 
pour l'Amérique avec les troupes 
Iiessoises à la solde de l'Angleterre , 
eî mourut j sous-oilicier;, a Nçw- 



MEÎ 

York , le 2 mai 1782. On a de lui , 
en allemand , huit discours ou opus- 
cules ascéli'iues. W — s. 

MEIR BEN ToDRos , lévite et 
savant labbiu , florissail en Espagne, 
dans le treizième siècle. Ou croit 
communément qu'il était de Tolède: 
cependant quelques écrlvriins hé- 
breux prélendent qu'il naipiit à Bur- 
gos , et qu'il alla se lixer à Tolède, où 
il mourut en i.i44- ï' * écrit, sur le 
Talmud et sur les rites mosaïques, 
plusieurs traités , estimés de ses 
compatriotes. Comme ils sont encore 
inédits, nous n'en donnerons pas la 
liste; on peut lavoir dans BarIoI(>cci 
et dansWolf, Bibliotheca hehrœa, 
tom. I. Buxtorf a inséré dans ses 
Institut, ejnst. une lettre de jabbi 
IMeïrbenTodros, addicsséeau rabbin 
Moïse, 111s de ^aaman, contre les 
livres do Maïmonide. — Meib de 
RoTUENiîoURr, , autre rabbin, ainsi 
appelé du lieu de sa naissance , vivait 
dans le quatorzième sirrle. Il fut rec- 
teur de l'académie de Ro Iienbourg, 
et laissa un grand nombre d'ouvra- 
ges, la plupart sur la cabale. Ne pou- 
vant payer l'amende à laquelle il 
avait été condamné par Rodolphe I , 
il fut mis en ])rison, où il mourut en 
i3o5. Voici quelques -uns de ses ou- 
vrages imprimés :I. /'erecoth {Bém- 
diclions ) , Trente, i55() , in-8''. II. 
Ohseri'aiions critiques sur la main- 
forte de Maïmonide , Venise, 1 55o. 
111. Questions et Réponses, Cré- 
mone, 1557 , in-4''.; Prague , 1608, 
in fol. [ y. Basnage , Hi.tore des 
Juifs , tom. y; et Wolf, Bihlioth. 
hehr. tom. i, 11 et m. — Meir ben 
IsAAC Arama , rabbin espagnol , 
mort à Thtissalonique en i55(3, était 
philosophe, et possédait à fond la 
science des Livres saints. 11 est estime' 
des Juifs et des Chrétiens. Un de ses 
compatriotes a écrit son oraison fu 



MEÏ 

nèbre 5 Fabvicy et plusieurs pliiîo- 
logues oull'ailson éloge, Nousavons 
de lui : I. Méor Job ( Commentaire 
sur Job) , Venise, a 56'] , in-4*^,; ou 
eu fait beaucoup de cas. IL Méor 
Théilim ( Commentaire sur les 
Psaumes), Venise , iSgo. Ce qu'il y 
a de meilleur dans ce commentaire 
a ëte' réimprimé avec le texte , Ha- 
novre , 1 7 I a , in- 1 •^. III, Commen- 
taire sur I saie et sur Jérémie, Ve- 
nise, 1608, in-4". MeIR BEN 

Gedalia , savant rabbin polonais , 
chef de la synagogue de Lublin,mor{: 
en 1616, a travaillé sur le Talmud. 
11 existe de lui deux ouvrages , im- 
primés ensemble plusieurs fois; ce 
sont des demandes et des réponses , 
intitulées : Lumière pour éclairer les 
j eux des sages, Venise , 1 6 1 9; Saltz- 
bourg, i686, et Francfort, 170g, 
in-fol. L — B — £, 

MEISSiNEPx ( Auguste -Théo- 
phile ) , romancier allemand , fils 
d'un quartier-maître saxon , naquit 
à Bautzen , en Lusaoe , l'an 1^53, Il 
étudia le droit et les belles-lettres aux 
universités de Leipzig et de Witten- 
berg, fut expéditionnaire de la chan- 
cellerie , et puis ai'chiviste à Dresde. 
Il débuta dans la carrière des let- 
tres , par la traduction des opéras- 
comiques qui avaient le plus de vogue 
en France, Il écrivit ensuite des ro- 
mans , histoires , contes, anecdotes , 
qui eurent un très grand déî)it. Pen- 
dant un voyage qu'il fit en divers 
états de l'Allemagne , on remar- 
qua son rare talent pour la déclama- 
tion. Eu I -^85, il obtint à l'université 
de Prague vme chaire de belles lettres. 
Vingt ans après, appelé à Fulde pour 
, diriger les hautes écoles, il reçut, vers 
la même époque, le titre de conseil- 
ler consistorial du prince de Nassau. 
Il mourut à Fulde , le 20 février 
1807. De l'esprit, de l'imagination, 



MEI 167 

un style agréable , une composi- 
tion habilement ménagée, voilà ce qui 
a valu aux œuvres de Mcissncr tant 
de lecteurs , et tant d'éditions et de 
traductions. Le genre delà Nouvelle, 
surtout, est celui qu'il a cidlivé avec 
le plus de succès. Ses grands ou- 
vrages sont principalement des ro- 
mans historiques. Si Meissner n'est 
pas celui qui a introduit en Alle- 
magne ce genre bâtard , il a du moins 
contribué le plus à i'accréditcr par 
l'agrément qu'il a su y répandre. On 
lui reproche ar.ssi d'avoir mis quel- 
quefois trop de recherche dans son 
style , et d'avoir trop négligé d'au- 
tres fois sa diction. Ou peut le com- 
parer aux peintres dont le dessin 
manque de correction , et qui ra- 
chètent ce défaut par le coloris. On 
voit, au reste, qu'il a cherché à mar- 
cher sur les traces des bons modèles 
de la littérature étrangère , particu- 
lièrement de celle de la France. V oi- 
ci ses principaux ouvrages : I. Es- 
quisses , i4 vol,, Leipzig, 1778- 
1 796 ; traduit en partie en français , 
(par Bonneville), en danois et eu hol- 
landais, IL Histoire de la, famille 
Frink , ibid. , 1779. IIL Jean de 
Souabe, drame, 1780. IV. yilci- 
biade, 4 vol. , Leipzig, 1 781-1788; 
trad, en franc, parRanquil-Lieutaud, 
1785, 4 vol, in-8'*,, in- ia,in-i8. V. 
Contes et Dialogues^trois cahiers, ib. 
1781- 1789. VL Fie de Schœnberg 
de Brenkenhof , 178^. VII. Le 
Joueur d'échecs, comédie, 178"^, 
VIII. Fables , d'après ffolzman, 
1 78.2. IX. Masaniello , 1 784 ; trad. 
en franc, par Lieutaud, 1788, 1789. 
X. Bianca Capello , 1786 , 'i vol. ; 
trad. par le même, 1 790. XL Fables 
d'Ésope pour la jeunesse , Prague , 
1791. XÏI. Spartacus.^GvMw. i']Ç)i-j 
imité en franc. XIII. Vie d'Epami- 
nondas , Prague , 1 798. XI\ . Fi» 



i68 



MEI 



de Jules-César , l'y 99- 1801 , 2 v. 
XV. Fragments pour servir à la 
Fie du inailre de Chapelle Nau- 
viann , 1 vol. , Prague , 1 8o3 ; ic 
meilleur et le mieux écrit de ses ou- 
Trages. Ou a encore de lui un poème 
( V Éloge de la musique) , dout 
Schuster a compose la partition , 
et un Discours d'ouverture sur la 
diderencc de la rédaction et du dé- 
bit oral. Meissner a coopéré à plu- 
sieurs journaux littéraires , entre au- 
tres, à V Apollon , 1 792-1 794. lia 
traduit du français plusieurs opéras- 
Comiques , les Deut Avares , YE- 
preuve nouvelle , le Lutin , la belle 
Arsène , etc. , les Nouvelles d'Ar- 
naud Baculard, 1783-1788 , celles 
deFloriau, 1780. Son Destouches 
allemand, 1779, et son Molière 
allemand , 1 780 , sont encore des 
traductions et imitations du fran- 
çais. Il a traduit de l'anglais deux 
volumes de ['Histoire d'Ànglelen-e 
de Hume ( 1777-1780 ), et ÏEs- 
pion invisible; cl de l'italien, Vile dé- 
serte , Opéra de Métastase, 1778. 

D— G. 

MEISTER ( Jean Henri dit le 
Maistke OU ), né en 1 700, à Stein , 
près de Schallousc, où son père était 
diacre mourut pasteur à Kusnaclit , 
près de Zurich, en 1781. H Gt ses 
études dans celte dernière ville , et 
lemplit successivement différents 
emplois ecclésiastiques eu Allema- 
gne , comme pasteur de l'église fran- 
çaise réformée à Bayi'eutli , à Bir- 
ieburg et à Erlang , et à Scliwa- 
Lach , où il fut Ircs-lié avec sou 
collègue , le fameux prédicateur 
Baratier. Eu 1757.il revint dans 
sa patrie. On a de lui un grand 
nombre d'écrits de lliéologie , de 
sermons, etc. , entre autres : I. Qua- 
tre Lettres sur la Discipline ecclé- 
siastique, entre M. Necker €t M. le 



MEI 

Maistre, 1741- H. Réjlexions sur 
la manière de prêcher la plus simple 
et la plus naturelle , 1745. III. /m- 
gement sur l'Histoire de la Reli- 
gion chrétienne , contre Vavant- 
propos de V Abrégé de Fleury , Zu- 
rich , 1768; réimprimé en 1769, 
in-8''. IV. Là Bibliothèque germa-- 
nique , le Muséum helveticum , et 
d'autres journaux renferment de ses 
mémoires. Son fds , M. J. Henri 
]\Ieister, est connu par un grand 
nombre d'ouvrages littéraires, et par 
mi long séjour à Paris. U — i. 

IMEISTER ( Albert-Fp.édebic- 
Louis ) , professeur allemand , né en 
1724, à Weickersheim, dans le Ho- 
heulohe, fit ses études à Gottingue et 
à Leipzig, futd'abordinstiluteur, et 
ensuite professeur de philosophie à 
Gottingue, où il donna aussi des cours 
sur l'art militaire, sans jamais avoir 
été au service. 11 ne s'appliqua pas 
moins à la physique, à l'optique 
et à la mécanique, et écrivit uu 
grand nombre de Mémoires sur ces 
sciences. En 1763 il visita Paris, et 
fit connaître, à son retour en Alle- 
magne, l'état des écoles militaires en 
France. En 1784 il obtint le titre de 
conseiller auliq le , et il mourut le 
18 décembre 1788. Sou collègue 
Kœstner prononça l'éloge de ce sa- 
vant à la société de Gottingue. Meisler 
n'a jamais écrit que des Dissertations 
et Mémoires détachés ; la plupart 
sont en latin, et insérés dans le re- 
cueil des Mémoires de la société sa- 
vante dout il faisait partie. INous ci- 
terons les Disscrlations surl'hydrau- 
lique des anciens , sur la fontiine 
d'Héron, sur les connaissances op- 
tiques des anciens peintres , sculp- 
teurs et architectes , sur la construc- 
tion et la destination des pyramides 
d'Egypte, sur ro])tique des anciens, 
sur les clîéts optiques de l'huile ver- 



MEI 

see sur l'eau, ainsi qu'une descrip- 
tion de l'échelle gonioine'trique. Ses 
Dissertations publiées se'pare'racnt, 
sont : Instrumenlum scen'ographi- 
guni , Gollingue , i'] 53, in- /i!^.; De 
Toi'culario Catonis vaùs (juadrinis 
ibid. , 1764, in-4°. ,rig.5 Mémoire 
sur l'instruction militaire , et ÎVo- 
tice sur les écoles juili taire s fran- 
çaises ( en allemand ), 1 766, iu-4°.; 
J)e catapulta poljhold, ibid., in- 
4'^. Il a coopère' aussi à la Biblio- 
thèque allemande et au Magasin de 
Gôtlingiic , où l'on trouve , entre 
autres articles de lui , des Observa- 
tions ^nr la figure singulière des 
images. D — g. 

MEISTER '( LÉONARD ) , labo- 
rieux écrivain suisse , né en 1741 , 
à Neirtenbach ( canton de Zurich ) , , 
où sou pcrc exerçait les fonctions du 
ministère évangélique , fut nommé 
en 1773, professeur d'histoire et de 
morale à l'école des arts de Zurich : 
en 1 795 , il obtint la cure de la pré- 
bende de Saint-Jacques, dans la même 
ville , et successivement celle de Lan- 
genau, et de Cappel; il mourut dans 
cette dernière , le 1 9 octobre 1 8 r i . 
Il avait été secrétaire du directoire 
hclvéiique à Lucerne, depuis 1798 
jusqu'en 1800. Ses ouvrages sont très- 
nombreux : aucun n'est sans utilité , 
mais aucun ne s'élève au-dessus du 
médiocre. Pvotermund donne uneliste 
qui en contient quatre-vingts , tous 
en allcmaud. Le genre et le mérite de 
la fécondité de Meister , dont le nom 
signifie Maître eu Allemand, ont 
été caractérisés par Goethe, dans 
une des fameuses épigrarames de ce 
poëte , intitulées Xenies ; le sens en 
est : « Mon ami , je vois ton nom 
w en tète de maint volume ; mais 
» c'est tout juste ce nom que je ne 
« retrouve plus dans l'ouvrage. » 
Nous indiquerons : 1. Lettres roman- 



MEI 169 

tiques , Haiberstadt (Berlin) , 1766, 
in-8". IL Mémoires pour l'histoire 
des arts et métiers , des mœurs et 
des usages, Zurich, J774i iu-B'». 

III. Mémoires pour l'histoire de la 
langue et de la littérature alle- 
mandes , Heidelbcrg , 1780, deux 
parties, in-S**.; une première édition, 
sans nom d'auteur, avait déjà paru, 
en 17 77, sous la rubrique de Londres. 

IV. Les Hommes célèbres de l'Nel- 
vétie , la plus célèbre des compila- 
tions de Meister. On la consulte en- 
core avec fruit , principalement sur 
les premières époques de la littéra- 
ture allemande ; Zurich, i 78 1 -8'? , 
in-8°., 3 vol. C'est un texte pour 
accompagner^ la collection de por- 
traits gravés [nr Pfenningcr. Fasi y 
ajouta un quatrième vol. dans l'édi • 
tion de 1799- 1800. V. Les illustres 
Zuricois, Baie, i78'2, 2 vol. in-S". 
VI. Petits voyages dans quelques 
cantons de la Suisse , ib. , 178'i , 
in-B**. \ IL Caractères des poètes 
allemands, par ordre chronologi- 
que, avec portraits de Pfenuinger, 
Zurich, 1785-90, 3vol.in-8°. VIII, 
Histoire de Zurich depuis sa fon- 
dation , jusqu'à lu fin du seizième 
siècle, ib. , 1 78(5 , in-8". IX. Abréné 
du droit public helvétique , S. Gall, 
i78G,in-8". X. Dictionnaire histo- 
rique , géographique et statistique 
de la Suisse, Ulm , 179G, 2 vol. 
in-8". XL Quels changeme.ts a su- 
hislalangue allemande depuis Char- 
lemagne , et qu'a-t-elle gagné ou 
perdu en force et en expression ? 
Mémoire qui a concouru pour le 
prix proposé par l'acad. élect. pala- 
tine de Manheim, en i784(lom. I et 
II ). XII. JSolice de deux anciens- 
manuscrits du quinzième siècle con- 
cernant Nie, de Flue , et sur quel- 
ques éditions ( de rimitalion ) de 
Thom, ds Kempis, ( daus le Ma- 



170 MEI 

f^asin hist. litt. et bibliogr. deMcu- 
sfl, i-jHS, tora. 1 , p. i-j-j - 181 ). 
XIII. Histoire de la révolution hel- 
vétique , depuis 1789 , jusqu'au 
'vinot - quatre août 1 798 ; insérée 
dans V almanach helvétique ( que 
Meister rc'tligeait en société avec W. 
Hut'ineister ),et réimprimée en i8o3, 
in-8". XIV. Histoire helvétique pen- 
dant les deux derniers siècles , ou 
dej)uis César jusqu'à Bnonaparte, S. 
Gall, 18 . j -o3,3 V. iii-8^ XV. Meis- 
teriana, on Sur le m'nde, les hom- 
mes , Va t, le ^oiît et la littérature , 
S. Gali, i8ii^, in- 8% de478pag. 
C. M. P. 
MEJANASERRA ( Peybe de ). 

r. Camo. 

MÉJANES ( Jr,A\ - Baptiste - 
Marie de Piquft, marqnLs de ), 
savant Lildiopliile d'Arles , né^ en 
1 7 '2f), donna, dès son enfance, des 
indices de cette passion p(»nr les li- 
vres qu'il conserva tonte sa vie, et 
qui lui a mérité la recoiiiiaiss.iiice de 
lapri.vinrequi l'avait vu naitie. Pos- 
sesseur d'r.ne fortune considérable, 
il la consacra pros(juc cntiireuient à 
former une des plus coiP]il<tes et 
des pins précieuses collections qn'un 
particulier ait jamais rassemijlées. 
Aux livres rares du quinzième siècle, 
aux éditions des Aide , etc. , à tousles 
f^ariorum , se trouvaient rémiis les 
chefs-d'œuvre typographicpies mo- 
dernes. Ou v voyait aussi les Mémoi- 
res de pres(pie toutes les académies 
de l'Europe, le recueil complet des 
coutumes des provinces de France, 
enfin un faraud nombrede manuscrits, 
la plupart relatifs à l'histoire et au 
droit public des mêmes provinces. 
Député a Paris par ses coiiciloyens-, 
Méjanes abandonna plusieurs fois 
ses affaires pour celles de sou pays. 
La crainte de blesser l'araour-pro- 
pic de ses collègues , l'cmpccUa de 



MEJ 

refuser les indemnités qui lui furent 
allouées ; mais aussi désintéressé que 
modeste, il en ordonna par son tes- 
tament la restitution, en faveur des 
hospicesd' Arles. La réputation de ses 
lumières et de sa probité , détermina 
la ville d'Aix aie nommer, en 1 777, 
sou premier consul. Quoique ces 
fonctions contrariassent les p;oûts et 
les mœurs simples de Mcjaiies, il 
les reîuplit avec autant de zèle qu»i 
de sagesse. Il établit à Aix un j:irdin 
botanique, un laboratoire de chimie, 
et une école vétérinaire. 11 y fonda 
la première société d'agriculture, et 
il en désigna les membres. Enfin 
il voulut donner une dernière preuve 
d'aftachenunit pour sa patrie, et d'es- 
time pour la ville qui l'avait adopté; 
]wr son testament (lu 9,0 mai i78G,et 
par ses cotliciles des 18 et 1 9 septem- 
bre suivants, il légua sa bibliothèque 
à la Provence, pour être rendue pu- 
b'ifpie à Aix, et il assigna plus de 
3ooo francs de rente perpétuelle , 
destinés à l'entretien et à l'augmen- 
tation de cette belle collection. Mé- 
janes, alors syndic et député de la no- 
blesse de Provence, à Paris , y mou- 
rut, le 5 octobre 1786, et fut en- 
terre à wSainl-Roch , où le registre 
mortuaire est signé par son ami le 
vertueux Dulau , archevêque d'Arles, 
qui, moins heureux que lui, périt 
dans les massacres de septembre 
179U ( F. DcLAU , XII , .ioo). I\Ié- 
jaiies n'ayant point laissé de postériîé 
de sou mariage avec Marie de Mas- 
silian, institua pour sou héritier, un 
filsdesa sœur, le marquis de La Goy, 
élu membre de la chambre des dépu- 
tés en i8i(j. La révolution a détruit 
les établissements fondés par Méja- 
)ies, et englouti les fonds qu'il avait 
légués. Mais tousles livres qu'il av.dî 
à Aix , à Arles , à Avignon , à Paris , 
eut été réunis et conservés par les 



MEJ 

soins de M. Gibelin. Mise enfin a la 
disposition du corps municipal d'Aix, 
par arrête du gouvernement (du '^8 
janvier i8o3),et maigre les récla- 
mations de Marseille , qui voulait 
posse'der ce dépôt littéraire, la biblio- 
thèque Méjanes fut ouverte au pu- 
blic le 16 novembre 181 o, L'assem- 
blée des états de Provence, en accep- 
tant le legs du testateur, vota en son 
honneur l'érection d'un buste, dont 
l'exécution devait cire confiée au 
sculpteur Houdon, Les circonstances 
ont dérobé à la Provence , les traits 
de l'un de ses plus illustres bienfai- 
teurs; mais une inscription, gravée 
sur le marbre, éternise le souvenir 
de la munificehcc de Méjanes. Pour 
faire tonnaîlrc la richesse du présent 
que cet homme respectable a fait à sa 
patrie, il suilit de dire (pie labibiio- 
thètpic d'Aix, composée de "jVt à 80 
3uille volumes, est , après celles de 
Paris, de Lyon et de Bordeaux, la 
plus considérable de France. On en 
voit le catalogue à la bibliothèque de 
l'Institut. A — T. 

]\iEJEJ, prince du pays des Kc- 
nouniens , situé dans le Vasbouragan, 
province de l'Arménie , naquit vers 
la lin du cinquième siècle, d'une des 
])lus anciennes familles de l'Arménie. 
Il faisait remonter son origine jus- 
qu'à Haik, fondateur du royaume: 
sa race, au moins , était dans la pos- 
session héréditaire du pays des Ke- 
ïiouniens , depuis plus de six siicles. 
En l'an 5 16, sous le règne de l'em- 
pereur Anastase, les Huns-Sabiriens 
passèrent le défilé de Derbent , et 
fondirent sur la grande Arménie ; ils 
entrèrent ensuite dans la petite , et 
passèrentde Là dans la Cappadoce, où 
ils firent un immense butin. Ils se 
préparaient à traverser l'Arménie, 
pour retourner dans leur ])aysj déjà 
ils étaient parvenus jusqu'à la pro- 



ME.T i-;i 

vincc de Sasoun : Pourzan, mar/- 
ban , ou commandant militaiic de 
l'Arménie pour le roi de Perse , avait 
pris la fuite , et ils ne trouvaient per- 
sonne pour leur faire tète , quand 
Mejoj, ayant réuni ses forces à celles 
dephisieurs princes voisins, marcha 
contre eux , les jiiit dans une déroute 
complète, leur enh va tout leur bulin, 
et en débarrassa entièrement le pavs. 
Kobad , roi de Perse, instruit de la 
victoire qu'on devait au courage d« 
Mejej , destitua Pourzan, et doima 
aupiiiice des Keuouniens, le gouvei*- 
uement du pays qu'il avait délivré. 
Pendant son administration , IMcjej 
sut se faire aimer des /arméniens , et 
conserver la confianrc du roi de 
Perse Kobad , aussi bien que de son 
successeur Khosrou-Nouschirewan. 
Il mourut en l'an 5 \?) à Tovin, après 
avoir gouverné rArméuic peniarit 
trente ans. 11 eut pour successeur le 
Persan Tan-Schahpour. — Son pe- 
tit-fils Mejej , comme lui prince d."s 
Kenouniens , s'attacha , en l'an 6vto , 
à la fortune de l'empereur Héraclitvs, 
qui s'elCorçait de chasser les Persans 
des provinces orientales de l'empire, 
dont ils occupaient la plus grande 
partie. Il le joignit avec un corps de 
troupes auxiliaires dans la Colchide. 
Par ordre d^lléiaclius , Mejej se porta 
sur Tovin , prit Nakhdje^van , et pé- 
nétra dans l'Aderbadegan , où il brûla 
Tauriz. Après avoir rassemblé un 
butin considérable , il revint passer 
l'hiver dans la province arménienne 
de Plaïdagaran , voisine de l'Albanie, 
où campait l'empereur. Pendant tout;? 
la guerre qu'Héraclius soutint , eu 
Perse , jusqu'à la mort de Khosrou- 
Parwiz , IMejej lui rendit des services 
signalés : pour l'en récompenser , 
HéracUus le fit gouverneur de l'Ar- 
ménie grecque j et en cette qualité , 
Mejej assista , en l'an G29 , au con-. 



17a 



MEJ 



cile de Gazia ou Theodosiopolis , des- 
tine à unir les Arméniens à l'cglise 
grecque. Ce prince gouverna l'Annë- 
uie grecque jusqu'en l'an 648; il l'ut 
alors rappelé par Constant, pctit-fils 
d'Hëraclius , qui le fit venir à sa cour , 
où il le revêtit de hautes dignités. En 
l'an 667 , il était en Sicile avec 
l'empereur. Ce prince fut assassine 
dans le bain à Syracuse , par un de 
ses domestiques. Les grands, qui dé- 
testaient tous Constant, et qui n'ai • 
niaient guère plus son fds Constan- 
tin Pogouat , vinrent trouver Mejej , 
€t le forcèrent d'accepter la couronne 
impériale. Constantin fit aussitôt un 
armement pour châtier les rebelles • 
sa flotte fut bientôt en Sicile : les par- 
tisans de Mejej n'opposèrent qu'une 
faible résistance; Syracuse fut con- 
quise, et Mejej, contraint de se rendre, 
fut emmené' à Conslantinople par le 
vainqueur, qui l'y fit mettre à mort, 
en 608. S. M— y. 

MEKHITII AR. , prêtre arménien , 
qui naquit et qui vécut à Any , capi- 
tale delà grande Arménie, fiorissait 
vers la fin du douzième siècle. Il 
avait composé une histoire ancienne 
de l'Arménie , de la Géorgie et de 
la Perse ; on la croit perdue , et ou 
doit la regretter, d'après la manière 
dont \ artan et Etienne Orpélian en 
parient. Mekhithar était fort instruit 
dans la langue persane ; il avait tra- 
duit de cette langue plusieurs ou- 
vrages relatifs à l'astronomie , qui 
eut eu le même sort que son histoire. 
— Mekhithat. , médecin arménien , 
naquit à Her , ville de l'Aderbaidjan , 
vers le commencement du douzième 
siècle. Aux connaissances médicales , 
il joignait la philosophie et l'astro- 
nomie; il possédait aussi les langues 
grecque , arabe et persane , de sorte 
tpi'il pouvait passer avec l'aison pour 
nu houwne fort habile j aussi jouis- 



MEK 

sait-il d'une fort grande considéra- 
tion eu Arinénie ; il était lié d'une 
étroite amitié avec saint Nersès- 
Schnorhali , l'un des plus illustres et 
des plus savants patriarches de l'Ar- 
ménie, qui lui a dédié plusieurs pièces 
de vers. Parmi les Lettres de ce pré- 
lat , on en trouA'e quelques-unes qui 
sont adressées à Mekhithar. Grégoire 
IV, frère et successeur de Nersès, 
n'eut pas moins d'estime pour Mek- 
hithar, qui, en 1184, lui adressa 
son Traité des fièvres ^ que nous pos- 
sédons à la bibliothèque du Roi ,. 
sous le n°. 107 des manuscrits armé- 
niens. — Meiviiithar -Koscn ( ce 
surnom signifie qui a peu de barbe) , 
docteur arménien, disciple de Jean 
Davouschtsy, vivait dans ledouzième 
siècle ; il naquit à Kandsag ou Gand- 
jah dans l'Arménie orientale. Après 
la mort de son maître, il alla dans 
la CUicie, où il habita pendant assez 
long-temps le monastère de la Mon- 
tagne-Noire , pour y accroître ses 
connaissances. Il vint ensuiteà Garia 
ou Arzerum , d'où il retourna dans 
sa patrie. Les Musulmans lui en ren- 
dant le séjour insupportable , il se 
leiira dans le pays de Khatchen ^ 
auprès de Vakhlhang , prince de 
Hatlierk'h ; puis il passa dans le pays 
de Gaian , où il choisit pour rési- 
dence le monastère de Kcdig. Après 
la destruction de cet asile , il fonda , 
en 1 191, un monastère, sous le même 
nom, dans la vallée de Dandsoud. 
Eu iuo5, il assista au concile as- 
semblé à Lorhi , par Zacharie , 
connétable de Géorgie et d'Arménie, 
pour régler la discipline de l'église 
d'Arménie ; Mekhithar donna son 
assentiment à tous les actes de ce 
concile. Il ne put se trouver à celui 
qui fut convoqué par Zacharie, pour 
le même oljjet, à Aui , en 1207;, 
son grand âge et ses infirmités l'eu 



MEK 

empêchèrent. Il mourut en l'an 
1*2 1 3. Les principaux ouvrages de 
Mekhitliar - Kosch sont : I. Un 
Discours sur la nature , adresse par 
Adam et Eve à leurs descendants. II. 
Un Livre sur la foi.lll. Un ouvrage 
intitule : Livre de justice ^ composé 
en I i84.'IV. \jn Recueil de canons, 

V. Un Commentaire sur Jérémie. 

VI. Diverses pièces de vers. VII. 
Des Lettres. YIII. Un Recueil de 
fables et d'apologues , fort estime' 
chez les Arméniens. Tous les ou- 
vrages de Mekliithar-Kosch sont 
inédits , à l'exception de celui-ci. Le 
docteur Zohrah en a donné une édi- 
tion fort correcte , eu 1790 , à Ve- 
nise , I vol. in- 1 2. — Mlruituar , 
religieux arménien , né à Abaran , 
près de Nakhdjewau, vivait à la fin 
du quatorzième siècle. En 1 410, il 
publia une histoire ecclésiaslicpie et 
littéraire, (pii ne contient que ce qui 
regarde le quatorzièjne siècle, jus- 
qu'an temps où vivait l'auteur. — 
Mekhithar (Pierre ), fondateur du 
couvent arménien de Venise, naquit à 
Sébaste, dans la Cappadoce, en l'an 
1676. Après avoir étudié à Sébaste , 
il alla à Edchmiadzin , oîi ii resta 
long-temps pour s'instruire dans le 
monastère patriarcal, et il y reçut le 
titre de vartabied. Eu 1700, il vint 
à Constantinople , où il prêcha pen- 
dant quelque temps. Les Arméniens 
de cette ville étaient alors divisés eu 
deux partis ; les uns tenaient pour 
leur ancien patriarche Ephrem , et 
les autres pour Melchisedec . qui s'é- 
tait fait nommer à force d'argent, 
Mekhithar tenta vainement de les 
réunir: alors il se tourna vers l'Eglise 
romaine , et se mit à prêcher la sou- 
mission au pape ; ce qui déchaîna 
contre lui tout le clergé de sa nation.. 
Ephrem , qui était remonté sur le 
ti'ôue patriarcal , obtint un ordre du 



MEK. 



1":^ 



moufly pour le faire arrêter. Mekhi- 
thar se cacha chez les religieus 
propagandistes , et évita toutes les 
poursuites des éinissaires du patriar- 
che. Protégé par l'ambassadeur de 
France , il demeura encore deux ans à 
Constantinople ; mais poursuivi a\ ec 
une nouvelle ardeur par le patriarche 
Avedik'h, successeur d'Ephrem , et 
héritier de sa haine , Mekhithar 
prit le parti de fuir : secondé par 
ses amis , il s'échappa , déguise ea 
marchand , et vint à Sinyrne, en 
1702. Un ordre de la Porte l'y 
poursuivit ; il se cacha encore uns 
fois , et ce fut dans le couvent des 
Jésuites. Peu de jours après, il monta 
sur un vaisseau vénitien , qui le porta 
d'abord à Zante , puis dans la Morée , 
qui appartenait alors à la république 
de Venise , et où plusieurs de ses 
disciples étaient venus pour le join- 
dre. Il y arriva au mois de fé- 
vrier 17085 le gouverneur véni- 
tien lui céda un bourg et diverses 
autres possessions auprès de ]\Iôdon. 
Mekhithar y fit bâtir une église et 
un monastère , où il habita jusqu'en 
l'an 1717, qne les Turcs rentrèrent 
dans la posses.^ion de la Morée. 
Il se vit aiox's obligé de fuira Veni- 
se avec les siens. Le 8 septembre de 
la même année, le gouvernement lui 
concéda l'ile de Saint-Lazare , où il 
fonda une église et un monastère, 
lequel devint la résidence des reli- 
gieux arméniens qui sont appelés de 
sou nom Mekhitharistes , et y lia- 
biteut encore actuellement. Mek- 
hithar joignit à son monastère une 
imprimerie pour la publication des 
livres nécessaires à l'instruction de 
sa nation, et propres à introduire 
chez elle la doctrine orthodoxe de 
l'église romaine. On distingue, parmi 
les ouvrages qu'il (it paraître , un 
Commentaire sur saint Matthieu , 



1-4 WEK 

un ar.lre sur l'Ecclésiastique , les 
Psaumes, des Caléchismes en ar- 
ménien littéral ei on arménien vul- 
gaire , une Traduction de saint 
Thomas d'Aquin^ un Poème sur la 
p^ierge , une Bible armtnienne , 
i'j33, in-fol., une Grammaire de 
l'arménien vulgaire , et une autre 
de l'arménien littéral , un Diction- 
naire, qui ne parut qu'après sa mort , 
etc. : le 1*^''. volume ( 1749) ^ i'>-5i 
paj;, , et le •2'^. (1769) en a 1750. 
Mckliitliar mourut le 27 avril 1749? 
âj;c de 74 ans. Le vartabiecl Elicnne 
Mclkonian , de Constanlinople , fut 
son successeur. S. M — N. 

MELA ( PoBi?ONius ) , ge'ogra- 
■phc romain , vivait dans le premier 
siècle de l'ère chrélienne. Les capri- 
ces de quelques e'nidits ont singuliè- 
rement cmbrouillcsa Lio^rapliie. Ou 
a même èU vc des doutes sur l'épo- 
que de sa vie, qui est ccpcndaut fa- 
cile à déterminer. Quelques-uns, à 
l'exemple de Vossius , l'ont voulu 
faire contemporain de Jules-Cesar ; 
l'ouvrage même de IMcla réfute cette 
opinion, llyest parle (i, V) de la ville 
de loi , qui , selon ce géographe, por- 
tait de son temps le nom de Cœsarea : 
or , elle ne reçut ce nom que sous le 
règne d'Auguste , lors uc la réintégra- 
tion de Juba dans sou royaume; et 
ce qui vient à l'appui de cette der- 
nière assertion , c'est la phr.ise de 
P. Mêla , « Quia Juhœ regia fuit » , 
qui indique du moins un tciiips })0S- 
térieur à Jules-Gcsar. Mais ce v\n , 
scion quelques-uns , prouverait jus- 
qu'à l'évidence que P. Mêla n'avait 
vécu qu'après Jules-César, c'est que 
celui-ci indique le fleuve Rubicon 
comme limite entre la Gaule etl'lta- 
lic, au lieu que Mêla dit que c'est à 
Ancone q.ie les nations gauloises et 
italiennes se séparent (11, 4)- Cet 
argument, quoique adopté par le 



M EL 

docte TzscLurke , ne nous -paraît pas 
seulement faible , mais tout-à-lait 
faux. Mcla ne parle pas des limites 
de la Gaule , comme pays , mais de 
celle des peuples d'origine gauloise. 
Mc'.is il dit. à la (in du même chapitre, 
« que le fleuve f^arus termine l'Ita- 
» lie. » C'étail-là le passage décisif 
qu'il aurait fallu citer. Le Var ne de- 
\int la limite fie l'Italie que sous Au- 
guste. P. Mtla parle aussi d'une tour 
qui poitait luie inscription en l'hon- 
neur d'Augr.ste, ainsi que de trois 
autels consacrés à cet empereur ; il 
cite en outre la ville Cesar-.-Ju^usta, 
qui, d'après Strabon, fut bâtie du 
temps d'Auguste. On peut donc s'é- 
tonner qu'il se soit trouvé de nos 
jours un érudit ( Reliu de Ballu), 
qui ait voulu rendre Mêla pins an- 
cien que la naissance de Tibère. 
fJotre géographe a lui- même mar- 
qué l'époque de sa vie. Il parie 
( m , G ) d'un grand cmpereui- qui 
va célébrer par un triomplie la con- 
quête de la Grande-Bretagne, (.ctte 
conquête n'a eu lieu , comme on sait, 
que sous rcmj)ereur Claude, dans la 
troisième année de son règne ( 4'-'' de 
J.-G. ) : Jules-César, de son temps , 
n'avait fait , pour ainsi dire, que re- 
connaître les côtes de la Grande Bre- 
tagne, et n'avait nullement conquis 
celte ile. On ne peut donc appliquer à 
cederiiier ce qu'en dit P. Mêla. C'est 
un l'.spagnol , \ adianus, qui a le 
prejuier fait P. Mêla contemporain 
de l'empereur Claude ; et cette opi- 
nion est maintenant la seule admise. 
M<la parle précisément sur le. ton de 
l'admiraiion contemporainedes pro- 
grès de cette découverte; et comme 
habitant de l'Espagne , il avait appris 
les noms des îles Orcades et Ilœ- 
modes, auxquelles les armées romai- 
nes n'étaient pas encore parvenues 
( y. M. Lelrouuc sur Dicuil ). Tout 



MEL 

Coiaclde , d'ailleurs, avec celte épo- 
que: les nouvelles notions que Mêla 
avait reçues sur, la Codanonia ou le 
Danemark ; la position vis-à-vis de la 
côte belgi(pie , qu'il assigne à Thule , 
ou la Norvège; enfin le passage où 
il parle de l'abolition des sacrilices 
des Druides , ainsi que celui où il 
raconte l'apparition du phénix , 
événements qui eurent lieu sous 
l'empereur Claude. Il y a plus de 
difficulté réelle à déterminer son ori- 
gine et sa patrie. Il se déclare natif 
d'Espagne (ir , 6) ; mais le nom de 
sa ville natale est écrit de deux ou 
trois manières diliérentes dans les 
manuscrits , et vingt conjectures ont 
encore augmenté l'incertitude. Tzs- 
cliucke dit avec raison que les va- 
riantes se réduisent à deux , Tingen- 
tera ou Cingentera ; l'un ou l'autre 
nom doit être celui d'une petite ville 
inconnue, que l'attachement seul de 
Mêla nous a conservé. C'est Hcrmo- 
laus Barharo, q:;i le premier a vio- 
lenté le texte, afin de faire Mêla natif 
de Mellaria, opinion que Nunnez a 
su accréditer ( A^ son Epislola ad 
Schottuni , dans l'édition de Grono- 
vius ). D'autres le faisaient naître à 
Carteja ou TariJJ'a , à' tnitvcs a Tiii- 
gis ii'errt, ville imaginaire. On paraît 
s'accorder, à défaut de notions plus 
précises , à placer sa naissance dans 
la Bétique , dans le voisinage du 
détroit de Gadcs. Le nom de jNIela 
se trouve écrit Mella dans la plu- 
part des maHuscrits et dans les plus 
anciennes éditions; circonstance qui 
n'est pas indille'rente dans la discus- 
sion sur sa famille. Quchpies écri- 
vains le font descendre de la famille 
àe?,Annœus, et supposent tantôt qu'il 
était le fils de Maixus Annscus Senè- 
que , le rhéteur , et tantôt qu'il en 
était le petit-fils , par Lucius Annaeus 
Senèque , le célèbre philosophe. 



MEL 17"; 

Ceux qui ont embrassé la jnemière 
opinion s'appaient sur les ouvrages 
de M. A. Senè(pie , le rhéteur , qui a 
dédié le premier et le cinquième de 
ses di < livres sur la controverse à ses 
trois fils. M. A. Novatus , L. A. 
Sencque , et L. A. Mêla. Cette opi- 
nion se concUie assez avec la chro- 
nologie ; car nous savons que '^xtué- 
que le philosophe était venu à Rome 
encore enfant, vers l'an 772 ( 18 de 
J.-C); on pourrait admettre , d'a- 
près cela qu'd avait alors près de dix 
ans , et que son frère cadet n'en avait 
que huit. Si nous nous rappelons 
maintenant que ce fut vers l'aimée 
797 ( 43 de J.-C. ) que l'empereur 
Claude triompha pour la conquête 
de la Grande - Bretagne , Mêla hu- 
rait alors atteint déjà sa trentième 
année, âge convenable pour la com- 
position de son ouvrage ; et ainsi il 
serait mort à cinquante ans, puisoue 
Anuaîus IMela, ou plutôt Mella , s'ar- 
racha la vie dans l'année 8iio ( 8G 
de J. -C. ) (ïac. Anji. xvi , 1 7 ; Plin. 
//ist. mit. XIX, 33 ). Il faut cepen- 
dant convenir qu'on pourrait contes- 
ter cette opinion par plusieurs rai- 
sons ; et d'abord on ne trouve pas 
la moindre conformité, ni pour le 
style ni pour l'esprit , entre Senèque 
et Meia, ce qui aurait dû cependant 
avoir lieu, si ces deux auteurs avaient 
été frères, et élèves du même rhéteuj-. 
Une autre objection très-forte, que 
l'on oppose à cette opinion , est que 
nous ne trouvons nulle part le nom 
d'Annaeus à côté de celui de P. Melaj 
nom qu'il aurait cependant dû con- 
server, même après avoir été adopté 
parla famille Fomponia, puisque les 
lois de l'adoptionle recommandaient. 
L'opinion qui fait Mêla fils du phi- 
losophe , quoique soutenue par uu 
savant estimable ( Hager , L'ucher- 
saal, vol. II , p. 4*^3, etc., ni, 



k76 MEL 

p. 296 et 5io ) , est inadmissiLIe , 
car Se'nèque n'ayant que trente ans 
lors du triomphe de Claude sur la 
Britannie , époque fixe de la compo- 
sition de cet ouvrage , son fds , que 
d'ailleurs il nomme Marcus, ne pou- 
vait avoir alors que tout au plus dix 
ans. Il ne reste donc qu'à regarder 
la famdle de Alela , ou comme une 
branche des illustres Porapunius de 
Rome , transplantée de la capitale 
dans la province , ou comme une 
famille espagnole , adoptée ou pro- 
tégée par les Pomponius; et cette 
dernière version nous semble avoir 
pour elle beaucoup de probabilité. 
Comme la premiL-reGcograpliic des 
Romains qui nous soit parvenue , 
l'ouvrage de jNlela doit être pour nous 
d'un très-grand intérêt, il paraît être 
le même que celui qui est cité par 
Pline. Nous ne nous arrêterons pas 
ici sur les dillcreutes versions qui 
existent au sujet du titre de ce 
traité , qui , d'après les uns , devait 
être Geographia , ou Cosmo^ra- 
phia; d'après les autres, Choro- 
graphia ; d'après d'autres enlin , 
J)escriptio siti'ts orbis. La plupart 
des éditeurs semblent avoir aduplé 
ce dernier titre , vu qiie l'auteur lui- 
même , dans son ouvrage , dit ({u'il 
traitera de orbis situ. 11 paraît que 
ce livre nous est parvenu tel que 
P. Mêla l'avait publié de son temps , 
sauf les erreurs nond)reuscs des co- 
pistes , erreurs assez naturelles dans 
un écrit rempli de noms propres. 
Pour apprécier cet ouvrage , il faut 
observer que i\Iela adopte les notions 
générales d'Eratosthène, sur la con- 
tiguration et l'étendue du continent, 
en tachant d'y intercaler beaucoup 
de descriptions topographiques d'Hé- 
rodote , d'Éphore , peut - être de 
Strabou, et quelques détads plus mo- 
dernes qu'il avait puisés dans César , 



MEL 

Cornélius Nepos, et d'autres écrivains 
romains. ( F^. Aud.Scholt, Geog^ra- 
phica Ilcrodoti quœ Mêla exscrip- 
sit , dans l'édition de Grouovius j 
Tzchucke , Dissertatio de Meld ; 
Uckert, Géographie des Grecs et 
des Romains ; 3Iannert, etc. , etc. ) 
Il en résulte que nous possédons dans 
l'ouvrage lie iMola, comme dans pres- 
que tous les ouvrages de géographie 
des anciens , une compdation inco- 
hérente d'excellents fragments , de 
matériaux précieux , dignes de toute 
l'alteution des critiques. V Abrégé 
de JMela fournit , (juoiqiie en nombre 
plus circonscrit , des lumières aussi 
importantes que le Traité de Stra- 
bon ; mais on y cherche en vain un 
aperçu clair et net de l'état de la 
géographie de son temps. Il y a un 
ordre apparent dans l'écrit de Mêla. 
Après avoir jeté un coup d'œU sur le 
globe en général , l'auteur donne dans 
le premier livre une description de la 
Mauritanie , située sur la cote occi- 
dcn!ale de l'Afrique j de là il tourne 
vers l'est , en décrivant la Numidie, 
l'Afrique propre , l'Egypte , l'Ara- 
bie , la Syiic, la Phéuicie, laCilicie, 
la Paraj)lii!ie, la Lycic , la Carie, 
rionie , lÉulide , la Bithyuie , la 
Paphlagonic , et les autres contrées 
situées dans le voisinage du Pont- 
Euxin , du Bosphore cjramériquc, et 
du Falus-Meotis jusqu'aux monts 
Bhypœ. Dans le second livre il com- 
mence sa description par les contrées 
situées sur les bords du Tandis. En 
suivant les côtes européennes du 
P aliis-Meotis , il parle des Scythes , 
habitants de ces conti'ées. Continuant 
cette route , il décrit les côtes euro- 
péennes du Pont - Euxin jusqu'à 
By/ancc; il passe en revue la Thrace, 
la Macédoine, la Thessalie, la Ucl- 
lade,le Péloponnèse, l'Epire et l'il- 
lyric ; il parcourt l'Italie , la Gaule 



Mrbonniiise , l'Espagne, et termine 
.s.i clcscriplion en revenant au point 
d'où il est parti. Il recommence une 
seconde fois ce voya<ie , dans le 
quel il visite toutes les îles de la mer 
Méditerranée. Dans le troisième livre 
il se dirige vers Touest, en parcou- 
rant les contrées que liaigne l'Océan , 
telles que la côte noid-ouest de l'Es- 
pagne , la Germanie et la Sarmatie , 
d'où, après avoirfait mention de plu- 
sieurs peuples de ces contrées ainsi 
que des îles de l'Océan , il se rappro- 
che de la mer Caspienne , en con- 
tinuant jusqu'aux cotes orientales de 
l'Inde ; il nous fait connaître en- 
suile la Carmanie , la Perse et l'Ara- 
bie ; de là il passe en AtVicpie , ou il 
parle de l'Ethiopie occidentale , de 
ses lialùtauts , et termine encore une 
fois ses descriplions au cap d'Am- 
pelusle en Mauritanie. On voit que 
ce plan est celui d'une ïlej^/o^of, peut- 
être celui d'Eudoxe ou de quel- 
que autre auteur jierdu ; mais Mêla 
l'avait arrangé pour l'horizon de 
l'Espagne : le détroit des Colonnes 
est son point df départ et son point 
de retour , circonstance qui prouve 
qu'il a écrit en Espagne et ])our 
les Esj)agnûls. Nous ne devons pas 
être étonnés de trouver une foule 
d'inexactiuidrs dans l'ouviage de 
Me!a ; et nous devons encore moins 
aiuibuer toutes ces inexactitudes à 
l'auteur seulement , en réfléchissant 
combieu de dilïicultés et d'obstacles 
sans nombre les anciens géographes 
avaient à surmonter, avant de pou- 
voir se procurer quelques rensei- 
gnements positifs , sur des pays 
éloignés. Cependant, i>Icla n'est pas 
excusable, lors([u'il néglige de citer 
plusieurs villes et fleuves, etc. remar- 
quables , pour nous rapporter quel- 
ques détails insignifiants, qnoiqu'au 
commencement de son ouvrage il 

XXMII. 



MEL i'-7 

nous eût aveilis(pi'iluedonncraitdans 
ses descriplions que le précis des dé- 
tails les plus intéressants : c'est ainsi 
qu'il ne dit pas un mot, de Cannœ , 
Miinda , Ecbatana , Jérusalem 
Fliarsalus , Fersepolis , Leuctia , 
Manlinea , Stagira. Parmi les mon- 
tagnes, ilne nous fait point connaître 
le mont J/elicon, ni celui de f mo- 
llis, et autres. Parmi les fleuves il 
oublie de nommer la Tr^ùia , et 
parmi les lacs celui de Trasimcne : 
on pourrait croire qu'il n'a pas voulu 
rappeler des noms aussi désagréables 
aux Romains. La principale cause de 
ces omissions nous païail cependant 
être son attachement servilc aux an- 
ciens auteurs grecs. En suivant leurs 
traces, il nous donne souvent la géo- 
graphie du siècle d'Alexandre, mais 
nullement cellede son tciups: c'est ain- 
si qu'il ci le des objets qui avaient exis- 
te bien anléiieurement a 1 ejjoque où 
il vivait. Il parle des Phœaces^ et des 
P) rœt, en les plaçant dans leurs an- 
ciennes demeures, comme au siècle 
d'Homère; il nous enliefient d'après 
Hérodote, non seulement des Troglo- 
dites qui hcurlont au lieu de ]iarler , 
de Gamphasantes qui vont tout nus , 
mais même de la table du Soleil , du 
phénix, et des fourmis indiennes, 
plus grandes que les chiens ; il place 
à côté des notions récentes sur le nord, 
les anciennes fables de Philémon et 
d'Hécatée, sur les hommes a pieds de 
cheval, et les hommes qui se ser- 
vaient de leurs oreilles en guise de 
manteau. 11 conserve de même plu- 
sieurs anciennes dénominations au 
lieu d'indiquer celles qui étaient usi- 
tées de son tenij)s. C'est une sembla- 
ble confusion de l'élat ancien et nou- 
veau qui l'a égare, lorsque d'abord il 
place la ville de Leucas dans l'Acar- 
uauie, et non dans la Leiicadie , île 
sur laquelle cette ville se trouve 



178 



MEL 

située et qu'il cite bientôt après. 
Mêla a eu le rare luérite d'avoir 
«herchè sincèrement la vérité ; et 
quoiqu'il soit prouvé qu'il n'a point 
visité lui-iucnic tous les lieux dont il 
nous entretient dans son ouYrap;e, ou 
doit néanmoins lui savoir gré d'avoir 
puisé , dans les meilleurs auteurs à 
sa portée, les détails qu'il nous ex- 
pose. Homère , Hannon , Hipparque , 
Cornélius ^epos, sont nommément 
cités par lui; et s'il n'agit pas de 
même à l'égard de tous les auteurs 
dont il s'est servi , ce n'est que pour 
jie puiul interrompre le cours de ses 
récits par de liequentes citations : 
mais il dit souvent dans son ouvra<;c 
« Jta l'elercs traïUdere... lU cioclio- 
ribus placet aiicloribus . quos seqiii 
non pigeai, etc. » Quelquefois !Mela 
ne se contente point de citer l'opinion 
d'un seul auteur sur un point sujet 
à des discussions; il iudi(pie les di- 
verses opinions des auteurs sans Taire 
connaître la sienne: il cite, par 
exemple, les dill'érents systèmes des 
savants sur le flux et le rollux de 
l'Océan; sur les anciens habit.iiils de 
la (.'and;surrorij;incdu nom d'./«- 
tandros : il r.ipportc les opinions 
d'Homère et de Cornélius Nepos, 
lorsqu'il parle de l'Océan qui ceint la 
terre; et \\ s'apj)uie sur les téuioi- 
gnages de Hannon et d'Eudoxe pour 
tout ce qui concerne les régions 
australes de l'Afrique. Au lieu de 
réduire arbitrairement les mesures 
des auteurs qu'il a extraits, il a 
mieux aimé indiquer les distances 
d'après des échelles difï'cfcuïes ; 
tantôt ce sont les pas, tantôt les sta- 
des, et tantôt le cours des vaisseaux 
(C'tt'iuv navif^alioniim). T^a brièveté 
fie ses descriptions einpèclie souvent 
d'vrecounaitie avec certitude (juel est 
l'original qu'il a consulté ; mais il 
doimc quclquefoiâ des particidarités 



MEL 

qnincserencontrentdansaucnnaufre 
auteurconnu. C'est ainsi qu'il indique 
Themistagoras, comme le fondateur 
de la ville de Pliaris; ce qui ne se 
tronvenulle part ailleurs. Sa descrip- 
tion de la Garonne semble être celle 
d'un témoin oculaire; mais il a ignore 
les mesures d' Agrippa , les écrits <!e 
J uba , de Statius Sebosus , et beaucoup 
d'autres sources contemporaines tt 
romaines, employées par Pline; cir- 
constance qui conlirme notre opinion 
qu'il n'a jamais fait de séjour a Home, 
ou du moius qu'il n'y a passé que 
fort peu de temps, et qu'il n'a jws 
eu à sa disposition une grande bU:)lio* 
tlii'fpic. Son stvie n'est pas sans mé- 
rite; il a la concision, la vivacité, 
l'éclat, qfielquefois même l'allècta- 
tion de l'école hispano - latine , à 
laquelle appartiennent les deux Sé- 
nèqiies, Lucain, INFarfial, et, malgré 
la dinérence d'origine, Plijie et Ta- 
cite. Mais les bonnes qualités mêmes 
de son style nuisent a la clarté des 
détails géograpliiques. H est ridicule 
dédire, avec vSchott, que Cicéron 
lui-même n'aurait pu mieux écrire la 
géographie. D'après Ernesti [Fabrir. 
JJibliolh. lutin, ii , 76), Veditio 
pnnceps de Mêla existe à Leipzig, 
dans la bibliothèque du .sénat; elle 
est sans date, mais antérieure à celle 
de Milan de I471 : cette asserlion 
d'F>nesti est fort douteuse. I/éditicn 
qu'adonnée Ilermolaus Barbaro, à 
Rome^versTan i493,cst!a piemière 
ou l'on trouve des corrections criti- 
ques, souvent adoptées dans la suite. 
Celle deSalamanque (1498), est rare 
hors de l'Espagne; Vadiantis en 
donna à \ienne, i5i8, une e'difioii 
surchargée d'une érudition souvent 
inutile. iNunnez deGuzman, suriiom- 
iné Pifitianus, fit faire un pas remar- 
qft.ibh' a l'étude de Mêla par ses Cas- 
Ugalioiiei (Salamanque, i5/p). Les 



]\ÎKL 

ï?.lilionsdcViiict,àI'aris, i!)']'î,etde 
Schotl, à Anvers, 1 58'>., sont remar- 
quables au milieu du grand nombre 
de réimpressions , nées de la iaiissu 
idée que l'ouvrage de Mêla pouvait 
être donne, dans les écoles , comme 
ële'raents de géographie ancienne. 
Les Ohsen'ntivns de Vossins ( La 
Haye, i0>8), excitèrent l'einulatiou 
de Jacques Gronovius, qui, eu \(kj5, 
donna une édition trés-eslinie'e de 
Mêla , sans nom d'éditeur , mais 
réiiupriinéc en i()f)G,avec sou nom. 
Abraiiain (ironovius reproduisit, eu 
1 7'jf.i, l'édition de sou père, avec une 
vaste culleclioude /Vof.t^ f'ariurwn. 
Cette édition, rèimpiimee eu 174^» 
est très-célèbre , et n'a peixlu le pre- 
mier rang que lors de r.ipparilioii 
de celle de Tzschucke (Leipzig, 
1806), on trois tomes qui forment 
sept volumes , in 8**. Malgré cette 
prolixité , M. Tzschucke est uu 
critique judicieux, profond, et qui 
ne laisse peut-être rien à désirer, si 
ce n'est un abrégé de son admirable 
travail. Nous avons de Mêla une édi- 
tion française, avec une version dé- 
layée , vague , et accompagnée de 
beaucoup de notes par M. Fradiu 
( Paris, 3 vol. iu - 8°., i8o4 ). 
M. B— N. 

MELAN ( Cl. \ F. Mkllan. 

MÉLANCHTHON ( Philippe ) , 
célèbre réformateur, et l'un des 
hommes qui ont le plus contribué 
aux progrès des lettres dans l'Eu- 
rope moderne, était né le ifi février 
1497 ' '' Brôtlen . dans le Bas-Pala- 
tinat. Il se nommait Schwartz-î^de, 
mot allemand, qui signifie Terre- 
noire ; mais Ptcucldin , sou oncle 
maternel ^ l'engagea , dès sou en- 
fance, à quitter ce nom pour celui 
de Melancluhon , qui en est la tra- 
duction grecque. Il iiioutra de bonne 
heure des dispositions extraordiuai- 



MEL 170 

res pour les h-ttres (i). Dès qu'U 
eut appris ks éléments des jasigues 
anciennes , ses pai'eiits l'envo\creut 
au collège de Piorlzlieim , qui était 
alors très-renoinmé. Eu i jioi) , il se 
rendit à Ileidelbci g, el il y Ih des pro- 
grès si rapides dans les s( ience.s, que 
le comte de Lœwenstein lui confia l'c- 
ducation de ses Ids , quoiqu'il n'ci'it 
])as encore quatorze ans. lise rendit à 
Tubiijgeu , en i5ii , pour suivre les 
leçons des professeurs qui donnèrent 
à cette école une Lllustralion qu'elle a 
conservée ; il y explirpia piibliquc- 
ruent les classiques latins tu), et 
trouva encore le loisir de diriger 
l'imprimerie deTh. Aiishflnii( f'cj, 
ISalclerus). En 1 5 18 il l'ut nommé 
professeur de grec à j'acadéinie de 
Witfeu.berg ; il prit possession de 
cette chaire par un discours qui 
donna une bien haute idée de ses 
talents , et fit disparaître les pré- 
ventions que sa taille et sa mine, peu 
avantageuses , avaient d'abord inspi- 
rées. De foute rAlIcniagne on accou- 
rut a ses leçons ; et l'on assure cpi'il 
compta bientôt jusqu'à deux mille 
cinq cents auditeurs. ]\rél.inchllion 
avait déjà réfléchi sur les défauts de 
renseignement; et ce fut un service 
inappréciable qu'd rendit aux maîtres 
et aux élèves, eu publiant denouveaux 
élémentsde rhétorique, de dialectique 
et de grammaire, oii les])réceptes se 
trouvaient rangés pour la première 
fois dans un ordre qui eu facilitait 
l'intelligence et l'application. Le suc- 
cès de ces dillërcnls ouvraiics s'éteo?- 



' I • BaiOct !ui n donne une place dans les Fr:firts 
célébra , el kU r,ker , ilans l.i BJil. f/<-. énidiis pré- 
coces. K treize an.s , il dedia à Reiichlui, une cutnë- 
die allriuaade, qu'il a^ait coiopOACe tout seul 

l^'lOi dt daus le Diclionnatre universel, que 
ce fut ?>It laucLtou qui deciuvrit , et 6t coiini.ilri' la 
luesuri' des «eis dfï coinedie< de Tir- nrr, que Ion 
croyait écrites en pruse; ma'S c'est une en rur. L'édi- 
tion de Térince, i.'i7i, pel. iii-fal. , p rv nte di-ù la 
di.'^tiiiclion d s virs , qui , à la vii-it'-, nV.«t p»s oljier- 
vee t'aus des editiuiis pustcricures. { f. TbliE^CE- ) 

li.. 



i;3o 



]MEL 



dit jusqu'en France , où l'eu conlinua 
de s'en seiTir dans les écoles p'ubli- 
qiics , long-temps après que l'auleur 
eut encouru , par ses principes tlico- 
logiques , les censures de la cour de 
Rome , et l'aniniadversiou de tous 
les zélés catholiques (i). Il s'était 
établi une liaison intime entre Mé- 
lanchton et Luther , qui enseif^nait , 
dans le même temps , la théologie, 
à Wittemborg ; et tous deux desi- 
raient la réforme des abus qui s'é- 
taient glissés dans l'église romaine : 
mais , autant Luther était violent et 
emporté , autant Méiauchthon était 
doux et pacifique; et il se Hattait encore 
de pouvoir conserver l'unité avec le 
chef visible de TÉglise , que son fou- 
gueux ami avait déjà rendu tout 
rapprochement impossible. Mélanch- 
thon prit peu de part aux débats de 
Luther avec les délégués de Léon X : 
il s'ellrayait des progrès de la ré- 
forme , eu prévoyant qu'elle amène- 
rait des guerres , et ferait couler des 
torrents de sang ; mais , subjugué par 
le j génie audacieux de Luther , il 
adoptait ses principes , en le blâ- 
mant, et se bornait à chercher les 
moyens de les concilier avec les 
dogmes de l'Église. En i5'27 , il fut 
chargé de visiter la Saxe ; mais il 
s'occupa moins de répandre la nou- 
velle doctrine , comme il en avait 
reçu la mission , que d'organiser les 
écoles , et de leur faire adopter un 
mode uniforme d'enseignement. Il 
assista, l'année suivante , à la clièîc de 
Spire , et se rendit peu après au coî- 
loqrte de Marpourg. Il fit un voyage 
à Bretten , en io'M), pour v^oir sa 
mère j et cette bonne femme lui 
ayant demandé la conduite qu'elle de- 

(i'^ On trouve dans presque lnu(es ies auci^-bues 
bit<l>»lbè(|ue3 de Frauce , des cxeiiipla'ies des ouvra- 
fses classiques de Méiauchthon; mais il est rare que 
le frontispice n'en soit pas iiiutilc , cl que le iioui de 
l'auteur n'en a't pas élc cQ'icé gu Ironiué avec iiue 
«xatiitnde wiuuticui?. 



MEL 

vait tenir : Continuez , lui dit-il , t}r 
croire et de prier comme vous avez 
fait jusqu'à présent , et ne vous lais- 
sez point troubler par le conflit des 
controverses. Il rédigea la fameuse 
profession de foi , comme sous le 
nom de Covfe^sion d\4ugsbourg , 
parce qu'elle fut présentée à l'empe- 
reur dans cette ville ; et il y inséra 
quelques articles , qui tendaient à 
amener un rapprochement : mais 
elle fut rejetée sans examen , et l'on 
jxnitdire, sans prévoyance. Luther 
présenta , et fit recevoir à Smalcal- 
de , de nouveaux articles, qui dé- 
truisirent tout ce qu'elle contenait de 
modéré ( roj. Luther , XXVI , 
4 H). Il fallait, dit Mélanchthon, 
s'accommodera l'occasion ;jechan- 
geais tous les jours, et l'échangeais 
quelque chose ; j'»n aurais changé 
beaucoup davantage , si nos com- 
pagnons me l'avaient permis. Les 
protestants et les catholiques \'an- 
taient à l'envi ses vertus et ses lu- 
mières. Les premiers obtinrent , en 
France, par sa médiation, quelque 
adoucissement aux rigueurs exer- 
cées contre eux. Il envoya même à 
François P"". , sur la demande des 
ministres de ce prince , un mémoire 
conciliatif , où la Confession d'Augs- 
bouig était adoucie , interprétée , 
rapprochée du symbole de l'Eglise 
ror'jaine. Il y blâmait les abus intro- 
duits dans les messes priA-ecs ', mais 
il ne les condamnait pas en elles- 
mêmes : il s'y exprimait nettement 
sur la présence réelle , mettait seule- 
ment la transsubstantiation au rang 
des questions indifférentes qui ne doi- 
vent point entrer dans les contjo- 
verses ; enfin , il maintenait l'ordre 
hiérarchique. Le roi , qui desirait la 
paix de l'Eglise, lui écrivit, en i535 , 
pour l'inviter à une conférence paci- 
fique avec les docteurs de Sorbonne : 



MEL 

mais IVlocteur de Saxe , d'une part, 
ciaignait de déplaire à l'erapcreiir , 
s'il permettait à Mclanchtbou d'aller 
en France ; et les théologiens catho- 
Hipies , d'autre part , redoutant les 
insinuations dangereuses du disciple 
de Luther sur l'esprit du roi , firent 
cchoner ce projet de conciliation, 
IMelanchthon ne tira d'autre fruit de 
cette négociation, rpie de voir rejeter 
son Mémoire par la faculté de Paris , 
et de se voir signalé comme traître 
et transfuge par les zélés de sou 
])arti. Le roi d'Angleterre désira de 
l'attirer dans ses états pour le même 
objet, et ne fut pas phis heureux, 
li ne se passait aucun événement 
considérable dans le parti de la nou- 
velle réforme, où ce célèbre théo- 
logien ne jouât un rôle important. 
Pendant la guerre qui suivit la li- 
gne de Smalcalde, il eri'a dans di- 
vers lieux de l'Allemagne, fuyant 
le théâtre des discordes qu'il aurait 
voulu empêcher , et finit par se reti- 
rer à Weiraar. Il contribua h l'érec- 
tion de l'université de léiia ; et Zeu- 
ner le met au nombre des professeurs 
qui y ont enseigné la théologie ( i ). Il 
assista , en 1 54 1 , aux conférences de 
llatisbonne , et fut occupé ensuite 
par l'aflaire de Vinterim^ qui l'oltli- 
gea de pidilier un grand nombre d'é- 
crits en faveur des protestants. Après 
la mort de Luther, un nouvel exa- 
men de ses opiuions y apporta quel- 
([ues changements; et quoiqu'il ne se 
fût exprimé que dans des termes gé- 
néraux , afin de ne pas donner piise 
sur lui aux réformateurs , il ne put 
CAHter la haine ni les injures de Fran- 



( i) Zeunrr assure que Mclauchtiiou avait enseigné 
Li lena , ni-me avant la fondation de l'irniversité, eu 
i.'i^7 eti5^8; et pour la seconde fois , en i535 i-t 
lô'^ô , et qu'il y f"t suivi d'unr te'le aftluence d'au- 
diteurs , que Ton disait en proverbe : fjbi Pmt.lP- 
PL'S, ilii IJ'itUher^n. Voy. J. Casp. Zeuner K;(« 
jjio'esforHm in aeodein. Jeiiensi , p. il. 



comtz ( F. ce nom , XV, i\r).\ ). Il 
fut désigné par l'électeur de Saxe 
pour assister au concile de Trente , 
en i55'2; mais, après avoir attendu 
quelque temps, ta INuremberg , le sauf- 
conduit qu'on lui avait promis , il 
revint à Wiltemberg , d'où il ne sortit 
plus que pour se rendre, en i5j7 , à 
Worms , où il eut une dernière con- 
féicnce avec les théologiens catho- 
li([ups. Mélanchthon mourut le 19 
avril i5Go, et fut enterré dans le 
château de Wittemberg , à coté de 
Luther, dont il avait été l'un des 
plus utiles collaboraleurs. On assure 
que, quelques jours avant sa mort, 
méditaut sur sa fin prochaine, il prit 
un morceau de papier sur lequel il 
écrivit les motifs qui devaient la lui 
faire désirer, et qu'il compta parmi 
les maux dont elle le délivrerait , 
celui de ne plus être exposé aux dis- 
putes théologiques. On a dit de lui 
qu'il avait passé sa vie entière à cher- 
cher sa religion , sans avoir pu la 
trouver. Quoiqu'il eût embrassé d'a- 
boi"d toutes les erreurs de Luther j 
il ne laissa pas d'être ensuite zuiii- 
glien sur quelques points , calvinis- 
te sur d'autres , incrédule sur plu- 
sieurs , et fort irrésolu sur presque 
tous. On prétend qu'il changea qua- 
torze fois de sentiment sur le péché 
originel, et sur la prédestination. Cet 
étatflottautlui mérita lencmde Pro- 
iée d'Allemagne ; il aurait préféré 
d'en c-tre le Neptune, pour arrêter la 
fougue des vents, qui agitaient impé- 
tueusement la miu- orageuse sur la- 
quelle il naviguait. Il ne pouvait 
souiïiir qu'on sonnât le tocsin pour 
exciter les villes à faire des ligues; 
il ne voyait partout que des plaies 
incurables , des combats de théolo- 
giens ;>lus cruels et plus opiniâtres 
que ceux des vautours. Les emporte- 
ments de la multitude l'allligeaieut; 



i82 WEL 

il prévoyait pour l'avenir des tragé- 
dies sanglantes , et cet état d'anar- 
chie , qui est le comble de tous les 
maux. Tous les flots de l'Elbe , s'é- 
criait-il, ne me sitj/îraient pas pour 
pleure" les malliew'S de la religion 
et de l'état. Il ressentait les cion- 
îeuv^ de l'enjer, et lieu n^ égalait 
ses tourments et sa consternation : 
dans ces accablements il rec-nnais- 
sait C(wibien Luther et ses violents 
sectateu' s avaient tort ; mais , sub- 
jugue par ce maître arrogant , il était 
retenu en sen'itude comme dans 
l'antre du Crcljpe ( i ). 11 avait 
épouse', en lO'^o, la fille d'un 
bourgmestre de Witîemberg, dont 
ii eut qnalre enfants, deux fils morts 
en bas âge, et deux filles , qui furent 
mariées , i'ime à George Sabinus , 
Ijou poète, et l'antre à Gaspard 
Peucer , savant très-distingué'. Tout 
le monde s'accorde à reconnaître que 
]\Ic'ianchtln)n était doué du carac- 
tère le plus heureux : bon époux etbou 
père ()2; ami fidèle, il ne lui man- 
qua peut-être (tu'im peu de fermeté 
pour se soustraire à ladominatiou de 
Luther, et échapper aux éternelles 
controverses théologiques, qui firent, 
pûiame il l'a souvent avoué, le mal- 
heur de sa vie. Nous n'entrerons 
point dans le t'é:ai! des opinions que 
ivlelanchtliou professa à difierentes 
époques : on ne pourrait que coi'.ier , 
eu l'abrégeant , î'admiraJjle I/i^loire 



(i) Ses principe? de inidéralioii lui avaient f^It des 
eunemis cii Idus les 'heOi du l.i rét'.ime ; et il aïa;t 
r.solu, .•.'ils l(! rlui>s,iipiit de WilUiiibers , de fuir ]ui- 
cjiie d^iris |j Pal.sliie, ttdpstcac.tr dans la scdi- 
tiiJe liabitéc jadis par les J'rô:Me . pour -y lînirses 
j'Jiirs 111 paix daiis l.i iiitditutioudLS i:ho e.-i"niccssai- 
i-es au salut , et dans I.i rei.li relie lie la vrriti'. 

(2) Un savant fi aiie,iis étant :illé voir îHeian litbon, 
le trouva . runuaiif d'u.ie iiiaiu l^ bcntiiu de s.in en- 
fant , et de Taulre tenant un livre ijull lisait. Teis- 
sier, i qni n-.u.- eni|iri!iiloQs cette anecdute , a re- 
cneiili h:i ^rand unuibre du traits qui priiuvent sa 
(1 Mite de no-nr . sou <i«siiite)<is!.em(.-ut , et sa Gdelile 
^ uui sr.> auii». 



MEL 

des Variations ( i ) ; et le lecteur au- 
rait droit de nous reprocher celte 
espèce de profanation d'un des 
chefs-d'œuvre de Bossuct. Mais aux 
diiTérents traits qu'on a déjà rappor- 
tés de son caractère , on ajoutera 
qu'il était extrêmement crédule, et que 
ce même homme qui refusait d'adruet- 
tre, sans ciamen , les vérités reçues 
par l'Eglise, ajoutait foi aux rêves et 
auxsuperstilions populaires, auxpré- 
dictions, aux prodiges, à l'astrologie. 
A Rome, 1<; Tibre s'était débordé; 
une mule avait mis bas un petit qiii 
avait un pied de grue ; près d'Augs- 
bourg il était né un veau à deux 
têtes j ces prodiges présageaient clai- 
rement la ruine prochaine de la ville 
papale. Il avait tiré l'horoscope de 
sa fille; et un horrible aspect de 
Mars le faisait trembler pour elle : 
de tristes conjonctions des astres , ci 
la Jlamme d'une comète exlieme- 
moit septentrionale , ne l'effrayaient 
pas moins. Il se consolait de la len- 
teur des conférences d'Augsbourg , 
parce que , ves l'automne , les 
astres devaient être plus propices 
aux disputes eccléAastiques. Tc4 
était IMélanclithon avec toutes ses 
vertus et toutes ses faiblesses. Il a 
composé un très-grand, nombre d'ou- 
vrages; et Rotermund en décrit 385 , 
dont il indique les diverses éditions : 
Mart. Mylius en avait déjà puljjié le 
catalogue chronologique , en i58'2; 
Strobel en donna un bien plus com- 
plet sous le litre de BibliAlieca Me- 
lanchthoniana , dans la a'1*=. partie 
des Miicellan. Vtieraria. Les OEu- 
vrcs de Mélanclithon ont été recutiî- 



f i) Mélancblhou, dit Bosfiuet , était simple et cie'- 
dule. t.es iïO< s c-sprit.s le soiit suuTeol. ... Dans la 
Confession d'Augsbourg, il se ra| protha, aufail qu'il 
le put , des domines catlioliques. il vuiilait rPtablir la 
puts^oce des évèques, ji. rce qu'il prévoyait qie >.-i' s 
1 Ile tout allait tomber en confusion. Si l'on r. nvep>e , 
diiail-il , !a police ecclêsi.isti'ine , /e vois que la tj- 
(t.n.ii-j sj/vi ;,i'us iii>fiypvi.!ul/lc ijue Jamais- 



MEL 

iies et publiées par Peucer , son gen- 
dre , Wittemberg , i5Gi-64 , 4 ^'^^- 
iu-ful. L'édition de itjoi ne conlieut 
que les livres théologiques j celle qui 
tut donnée dans la même ville , en 
i(38o-83, 4 vol. iu-fol. , est la plus 
compli-te et la plus estimée. ( /^. la 
Biblioth. Bunaviana^ tom. i"^'.) Son 
premier ouvrage cuiinu, est la pré- 
face ([u'il mit au Dialogus mytho- 
logicus de Bartliéieini de Cologne , 
Haguenau , 1 5 1 6 , in - 4°. Parmi les 
autres écrits de Melaiichthon , nous 
ne citerons que ceux qui sont encore 
recherchés des curieux. I. Loci 
communes theologui. C'est un abrégé 
de la doctrine chi'éticune , publié 
pour la pi'emicre l'ois à Wilteuîberg, 
en i52i , in-8". ; il a été réimprimé 
soixante-cinq fois pendant la vie de 
l'auteur , et a fourni le texte de la 
pupart des discussions théologiques. 
JSlrubcl a donné ( Altdorf, 1776, 
in-8''. ) une Bibliographie spéciale 
de cet ouvrage et de ses différentes 
traductions. La version italienne, 
imprimée à Venise , sous le nom de 
Fiiippo di terra nera ( on se rap- 
pelé que c'est la traduction du nom 
de Mélanchthon ) , eut le plus grand 
succès à Rome , tant qu'on n'en con- 
nut pas le véritable auteur. Schel- 
horn a inséré une Notice sur cette 
version très-rare, dans le tome i*^""., 
pag. (3'i8j^des j\(n>a miscell. Lipsen- 
sia. La traduction croate ou scla- 
vone , imprimée à ïubiugue , ' 1 j()2 , 
iu-4". de 336 pages , en caractères 
cyruliques , est aussi une curiosité 
bibliographique. IL Grammatica 
latuia , Nuremberg, i547 , in-8''. 
Cette édition , la plus ancienne qu'in- 
dique Rotermund , ne doit pas être 
la première; car elle porte sur le 
titre : Jam dennb re^ognita. IIL 
Declam ai io7ies jStmshour^ et Wit- 
temberg, i5j[)-b(), 7 vol. lu-8^.; 



MEL 



i83 



collection très-rare. Les harangues 
de Mélanchthon sont fort estimées, 
pour la pureté du style, la clarté, 
l'ordre et la méthode. Une première 
édition ( Liber selectarum declama- 
tionum ) avait déjà paru à Stras- 
bourg, i54i ■, in-4". IV. Epiitola- 
rum liber primàm éditas ^ Leyàe , 
1G47 ' iii"8"- Ce volume est recher- 
ché , parce qu'il est sorti des presses 
d'Elzevier; mais il ne contient qu'une 
bien faible partie des lettres de Mé- 
lanchthon. Le recueil eu est ti'ès- 
rare , et fort im]iortant pour l'his- 
toire politique etliitérairedu seizième 
siècle ( f^Ae fatal, de Y o'^t ). Schel- 
liorn a publié quelques Lettres iné- 
dites dans les li^. et i4®. volumes 
des Amœnitates litteraiiœ. V. Vita. 
Mari. Lulheri hreviier exposita , 
Erfurt, 1548, m-^^. La meilleure 
édition est celle de Herraanu , avec 
des notes, Gottingue, i54i, in-4°. 
Mélanchthon est le véritable auteur 
de la Chronique de Carion ( Foy. ce 
nom ), publiée à Wittemberg, i538, 
in-S". , et souvent reimprimée (i). 
Il est l'éditeur de la Chronique de 



(i) M<-IaiicV.tlion , sur la fiu de sa \ic , mil lui-iiiêinR 
cil iiil'ii S(t Chronique , vt la pul^lia , avrc des correc- 
tions et des adciit-ons , en i j53. 1 1 continua cet oïlFra- 
ge jiisiiu'5 Charlt-iiiagiie , te d'.isa t-n (rois livres, < t 
le lit rcparaUre, en i.'.Go. Peucor y a ajouté uu 4** et 
un 5«. livns, conteu.int rinstoire uuiversc'lc, depiiis 
Cliarlcma^ne , jusqn'<\ la njort de Maxiinilien 1er, ^ d 
j5i<) \\ pnhlia. en 1370 , tout l'ouvrage, dont l(S 
meilltures éditions sout celles de Wiit/mherg , i58o , 
iiif"!., <t de Genève, it)2^, in->!o. Ensèbc Méiiiiis 
tiMdiiisil celle chr'initjue eu aileniaud. Siuioo Gou- 
Inrd eu donna Uîie version française , en i57();e!îi; 
fut reimjiriméf ^ Gen<;ve , en i5<^5, 4 vol. in-iS. 
Pierre Lnuro, de Modcue, traduisit en italien la pre- 
ntière cditiuLi de la chronique , Venise, i543 , iQ-i?.. 
C»l ouvrajc a été trop lone' par ies^ protestante. Andrii 
Fraucke'iberg a cfîmposé un discours De nia^nituih ~ 
ne rerui'i diriraruin et politicafvm qace in Chronlco 
reperinntur. Etienne Préforins déclare barbares ceux 
qui ne se plaisent pas à sa lecture. O'uu autre côté , 
les catholiques ont heanooup .décrie la fanjt-use chro- 
nique. Rayte d;t que Surius décharge sur l'un di s 
continuateurs, Peucer , rf^s cfuirrctées d*tn/ur/r^. \i 
est ctrtainque ^fielancblhi/n et Peucer ue se niontrciifc 
point e-sempts de passion : que les faits qu'ils citeut 
ne sont appuyés d'aucune autorité; qu'eiiËu leui- 
rbruuologie est défectueu.se : mais , comme l'observe 
l.'ii^lct-DiifriiuOT, aiors on ne [louyaii ;>"' n'fns: 
f,u... • V-VE. 



i84 MEL 

Lambert , des OEuvres de Lu- 
ther, etc. On peut consulter : La Vie 
de MélanchthoH en latin , par Ca- 
nierarius ; elle est très -estimée : les 
El(jges des .savants, par Teis>ier ; le 
Jjiclionn. de Bayle , et les Rem r- 
qi-ies de Joly , etc. G. T, Struhel a 
publié, à Alldorf , un Melanchtho- 
niana, 1771 , in-S". , et à Halle, 
en 1777, iuS"., une'éditiou delà 
p^ie de Mélanchthon par Caméra- 
rius , avec des notes et une préface , 
dans laquelle il nous apprend qu'à 
cette époque il avait déjà paini, en 
Allemagne, '^77 ouvrages sur la per- 
sonne et les écrits de ce célèbre théo- 
logien. J, F. VV. Tischer a publié 
une Fie de IMclanchthon , en alle- 
mand, dont la deuxième édition a 
paru à Leipzig, 1801 , in-8". W-s. 
MELAMDEUWIELM ( Daniel 
Melander, anobli sous le nom de), 
astronome et géomètre suédois , na- 
quit le 9 novembre 1726, et se fit 
connaître par un mémoire intitulé 
J)e natiud et verilate methodi 
jluxiunum. Il y démontrait les règles 
et l'exactitude de ce calcul d'nne rna- 
nièrc que quelques géomètres ont 
trouvée preïérable à celle du célèbre 
Marlaurin. Melander paraissait se 
deslincruniquement à l'analyse trans- 
cendante , lorsqu'en 1737, Martin 
Stronier, professeur d'astronomie à 
Upsal , le demanda pour suppléant. 
11 devint professeur en titre, en i 7G1, 
à la mort de son ami; et l'année sui- 
vante , il fit paraître encore un mé- 
moire d'analyse pure , sous ce titre : 
Isaaci Newtoni tractaius de quu- 
draturd curvarurn , in iisum slndio- 
sœ juvenlutis matlisinaùcœ explica- 
tionibus illuslratus à Daniele Me- 
landro ^ astr. prof. Upsal. Mais de 
ce moment presque tous ses travaux 
eurent pour objet les théories astro- 
nomiques. En 17^9; il éciivit sun 



MEL 

esquisse de la théorie de la hine, 
Lincamenla theoriœ lunaris. (l'est 
par ces mots qu'il désigne cet ouvra- 
ge dans son traité suédois d'astrono- 
mie, tom. Il , p. '2 16, où il nous ap- 
prend qu'il avait envoyé sou manus- 
crit à Frisi , qui le publia à Parme , 
en 1769, sous cet autre titre : Da- 
nielis Melaiulri et Pauli Frisii , al- 
iei^ius ad alteruni , de theorid luna- 
I i commentarii, parce qu'à l'esquisse 
de IMelauder, Frisi avait ajouté la 
dissf.rtaûon De suppii'nndis moluuni 
lunarium œquuLionibus. Déjà , en 
l'an 17G0, notre auteur avait in- 
sérédans les Mémoires de Stockholm 
( toin. XXII ), ses remarques sur la 
théorie lunaire de d'Aleuibert. En 
1771 y dans le même recueil (tom. 
XXXIII ) , il traitait la question De 
la durée plus ou moins longue que 
pow tait avoir mttre inonde , en sup- 
posant la conscivnlion des forces 
et des mouvements qui lui ont été 
imprimés à L'oriu^ine. Dans les nou- 
veaux Mémoires de l'académie de 
Suède , quatrième partie , on trouve 
de Melander ime Dissertation sw la 
forme lapins avanla'^euse à donner 
aux canons , sans diminuer les eljel» 
en éj'^argnanl le métal. Dans le volu- 
me suivant , il donnait une équation 
dillcreiiliellc , dont l'intégration se- 
rait mile pour calculer les mouve- 
ments de la lune. Son prédécesseur 
Stromer avait toujours eu le dessein 
de publier un traité élémentaire d'as- 
tronomie; en mourant, il avait lé- 
gué à Melander le soin de composer 
cet ouvrage, qui parut, en 1779, 
sous ce titre : Conspeclus prœlec- 
tionum aslrononiicarum continens 
Jundament'7 aslronomiœ , auctore 
Melanderhiehn , Upsal , 2 vol. in-8<». 
Voyez la première page de l'avis au 
lecteur. L'excmplaiie que nous avons 
sous les yeux avait été envoyé pax' 



MEL 

l'auteur à d'Alembert , avec lequel il 
était eu correspondance. Ce livre étant 
devenu rare, racadéuiie de Suède dé- 
sira que Melander en donnât une nou- 
velle édition en lang;ie suédoise ; elle 
en fit nièiue les frais , et la traduction 
pauit en 1795, avec ce titre : ^slro- 
jwmie forfaltad aj Daniel Melan- 

derhielm Och til t'-y cket htj'or- 

drad aj'kongl. Vet.enika})S acude- 
mien Stockholm ^ u voi. in -8". de 
près de 900 pag. ; la première édi- 
tion n'en avait que bG4. L'.iutcur y 
avait ai<iuté quelques cliapitres nou- 
veaux, et un discours préliminaire, 
qui est une histoire a'orégéede l'as- 
tronomie. En envoyant cette édition 
nouvelle à l'auteur de cet ai'ticle , 
IVIelauder lui écrivait qu'a])rès avoir 
pendant quarante a s professé l'as- 
tronomie à Upsal , il avait témoigné 
le désir de se reposer en conservant 
son traitf ment ; ce qui lui fu', accordé 
sans la in.indre diiliculté, La place 
de secrétaire perpétuel étant alors va- 
cante, il lut iorcé par la-'adémic de 
l'acceptir ; mais pour en remplir les 
fonctions, il se (il aider ])ar M!M. 
Svanberg et Sjôsten. Il avait été 
anobli, en 177^, par Gustave III j 
et c'est alors (lue , suivant l'usage 
suédois, il avait changé son nom de 
IMélander eu celui de Mélandcrhielm. 
Il publia , eu 1784, un Éloge de 
Wargentin , in-8". de 74 pag. En 
1789, il fut nommé chevalier de 
l'étoile polaire, et, en 1801, con- 
seiller en la chancellerie. Vers le 
même temps il avait obtenu du roi 
qu'un ferait une nouvelle me.ssre du 
de ,r(i de Laponie. Il chargea de cette 
opération MM. Svjuberg et Ofver- 
bom; et tandis qu'ils éîaient allés re- 
connaître le pays et choisir leurs sta- 
tions , Melander s'adressa à nous 
pour avoir un cercle répétiteur pa- 
i'eil à ceux qui avaient servi ii la liic- 



MEL 18 ï 

sure des degrés de France; en même 
temps, il demandait un modèle exact 
de la toise et du mètre. Celte opéra- 
tion qu'il avait provoquée, l'occupa 
le reste de ses jours. Il voulait sedc- 
nietlre entièrement de sa place de 
secrétaire perpétuel : l'académie exi- 
gea qu'il conserverait du moins la cor- 
respondance avec les savants étran- 
gers; et pour consacrer la mémoire 
de cet arrangement, l'académie fit 
frapper une médaille, qui parut dan.s 
les premiers mois de 1804. En i8o5, 
il nous écrivait : « J'entre sous peu 
» de jours dans ma quatre vingtième 
» année ; ma santé et mes forces 
» m^abandonnent , et si je ne puis 
» me flatter que cette opéiation, que 
» j'ai sollicitée , soit aussi favorable- 
» ment reçue du monde savant , que 
» je l'aurais désiré, ce chagrin sera 
» de peu de durée; j'emporterai du 
» moins pour consolation la couA'ic- 
» lion intime que les opérations et 
» les calculs ont toute rexaclitude 
» qu'il était possible tle désirer , et 
» l'espoir qu'un jour 00 leur rendra 
» pleine justice. » Cet espoir n'a 
point été déçu : tous les savants ont 
applaudi au succès de l'astronome 
distingué qu'il avait choisi pour cette 
opération , et qu'il a eu pour succes- 
seur dans la place de secrétaire per- 
pétuel de l'académie. S;i santé s'af- 
faiblissait de plus en plus; des l'an- 
née i8o3, il nous mandait qu'il était 
tourmenté de la pici re. Quand l'tica- 
démiede Stockholm peidil Prospc- 
rin , astronome célèbre , il nous écri- 
vit, le i5 avril i8o3 : « Il est mort 
» il V a quelque jours dans sa terre, 
» près d'Upsal , âgé de 64 ans. De 
» mon disciple , il était devenu nio» 
)) confrère et mon ami ; c'est le soil 
» de la vieillesse de perdre ainsi d'ari- 
» ciens amis , et de n'avoir pas as.sez 
» de temps pour eu cprom ci- de 



iyr> 



MEL 



» nouveaux. » En 1 809, il eut la doi^- 
IrurdcA'oir mourir uuecpouse clieiie 
cloiit il avait eu deux enfants , morts 
en bas âge. Ne laissant aucune pos- 
térité, il légua sa bibliothèque à l'u- 
liivcrsite d'Ùpsal , avec un fonds des- 
tine à l'entretenir et l'auc-menter. Le 
terme de ses regrets et de ses sout- 
fraaces n'était jias éloigne' : il mourut 
a Slockhuhn . dans les derniers jours 
de janvier 18 lo. Ou trouve son por- 
trait, et une courte Notice sur sa vie, 
d.ms la Corresp. du baron de Zacli , 

t. IX, p. 7J-80. D-L-E. 

MELAJNIE l'ancienne , dame ro- 
maine, célèbre par sa piété, était 
pclitc-fille du consul l\Iarcellin , et 
proche parente de saint Paulin de 
Nola. Née vers l'an 343 , elle fut ma- 
riée très-jeune , et devint veuve à 
l'âge, de vingt-trois ans. Elle résolut 
alors de consacrer le reste de sa vie 
au Soigneur. Après avoir remis l'ad- 
ministration de ses biens, et confié 
le soin de son (ils unirpie Publicola , 
à un homme pi udoKt et pieux, elle 
partit pour l'Égvpte , et visila les 
solitudes de la ïliebaidc ; de la elle 
se rendit dans la Palestine , et lit 
bâtir à Jérusalem un monastère , où 
elle demeura vingt - sept ans , oc- 
cupée de prières et de méditations , 
et prati(pianl de grandes austérités. 
Informée que sa pelilc-iille aA'ait le 
dessein d'embrasser à son exemple 
la vie contemplative , elle repassa en 
Ilaîie, pour l'allermir dans cette rc- 
.solution. Toute la noblesse alla au- 
devaut d'elle jusqu'à Naplesj et elle 
fit son entrée à Komc, montée sur 
nu cheval , et suivie d'un cortège 
brillant. Cet é» latne la toucha point. 
Dès qi'elleeut rempli l'objet de son 
A'oyage, elle se hâta de reprendre le 
clîeminde sa solitude ( i ).l)ans sa tra- 

(i> T.Irla-i,- M« iinssi vis l.r sali.l Paulin . ;. N..lr-. 
Ce >riiul lui-iiic'uit' uuui A \&:iM Ue ce v<}<g>'uiie 



mEL 

versée , elle eut la douleur de perdre 
lluiin d'Aquilée, son directeur: arri- 
vée à Jérusalem, elle distribua aux 
pauvres tout l'argent qui lui restait , 
et rentra dans son monastère , où 
elle mourut , au bout de quarante 
jours , l'an 4 • o. Ou a reproché à 
Mélanie l'ancienne , son penchant 
pour les erreurs d'Origène; mais les 
louanges que lui donnent saint Au- 
gustin et saint Paulin, ne laissent au- 
cun doute sur l'orthodoxie de sa foi. 
L'Église ne l'a ])oint honorée d'un 
culle public ; cependant , quelques 
savants conjectujcut que c'est Méla- 
nie qui est désignée au 8 juin, dans 
un ancien calendrier, découvert par 
le P. P. Fr. Chilllet. — Sainte Mk- 
LAME , la jeune , fut mariée à l'a- 
ge de treize ans, à Pinien, fils de 
Sévère , préfet de Rome. Ayant eu le 
malheur de perdre tous ses enfants 
au berceau, elle résolut de se consa- 
crer au service des autels, et Lit par- 
tager sa resolution à son mari. Elle 
fut affermie dans ce pieux dessein 
par son aïeule , qui entreprit un voya- 
ge long et périlleux , uinqucment 
dans ce but. La mort de son père 
Publicola , ayant laissé Mélanie maî- 
tresse de ses biens , elle les vendit , 
en distribua le prix aux pauvres , et 
passa , avec son mari , en Afrique. 
Après avoir f.ùt qu«'lque séjour à Car- 
thage et à lîippone , dont saint Au- 
gustin occupait alors le siège épisco- 
pal avec tant d'éclat, ils s'établirent 
a Tagaste, où ils passèrent sept ans, 
s'iniposant toutes sortes de jjriva- 
tions. Les deux époux se rendirent , 
en 4 ' 7i ^ Jérusalem ; et Pinien étant 
mort en 4^5, Mélanie entra dans 
un monastère qu'elle avait fait bâtir 
sur la montagne des Oliviers , et 

oIoc|Hciil« <lps<:ri|illon , dont RoUiii a lionii'' Tniia- 
Ksc .laiis 1p Tiuité des cUirles ,\iv. V, ineimiie 



]M1X 

(loiiU.'lloi'iit obligée de prendre la di- 
rection. Elle entreprit le voyage de 
(!l;)nstantinople, pour travailler à la 
conversion de Vdusien , son oncle, 
qu'elle ent la joie de déterminer à 
recevoir le bapti.me. Sainte iMelanie 
mourut dans la cinq!ianti;-septième 
année de son âge , en 43f) , le 3 1 dé- 
cembre, jom' où l'e'glise celi'bre sa 
fête. Les Actes de sainte Melduie ont 
ëte publies en giec parMetaphraste, 
(■i traduits en latin par Lippuinani. 
SaAÙea e'te' piib'ic'e par Baillet, Go- 
descard, et les autres liagiographes. 
IVlacé, curede Sainte-Oppurtune,cn 
a donné une Listoii'e edilîantL', sous le 
titre de Mêlante ou la veii\>e chari- 
table . Paris , 1 719 , in-i -i. W — s. 
MÉLANTllE, peintre grec, de 
l'école de Sicy une, l'ut contemporain 
cl condisciple d'A])clles; tous deux, 
étaient élèves de Paniphile, et s'é- 
taient soumis à lui payer le talent 
d'or qu'il exigeait pour dix années de 
leçons. Sous ce maître liabiîe, î\Ié- 
lantlie devint un des peintres les plus 
renommés de ce siècle si fécond en 
grands artistes; et les historiens le 
pi icent à coté d'Apellcs, de Proto- 
gènes , de Nicomaque , d'Autipliile 
etd'Eupliranor. Ses tableaux étaient 
pavés au ])lus liant prix , dans les 
villes de la Grèce et de l'Asie. Gom- 
me Parajiliile son maître , c'était par 
uneevcellente méthode (lueMélantlie 
se distinguait. Cepeudaul , il ue se 
servait que de quatre couleurs , les 
seules dont on fît alors usag"c; et- 
Pline remarque, à ce sujet, que de- 
puis ce temps, les matières coloran- 
tes les plus riclies et les plus précieu- 
ses ont été employées, tandis que les 
productions des artistes ont beau- 
coup perdu de leur exceiieace. Aris- 
trafe , tyran dic Sicyone , se Ht pein- 
dre ])ar Mélanine, sur un char de 
victoire ; les plus habiles élèves de 



TMEL 187 

ce peintre travaillèrent de concert à 
ce tableau, et Apelles lui inèiue pas- 
sait pour y avoir mis la main. Lurs- 
qu'Aralus eut rendu la iiberle a Si- 
cyone , on détruisit les images des ty- 
rans; et le Triomphe d' Aristratt; a lait 
être mis en pitce^ , lorsque l'exocl- 
lence de l'ouvrage , et les prières 
d'un peintre nommé Néalcès, en sus- 
pendirent la destruction. En insis- 
tant auprès d'Aratus, qui d'ailleurs 
avait liii-iucme recherché les t ibicaux 
de Mélanlhe , Wcalcès obtint que le 
char et les chevaux seraient co^iser- 
vés, mais à condilijn qu'il effacerait 
la figure; il s'en chargea , et lui subs- 
titua une palme, n''^sanl pas y ajou- 
ter autre chose de sa main. lAIélan- 
the avait publié, sur son art , un ou- 
vrage qui ne nous est ponit parvenu. 
L — s E. 

MELART (Laurent), historio- 
graphe, né en ifi-yBjà Huy,daus la 
principauté de Liège, mérita l'estime 
de ses compatriotes, par ses talents 
et sa probité , et parvint plusieurs 
fois , par leur 'TlTrages , à des places 
municipales. Nomme bourgmestre, 
il s'appliqua à recueillir et à mettre 
en ordre toutes les pièces relatives à 
cette ville, et publia la Chronologie 
des comtes at évoques de Liège, avec 
l'histoire du château et de la rille 
d' Ilaj, Liège , i G4 1 , in-fol. Cet ou- 
vrage est ])eucon!iu, parce qu'il est 
éci it en flamand , et si rempli d'ex- 
prcssi-ns surannées, qu'on ne peut 
bien l'eulei-dre sans un glossaire : 
mais on assure qu'il ne manque pas 
de critique , et qu'il contient des re- 
cherches exactes et intéressantes. 
W— s. 

IMELAS, général autrichien, d^nJe 
famille originaire de Moravie, (It ses 
premières armes dans la gueire de 
Sq)t- Aî'S , contre la Prusse , comme 
adjudant du fcld - inaréchai Daun. 



i88 M EL 

ricnoral-majoren l'jçj.Bot i'j<)4''P"'5 
lif^iittuaiit fVId- maréchal, il curn- 
inaiula sur la Sainbre et dans 1p pays 
(If Trêves, en 1795 sur le Rhin, et 
en 1796a l'ariuee d'Italie, dont 
il eut le commandement en chef, en 
juin de la même année. En 1799, il 
dut se concerter avec Suwarow, et 
il suivit avec activité les premiers 
avautaj^es obtenus par le général 
Kray. 11 se distingua surtout à la ba- 
taille de Cassano, et eut part aux ba- 
tailles de la Trc'bia et de Novi. Su- 
^varow étant passe en Suisse à la 
rencontre de Masséna, IVlélas, resté 
a la tète de soixante mille Autri- 
chiens , batlit Championnet à Ge- 
nola , le 3 novembre, et s'empara de 
Coni. Moins heureux en 1800, il 
perdit devant Gènes un temps pié- 
eietix, divisa ses forces, en envoya 
une grande partie sur le Var , contre 
le général Surhet, et laissa le temjis 
a Buonaparl." d'envahir la Lond) ir- 
dic , et de se j.lacer sur les derrières 
(le l'armée autrichienne. La marche 
de ce général lui avait paru si gigan- 
tosque, qu'il ne la crut passible que 

I 'rsqu'il n'efait plus temps de s'y op- 
jioser, 11 réunit alors rapidement ses 
troupes, et marcha contre les Fran- 
r lis, qu'il attaqua le 16 juin, dans 'a 
plaine de iMarcngo, sur la Dorniida. 

II les repoussa d'abord sur plusieurs 
■|>oints; mais il rommit la faute de 
trop étendre ses ailes , et fut enfoncé 
par l'ennemi , au moment où il vou- 
lait l'envelopper ( Fuj. Dksaix ). 
Voyant alors ses communications 
coupées, et se tronvanl dans une po- 
sition extrêmement périlleuse , il si- 
gna une espèce de capitulation, par 
laquelle le vainqueur lui permit de se 
retirer sur INIantoue avec son armée 
et un immense bagage. Cette défaite 
assura la puissance de Buonaparte; 
et elle eut sui* les desliuces de l'Eu- 



MEL 

rope des résidlats incalcidables. Lt 
conduite de Mêlas fut blâmée géné- 
ralement : mais sou souverain ne le 
jugea pas avec autant de sévérité j 
ce monarque ne cessa pas de l'em- 
ployer : il le nomma commandant de 
la Bohème; et, ce qui est encore plus 
remarquable, il le chargea, six ans 
plus tard (1806), de présider la 
commission qui eut à prononcer sur 
rignominieusc capilulatiun du géné- 
ral Mackà Ulm. Mêlas mourut à Pra- 
gue, en 1807. M — D j. 
MELCHIADE ( Saint ). ( for. 

MlI/riADE). 

MELCHTHAL ( ARivoLn de), 
ajipelé ainsi du nom de son habita- 
tion , dans le pays d'Unterwald , 
fut l'un des trois fondateurs de la li- 
berté suisse, célébrés par l'histoire. 
Handenberg , gouverneur pour Al- 
bert d'Autriche , ayant fait enlever 
au père d'Arnold, riche propriétaire 
du iMehhthal, une paire de jjonifs 
de sa charrue : Ces paj sans , dit le 
valet du tyran, peuvent bien trai- 
wr eux-mêmes la chwrue , s'ils 
veulent avoir du juiin. Le fils Ar- 
iiuld , irrité de ces paroles outra- 
geantes , frappa le valet , lui cassa un 
doigt, et évita la vengeance du maî- 
tre parla fuite; mais cette vengeance 
s'exerça cruellement sur son père, 
à qui le gouveineur fit crever les 
yeux. Arnold se concerta alors avec 
ses amis , Furst et Staufl'achcr , sur 
les moyens de se soustiaire au joug de 
la tyrannie : après avoir sondé les 
dispositions de leurs familles et de 
leurs amis , ils se réunirent dans la 
plaine solitaire de Grutli, que couvre 
luie forêt sur la rive gauche du lac 
de Waldstetlen, près des limites des 
pays d'Unterwald et d'Urij ils s'y 
rendirent séparément, accompagnés 
chacun de dix amis , dont ils s'é- 
taicul assurés , et là ces trcnic- trois 



MCr. 

liomraes coina"eii\ fornicrcnt, dans 
une oiitrcvuc iiocf urne ( iiov. 1 007 ) , 
!c plan (le leur pcrillcnsc entreprise. 
Ils se promirent par scrnienl de sa- 
( rilicr leur vie et de ne jamais s'aban- 
donner : ils ne devaient parler et 
aij;ir que pour la de'livranee de t(nit 
leur pays , mettant de côte tout in- 
térêt particulier, (lliaeun dans sou 
canton s'engageait à (léfendre la cause 
du peuple, et, en prenant conseil des 
communes, à le remettre, au péril 
de sa vie, en possession de ses privi- 
lèges et de ses iVaneliises. Les asso- 
cies ne devaient faire aucun tort au 
comte de Habsbourg, dans ses biens 
et ses droits , ni se sc'parer du Saint- 
Empire , ni contester aux abbayes 
et aux seigneurs ce qui leur était dû. 
Ils d(\ aient éviter, autant qu'il serait 
j)ossible, de répandre lesnuf^ desgnu- 
vcrneurs , de leurs favidles et de 
leurs officiers ; U-ur seul dedr étant 
de s'assurer à eux-mêmes , et de 
fransinettre à leur postérité la li- 
berté qu'ils avaient héritée de leurs 
pères. Ce serment fut re'pelc par 
tous , an nom de Dieu et des Saints, 
en levant les mains an ciel, avec un 
cœur rempli d'espoiret deconfiance, 
et un entier dévouement à la patiie. 
On se promit un secret inviolable 
et une conduite circonspecte, jusqu'à 
ce que le moment d'agir lut arrive'. 
L'aventure de Guillaume ïell liàta, 
l'exécution des mesures prises en 
commun ( F. Tell ). U — i. 

MÉLÉAGRE, poète grec, lut 
l'éditeur de la première Anthologie 
connue. On ne peut pas fixer avec 
exactitude l'époque où il florissait : 
les uns le placent sous Dënie'trius II 
Nicator ( olymp. i58); les autres 
sous Seleucus VI (olymp. 170). 
Ces opinions peuvent se concilier , 
puisque , d'après son propre te'moi- 
Sjnage , il parvint à uu âge avan- 



MEL t8«^ 

ce (i). Un critique habile (2) a es- 
saye de le rajeunir de plus d'un siècle 
et d'en faire un contemporain d'Au- 
guste; il se fonde sur nnee'pigramme 
queMeleagrc semblerait avoir imitée 
deStraton : mais pourquoi celui-ci ne 
serait-il pas l'imitateur ? Son silence 
surPhilodème, son compati iote, qui 
florissait dans la 180^. olympiade, 
et dont plusieurs morceaux auraient 
convenu à son Anthologie, semble 
prouver que Me'lèagrc vivait avant 
lui , et au moins cent ans avant J.-C. 
Le nom de son jpère était Eucralc , 
d'où l'on peut conclure qu'il était 
d'ime famille grecque , quoiqu'il se 
qualifie de Syrien , et qu'il plaisante 
sur sa connaissance des langues sy- 
rienne et phénicienne ( Epig. 12G). 
Elevé à Tyr, il paraît avoir cherché 
unasiledans l'Asie mineure, pendant 
les longs troubles de la Syrie ; c'est de 
lui-même que nous savons qu'il passa 
ses vieux jours à Cos. Mais le lieu 
précis de sa naissance a été le sujet de 
quelques discussions, a Atlhis , dans 
» le territoire de Gadara,en Syrie, 
» est mon lieu natal : » tel est le 
sens littéral , et généralement adopte' 
du passage où il indique cete circons- 
tance de sa vie ( Epi}i. i'2'j ). Mainte- 
nant cette Gadara est-elle celle que 
Strabon place entre Joppé et Ascalon, 
la Gazara de Josèphe, ou bien la 
ville plus fameuse et plus considé- 
rable au-delà du Jourdain , d.ius la 
Décapole? Les savants sont d'accord 
en faveur de cette dernière (3) ; ils 
lui attribuent même l'honneur d'a- 
voir été la patrie de plusieurs autres 
hommes de lettres, Philodème, au- 
teur d'un ouvrage sur la musique, 



(1) Reiske , Notit. poët. Anthol- , p. i3i ; Manso , 
dans sou édition de Mclea^re , p. lây ; Jacol^t. ,/'!• 
tliolog.., prolegom. XXXIX. 

(?) Schneider', Peiic. rril. , p. 65. 

(^3) Casaubna. A'et.i ui Struli. , I. XVI. 



IQO 



MEL 



et Alciiippe , pliilosoplic cynique. 
On trouvait tout simple qu'uu village 
iiominé Atthis ne lût noniine par 
aucun autre écrivain; mais un savant 
italien a mis en avant une conjec- 
ture qui a trouve' des partisans, ylt- 
//»"i", dit-il , est utie expression fij:;u- 
ve'e , qui Jésij];nc rattici^me des ha- 
bitants de Gadara. Le passagedcMé- 
le'agre peut donc être rendu ainsi : 
« (iadara , cette autre Athènes , en 
wSvrie, m'a donne' le jour (i), » 
Ce (pic cette interprolation semble- 
rait avoir d'aflecte , serait justifie par 
d'autres traits un peu alaml<i(pies du 
même genre , qu'oflVent les écrits de 
Me'léagre. Quelque ingénieuse que 
soit cette hypothèse, nous nous per- 
mettrons de la juger superflue jus- 
qu'à ce qu'on nous ait prouve qu'il 
ne pouvait pas exister une bouigadc 
nommée .lltliis , dans le territoii.-: 
de Gadara , comme il existait une 
ville Alhis sur l'Euphrate, et un lieu 
Atticum près de Cyrène. Attendons 
qu'on ait public les nonibrcux ma- 
nuscrits de Philodèrae, qui déjà sont 
déroulés; et peut-être ce compa- 
triote de Mclèagrc nous expliquera 
l'cnigmc. Il est ))lus important de 
remarquer cette foule de litteiafeurs 
que la Syrie précisée foiunissait , et 
qui pour la plupart avaient èle élevés 
àTyr, ville où, sous les SelcuciJes, 
l'esprit des lettres et des bonnes étu- 
des parait avoir trouve un asile à 
l'ombre d'une liberté imparfaite et 
précaire. Apres avoir retracé ce 
qu'on sait sur la vie de Méléa;;re , 
nous allons le considérer d'abord , 
comme éliteur de la première An- 
thologie ou Uectieil de poésies fugi- 
tives , et ensuite comme auteur lui- 
même d'un certain nombre (ie ])oé- 



rO Uosinî , //err'iLtnrnsiuni , vol. I ; Prolegoin. 
in Vlill-jJ. lY el V ; Ji..olj5, Cat.ilv^. poil. , p. 91O. 



sics.Tl donne à son recueil dePièces 
fugitives, cht/i.McS dans qii.iiante- 
six auleurs anciens et iccents ( i ) , le 
titre à-la- fuis simple el élégant , de 
2T£(p«»of , la Guirlande. Il compare 
chaque poète à une ileur ou à un 
fruil; et nous lisons encore , avec de 
profonds regrets, la préface poéti(]ue 
où il énunière tous ces trésors pro- 
bablement perdus pour nous. Eu 
voici quelques passages que nous 
avons essayé de traduire : 

Muse . pour qui C(^U<* airriHlilr guirlande . 
r.. s (louiï ilu Pin.lc cl es fi u^t» dUilitou ? 
A Dioclps rledions celte <ifl- aiult- ; 
Ui Me.fii(;ie il (lu riia ce don , 
Pc mou niitour éternel teiiioi^ita^o. 
Va IVluÂC f \a . poii. ■ lui ti.u liuuiiuagc y 
r.l noiuuie lui t s iuimortcllc» 11. ur:». 
A/i lis , Anyle , MVtiuee?. jeiiues sœurs , 
IliMiil>'e uii>K"<^l • jonquille à |>ciiic etlose ! 
1,1s viryin.il, lu unie, éclate au loin; 
C.liei loi, .V(i/y</àO, je lueillisavcc soin 
Peu de lioutuiis , inai.H ' e.s li jutui s de ruse. 

Parmi ces (li un parait Anurrron ; 
C.'f'st de Piaei liuï la grappe puipuriiir 
<,)ue de nerlar arroseul tous les dieux. 
Jeutic I aliuier de^ monts de Palestine, 
.liilipiiter s'élauce vers les cieni. 
Faut- il armer la rose d'une épine ? 
Tu la liiuruis, yjicliilvi/ue ron;;ucuz. 



I.'epi doré , r'e-t 'lieureux Bnrchjliilc , ' 
Anx cliaiu)'! du Pinde il lu (il des luoissuui. 
Viens, viens aussi . modeste Lêonidn ^ 
lit de ton lierre eulaci: mes lisions. . . . 

Méléagrenc parait pas avoir manque' 
de goût piiur choisir dans le riche 
parterre où il pouvait cueillir. Tonte 
la littérature des beaux siècles de la 
(irèce était encoie à sa disposition ; 
et quoi'jiril scndde avoir favoiise 
quelques poètesdesa province, quoi- 
qu'il .se soit probablfemeiit borné à 
recueillir les ])ièces écrites en mètre 



(ij Voici les noms de tons : Ai.yte, Myro , Sap- 
plio, Mélanipide, Siiaonidi-, >o«>is, Kliianus, Erin- 
ne , Alcee , Samillo , Lronidas, Mnasalcrs , l'.-im- 
pliile, Pancroles, Ty louis , Nic.as , Euplièinc, Ua- 
nia'.;Ji>' , Calliiiiaque, I.upliorioii, liegesippi-, Pi rsee, 
nioliiiie, IVL'ni'cratr , Nicscnète. Phaeimus, Simmiai , 
Haitlienis, biciliylide, Anarnon, Aiilli' liuus, Ar- 
rhiloqn , AI' x ndre l'Elolien , Poly<lèlus, Polys- 
trale, Aiitii ater, Posidipp , Hédyle", Sicelidès, Pla- 
ton le Lrand. AratuH.C.ln ninon.Puediine, Aiita^oias, 
'i liéodonOi- 1 1 Pliaoias. Otie iioiiienclaturc esl fau- 
tive el inioinpiitedHiis raliriciiis, BiLlivlli. finira, 
cditiun de Ilarlcs, luta. IV, p. 410- Il — I- 



MEL 

elcgiaqup et qu.ilifiëes A' épi. grammes; 
la pei te desa Guirlande est Aiveinent 
sentie par tous ceux qui savent com- 
Lieu le {^c'nied'uncnation, ses mœurs, 
ses usages se font connaître dans tous 
les divers genres qu'embrasse la poé- 
sie fugitive. Dès l'aurore deleur ci- 
vilisation, les Grecs avaient aimé les 
inscriptions en vers; le mitre cié- 
giaque avait été approprie à l'inscrip- 
tion , à Vépigramme dans le sens 
primilif du mot; et comme ce mètre 
se plie à toute sorte de matières, on 
l'emplova tantôt a consacrer le nom 
d'un liéros , à honorer nue grande ac- 
tion, tantôt à exprimer un sentiment 
tendre, à peindre ra|)idement une sen- 
sation agréable : on écrivit, dans ce 
genre de vers , de petites élégies, de 
petites idylles, des madrigaux et des 
bouquets à Iris, des sentences et fie 
petits poèmes historiques; toutes ces 
})ièces conservèrent le nom général 
d'épigraintne, nom dont le sens devin t 
aussi vague , sous le rapport du con- 
tenu, que celui de sonnet en italien. 
Plus tard, lorsque, sous la domi- 
nation romaine, les Grecs asservis 
n'eurent plus ni les moyens, ni l'occa- 
sion d'encourager les grands ouvra- 
ges poétiques , lorsque toutes les 
muses épiques et dramaticpics se fu- 
rent tues , cette poésie , dite e'pi- 
grammatique , et que nous devons 
plutôt qualii'ier de fugitive, survécut 
à la haute littérature : ce qui avait été 
l'amusement de la Grèce florissante, 
devint l'unique travail lillcraire de 
la Grèce dégénérée. Tout le monde 
faisait des épigrammes, c est-.i-dire , 
de petits vers d'occasion et de so- 
ciété. Les Romains , devenus une na- 
tion frivole et esclave, adoptèrent 
cette mode de lems vassaux grecs , 
comme ilsenavaicntadopléla langue; 
les sénateurs , les princes , les empe- 
reurs nièmC;, par ton et par désœuvre- 



MEL 



ïOi 



ment , augmentèrent l'énorme masse 
des pièces fugitives grecques, l^es 
Anthologies ([ni servaient de dépôt à 
ces productions légères , durent 
donc se renouveler comme le par- 
terre d'un jardin ; si leur nondjre 
n'a pas égalé celui de nos alraanachs 
des Muses , c'est l'absence de l'im- 
primerie , qui seule en est la cause. 
Après nous être ainsi placés dans le 
vrai point de vue, il nous sera facile 
desentir que la critique et l'érudition 
ne pourront jamais deviner au juste 
le nombre , la forme et le contenu de 
ces recueils, toujours reproduits et 
toujours modifiés. Reiskeet d'autres 
ont paru croire que l\Iéléagrc avait 
divisé son recueil en deux parties ^ 
l'une consacrée aux pièces licencieu- 
ses, l'autre aux morceaux sérieux 
et gracieux. On pensait que Slratoii 
avait ensuite donné une édition aug- 
mentée de la première partie; mais 
il paraît bien démontré par M. Wyt- 
lenbach fi), que le recueil de Stra- 
ton est diflércnt de celr.i de Méléagre. 
Celui-ci avait de son côté admis in- 
distinctement des pièces licencieuses 
et décentes : mais le seul ordre qu'il 
avait établi, se bornait à faire sui- 
vre les épigrammes d'après les let- 
tres initiales du premier vers, coju- 
me M. Jacobsl'a le premier démon- 
tré, et non pas d'après les lettres 
initiales des auteurs, comme Sau- 
maisc l'avait cru. On sait que, cent 
cinquante ans après .T. -G., un poète, 
nommé Philippe, de The.sfaloni(|tie, 
])ubliâ une nouvelle Anthologie , 
dans laquelle il rassembla les pièci.'s 
fugitives postérieures au siècle cîe 
Meléagre; on sait que, sous le règne 
de Jusfiuien , Agalhias réunit dar.s 
un recueil les mauvais vers de ses 



(i^ BiùUolheca criiiea Amiiclod. , v. J , [». 11, 
p. »3. 



If)-?. 



W.LL 



contemporains ; que dans le dixième 
siècle Constantin Ceplialas lit nn ex- 
trait niotliodique des trois recueils 
qu'on vient dénommer, et qu'enfin , 
au quatorzième siècle , le moine 
Maxime Planudes , abrégea sans 
choix et presque sans but l'Antliu- 
lo^ic de Cepliabis, lieurcusemcnt 
retrouvée dans la bibliothèque de 
Heidelberg. De plus longs détails sur 
le sort de ces Anthologies seraient 
étrangers à cet article. Il en est de 
mcnic des doctes travaux des Sau- 
maise , des Reiske , des Bnuick , 
pour "publier et j»our eclainir ces 
restes de la poésie fugitive des Grecs. 
Nous renverrons le lecteur aux aiti- 
cles de ces trois grands hellénistes ; 
mais nous devons payer un tribut 
d'éloge à M. Jacobs, dont l'édition 
fie l'Anthologie a laissé peu de choses 
à .daneràceux qui suivront ses traces. 
Passons aux poésies propres de Mc- 
jéaf're -.elles nous ont été conservées 
eu assez grand nombre, puisque i3i 
pièces portent le nom de ce poète, 
taudis que nous en avons à peine 80, 
.sous celui d'Anacréon. Ce sont de* 
Itagatclles écrites avec esprit , avec 
chaleur , versifiées avec élégance , 
mais qui, pour la variété et le charme 
des idées et des images , n'appro- 
chent point de celles du chantre de 
Bathylleni de celui de Lesbie. L'A- 
mour , les Grâces et Vénus y fati- 
guent , par leur présence éternelle : 
parmalheur, les pièces les plus ori- 
ginales ont l'inconvénient de se rap- 
porter à une passion que nos mœurs 
ifpousscnt avec horreur. La diction, 
remarquable par sa pureté autant que 
par l'heureuse audace des exi)res- 
sions , est quelquefois gâtée par de 
froids jeux de mots. On pourrait 
faire , dans ces poésies , ua choix 
agréable; et comme les cours de 
Ultcratiire les passent absolument 



sous silence , le lecteur nous par- 
donnera de lui en donner une idée. 
h'Éjii gramme de Méléagre n'est 
souvent q\ruue petite élégicj en voici 
un exemple : 

Les lémoint d'amour, 

Luuc silencieuse , 
Et lui, chi-re aux amants, 
Lam^ mystérieuse , 
T*'inuiiis de nos serments ! 
Vous avez vn Silvie 
TVIc iurcr pour la vie 
De l'ai taaer mes feux. 
A |iciue uu mois s'euvolc, 
El , violant uos vcrux, 
Cette lieiiule frivole , 
Par un nouveau serment , 
Eiicliaîuc uu untre amant. 
Et t<ii , lune iiicoustanlr, 
Tu vien> gnidir .se» pas ! 
Et toi , lampe imlulKCotc, 
1 u la vois dans ses bras! 

D'autres fois c'est un madrigal spi- 

litucl , mais qui roule trop souvent 

s'ir les mêmes idées. Voici une iiiii- 

lation de celui qui est généralement 

rciiardé comme le meilleur : 


L'Amour mit en vente. 

Il faut le vendre ! et s'il se c.itbe 

Dans les liras même de Venus , 

Des liras de Venus qu'on l'arraclie ? 
n faut le vendre. Eu vaiu , sius des airs ingénus, 

n voile son ame perfide ; 

Lu vain il liaisse uu œil timîdc; 
Bientôt d'un trait cruel il va blesser nos cicurs. 

Vendons le. Vous , iiavigatcui s , 

.Sur votre liarque v«i;aWondr , 
Emporley. < r I enlaul jusipii s au l)oril àv monde '..... 
IVIais /.cnopliile pleura !.. . Ali ! reste ; reste , Amour , 
Et lixe entre nous deux i jamais ton séjour. 

r>ious risquerons encore la pièce sui- 
vante, qui paraît avoir fourni l'idée 
d'une des élégies d'Ovide : 

Les flèches d'Amour. 

De rent lieautés les divers charmes 
Siib';n|^iieiil à-la-lois mon trop facile cœur: 

Du teint d'Iris I etialante fr..îchpur, 
Ton doux sourire , Eglc; Fanuy, les douces larmes , 
D<]ris , ton )>elil pied; Flore, les lilo' ds cheveux , 

l'our l'Aïuoiir tout devient désarmes. 
Il n'a pas besoiu d'arc pour me lancer ses feux. 

L'idylle sur le Printemps a été tra- 
duite en beaux vers latms ])ar le cé- 
lèbre Grotius; elle n'exprime, en 
phrases élégantes et fleuries, qu'une 
idée devenue depuis assez commune . 



MEL 

n Les bois, les ficuis, les oiseaux so 
» rauimciil ; faul-il que le poète seul 
» reste cuoliaînc par uh trisic si- 
» ience ? » ( i ) Il existe plusieurs 
éditions de Meléagrc. Celle de M, 
IMaiiso (MfAertyp*» tu Toi^ouivei, Iciia , 
1789 ) , et celle de M. (iiide ( Me- 
Ica^ri Gailareni ejùç^rammata , 
Leipzig, 181 1), sont les meilleu- 
res ; mais celte dernière a l'avan- 
tage d'un grand nond)re de variantes 
extraites du manuscrit du Vatican. 
On les trouve aussi à la tclc des 
Analecla de Brunck , et de \ An- 
tholo^iadix savant et célèbre Jacobs, 
qui les accompagne d'un ample et 
CKcellent comnjcntaire^'O. Plusieurs 
savants critiques ont regarde' notre 
])oèfe comme identique avec Mélda- 
^we le Cynique , que les anciens don- 
nent pour auteur de trois satires 
en prose : le F.anquct , la Dis/>u(e 
{lu poi^ et de la lentille, et Les 
(rrrtcej^. IM. Jacobs adopte cette opi- 
nion dans ses Prolégomènes, p. 3". 
Celte identité d'un poète c'Iegant et 
d'un pliilosoplie cynique semble cho- 
quer nos idées reçues ; mais il faut 
considérer que M. Jacobs , écrivant 
pour les savants, ne s'est pas cru obi i- 



(1) Meinrkr fit imprimer -^cparmieul l'Idylle rie 
Mrloaurc ^ur Ir Prinlewpn , Gi»! lingue, i"83, in-Ro. 
Otie iiirme lilylle avait déjà paru daus l'iùlition 
firince/JS de rAuîlioloi;ir, Fluri-uce , i^O;. 111-40. : elle 
avait elc rclmmiiiire daus l'edilioii d<- II. £»(ieiiiic , 
l.Vit», in-4o. ; dans celle d': Wechel , Francfnrt , i6po , 
iii-l'iil., i-l aillcuis ; e' ceiiendant un Italien , Jiun- 
Bapliste Zenohelli, croyait avoir découvert le pre- 
mier ce fragment précieux de l'aDliijuité, et fairt ^ 
la litti rntuip un présent notable, sous ce titre : P'fr, 
Jdyllium Meleofiri , è cod. Valicano rmlo. eHitiim 
tt iUiftnilum . Rome, i-S(), in 4". L'erreur cl.iit 
grossière : les éditeurs du i'ouViml de Trévoux v furent 
I ependaiit pris, comme on peul le voir dai-s (c volu- 
me He jauvier i;bo , pat;. Iji ; mais ils ne tirdèrent 
pas ù rcpaier cette t rreur. H 1. 

(2) Ceux (pli désireront plus de détails sur ce poêle 
doiveul lire Faliricius, Bihlioth. grirni . é.iilino de 
tiarles, tuiii. iV;les Prolégomènes de VJnlIwUifla 
craca de Jacobs; Kciske, dans sa prél'.ice de l'.Vulbi.- 
|..gie grecque; Sel ncider, daus ses AnaUcl. cnlica , 
fascic. 1 ; Cliaidiiii de la Roclielte daus ses Méintfcs 
lie rntiijiic ; et burette, Mémoires de l'ocad. des 
iuscrip. ,MX. H— T. 

xxvni. 



MEL 193 

gc dédire que les cyniques variaient 
beaucoup dans leurs mœurs et leurs 
manières de vivre; tous n'alFcctaient 
pas la baine des beaux arts , et quel- 
ques-uns sacriliaicnt vokmiiers aux 
plaisirs. Le compatriote deMéiéagre, 
le cynique Mcnippc , écrivait des 
satires , prêtait à u.Miie , et mourut 
de chagrin d'avoir peidu sa toitune. 
Notre poète dit expressément qu'il a 
rivalisé avec l'esprit piquant cl gra- 
cieux de Ménippe ( J'Jpi^. V2'] ); cl 
celle expression nous semble mettre 
bois de doute que l'auteur des épi- 
granimcs l'est également des trois ou- 
vrages .sa tirico-pliiloso])liiques. qu'on 
vient de citer, et qu'il a partagé avec 
Ménippe l'iioniicur d'avoir rais en 
vogue ce genre de littérature, oii plus 
tard Lucien fit briller les dernières 
étinci'llcsdc l'esprit attupic. M. B-n. 
Ml^^iiECE (Saint), patriarche 
d'Aniiuche, issu d'une (ics ianiiijes 
les plus dislinguées de IMelitène dans 
la petite Arménie, avait reçu du ciel 
le germe de toutes les vertus qui , 
s'étant dé\eloppces à mesure qu'il 
croissait en âge, le rendirent un des 
plus illustres évcvpies de l'Orient. 
A un grand fonds de piété, à des 
mœurs irréprochables , il joignait nu 
caractère doux , modeste , aftable. 
Toutes ces qualités réunies le firent 
élire , en S^^ , évêipie de Sebaste , 
après la déposition rrEustathe. Mais 
les intrigues des ])artisans de cet évé- 
qiie lui suscitèrent tant de persécu- 
tions , qu'il renonça à un épiscopat 
contesté , pour se retirer à Bérée de 
Syrie. Il vivait p;irmi les solitaires 
qui peuplaient cette contrée loi^qu'il 
fut élevé en 30 1 sur le siège d'An- 
tiocbe. Sa promotion fut l'ouvrage 
d'un concile nombreux d'évèqiies ca- 
tholiques et ariens; cari! n'était pas 
rare alors de voir les uns et les au- 
tres siéger eiiseinblc dans les mêmes 



ig4 mel 

assemblef'S. Leur l)iU était de mcttio 
liu au schisme Je celle église, qui, 
depuis l'exil de Saiiit-Euslaîlie, ar- 
rive trente aus auparavant , n'avait 
eu que des intrus a sa tèle. Personne 
ne paraissait plus propre que Me'lèce 
pour réunir les deux partis. Il fut 
reçu couinio un an^c de pais, envoyé 
du ciel pour iaire tout rentrer dans 
l'ordre. Les evèques du concile , le 
clergé et le peuple de la ville , ca- 
tLoliqiies et ariens, les juifs mèine et 
les païens , accoururent au - devant 
d'un homme dont la haute réputation 
et le mérite cmiucnl avaient eu le 
singulier avant ge défaire concourir 
à son élection les esprits les plus di- 
vises de sentiments: niais ce triomphe 
fut de courte durée. (Quoique sincère- 
ment attaché à la foi de Nicée , il 
n'avait point çncore eu l'occasion de 
se prononcer ouveilement entre les 
partisans et les adversaires de ce 
premier concile général. L'empereur 
Constance, exiite par les derniers, 
exigea qu'il prit pour texte de son 
discours d'installation, ce passage du 
livre des Proveihes, LeSei^n-eur ma 
créé un coinmenccnieiit desesvoies , 
qid était le principal cliamp de ba- 
taille des ariens , pour combattre la 
génération éteriieile du fils de Dieu. 
Dans ce discours , qui fut admiré 
comme lui modèle d'elo<juence chré- 
tienne, l'orateur s'abstint d'employer 
les mois (xcconsubstûiitiel et de subi- 
tance, comme de tout autre qui au- 
rait pu choquer les signataires Jde la 
formule de Ilimini. Mais l'explica- 
tion qu'il donna du mot vmoiousios 
dont ils se servaient, le rapproche- 
ment qu'il fit très - adroitement du 
texte des Proverljes avec les autres 
endroits de l'Écriture, où la divinité 
de Jésus - Christ est énoncée de la 
manière la plus positive, et surtout 
i'IiQijiMiage âojcouel qu'iji rçud^t au 



MËL 

concile de Nicée, parurent si satis- 
faisants à tons les orthodoxes, qu'ils 
ne purent s'empêcher d'en témoigner 
leur joie par des acclamations publi- 
ques. Les ariens , trompés dans leur 
attente, éclatèrent en murmures. Ils 
l'accusèrent de sabellianisme: c'était 
le reproche banal que l'on faisait aux 
dcicnseurs de la consubstantialité. 
Ils lui firent un crime d'avoir rétabli 
dans leurs fonctions des prêtres in- 
justement déposés par l'intrus Eu- 
doxe ; enfin ils obtinrent un ordre 
de l'empereur, qui le reléguait dans 
l'Arménie. Mais on n'osa le faire e\é- 
cuter que de nuit, de peur que le peu pie 
ne s'opposât à sa sortie de la ville; 
tant était grande la vénération qu'il 
avait inspirée pour sa personne du- 
rant les trente jours de sonépiscopat , 
qui lui avaient suili pour changer 
toute la face de l'église conGée à ses 
soins. Son nom , dit saint Chrysos- 
tome, était répété avec enthousiasme 
dans toutes les parties de cette vaste 
cité , et dans les campagnes des envi- 
rons : les mères le donnaient à leurs 
enfants pour leur faire contracter, 
dès l'âge le plus tendre, l'obligation 
de se rendre dignes de leur saint pa- 
tron; on portait son image sur la 
poiti ine j on la gravait sur les cachets ; 
on l'exposait, dans les rues et sur 
les places , à la vénération pidDlique. 
Enfin on lui rendait, de son vivant , 
une espèce de culte dans les familles. 
Son exil fut une calamité d'autant 
plus déplorable, qu'on espérait qu'il 
terminerait , en peu de temps , le 
schisme qui divisait la partie catho- 
lique de l égliscd'Antioche. Les Eus- 
tathiens , ainsi appelés du nom de 
saint Eustathe , à la mémoire du- 
quel ils étaient restés inviolablement 
attachés , tenaient leurs assemblées 
religieuses dans un oratoire particu- 
lier sous la direction de quelques prè- 



MEL 

très de leur opinion : mais ils ne for- 
maient que le plus petit nombre. Les 
autres, qui composaient la masse la 
plus considérable des fidèles , sous 
la conduite de saint jVlc'lèce, avaient 
cru pouvoir , avant sa promotion , 
assister à la ecle'bralion du service 
divin dans les églises occupées parles 
ariens , sans toutefois s'ctie jamais 
départis de la confession de loi du 
concile de Nicée. Ce mélange d'or- 
thodoxes et d'hétérodoxes dans les 
uièiues églises , qui Jious paraîtrait 
aujourd'hui fort étrange , était alors 
toléré. Cependant , après l'événement 
qui avait entraîné l'exil de saint Rlé- 
lèce,ses disci])les rompirent absoUi- 
meut toute communion avec l'intrus 
Euzoins , nommé à sa place ; et ils 
cherchèrent à se réunir avec les Eus- 
tathiens , afin de ne former qu'un seul 
et même troupeau. La chose parais- 
sait d'autant plus facile, que ces der- 
niers avaient applaudi à la manière 
dont Mé'.ècc s'était expliqué sur la 
doctrine contestée, dans son discours 
d'installation. Néanmoins leurdémar- 
che fut mal accueillie de leurs adver- 
saires, qui s'obstinèrent à ne vouloir 
point reconnaître la promotion de 
saint Mélèce , parce que les ariens y 
avaient concouru.C'est ainsi que, par 
nu trop rigoureux attachement à une 
règle susceptible de modilication ou 
de dispense, le schisme continua de 
diviser les hommes qui d'ailleurs 
étaient d'accord dans la profession 
du même symbole. Le mal s'accrut, 
et devint irrémédiable , par la témé- 
raire entreprise de Lucifer de Ca- 
gliari. L'empereur Julien ayant 
permis aux cvèques proscrits par son 
prédécesseur de revenir dans leurs 
difiérenls sièges , cet homme ar- 
dent prévint l'arrivée de saint Mé- 
ièce à Antiochc, et imposa les mains 
au prctre Paulin, chef des Eusta- 



MEL igS 

thiens: ceux ci, se prévalant d'avoir 
un évêque à leur tele , pour perpé- 
tuer parmi eux le ministère sacer- 
dotal, ne voulurent plus entendre 
parler de rapprochenient , et firent 
échouer toutes les mesures prises par 
saint Melcce, pour mettre fin au 
schisme qui désolait son église. Tant 
de contradictions ne ralentii ont point 
son zèle j)our la défense de la foi, 
Julien n'avait publie son édit de to- 
lérance unnei selle, que pour mettre 
toutes les religions aux prises les 
unes avec les autres, afin qu'elles 
s'entre - détruisissent , et qu'il pût 
plus facilement rétabUr l'idolâtrie sur 
leurs débris communs. La résistance 
insurmontable qu'il éprouva, dans 
l'exécution de ce projet, de la part 
du saint patiiarched'Antioche, dont 
la ville devait être le siège du culte 
idolâtre, attira un second exil a Mé- 
lèce. R. ppelé en 303, sous l'empe- 
reur Jovien , il tint un concile , où 
Acace de Césarée et ses adhérents 
furent obligés de confesser la con- 
substantialitc du \ erbe, et de se sou- 
mettre à la foi de IN'icée. Valeus, qui 
succéda l'année suivante à Jovien , 
l'exila , pour la troisième fois , à la 
sollicitation des ariens. Ce dernier 
exil, plus long que les précédents, 
ne finit que par la mort de Valens , 
en S-yS. A son retour, sous Graticu, 
toute la vUle d'Antioche, dit saint 
Chrysostorae, se porta en foule à sa 
rencontre. Les uns lui baisaient les 
pieds , les autres a])pliquaient leurs 
lèvres sur ses mains ; la plupart se 
prosternaient , pour recevoir sa bé- 
nédiction. Ceux qui ne pouvaient 
s'approcher de sa personne, s'esti- 
maient heureux de contempler sa fi- 
gure, ci d'entendre sa voix. Mélèce, 
voulant ])rof)ter de ces premiers mou- 
vements de tendresse , pour mettre 
nu terme au schisme qui désolait soa 
i3.. 



église, adressa le discours suivant à 
Paulin , dans une assemljlc'e où les fi- 
dèles des deux communions se trou- 
vaient reunis : « Puisque Dieu m'a 
» confie le soin de ces brebis, 6 mon 
» clier ami I et que vous êtes charge 
» de celui des autres, et qu'elles sont 
» toutes d'accord sur la doctrine , 
» réunissons-les ensemble , dans la 
» même bergerie. Faisons cesser 
y> toute dispute sur le droit de les 
» gouverner; conduisons le troupeau 
» en commun, dans les mêmes pdtu- 
» rages , oij nous lui donnerons mu- 
» tiiellement nos soins , sans aucune 
» riA'alitc. Si la chaire ëpiscopalc , 
» qui est au n)ilieu du sanctu lire , 
» doit causer quelque différend entre 
» nous, ou y placera le livre des Evan- 
» giîcs, et nous siégerons de chaque 
» côté. Si je viens à mourir le prr- 
» mier, vous seul, ô mou cher ami! 
» resterez le pasteur de tout le trou- 
» peau. Si, au contraire, vous me pré- 
» cédez dans le tombeau , c'est à moi 
» que sera dévolu le gouvernement 
» de cette église. » Ce discours, ^iro- 
noncé d'un ton de douceur et d'insi- 
nuation propre à relever encore 
davantage le sentiment qui l'aA^iit 
inspiré, ne fit aucune impression sur 
l'inflexible Paulin, qui se retrancha 
toujours sur le vice de l'ordination de 
Méièce. Cependant le premier ue fut 
jamais regardé que comme le chef du 
petit troupeau des Eustathiens , tan- 
dis que le dernier conserva toujours, 
sans contradiction, le, litre et les 
droits de patriarched'Antioche. C'est 
en cette qu;ilitc, qu'il convoqua et 
qu'il présida , en 879 , le concile de 
tout son patriarcat , auquel assis- 
tèrent cent quarante-quatre évêques, 
où furent condamnées les erreurs 
d'Apollinaire ; et qu'il parut , deux 
ans après , à la tête du premier con- 
cile général de Constantinoplc, où il 



MEL 

fit confirmer la promotion de saint 
Grégoire de Nazianze, sur le siège 
de cette capitale de l'empire. C'est 
par ce dernier acte que Mélcce ter- 
mina son honorable carrièie. Sa 
mort fut regardée comme une ca- 
lamité publique, parce qu'on ne dou- 
tait point que , s'il eût vécu plus 
long-temps , il aurait prévenu ou 
calmé, par sa douceur, par son es- 
prit conciliant, et par la confiance 
générale dont il jouissait, les trou- 
bles qui éclatèrent après lui dans le 
concile. Ses funérailles fuient célé- 
brées avec une pompe solennelle ; 
tous les pères du concile, l'empereur 
ïhéodose à leur tête, se firent un de- 
voir d'y assister, et d'y exprimer 
leur regret d'une si grande perte. 
Saint Grégoire de INysse prononça 
son oraison funèbre. Le corps de 
Méièce fut embaumé et transporté à 
Antioche. Les peuples accouraient de 
toutes parts sur son passage : on s'em- 
pressait de faire toucher des linges à 
son visage; el ils étaient conserves 
par les pieux fidèles , qui les regar- 
daient comme un préservatif contre 
les maladies. Sur toute la route, l'air 
retentissait du chant des psaumes ; 
les ordres étaient donnés dans tou- 
tes les villes par où il passait , pour 
lui rendre les honneurs dus a sa 
célébrité. Il fut enterré dans l'église 
du saint martyr Babylas , qu'il avait 
lui-même fait construire, et ou saint 
Chrvsostome prononça , cinq ans 
après , le beau panégyrique qui se 
trouve encore dans les œuvres de ce 
père. La mémoire de saint Méièce a 
toujours été en très -grande vénéra- 
tion dans tout l'Orient. L'Occident, 
prévenu en faveur de scu rival, a 
différé long-temps de l'admettre dans 
le catalogue des saints auxquels l'E- 
glise décerne un culte public. Ce n'est 
que dans le seizième siècle^ que sou 



î\rEL 

nom a etë inséré dans le Martyrologe 
romain. Les deux e'glises célèbrent sa 
fête nui '2 février. On ne sait pas pré- 
cisément si c'est le jour de sa mort 
ou celui de sa tiansîation. Il avait 
composé plusieurs écrits; mais il ne 
nous eu reste que le discours qu'il 
prononça le jour de son installation, 
et qui nous a été conservé par saint 
Épipliane. Sa douceur, son esprit 
conciliant, sa piété, suilisent pour 
nous garantir que, si son ordination 
fut l'occasion du schisme qui divisa, 
pendant près d'un siècle , l'Orient et 
l'Occident , et sur la nature duquel 
on est encore aujourd'Juii partagé 
d'opinion, il n'en fut point la cause, 
et n'en doit pas être rendu respon- 
sable. Aussi eut-il constamment pour 
amis intimes les plus grands person- 
nages de cette époque , tels que saint 
Basile, les deux, saints Grégoire de 
Nazianze et de Nvsse , saint Amplii- 
loqne, saint Eusèbe de Vcrceil, etc. 
T— D. 

MÉLÈCE {Melicius on Melitius), 
cvèquedeLycopolis , vivait au com- 
mencement du quatrième siècle. La 
faiblesse qu'il avait montrée pen- 
dant la persécution , fit examiner de 
plus près sa conduite : convaincu 
d'avoir sacrifie aux idoles , il fut 
déposé dans un synode que prési- 
dait Pierre , évêque d'Alexandrie ; 
mais au lieu d'accepter avec soumis- 
sion la pénitence qui lui était impo- 
sée , il se répandit en invectives contre 
ses juges , et deviut leur dénonciateur 
près des ennemis du nom chrétien. 
Cependant il parcourut l'Egypte , ad- 
ministra les sacrements, et ordonna 
des prêtres , comme s'il eût eu le 
droit de continuer des fonctions dont 
il avait éU" jugé indigne. Le concile 
d'Alexandrie condamna Mélcce et 
tous ses adhérents ; mais le concile 
de Nicée (3i5), usant de clémence à 



MEL 197 

son égard , lui laissa le titre d'évêque, 
sous la condition qu'il cesserait de 
troubler son successeur. L'indocile 
prélat ne fut point touché de cette 
marque de bienveillance ; il institua 
depuis, évèque des liyj)sélites , Ar- 
sène , accusé d'une action crimi- 
nelle dont il ne s'était point justifié , 
cl il se ligua avec les ariens , quoi- 
qu'il ne parlagcâl point leurs erreurs, 
contre saint Athanase , nouvellement 
élevé au siège d'Alexandrie ; enfin, 
au mépris de la décision du concile, 
il déclara son succes?cui , Jean , l'un 
de ses serviteurs , et l'établit évêque , 
quelques jours avant sa mort , arrivée 
l'an 32(). W — s. 

IMÉLECE , en latin Meleliiis , 
médecin grec, était, dil-(;u, contem- 
porain d'Aétius, et llorissait , par 
conséijuent, vers la fin du quatrième 
siècle. Onsait qu'il faisait profession 
du christianisme ; et il ne paraît pas 
qu'on doive le distinguer de Jlele- 
tius monachus (moine ou solitaire), 
qui vivait à la même époque , et s'est 
également occupé de médecine. On a 
de lui , un Traité de la nature de 
V homme , divisé en trois livres , 
dont il existe plusieurs copies à la bi- 
bliothèque du Roi, ta celle de Vienne, 
et enfin à la bibliotli. Bodléicnne à 
Oxford. jMeursius en promettait une 
édition avec des notes ( Athen. Ba- 
tai'œ , p. » 97 ) ; mais elle n'a point 
paru , et le texte grec n'a pas en- 
core été publié ; on a seulement une 
version latine de cet ouvrage , par 
Nicol. Fetreius , de Corcyre, Ve- 
nise, iSj'î, in-4*'. Le but de l'au- 
teur a été de rassembler et de pré- 
senter sous un seul point de vue tout 
ce que les anatomistes avaient écrit 
jusqu'alors sur l'homme. Il fait sui- 
vre l'exposition anatomique des dif- 
férents organes , par des réflexions 
physiologiques ; métiiodc ({uc M. 



igS MEL 

Portai trouve trcs-bonne , et même 
la seule qui puisse conduire à la vé- 
rité' ( //ist. deVanalom., toin. i''",, 
p. 1 1 4 et 1 1 5 ). Riolaa faisait assez 
peu de cas de l'ouvrage de Mc'lèce ; 
jnais M. Portai croit (pie la leriure 
peut ea être utile. La bibliothèque de 
Vienne possède \\n ^bréf;é de ce 
•traité , en grec ; mais on n'en con- 
naît pas l'auteur. Celle du Roi conser- 
ve encore deux autres ouvrages de 
Mélétius : l'un est un Commentaire 
sur les ajihnrismes d' I/ippocrate ; 
l'autre, un petit Traité , 'en vers , sur 
les urines. Ou a luie Lettre de saint 
j^asile , adressée à un Mèlctius , mé- 
decin ; c'est la if)3''. dans l'édition 
des fi'iivres de ce Père , publiée par 
les Bénédirfins, W — s. 

:\IKLÈCK - S^'RIQUK, l'un des 
plus fameux lliéulo^ifus de l'église 
grecque , était né, en iSS'^i, dans la 
capitale de l'îledc Candie. Il eut pour 
premier instituteur un bon religieux 
qui lui enseigna les éléments de la 
grammaire et des sciences. Il passa 
ensuite en Italie , et fit ses études k 
l'iuiivcrsité de Padoue , a vcc beaucoup 
de succès. De letour à Candie , il 
embrassa l'état ecclésiastique , et en- 
tra dans un mon islère dont il fut élu 
abbé quelque temps après. Ayant 
été dénoncé comme srliismatique au 
général qui commandait alors dans 
l'ile pour les Vénitiens , il se retira à 
Alexandrie pour éviter de mauvais 
traitements, et passade là, en i63o, 
à Constantinople. sur l'invitation du 
patriarche Cyrille - Lucar , qui le 
nomma protos^^^cell(■ de son église. 
Les fonctions qu'il remplissait ne 
rcmpêciièrentpas d'ouvrir une école, 
dont il est sorti plusieurs hommes 
instruits. Mclère assista aux synodes 
de i638 et iGfCi , dans lesquels les 
sentiments et la doctrine de <"]vrille- 
Ijucar furent condamnes C P^. Cy- 



MEL 

RiLLE-LucAR , X , 4ii )• Il avait 
clé chargé , par le premier synode , 
de réfuter la Confession de foi de 
liUcar ; et, à cet effet, il rédigea un 
écrit qui fut iuiprimé à lassi , dans 
la Moldavie, puis à Bukharest , en 
1690 , par les soins du patriarche 
Dosithée , qui fit précéder cette édi- 
tion d'une yie de l'auteur. Cet ou- 
vrage, deveim fameux , a été publié 
en grec et en latin, par R. Simon , à 
la suite de la Créance de l'Eglise 
orientale sur la transsubstantiation 
( Paris , 1687 " i»-i2 ), et par Rc- 
naudot , dans le Recueil des Homé- 
lies de Gennade , etc. , Paris , 1709, 
in-4". ( Z'". E. RuNAUDOT. ) On en 
trouve un extrait en français, à la 
lin du lom, m de la Perpétuité de la 
foi , par Arnauld et Nicole. Mélèce a 
tiré presque tous ses arguments con- 
tre Cyrille-Iincar,dcs controversistes 
catholiques , e? principalement de 
Ik'llarmin ( F. V Jnaly se qac R. Si- 
mon a dunnvc de cet o:ivrage, dans 
la liihl. critique, tom. I'^^ , ch. 
i5 ). Mclècc fut ensuite envoyé dans 
la Moldavie , par son patriarche , 
pour examiner la Profession de foi 
donnée par P. Mogila ou Muhila , 
métropolitain de Kief ; il la revit, 
la corrigea , eî la lit approuver par 
l'église giecrpie : il la traduisit en 
même terap'' en grec vulgaire ; et 
cette traduction , publiée par Pana- 
giotli , l'un de ses élèves , drogman 
ou interprète de la Porte , a eu plu- 
sieurs éditions , parmi lesquelles on 
cite celle de Leipzig , 1O95 , in - 8\ 
Après s'être acquitté d'une mission 
aussi importante , Mélèce revint à 
Constantinople; miis les tracasse- 
ries <{ue lui fit éprouver le nouveau 
patriarrhe , l'obligèrent de quiticr 
cette ville , et il erra d'un lieu à 
un autre jusqu'à la mort de son im 
placablc adversaire ; il reprit alors 



(i65i)le clicmiadcConstanlinople, 
et rouvrit une école dans le quartier 
même qu'il avait habite precedem- 
mcul , et où il avait laisse des sou- 
venirs honorables. La maison qu'il 
occupait ayant été la proie du vaste 
incendie qui re'duisit en cendres la 
plus grande partie de cette capitale, 
il prit un logement à Gaiata , où il 
mourut le 17 avril i6()4 , âge de 
soixante-dix-iiiiit ans. Outre les ou- 
vrages i<éjà cit<"s , on a de Me'lècedes 
Homélies sur les évanç:;iles de tous 
les dimanches de l'année , et V Expli- 
cation des dii>ers passages de la 
Sainte-Ecriture. 11 a traduit en grec 
vulgaire une i^artie des Homélies 
d'Origène, le Traité àc Jean Canla- 
cuzène contre les Mahométans . les 
Institutes de Justinien et yjbrégé 
du Code des empereurs Le'on et 
Constantin. On peut consulter la P'ie 
de Melèce , par Dosiîhe'c , dont ou 
'rouve V Analyse dans le Traité de 
la perpétuité de la foi, tom. iv. 
Dëme'trius-Procope loue les axtIus 
cl les talents de cet écrivain dans son 
livre , De erudilis Grœcis , publié 
par Fabricius , à la fin du tom. xi 
de sa Bihlioth, grœca. W — s. 
Mh:LEDIN. r. Meuk el Kamel. 
MELENDEZ VALDEZ (Jean- 
Antoine), poète espagnol, né en 
1754, à Ribera , en Estramadr.re, 
fit ses études à Salamanque. y lut 
reçu docteur en droit à l'âge de 9.2 
ans , et y obtint ensuite, au concours, 
la chaire de belles-lettres. Il débuta, 
en 1781 . dans la carrière poétique, 
par son Eloge de la vie champêtre ^ 
qui fut couronné par l'académie 
espagnole : le célèbre Yriarte avait 
concouru avec lui. Quelques années 
aj)rès , il remporta un nouveau prix 
pour son églogue de Bath} lie. Ces 
premiers essais lui assurèrent un 
rang lionoralile parmi les poètes de 



MEL 



'99 



sa nation : on y reconnaît des pensées 
et des sentiments élevés, une élé- 
gance soutenue, et un bon goût, 
assez rare chez les poètes espagnols. 
Il eut l'avantage d'être diiigé, dans 
ses premières compositions, par les 
conseils de Jove'lanos. Encouragé 
par le succès que ses essais eurent 
dans le public, Melrndez continua 
de se livrer à la composition , s\ir- 
tout dans le genre des odes anacréon- 
tiques, et dans celui ilel'éintre : et il 
acquit une telle aufontédans la litté- 
rature , qu'il servit de niodMe aux 
auteurs contemporains. Il dut par- 
ticulièrement à ses talents sa nomi- 
nation à la place de juge . qu'il ob- 
tint en 1789, au tribunal d'appel de 
Sarragosse. En i ntyn , il fui appelé 
à Madiid pour exercer les fonctions 
de procureur du roi près la cour 
de justice rriminello, qu'il exerça 
jnsqu'aux boiilcversemenls politi- 
ques ({u'é])rouva sa patrie au com- 
mencement (le ce siècle. Il ct;:it à 
cette époque en mission dans les As- 
tuiies; ayant été eiVrayé d'une émeute 
populaire, il s'était réfugié dans 
Tarmée française. ]Mal conseillé ou 
trompé dans son propre j'igrment, 
il embrassa la cause de l'usurpateur 
du trône d'Espagne, au lieu de suivre 
le mouvement national qui opposa 
toute son énergie à cette invasion. 
Joseph Buonaparfe , très - content 
d'avoir un homme aussi marquant 
dans son parti, le nomma couseiller- 
d'état, et directeu -général de l'ins- 
truction publique. Lors des victoires 
des armées jjatriotiques, Melcndez 
fut exilé avec les autres partisans du 
roi intrus , cl alla s'établir dans le 
raidi de la France, où il subsista 
d'une pension du gouvernement 
français, et des secours de ses com- 
pagnons d'exil, empressés de parta- 
ger avec lui les ressources qu'ils. 



200 MEL 

avaient àlcurdisposilion. Eloigne du 
sol palernel, il continua de faire réson- 
ner sa lyre , mais s«Hi!emeut dans le 
silence de la solitude. Les poésies 
qu'il composa pendant son bannis- 
sement, restèrent inédites. Il est mort 
à Montpellier, le 'il mai i8i7,entre 
les bras de sa femme et de son neveu. 
Ses OEuvrcs avaient été recueillies et 
publiées, à Yalladolid , en 1798; 
elles forment 3 volumes. Voici com- 
ment iNL Esmenard le caractérise 
dans le Mercure de France de 
1817 , où il a inséré un éloge de Me- 
lendez : « Le premier de ces volumes 
contient les poésies anacréoutiques, 
îrenle-deux odes ; V Inconstance et 
la Colombe de f/M/ii, compositions 
charmantes , divisées en odes , au 
nombre de vingt deux ; des romances 
et des poésies légères sur différents 
.sujets. Le deuxième, des sonnets, des 
«légies , des églogues,; la comédie des 
Noces de Gamuche, qui, au fond, 
n'est qu'une pastorale ; ain*i classi- 
fiée, c'est un ouvrai'e digne des plus 
grands éloges. Le troisième, des odes , 
anais d'un genre plus élevé : la Chute 
de Lushel ( i ) , poème que l'auteur^ 
alVcctioimait beaucoup, et qui ne 
justifie point celte prédilection j on 
y remarque cependant la même pu- 
reté et la même élégance de style : 
des élégies morales, des discours 
philosophiques ; enfin des épîtres , 
où l'Aristarque le plus difticile ne 
trouvera qu'une ])erfection désespé- 
rante.» Ses amis et compagnons d'exil 
s'étaient proposé de publier ^n 
France une collection complète des 
Œuvres de Melendez , craignant , 
sans doute, de ne pouvoir la faire 
paraître en Espagne même j mais 



MEL 

depuis le changement du système 
politique, en iS-io, on a commencé 
à les imprimer à Madrid. On trouve 
dans le Mercure de France un son- 
net espagnol à sa louange, attribué à 
Moratin. Il y est désigné sous le nom 
de Bathylle, que Melendez prenait 
ordinairement dans ses poçsies. 

D— G. 

MELETIUS, géographe grec, né 
à Jauuina en Epire , dans l'année 
1661 , se nommait d'abord Michel, 
et fut appelé Mélétius, lorqu'ayant 
pris , jeune encore, l'habit ecclésias- 
tique, on lui donna un nouveau nom, 
suivant l'usagede l'église grecque. II 
fit ses premières études dans sa ville 
natale, auprès d'un professeur nom- 
mé Bessarion Macris , qui connais- 
sait à fond le grec littéral. Clément, 
alors archevêijue de Janniua (i), 
grand ami des lettres , encouragea 
le jeune Mélétius dans ses études, 
et voyant qu'il était plein d'esprit 
et de talent, l'ordonna prêtre, pour 
qu'il devînt un jour un des or- 
nements du clergé grec. Le prélat 
ne fut pas trompé dans ses espéran- 
ces. Mélétius, s'élant rendu à Venise, 
s'y livia bientôt à de profondes étu- 
des : il y apprit d'abord la langue 
et la littérature latines, et s'appli- 
qua aux sciences exactes , à la philo- 
sophie , et même à la médecine. 
Retourné à Jaiuiina pour y propa- 
ger les connaissances qu'il avait 
acquises, il fut nommé professeur au 
collège d'Epiphanius , fondé par 
un Grec de ce nom. C'est dans ce 
collège que Mélétius composa un 
traité d'astronomie, encore inédit, 
et dont feu Clavier possédait une 
copie que lui avait donnée le doc- 



(i) C'est le uom que les Es(>agDo1» (lomient au (i) Ce prrlat ctail liii-raênie Pirt iostruJl, rf savant 

cWr des ange* nbellci, a, pslc £uci/«r depuis sa prédicilerr. Voy. la £(i>/iut/i. gr. de Fabiicius, XI , 
«*'"■«< 933 , éd. de Harlee. 



MEL 

tcnr Coray. Me'le'tins continuait à 
professer les sciences avec lui grand 
succès, lorsqu'il fut nommé arche- 
vêque de iSaiipactc et d'.^rta, en 
novembre likyi. Quatre ans après 
sa nomination, celle dernière ville 
i'utsaccage'e par un chef de rebelles , 
nomme' Liljc'rius lerakari, et sur- 
nomme par les Tiii'cs Guiavou 
Bel ( le Prince infidcic). Les Véni- 
tiens venaient de lui envoyer des 
renforts, étant alors en j^ucrre avec 
la Porte. Mclétius fut dénonce faus- 
sement au gouvernement turc , 
comme ayant connu d'avance les 
projets destructeurs de lerakari , et 
entretenu avec- lui dos intelligences 
secrètes. 11 s'était réfugié a Jajinina, 
où il resta caché pendant deux mois , 
et composa pendant cet intervalle un 
ouvrage intitulé : ntpiê^ii)t(pofa)v Ùkou- 
c-^«r(i»».Les\énilicnsayant;dcus pris 
possession de Naupacte ( Lépante ) , 
il s'y rendit avec toute sa suite. Ce 
fut là qu'il mit la dernii rc main à 
l'ouvrage qui a fondé sa réputation, 
sa Géograohie ancienne et moderne. 
Les Vénitiens ayant fait la ])aix avec 
les Turcs, Mélétius trouva l'occasion 
d'aller à Constantinoplc : de là il fut 
envoyé (1701) , par le patriarche et 
le synode, dans le Péloponnèse, avec 
les litres d'exarque et d'epitropos 
( vicaire), pourpercevoir lescontri- 
butions ecclésiastiques des e'vêques 
de ces contrées. Durant son séjour 
dans cette région , il ne cessa de prê- 
cher dans les églises avec un zèle et 
une éloquence dignes de saint Chry- 
sostome. Après avoir rendu compte 
du succès de sa commission , et 
remis le montant des contributions 
au trésorier de l'église ])atiiarcalc 
de Constantinoplc , il fut obligé 
de rester auprès du synode pendant 
deux ans , au bout desquels il fut 
nommé , sur la demande des habi- 



MEL 201 

tants, archevêque d'Athènes (oct. 
1703): il se rendit alors dans sou 
uouveaudiocèse; et ce fut là qu'il com- 
posa une Histoire ecclésiastique^ 
écrite en grec ancien , et qui s'é- 
tend depuis la création du monde 
justpi'en 1700. Clément, archevêque 
de Jannina , son ancien protecteur, 
e'tant mort en 1714. les ChrétieJis 
de cette ville demandèrent avec ins- 
tance rarchevê(|uc d'Athènes, pour 
succéder au bon prélat qu'ils ve- 
naient de perdie. Méiétius , par 
attachement pour son pays natal , 
consentit à leur demande , et se mit 
en route pour Constantinoplc , où le 
synode l'attendait avec impatience 
afin de le créer archevêque de Janni- 
na; mais une indisposition le força 
de s'arrêtera Larisse, en Thessalie, 
pendant plusieurs jours ; elles lettres 
par lesquelles il en avertissait le 
synode , éprouvèrent un retard dont 
un intrigant, nommé Jlierotheus 
lihaplis , profita pour le siip|)lan- 
tcr. Ce contre-temps , que ]\Iclétius 
n'apprit qu'à son arrivée à Gonstan- 
tinople , l'aflecta au point qu'il en 
retomba malade, et il cessa de vivre 
le 12 déceud)rc 1714, à l'âge de 
cinquante-trois ans. Il fut enterré à 
Chaskio'i , près de Constantinoplc. 11 
portait toujours avec lui ses manus- 
crits, qui malheureusement furent 
volés ou dispersés à sa mort. II avait 
composé plusieurs ouvrages de théo- 
logie morale, de philosojthic , de 
médecine, de sciences exactes , etc. 
Il écrivit, et prononça un grand nom- 
bre de sermons éloquents; mais l'ou- 
vrage ])rincipal qui l'a fait connaître 
dans l'Europe savante , est sa Géo- 
graphie , dont la 1'"''. édition fut 
imprimée à Venise, en 17 '28, de 
format in-fol. , chez Nicolas Glykis, 
imprimeur grec, natif de Jannina, 
dont l'imprimerie subsiste encore* 



ao2 MEL 

Le savant arcliimaiuliite , Antliirae 

(iazis , en a publie , en 1807 , une 2"=. 

édition , avec des notes et des cartes , 

en 4 vol. in-S*^. , imprimée aussi à 

Venise. ]^' Histoire ecclésiastique de 

IMe'le'tius , écrite en grec ancien , fut 

traduite en grec moderne , et publiée 

à Vienne , il y a plus de vingt ans , aux 

frais d'un négociant grec , nommé 

Cjccrgios Larapauizioti, 3 vol. in-4°. , 

auxquels on ajouta un supplément en 

\\n vol. iu-4''. , attril)ué à Gcorgios 

Ventoti, imdes compagnons de î'iii- 

fortnné llhiira, etc. L'orjtriiial de celle 
-, . . , ^ P ■ ■ ■ ■ 

histoire n a pas encore ele imprime j 

le manuscrit autographe était con- 
servé dans la Libliollicquc du grand 
collège de Jannina , qui a élé incendié 
tn 18 10, par le féroce Ali -Pacha. 
Méléfius avait beaucoup voyagé dans 
la Grèce , et copié de sa propre main 
toutes les inscrij)tions qu'il rapporte 
dans sa Géographie. Sainte- Croix, 
dans son Traité des anciens gou- 
vernements fédéralifs ^ etc. ( pag. 
/j'ii ), rend justice au mérite de cet 
ouvrage, qui, malgré d'assez nom- 
hreusesinexactitudcs, n'est pas moins 
un monument important, rempli de 
documents précieux, quoique infé- 
rieur, sous quelques ranports , à la 
Géographie de M. Philippides. Dc- 
înétrius Procopius de jMosciioj)olis , 
auteur des Fies des savants Grecs 
de son temps, et qui était conlem- 
pornin de Mclétius, fait un éloge ma- 
gnifique de cet illustre prélat. Cet ou- 
vrage de Procopius est fort intéres- 
sant. M.ÎHaries l'a inséré dans le xi"-". 
vol. de son édition de la Bibliothèque 
grecque de Fabricius. N — 0. 

MELFORT ( Jean Drummond , 
duc DE ) , frère de Jacques Diuni- 
mond, duc de Perth ( Voy. Dr.uM- 
MOND , XII , p. 40? f"t jusqu'à sa 
mort attaché a la personne de Jac- 
ques II, roi d'Angleterre, qù lui 



MEL 

conserva la qualité de son premier 
ministre , lorsqu'il effectua , avec 
l'appui de la France , une descente 
en Irlande ( 1689), ^^ lorsqu'il re- 
vint à Saint-Germain , après cette 
malheureuse expédition. Melfort, qui 
avait , ainsi que son frère , tout sa- 
crifié pour suivre le monarque dé- 
])ossédé , en reçut alors le titre 
de duc ; et ce titre fut reconnu par 
Louis XIV. L'un et l'autre consu- 
mèrent les débris de leur fortune en 
essais infructueux , souvent répétés , 
dans l'espoir de rétablir Jacques sur 
son trône. On ne distingue pas bien 
dans les récits du temps, si c'est 
Melfort, ou son frère, le grand-chan- 
celier d'Ecosse , qui fut excepté par 
Guillaume Ilï , d'une amnistie ac- 
cordée aux partisans les ])l us dévoués 
du roi son beau - père. En 1 70 1 , ce 
prince fit part au parlement d'une 
lettre du duc de Melfort , qu'il avait 
interceptée , et qui contenait le plan 
d'une nouvelle invasion. Quelques 
historiens disent que ce personnage 
ne jouissait d'aucune considération à 
la cour de Versailles , et qu'il avait 
même fini par être banni de celle de 
Saint- Germain. Ils ajoutent qu'il 
mettait sans cesse en avant de nou- 
veaux projets, se flattant de recon- 
quérir ainsi les bonnes grâces du roi 
Jacques , mais que ces projets étaient 
plus ridicules les uns que les autres. 
Quoi qu'il en soit, la communication 
de sa lettre remplit le l>ut que Guil- 
laume III s'était proposé, en réveil- 
lant les craintes et les ressentiments 
de la nation anglaise contre les Fran- 
çais. Les ministres de Louis XIV se 
plaignirent de cette publication, 
comme d'un moyeu imaginé pour 
entretenir la discorde entre les deux 
couronnes ; et le roi de France 
ayant à cœur de prouver la sincérité 
de ces assertions, Melfort fut exilé à. 



MEL 

Angovs. 11 mourut en 1^16. La dcs- 
cendaiico de sou frcrc aîné' , Drum- 
luond , duc de Perlli , grand-chan- 
celier d'Ecosse , s'e'lant éteinte en 
1700, le droit de représenter la 
branche aînée fut de'volii aux enfants 
issus du second mariage de Jean , duc 
de Melfort, avec Eiiphe'mie Wal- 
lace de Craigie ; et ils roclamèrent 
les biens confistpiés sur les fils du 
grand-chancelier. L — p — e. 

MELFORT ( L. Hector Driim- 
moiid re) F. Dr>UMMOND, XII , /p. 

MELIK ARSLAN, ou Aboi;l 

MoDUAFFER ZeUN - EDDYN ArSLAW 

Chah , treizième sullhan scidjoukide 
de Perse , et fils de Thogrul II , fut 
placé siu- le trône, à Ilamadan, l'an 
555der]iég,( 1 iGode J.-C. ), après 
la mort de son oncle Solc'iman, par 
les soins de l'atabek Eldikouz, ou 
Yldeghiz, époux de sa mère. IMais 
le khalyfe Mostandjed , qui ne crai- 
gnait plus l'autorité des wScIdjoukides, 
refusa de faire prier pour lui à }?agh- 
dad ; et dans le même temps , Yna- 
nedj et Ka'iraaz , gouverncius de Ilci 
et d'Ispahan , se déclarèrent pour 
IMohammcd, fils de Seldjouk-Chah, 
et cousin de Melik Arslan, Les ar- 
mées des deux compétiteurs s'c'taut 
rencontrées près de Kaznvn , Mo- 
hammed périt dans la mêlée; et ses 
partisans se sauvèrent dans le Ma- 
zanderan. L"an 556 ( i ifii ) George. 
III, roi de Géorgie, entra dans 
l'Arménie , s'empara de la ville 
d'Ani , et vainquit un vassal du sul- 
than, le roi de Khelath, .Sokraan 
Chah-Armen , qui avait voidu arrê- 
ter sa marche. L'année suivante , il 
s'avança jusqu'à ToA-in ( i ) , ancienne 
capitale du pays , la livra au pillage , 
en brûla les mosquées , et fit , dans 



(i) Kt non jias K. rwja,couimele Uis'.ul ù'ilcibe- 
lot et de Girîucs, 



MEL 9.o5 

CCS deux expéditions, beaucoup de 
bulin et de prisonniers; mais Melik 
Arslan , accompagne d'Yldeghiz , 
battit les Chrétiens, exerça contre 
eux de terribles représailles , et mit 
le siège devant Ani , que le roi de 
Géorgie fut obligé de rendre ( Voy. 
George m , XVII , i3q ). Tandis 
que !e sulthan relevait la gloire des 
Seldjoukides dans la Perse occiden- 
tale , cetîe dynastie s'éteignait dans 
le Khoraçan ( F. -Sandjar); et il 
accordait lui-même l'iuA estifure so- 
lennelle à l'émyr Al Mowayed Aï- 
bek, qui fondait à Ileratune nouvelle 
puissance. Il reçut aussi les soumis- 
sions de l'atabek Salgaride Modhaf- 
fcr eddyn Zengby , l'an SSg, et le 
confirma dans la souveraineté du 
Farsistan. Cependant , Ynanedj , sou- 
tenu par le sulthan de Kharizm , 
rentra dans l'Irak, on 56 1 , et porta 
ses ravages jusqu'à Abher et Kaz- 
Avyn; mais Arslan et son beau-pèro 
tombèrent s!ir hii avec tant d'iiipé- 
luosité qu'ils le forcèrent de rega- 
gner encore le Mazandcran. Il reparut 
deux ans après du côté de Rrï, et 
remporta quelques avantages sur 
Pchiwan Mohammed, fils d'ïlde- 
ghiz. Celui-ci répara cet échec , et 
détermina Ynanedj à se soumettre au 
sulthan. Mais la nuit qui précéda le 
jour fixe pour l'enfrovue , le rebelle 
fut assassiné, sans qu'on pût dé- 
couvrir les auteurs de sa mort , à 
laquelle l'atabek ne fut sans doute 
pas étranger. Melik Arslan donna 
le gouvernement de Réi à Pehhvan 
Mohammed , lui fit épouser Cotaï- 
bah Khatoun , fille d'Ynanedj ; et 
de ce mariage naquit le destructeur 
de la dynastie seidjoukide ( F. Cot- 
logu-Ynanedj, X, 70). Le sul- 
than ayant perdu presqu'en même 
temps sa mère, et Yldeghiz, son plus 
ferme soutien , le chagrin qu'il en 



ao4 



MEL 



ressentit , lui causa une maladie de 
langueur , à laquelle il succomba , 
ea djoumady ii , j'ji (décembre 
1 1^5 ) , dans la quarante-troisième 
aunc'e de son â<^e , et la seizième 
de son règne. Cet excellent pi'ince 
joignait a tous les avantages exte'- 
rieurs , la_ bravoure , la clémence , 
la générosité' , la bienfaisance , une 
extrême affabilité, et le rare talent 
de ne jamais renvoyer mécontents 
ceux qui lui demandaieutquelques grâ- 
ces. Il était ennemi de la méiisance et 
des railleries piquantes ; et quoiqu'il 
fût sobre d'impôts envers ses sujets , 
il se montrait magnifique dans ses 
plaisirs , dans ses festins et dans ses 
A'ètements , comme il l'était dans ses 
libéralités. Il portait à son cou une 
chaîne d'or enrichie de pierreries du 
plus grand prix , sorte de luxe in- 
connu, avant lui, aux monarques mu- 
sulmans. Il eut pour successeur son 
fils Tho2;rul III. A — t. 

MELÏK CHAH I". ( Moezz-ed- 
DYN Aboul-Fetiiau), troisième sul- 
than de Perse , de la dynastie des 
Scidjoukides , succéda , Tan 4^5 de 
l'hég. ( io'j'2 de J.-C), à son père 
Alp Arslau ( ^'. ce nom, I, 607 ), 
par les soins du célèbre vc'zvr iXi- 
zam cl Molouk, qui le (it proclamer 
à la tête de l'armée qu'il ramena de 
la Transoxane dans le Khoraçan. Il 
reçut du khalyfe Ca'i-n Biamr-Allahle 
diplôme qui lui confirmait la di;;iiité 
souveraine , avec le titre de Djelal ed 
daulah u ed dyn { la gloire de l'état 
et de la religion ) , et celui à' Emyr 
al moumenfm ( commandant des 
fidèles ) , uniquement réservé jus- 
qu'alors aux successeurs de Maho- 
met. Melik-Chah fut reconnu , sans 
opposition, depuis IcDjihoun jusqu'à 
l'Euphrate. Le seul Cadherd , ou Ca- 
rout-Bevg , son oncle , prince fcu- 
datairedu Kcrinau, se révolta contre 



MEL 

lui , marcha vers le Khoraçan , et 
s'avança jusque dans le Gardjcstan, 
Vaincu après une bataille des plus 
sanglantes , il fut pris , et renfermé 
dans une forteresse du Khoraçan : 
mais les troupes qid avaient rem- 
porté la victoire , ayant demandé in- 
solemment qu'on doid)lât leur solde , 
et menacé, en cas de refus, de déli- 
vrer Cadherd et de le placer sur le 
trône ; le sulthan fit empoisonner 
son oncle , dès la nr.it suivante , ré- 
pandit le bruit que ce prince avait 
attenté à ses propres jours , et a- 
paisa ainsi la révolte dont il était le 
prétexte. Dans la suite , le fils de 
Cadherd fut rétabli dans le Kerniau, 
par Melik-Chah ( F, Cadherd, VI , 
45j ). Le khalyfe étant mort , l'an 
4G7 , iMelik-Chah lui donna pour 
successeur Moctady Biamr Allah 
( F^. ce nom ), La même année, il 
fonda à Baghdid un observatoire; 
et ayant réuni dans cette ville les as- 
tronomes les plus célèbres j il fixa le 
ISeurouz, ou le premier jour du prin- 
temps, (époque du commencement de 
l'année solaire chez les Persans ) , au 
moment oùle soleil entre dans le signe 
du Bélier : ce jour , par la succession 
des années, se trouvant reculé jusqu'au 
quinzième degré des Poissons , on fut 
obligé de supprimer qiùnze jours 
entiers. Cette réforme du calendrier 
persan est célèbre sous le nonr d'ère 
djelaléenne , dérivé de l'un des sur- 
noms de sou principal auteur. L'an 
468., jMelik-Chah envoya son cousin 
Soléiman , fils de Koutoulmisch , 
pour chasser les Grecs de l'Asie mi- 
neure et de la Syrie septentrionale. 
Dans le même temps Atziz , un de ses 
généraux , enlevait au khalyfe Fa- 
themide iMostanserla partie méridio- 
nale de cette dernière proA'ince , ré- 
tablissait dans Damas la khothbah , 
au nom du khalvfe Abbas&ide , et 



MEL . 

allait attaquer Moslanscr jusqu'en 
Egypte ( V. MosTANSEu). Mais sur 
uu faux bruit qu'Aîziz avait pe'ri 
dans la bataille qu'il y perdit , le 
sultliau cLargea son frère Toiitouscli 
ou Tatasch , d'achever la conquête 
de la Syrie. Toutousch fut la tige 
d'une bi-anche de Seldjoukides qui 
posséda Halep et Damas , et qui eut 
de grandes relations avec les Clire'- 
tiens. Quant à Soleiman, il fut le 
fondateur de la dynastie seldjoukide 
qui régna dans l'Anatulie , ou Asie 
mineure. Ces deux jnùnces recon- 
naissaient pour suzerain le sublian 
de Perse, dont la puissance était si 
grande, que, dans Bagbdad, le fils de 
son ve'zyr e'tait salué par le son des 
tambours , honneur réservé jusqu'a- 
lors aux sulthans. Melik-Cliah s'oc- 
cupait à détruire ou à souractlre tous 
les petits dynastes qui désobiicnt la 
Syrie et la Mésopotamie par leurs 
guerres continuelles , lorsque Ta- 
kasch ou ïanasch, un de ses frè- 
res, se révolta dans le Khoi-açan , 
surprit Merou pendant le jeûne du 
ratnadhan , la livra au pillage , et 
s'enivra puldiquernent dans la grande 
mosquée avec ses femmes et ses com- 
pagnons de débauche. Mclik-Chah 
vainquit le rebelle en 477, l'assiégea , 
le prit dans Termed et le relégua dans 
une autre place-forte. De retour à 
Ispahan , sa capitale , il alla enlever 
Edesse aux Grecs , prit Halep et plu- 
sieurs autres places en Syrie , et les 
donna à Acseucar Caciui ed daulah , 
plutôt qu'cà son frère Toutousch , 
dont l'ambition lui était devenue sus- 
pecte ( V. AcsKNCAR , I , iGj ). 
Dans le même temps , il acheva de 
dépouiller , par un de ses généraux , 
le dernier prince de la dynastie des 
Mer wanides , jMansour , fils de Nasr , 
des étals qu'il possédait en Arménie 
et en Mésopotamie. Il se rendit, pour 



MEL 2o5 

la première fois , à Baghdad , ta la fin 
de 479 1 y passa plus d'une année , 
célébra les noces de sa fille qu'il avait 
fiancée au khalyfe depuis six ans, et 
eutre])rit , en 481 , le pèlerinage de 
la Mekke , qui lui coûta des sommes 
énormes , tant en provisions de 
toute espèce pour les pèlerins , et eu 
aumônes distribuées aux pauvres , 
que par le grand nombre de villages 
qu'il fonda , et de puits qn'il fit 
creuser sur toute la route. L'année 
suivante , il se transporta à l'extré- 
mité orientale de ses états , traversa 
le Djihoun, prit Bokhara et Samar- 
cande , après avoir vaincu et ftiit 
prisonnier Ahmed-Khan , qu'il réta- 
blit sur le trône : de là il poussa jus- 
qu'à Ouzkend, où le roideKascligar 
étant venu lui rendre hommage , 
s'obligea , ainsi que plusieurs au- 
tres princes voisins , à lui donner la 
préséance dans la khoîhbah et sur 
les monnaies. Pendant cette campa- 
gne , le gvand-vézyr Nizara eî Molouk 
ayant assigné, sur les revenus d'An ■ 
lioche, le paiement des bateliers char- 
gés du transport des troupes au-delà 
du Djihoun , ceux-ci s'en plaignirent 
au sulthan. Le ministre, pour se 
justifier d'avoir voulu entraver lo 
paiement de ces mariniers, répondit 
qu'en l'assignant sur Antioclie , il 
n'avait eu d'autre intention qned'ari- 
prcndre à la postérité quelle était la 
vaste étendue des états de son maître. 
Tandis que l'empire de Melik-Chah 
jouissait d'une paix profonde , sa 
cour était le foyer des intrigues qui 
devaient le déchirer sous le règne 
suivant. La sulthane Tcrkhan-Klia- 
toun voulait assurer le trône à son 
fils Mihmoud , le phis jeune des en- 
fants de ce prince. Contrariée par 
le vézyr qui défendait les droits de 
l'aîné ( V . Barryaroc, HT, 378 ), 
elle réussit à le perdre dans l'esprit 



aoG MEL 

(le son épctux. Le miiiislrc fut de- 
posé , et suij adiniuislialion soumise 
à l'exameu de sou successeur Tadj 
el Molouk, chef du divan de la prin- 
cesse. La cour ayant alors cpiitte' 
Ispahan pour se rendre a Baglidad , 
le nouveau vc/.yr <it assassiner son 
prédécesseur , l'^m 4^5 ( 1 092 ) , par 
un hatlie'uien , secte impie el cruelle , 
dont le chef , deux ans auparavant , 
venait de fonder ime dynastie en 
Perse ( V . Haçamjln Sabau , XIX, 
Î280 ). Melik-Chah ne survécut que 
dix-huit jours à son grand vczyr. A 
la suite cl'uue partie de cliasse, il 
mourut d'une maladie aiguë à Ba;;li- 
dad , en 4^3 ( "ov. 1 09:2 ) , âgé de 
trente - lîuit ans , après un règne 
glorieux de vingt ans , lorsqu'il était 
a la veille d'expulser de cette capitale 
le klialyfe Mocliidy , sou gendre. Ce 
prince le plus puissant et le plus il- 
lustrcde sa dvnastie, réunissait à tous 
les avantages physiques les qualités 
les plus brillantes et les plus solides. 
Vaillant et libéral, il se distinguait 
aussi parla régularité de ses mœurs, 
par sa piété , par son amour pour 
la justice et pour la vérité. Il dimi- 
nua les impots, rendit les chemins 
sûrs , et lit régner l'abondance. Il 
écoutait les plaintes de tous so^s 
sujets , sans distinction , punissait 
sévèrement le c:inie , et protégeait 
l'innocent , la veuve et l'orphelin. 
Il fit construire ou réparer un grand 
nombre de ponts, de grandes routes, 
de canaux , d'hospices , de cara- 
vausérais. Ami des arts et des scien- 
ces , il bâtit en plusieurs endroits 
de ses états des bazars , des palais , 
des temples , des collèges , des linpi- 
taux , des cités. Baghdad lui dut la 
mosquée , dite du Sullhait , cl le col- 
lège îlauyféen qu'il dota richoincnt , 
pr)ur honorer la sépulture de l'imam 
Abou-Hauyfeh. Heureux (.kius toutes 



MËL 

ses entreprises, Melik-Chah ne s'é- 
carta des bornes de la clémence et de 
la modération , que quaud il y fut 
forcé par des circonstances impé- 
rieuses. Dans le tcm])s qu'il mar- 
chait centre son frèreTakasch dans 
le Khoraçan , il alla faire ses dévo- 
tions à Thous , au tombeau de l'i- 
man Aly Riza ; et tandis que son vé- 
yyr priait pour le succès des armes 
du sullhau • « Grand dieu , disait cc- 
>' lui-ci , accordez la victoire à mon 
» frère , ïil est plus di^iie que moi 
« de ^nus'erner les Musulmans. » 
Mclik-Chali aimait à voyager ; et 
l'on prétend qu'il parcourut dix fois , 
pendant sa vie, ses vastes états, qui 
s'étendaient depuis la Méditerranée 
jusqu'aux frontières de la Chine, et 
depuis le Caucase jusqu'au Yemen. 
Mais dans ces limites se trouvaient 
compris les pays tributaires, ainsi 
que les fiefs cédés par le sulthan aux 
princes de sa famille et à ses émyrs 
qui ayant fondé de nouvelles dynas- 
ties , telles que les Kharizniiens , les 
Atabeks , etc. , affaiblirent et détrui- 
sirent par la suite l'empire scldjou- 
kide. Passionne pour la chasse , mais 
))ionfaisant jusque dans ses plaisirs , 
IMclik-Chah faisait vendre Jout le 
gibier au profit des pauvres , et leur 
distribuait une pièce d'or par chaque 
bète qu'il tuait. Ce prince , le plus 
magiùfiquc de sou temps , et à qui les 
empereurs d'Orient payaient tribut , 
est désigne sous le titre de Grand- 
Sulthan, ^AY la princesse Anne Com- 
nène , dans l'histoire de son père. 
11 marchait toujours acxompagné de 
quarante-huit mille cavaliers , dont 
les fiefs étaient dispersés dans toutes 
les provinces , afin que, sur tous les 
points de l'empire , ils fussent assurés 
de leur subsistance , sans être à 
charge au peuple. Outre Mahmoud, 
qui mourut peu d« temps après sou 



MEL 

pcre , î\IeUk-Cbab laissa trois fils , 
Karkyarok , Mohammed et Sandjar , 
qui ont joué un grand rôle clans 
l'histoire. — Meuk-Cuah II ( Mo- 
ghaïth eddyn Aboiil Fethah), lo^ 
sulthan de la même dynastie , était 
fils de Mahmoud , et succéda , l'an 
547 (iiSa) à son oncle Mas'oud 
{V. CCS noms, XXVI, 174 , fl 
XXVII, 382 ). Ce prince, libéral et 
d'humeur agréable , mais sans ca- 
jiacité , et eulicrcnicnt livré à la mu- 
sique , à la danse , à la chasse , et 
aux plaisirs de la table , fut le pre- 
mier auteur de la décadence des 
Seldjoiikides. Il voulut faire arrcLer 
le turkoman Khas-Beyg , chef des 
emyrs , dont 1 autorité lui portait 
ombrage ; mais les autres émyrs 
conspirèrent contre le stdthan, et 
l'ayant invité à un grand festin , ils 
le retinrent trois jours dans une dé- 
bauche continuelle , le renfermèrent 
dans le château de Hamadan , le 
quatrième mois de son règne , et lui 
donnèrent poiu* successeur son frère 
Mohammed II. Melik-Chah parvint 
à s'évader, et gagna Hohvan, où il 
se joignit au khalyfe Moctafy et aux 
autres ennemis de son frère , pour 
lui faire la guerre. Il prit et pilla 
Hamadan , Kora et Kachan , et alla 
s'emparer du Khouzistan , Fan 553. 
Wohammed étant mort l'année sui- 
vante , les émyrs partagèrent l'em- 
pire entre trois compétiteurs. Melik- 
Chah , l'un d'eux , se rendit maître 
d'Ispahan j mais il y mourut quel- 
ques jours après, le 11 raby, l'an 
555 ( 11 mars 11 60), à l'âge de 
trente - deux ans , non sans soupçon 
de poison ; et 11 fut remplacé par 
son oncle Solciman. A — t. 

MELIK EL ADEf. ( Saif-eddyn 
Aboebekr Mohammed), sulthan 
d'Egypte et de Damas, de la dynas- 
tie des Ayoubides , et coxinu chez les 



MEL 207 

historiens des croi; ades sous le nom 
de Saphadin, était frère puîné du 
célèbre Saladin, dont il eut le cou- 
rage , l'ambition et les talents, mais 
non pas toutes les vertus ( F. Sala- 
din ). Ce fut lui qui préserva d'une 
ruine totale la puissance encore mal 
alfcrniie de son frère, par deux vic- 
toires qu'il remporta dans la haute 
Egypte, l'une, le 7 safar 570 (7 
septembre 1 1 74 ), sur Kenz eddau- 
lah, gouverneur d'Assouan, et l'autre, 
deux ans après, sur un rebelle (pii 
se disait fils du dernier khalyfe Ea- 
themidc. Melik el Adcl gouverna 
l'Egypte au nom de Saladin; il en- 
voya une flotte qui arrêta les courses 
de Renaud de Châtillon dans la mer 
Rouge , et une armée qui le vainijuit 
en Arabie et l'empêcha de prendre 
Médinc el la Mekke. Il fut ensuite 
pourvu successivement des gouver- 
nements d'IIalep et de Damas. En 
581 il obtint les villes de Harrau 
et d'Edessc à titre d'apanage , et fut 
renvoyé en Egypte , comme vézyr de 
son neveu Mclik el Aziz Othman. Il 
ne laissa pas de continuer à prendre 
une part active aux conquêtes de son 
frère sur les Chrétiens. L'an 583 
(1 187) il entra dans la Palestine , et 
prit par capitulation le château do 
Medjdal ; mais le détachement qui 
escortait la garnison prisonnière 
fut taillé en pièces par les Tem- 
pliers : Adel , pour venger celte 
violation du droit des gens, s'em- 
para de lafTa et de plusieurs aufi es 
places, mit à feu et à sang toute ia 
contrée jusqu'aux portes de Jérusa- 
lem, et conduisit au camp de Saladin 
un nombre infini de captifs. Il ss 
distingua au siège d'Acre, et contri- 
bua puissamment à la longue résis- 
tance de cette ville contre les forces 
combinées des rois de France et 
d'Angleterre. Comme il était au>si. 



aoS 



MEL 



habile poHtiqiie que bon guerrier, il 
fut tliargo par le sulîhan d'entrer eu 
négociation avec Richard Cœur-dc- 
Lion ; et il eut ]iiM.sicurs ooiife'rencefe 
arec ce priuce, faut avant qu'après 
la réduction d'Acre. Us en vinrent 
mèmojusqu'à conclure un traite dans 
lequel les intérêts de Molik el Adel 
figuraient en preniièro ligue : caries 
principales conditions étaient qu'il 
épouserait Jeanne, sœur deUicliard 
et veuve de Guillaume II , roi de 
Sicile; que les nouveaux époux se- 
raient couronnés rois de Jérusalem; 
et que leurs états se composeraient 
de tout ce qui restait aux iMusiil- 
mans en Palestine, et des places que 
Richard en avait démembrées, Acre, 
Ascalon, etc. Ce traité, ouvrage de 
deux princes peu scrupuleux sur 
l'article de la religion, fut approuvé 
par Saladin, qui ne voyait (pie l'a- 
vantage d'un frère tendrement ai- 
mé; mais il demeura sans exécu- 
tion , parce que la princesse , sou- 
tenue par le clergé qui s'indignait 
d'une toile alliance, protesta qu'elle 
ne reccvrail jamais dans son lit un 
infidèle; et INlclik. cl Adcl ne put se 
résoudre à renoncer à l'islamisme 
pour les beaux yeux de la reine 
douairière de Sicile. C'est sur ce ca- 
nevas que M""". Coitin a brodé les 
amours de Mathilde et du prince 
musulman, dans un roman très-inlé- 
ressaut où elle a beaucoup embelli 
le caractère do son héros; mais elle 
V a interverti et dénaturé tous les 
faits. J.a jiaix eut lieu sur d'autres 
bases ]iar les soins d'Adcl qui,aj)rès 
le départ du roi d'Anglolerre, j)ar- 
rint encore à réconcilier le snltlian 
avec le prince de IIamalh,sounovcu, 
et avec le khalyfc abl)assidc Naser 
ledin- Allah. Ses services lui valurent, 
delà part de Saladin , de nouvelles 
concessions, entre autres, celle de 



MEL 

Karak, forteresse importante par sa 
position entre la Syrie, !'K:;;ypte et 
l'Arabie. Ce fut là qu'il apprit la mort 
de ce grand homme, l'an àSçj^i H)3): 
il se rendit à Damas pour assister à 
ses funérailles ; ensuite , traversant 
l'E iplirato, il entra dans les éials des 
Atabcks , leur enleva ISisibyn , el les 
força de lui céder quelques places. 
Mais bientôt la désunion el l'incapa- 
cité de ses neveux éveillèrent sou 
ambition , et lui lais'^èroiit entrevoir 
la possibilité d'cuvahii loul le vasle 
liérilng:; de son frère. Les trois lils 
aînés de Saladin avaient partage les 
états de leur père. Melik el Afdhal 
Nouroddyn Aly, n-gnait à Damas; 
Moiik el Azi/. Imad-rdJvn Olliman , 
avait gardé l'ivgvptc; et IMolik ed 
Dhahor Gaialh-ed.lyn Gha/^y, était 
resté maître d'Halop. Les deux ]iro- 
miers s'étant brouillés , Adel , an lieu 
de les portera la paix, ]u-it d'abord 
le parti d'Afdhal , qu'il empêcha 
néanmoins de pénélror en Egypte; 
puis , s'étant joint a Aziz, ils liront 
ensemblo la guerre au roi de Damas, 
le dopouilièicnt de toutes ses villes 
et l'assiégèrent dans sa capitale, ou 
les menées d'Adcl le forcèrent de ca- 
pituler, en ;")Ç)U ( iif/j). A/.iz fut 
reconnu sullhan à Damas; mais, peu 
de jours après , il y laissa son oncle, 
qui , sous le titre d'atabek, en devint 
le véritable souverain. Adel reprend 
lalTa sur les Chrétiens, en Sq^, leur 
accorde une trêve de trois ans , et 
va dans la ]Mésopotamie surprendre 
Mardiu , dont il assiège en vain la ci- 
tadelle pendant plus d'un an. Dans 
col intervalle , ÎNlclik el A/.iz meurt ; 
et Melik el Afd liai , appelé en Egypte 
par' une faction enneiiiio d'Adel, et 
chargé de la régence pendant la mi- 
norité de son neveu Melik el Man- 
sour, se ligue avec son frère, Melik 
cd Dhahcr , roi d'Halep^ el pioGtc 



(le l'iibsciice de son oncle pour in- 
vestir Damas. Add revient an .se- 
cours de sa capitale, sème la divi- 
sion ])armi les dciix fièrcs,'ct les 
oblige de s'éloigner; pi.is, lonrnaut 
ses armes du côle de l'Egypte, il hat 
les troupes d'Afdhal, et se nmd 
mçjîtredu Caiie, le 18 rabv n , 596 
( r.ioo). ]1 gouA-erne rpu-lqne temps 
au nom de son petit-neven M.insuur' 
mais le tiire de regenl ne snflisaiit 
pins à soii an,l)i!ijn ,i! clierclie à .se 
concilier radcrlion gène: de par ses 
largesses: ii 'iiet surtout dius ses in- 
térêts les docteurs de !a loi; et, ayant 
obtenu d'eux un jugement semblable 
à celui cpic ren.lit le pape Zacharie 
en favcnr de Pépin, il fait déposer 
son pupille , cpi'il exile depuis à 
Ha!ep , et s'eniparc du Irôue, au 
mois desch wal 597 ( 1201 ), Alors 
tous ses enr.etiiis se soumirent : les 
princes de sa famille le reconnurent 
])0ur leur suzerain; et le .«îulllian 
d'Halep lui-même consenlit à lui 
donner la pi êse' nice sur les monnaies 
et dans la khotbbali , et à lui foui- 
nir, dans tontes ses guerres, cinq 
rents cavaliers d'élite. INÎais bientôt 
Dbaber , alarme' de la puissance de 
son on<:lc,.se fortifie dans Halep , 
cherche des allies chez ses voisfjis , 
attaque ceux d'Adel, et s'unit avec 
son frère Afdhal, par un traite' d'a- 
près lequel les deux princes devaient 
partager entre eux toutes les pro- 
A'inces de leur oncle, s'ils réussissaient 
à .s'en emparer. Melik cl Add était 
à Naplouse, hors d'étal de s'opposer 
à cette puissante ligue, dans laquelle 
Afdhal avait enga:^e' tous les compa- 
gnons d'armes du grand Saladin ; et 
Damas allait ouvrir ses portes, lors- 
que les prêlenlions de Dhaher , et 
peut-être les intrigues de l'oncle, 
brouillèrent de nouveau les deux ne- 
veux. Afdhal et ses partisans ayant 
xxviir. 



MLL 9,09 

fait leur paix parliculière , Dhaher 
fui oblige de retourner à IJ dtp. Adcl 
lentr.. i!aus Damas, s'avaiiça jus- 
qu'à Hama li et força ce prince à 
rendre toutes ses conquêtes. Il .se 
montra d'abord )econn,;issant en- 
vers Afdhal, auquel il céda Nadjm, 
Saruudj et Samosalh. P»taîtie alors, 
sans compc'litcur, desroyai.mesd'K- 
gyptc, oeD.imas , de Jérusalem, et 
c!e la plus gr.mde partie de la Méso- 
jiolamie , il envoya, en 599, son fiis 
IMflik. el Aschraf, ])our subjuguer 
IMardin, la jilus foi te place de la 
contrée. Ce jeiuie jirince c'chonu , 
comme sou jȏre, devant cette forte- 
resse; m lis il enleva au dynaste or- 
t('kide ses autres possessio);s , et ne 
les lui restitua que par la média- 
liou du sullhan d'HaIej>, et à con- 
dition qi.'iî serait vassal el tributaire 
de Melik el Adel , dont les rois 
atabeks de Moussnul et de Sindjar 
reconnurent aussi la suzeraineté. La 
même anne'e, ce monarque, assiste' 
des priiuTS ayoubiHes d'Hamalh, 
dllemesse et de D.iaibck, vainquit, 
pi es de Baril), les Francs de Tri- 
]»oli, d'Hcsn cl Acrad , etc., qui 
dix-huit jours après , furent encore 
battus, prè;; du même champ de ba- 
taille. Ce fut dans ce temps là qu'A- 
del dépouilla son neveu Afdhal de 
toutes ses pos.sessions, et ne lui laissa 
que Samcsatb. Il refusa d'écouter les 
supp!i(^aîionsdela mère de ce prince, 
comme autrefois Saiadin avait re- 
jeté les prières de la (i!le de Nour- 
eddyn ( /'.Mas'gid.X WIl. 3(jG). 
Sur le Iruit que les Chieiiens mena- 
çaient Jérusalem , Adel accourut de 
Damas, et campa près du moul Tha- 
bor, pour observer leurs mouve- 
ments ; mais leur flotte ayant débar- 
qué en Egypte et saccagé pendant 
cinq jours la ville de Fouh, il fut 
oblige , en Go I , de conclure avec 

14 



21 o MEL 

eux une trêve, et de leur ce'der lafTa, 
Lydda et Raiala : ils ne laissèrent pas 
de surprendre Hanialh , la même an- 
née, et d'assiéger Hemesse, deux ans 
après. Le sulthan , de sou cote, re- 
couvra lafTa, en 6o4, et y fit e'gorger 
vingt mille clirëtiens ; mais bientôt 
une armée de Croises allemands, con- 
duite par l'e'vèquede Wurtzbourg, le 
défit entre ïyr et Sidou, reprit cette 
dernière viile avec laffa, et se serait 
emparée de Thoron, sans la défec- 
tion des Templiers, qui se laissèrent, 
dit-on, corrompre par le sulthan. Ce 
prince se rendit maître du cliàleau 
d'Anaz,dans les environs d'Heraesse, 
poussa ses ravages jusqu'à Tripoli , et 
accorda la paixaupriuced'Antiorlie , 
qui en était alors souverain. Tandis 
que Melik cl Adel luttait contre les 
Chre'ticns avec des succès varies , ses 
armes triomphaient dans la hante 
Arménie. Son fils, Melik cl Awhad 
Nedjm eddyn Ayoub, auquel il avait 
c«lé Mciafarekin, s'empara de IMa- 
laskerd et de Khelath, vainquit les 
Ge'oigicns , qui étaient vciuis l'insul- 
ter dans celte dernière ])!ace , fit leur 
roi prisonnier, et ne lui rendit la li- 
berté' qu'en l'obligeant de payer une 
forte rançon, de relâcher cinq mille 
captifs musulmans , et de lui donner 
en mariage sa fille, qu'il répudia 
bientôt. Le sulthan fit ensuite en 
personne la guerre aux Atabeks, en 
Mésopotamie; il leur enlevfl Khabour 
ctNisibyM, etil assiégeait imililement 
Sindjar, lorsque les Francs, qui ne 
Liissaient point passer d'année sans 
fairequeique invasion dans ses états, 
abordèrent en Egypte, ccliouèreiit 
devant Dimiclte, pénétrèrent jus- 
qu'au dire, qu'ils n'osèieut atta- 
quer à cause de ses fortifications , 
et des sages mesures de IMelik cl 
Karael, qui s'y était renfermé; et, 
chargés de butiu, ils se rembarquèrent 



MEL 

pour la Palestine. Melik cl Adel s*or-» 
cupait sans cesse d'affermir sa puis- 
sance et de la perpétuer dans sa fa- 
mille. Déjà il avait fait construire à 
Damas une citadelle, à laquelle cha- 
cun des rois ses vassaux fut oblige 
d'ajouter une tour. Il fonda sur le 
mont Thabor nue forteresse pour 
contenir les Chrétiens d'Acre. 11 s'at- 
tacha surtout à ruiner l'autorité des 
anciens émyrs de Saladin, et à em- 
pêcher que les fiefs que ce prince 
leur avait cédés ne devinssent héré- 
ditaires : il emprisonna les uns, dé- 
pouilla les enfants des autres; dé- 
molit quelques-uns de leurs châteaux, 
et réiuiit le reste à ses états. Pour 
consolider la paix avec Melik ed 
Dhahcr , le seul- des fils de Saladin 
qu'il n'eût pas dépossédé , parce qu'il 
n'avait point d'enfanls, il lui fit 
épouser sa fille, dont les descendants 
furent les derniers soutiens de la 
puissance des Ayoubides jusqu'au 
temps del'invasion des Tartares ( V. 
HouLAGOu et Saladin II ). Accor- 
dant les intérêts de sa-^iulilique aA'ec 
la tendresse paternelle, Melik el Adcl 
avait donné des apanages à quel- 
ques-uns de ses fils , dans la IMéso- 
polamie et l'Arménie: deux antres, 
Melik cl Kamel etMelikel Moadham 
Isa étaient ses lieutenants en Egypte 
et à Damas ; mais pour ne pas adai- 
blir sa famille jîar des partages trop 
multipliés, il ne laissa aux autres 
que des pensions : suivant Maria 
Sanuto, on en yoyail deux résider au 
Saint-Sépulcie , et partager les of- 
frandes , comme faisaient deux au- 
tres au tombeau de Mahomet. Eu 
6n>. , Melik el Mas'oud, petit-fils du 
sulthan, fut envoyé par son ])ère, 
Melik el Kamel , pour con([nérir le 
Ycmensurun autre prince ayoubidc 
(Soliman), personnage aussi ridi- 
cule que méprisable. Ou fit alors la 



Ivhotlibali au nom tl'Ade!, non-sen- 
leiiicnt en Egyj)te et en Syiic, mais 
encore depuis les froulictes de la 
Géorgie jusqu'aux extirmife's de 
l'Arabie, flenreux dans toutes ses 
entreprises , heureux au sein de sa 
nombreuse famille, honore du kha- 
lyte qui, en le confirmant clans la 
souveraineté de ses A^astes étals, lui 
avait conlërë les titres fastueux de 
Ch thjn chah et de lUelik el mohmk, 
qui siguiiient également, en persan et 
en arabe, roi des rois ^ avec celui de 
Ahal l al Moumenym ( l'ami du 
commandant des jidcles ) , Mclik 
el Adel, au l^out de sa longue car- 
rière, éprouva le chagrin le plus cui- 
sant pour im raonarqric, pour un 
ambitieux, pour un musulman. Tan- 
dis qu'il faisait la guerre en Svric à 
son neveu Afdhal, qui, depuis la 
ïuort de Dhalier, cherchait a s'em- 
parer du royaume d'Halep, une 
nombreuse armée de Croises sous les 
ordres d'André II , roi de Hongrie, 
de Hugues l,roi deCypre,etdes ducs 
d'Autriche et de B.ivière, aborde en 
Syrie, l'an 614 ( 12 17 ), étend ses 
ravages jusqu'aux portes de Damas; 
puisse reinliarquaut poui 1 Egypte, 
prend terre devant Damictfe, s'em- 
pare de l'une des deux tours qui dé- 
fendaient l'entrée du port, le i*^''. 
djoumady 11 , 61 5 ( uS août raiS ) , 
rompt la chaîne qui le fermait, el 
assiège la ville, qui résista pbis de 
quinze mois (1^. Melik kl Kamel). 
Cette nouvelle alfecta si vivement 
Melik el Adel , qu'il en mourut, le ■y 
du même mois ( 3i août ), âgé de 
soixante-quinze ans , après en avoir 
régné vingt-trois à D tmas et dix-neuf 
en Egypte. A des talents rares pooi' 
la guerre et le gouvernement, à un 
grand courage, à une extrême activi- 
té, ce prince joignait des vertus es- 
sentielles , telles que la clémence et 



MEL 



àM 



l'humanité. On ne peut lui reprocher 
qu'une ambition excessive qui le 
rendit injusie et ingrat envers !a fa- 
mille et les amis de son frère vScda- 
din , et surtout une politique astu- 
cieuse, qui déshonora souvent son 
caractère. Il laissa quinze ou seize 
fils, la plupart dignes de lui par 
leurs exploits et leurs belies qualitéf;. 
— MEi,iK.ELADEr,SAiFi;Dnv\ Abou- 
BEKu II, pctil-lils du précédent, 
fut reconnu sullhan d'Égvpte et de 
Diiuas, après son j)cie iMelik el 
Kamel, en redjeb G3") (mars lulS), 
tandis que son frère aîné, Meiik cl 
Saieh Nedjm -edtlyu Ayoub, gou- 
vernait les provinces orientales ; mais 
bientôt ses débauches et son incapa- 
cité le rendirent méprisable. Il exila 
les émyrs dont i! craignait les repro- 
ches, et les rcniplaça par des minis- 
tres complaisants. Dans l'espiàr de 
gagner les troupes , il leur fit tant de 
largesses , el ii épuisa lelkmcnt , 
p ir ses prodigalités, les trésors amas- 
sés par son ])ère, qu'ils se trouvèrent 
réduits à uu dinar d'or et à mille 
drachmes d'argent. Tous les ordres 
de l'état, indignés de sa conduite, 
se saisirent de lui , et appelèrent son 
frère , qui fit son entrée au Caire, le 
3 mai l'i^o. Adel fut confiné dans 
une |)rison, où, huit ansaprès, sa fin 
fut, dit-on, avancée à l'âge n'environ 
trente ans. Il laissa un fils eu bas âge, 
Melik el Moghait Falli eddyn Omar, 
qui, devenu maître de Karak , et de 
quelques autres places , après la chute 
des Ayoubides en Egypte , entreprit 
deux expéditions p.iur reconqueiir 
ce royaume sur lesMamlouks et se 
soumit ensuite au sulthan Bibars,qui 
le priva du trône et de la vie, l'au 
(iGi ( i'>.63). A— T. 

MELIK EL A FDHAL Nour ed 
DYN Alv , fils aîné du grand Sala- 
din , marcha de bonne heure sur les 
14.. 



traces de son père. CLargé ,317 ans, 
de commander un corps d' observa- 
lion , pour prote'ger Raymond com- 
te de Tripoli, contre le roi de Jéru- 
salem, il s'ennuya bientôt de son 
inaction ; et , brûlant d'exercer sa va- 
leur, il obliut du comte la permis- 
sion de faire une incursion dans la 
Palestine , à condition qu'U n'attaque- 
rait ni villes ni villages , qu'il ne de'- 
Tasterait point les campagnes, qu'il 
ne serait l'agresseur dans aucune hos- 
tilité' , et que sou expédition serait 
terminée entre le lever et le coucher 
du soleil. Raymond , par ces précau- 
tions et par les avis qu'il envoya 
dans toute la Palestine , espérait ren- 
dre inutile le dessein d'Afdhal. Au 
jour convenu , ce jeune prince tra- 
verse le Jourdain, à la tête de sept 
mille cavaliers , se présente sous les 
murs deTibcriadc, et devant les au- 
tres places, jusqu'à Nazareth, défie 
les Chrétiens, les accuse de lâcheté, 
et n'en reçoit que des injures pour 
toute réponse. Il revenait , affiigé de 
u'avoir pu se signaler par quelque 
action d'éclat j et sa troupe, avant 
de repasser le Jourdain , se reposait 
au pied d'une montagne, non loin 
de Tibériade , lorsque cinq cents 
chevaliers , rassemblés sous les ban- 
nières du Temple et delHopilalj.aii 
mépris des conseils du comte de 
Tripoli, fondent tout-à-coup sur les 
M'.ibulmans, au lieu d'éviter leur 
rencontre. Afdhal, avecle sang-froid 
d'un vieux capitaine, r. nge son ar- 
mée eu forme de croissant, dent les 
deux pointes en se rapprochant , 
enveloppent enticremenl les Chré- 
ticDS. Ce combat, le plus terrible qui 
se fût donné depuis le commence- 
ment dos croisades, eut lieu le 20'^. 
de safar j8i ( I•'^mai 1 1^7) ; pres- 
que tous les chevaliers y furent tués , 
aijisi que le grand-maître des Ilospi- 



MEL 

laliers : celui des Templiers parvint 
à se sauA er. Ce fut daus cette action , 
qu'après des prodiges de valeur, suc- 
comba le fameux Jacquelin de Mail- 
lé , que les j\Ius\dmans, saisis d'ad- 
miration et de l'cspect , prenaient 
pour Saint - George ( r. Maillé- 
Br.EZK , XXVI , ■23[) ). Melik el Af- 
dhal ne tint pas ce que semblait pro- 
mettre un pareil début. Sou père lui 
donna pour vézvrDhia eddyn Nasr- 
allah , savant littérateur , mais mi- 
nistre sans capacité, qui, au lieu de 
former le jeune prince dans l'art 
difficile de gouverner les hommes, 
développa son penchant excessif 
p:>i;r les lettres el pour la mollesse 

( r. Ibn EL atsyr, XXI , 143 )• 

Deux jouis avant la mort de Sala- 
diu , Melik el Afdhal se fit recon- 
naître pour son successeur, par ses 
jeunes frères et par les émyrs , l'au 
589 ( 1193 ) : mais il n'hérita que 
des royaumes de Damas et de Jéru- 
salem. Ses frères, Melik el Aziz 
Othman et Melik ed Dhaher Ghazy, 
régnèrent , l'un en Egypte, l'autre à 
Halep ; et le premier , lui refusant 
tout hommage, prit le titre de sul- 
han. En même temps leur oncle 
Melik el Adcl jetait, dans la Mé- 
sopotamie , les fondements de sa 
grandeur future ( f'^. Melik el Adel, 
pag. '.>.09 ). Ce démembrement eut 
pour principe l'incapacité d'Afdhal, 
et les dangereux conseils de sou vé- 
7,yr, à la persuasion duquel il s'en- 
toura de jeunes coifrtisans qui flat- 
taient ses goûts et ses vices, et il 
éloigna les vieux et vertueux servi- 
teurs de wSaladin. Ceux-ci se retirè- 
rent auprès du sultlian d'Egypte, et 
l'engagèrent à détrôner son frère. 
Aziz, secoiidé par son oncle Wdik 
el Adcl , prit Damas , en 'jp.A ( i 1 9O ) ; 
et Afdhal , dépouillé de ses étals, 
fut obligé de se contenter du château 



MEL 

et cîsi tcriiloirc de Saildiod, où il se 
retira. Ce prince, que les rauscs con- 
solaient (le sa disgrâce, envoya au 
klialyfe Nasser leuiu-allah , des vers , 
où faisant allusion à son nom patro- 
nymique d'-^Zr, et à ceux ôiAbou- 
hekr et à' OthmaTi(\uc portaient ses 
spoliateurs, il se plaignait de son 
soit, et se coni])arail au gendre de 
Mahomet , prive du klialvt'at par 
Aboubekr et Othinan ( !\ Acoubekr 
et Aly, I, 86, 5();î, et OTiiMAN).Le 
commandant des fidèles rc'poudit sur 
le mênic ton au prince ayoubide , 
qu'Aly n'aurait pas eic frustre' de ses 
droits, s'il avait trouve à Mc'dine un 
nasser ( protecteur ), et promit d'en 
servir au nouvel Aly. Mais il ne pa- 
raît pas qi'.e la bonne volonté' du 
khalyfe se soit manifestée en faveur 
d'Afdlial, autrement que par ce jeu 
de mots. La fortune ]uirut \\x\ mo- 
ment vouloir relever les espe'rances 
de ce prince. Son frère, A/.iz, étant 
mort d'une chute de cheval, en uio- 
Larrem 59.5 ( novembre 1 198 ), il 
fut appelé par les émyrs d'Egypte , 
foit à la souveiaineté , soit W la ré- 
gence de ce royaume, pendant la 
minorité de son neveu Melik el 
Mansour. Le premier soin d'Afdlial 
fut dç se venger de son oncle. Ligue 
.avec son frère, le sultlian d'Halep, 
Il assiégea Damas. Mais ayant en- 
levé un jeune lurk à Melik ed Dha- 
lier, celui-ci, fniieus. de cet affront, 
accabla son frère de reproches, et 
ramena ses troupes à Halcp, Afdhal, 
réduit à ses propres forces, fut obli- 
gé de lever le sic'ge , et revint pré- 
cipitamment en Egypte. 11 s'y dis- 
posait à dépouiller son pupille : Me- 
lik el Adel ne lui en laissa pas le 
temps. Afdhal , assiégé à sou tour 
dans le Caire , en SgG , fut forcé 
au bout de huit jours de capituler 
vH d'abandouucr l'Egypte , raoyen- 



MEL 2i3 

nant la cession de Méiafarekin et 
de deux autres places : encore lui 
refusa - t - on la première. Réconci- 
lié avec Dhalier , il recommença la 
guerre, l'année suivante, contre l\Ie- 
lik el Adel , qui fut enfin reconnu 
sulthau d'Egypte et de Damas par 
ses neveux. Afdhal obtint à ce prix 
les villes de Samosath, Saroudj, et 
quelques autres. Sacrifié par les prin- 
ces de sa famille, il se rendit vas- 
sal du sulthau d'Iconium; et lorsque 
Li mort de Dliaher eut laissé , en 
6i3 , le tronc d'Halep à un enfant , 
il tenta de s'emparer de ce royaume , 
en se liguant avec son suzerain Azz 
edd}Ti Kaikaous : mais il échoua 
dans celte entreprise, et fut encore 
le jouet de ce prince ( f^. Kaikaous, 
XXII, 'il 4). Depuis cette époque, 
l'histoire ne parle plus de Mefik cl 
Afilhal , qui, après avoir régné en 
Syrie et en Egypte , rtnluit à la seule 
ville de Samosath, y termina une 
carrière fort agitée , l'an Qii de 
l'hég. ( i'->.iij de J.-C. ) , à l'âge de 
57 ans. Ce prince écrivait et parlait 
avec élégance ; il excellait dans la 
poésie, brillait par son savoir, par 
son esprit , et séduisait par sa libé- 
ralité, l'aménité de son caractère, 
et îpar plusieurs qualités aimables. 
Mais son défaut de jugement, son in- 
constance , son indolence , son goût 
désordonné pour les plaisirs des sens, 
furent la cause de tons ses malheurs. 
Revenu néanmoins des erreurs de sa 
jeunesse, et des rêves de l'ambition , 
il s'était , depuis plusieurs années , li- 
vré à la dévotion , et il avait trans- 
crit de sa main un exemplaire du 
Coran. A — t. 

MELIK EL ASCHRAF , second 
roi de Perse de la dynastie des 
Djoubanides, était petit -fils de l'é- 
rayr Djouban qai , après avoir gou- 
verné la Perse , tous le règne du siil- 



2i4 MEL 

llian d'icnç;;1iyzk!iainde , AbousaVl- 
Echader- Kliaii, avait péri victime 
d'une intrigue ie cour ( /^. Behader- 
KuA.\, IV, 5u ). Après la mort du 
sullhau, l'au «jSO ùc 1 heg. ( 1 33 j de 
J. C. ) , Teiupire des JMjgliols en 
Perse était tombe dans l'anarchie, et 
les descendants de Djengiiyz-Klian , 
jouets de icurs ëmyrs, nelun'ut plus 
qiie des ranîùmes desouveiains. Sar 
les delins de cet empire, s'élevèrent 
cie noiiveiles dynasties a Gliyraz, à 
I^pa!lan, à Ba^lidad, dans le Iver- 
inan ^ /^. 11a«;Ai\-Buzl'îik., XI \ , 
a83 , et Mobabez-eddï.w ). L'une 
des plus paissantes fut celle que 
fonda, àl'aiiriz, Haçan-Koulrliouk, 
pp;it-liis de D,ouban, et qui domina 
sur i'Ad/.enjaidjan, l' Arménie, llrak- 
adjem , et sur quelques autres pru- 
■•âuco du nord et de l'ouest de la 
Perse. MaisIIacan se cunlenla du titre 
d'cmvr , et conserva cebd de klian 
aaxDj(ngliyzkliaiiidcs,qi!i lui servi- 
rent de luaueq'iins. Ce prince, après 
six ans de rrguc , ayant èlè assassine 
eu re Ijeb 7 \ 4 ' 1 34>y, par sa femme, 
dont il se- pre'pai'ail a p.inir l'infidë- 
lile', Ascliraf , son frère, accourut de 
Ghyraz, et s'empara du troue. Il de- 
P'.)sa Soiiman-Khau et sonc'poiise Sa- 
ti-Beg!ium, qù avait étèpersonneile- 
meut décorée de ce titre , comme 
sœur l'Abousarl-Beliader . et il leur 
donna pour successeur Auoiiscliir- 
vvau, qiil (It bientôt rentrer dans 
l'obscuiit^', et quifiit le dix-septième 
et dernier khan moi^hol de Perse., de 
la race lie Ilouhgou ( F. IIocla- 
oou , XX, Coq). Aschraf, ayant 
alors pris le titre de meUk (roi ) , ne 
fut qu'un tyran déteslabîe. L'injus- 
tice, la perlidie, l'avarice et la cruau- 
té formaient son caractère. Ses seules 
jouissances élaicnt d'accumuler des 
trésors , par les moyens les plus 
odieux, et d'outrager les mœui's , la 



IVIEL 

nature et la religion, par sa conduite 
impie et dissolue. Il faisait accuser 
de crimes supposés ses sujets turks , 
arabes, persans et moghols, qui pas- 
saient pour riches, afin d'avoir un 
prétexte de s'emparer de leurs biens. 
Il dépouil a ainsi tous ses émyrs, 
et les remplaça par d'indignes favo- 
ris. Les trésors qu'il amassa par ses 
extorsions, formaient la charge de 
mille chameaux et de quatre cents 
mulets. Il sacrifiait à sa somb»e dé- 
fiance tous ceux qui lui portaient 
ombrage; et .six de ses oncles furent 
massacrés à Tauriz , en une seule oc- 
casion , par son ordre. Fatigués de 
sa tyrannie , et révoltés de ses infa- 
mies, ses sujets les plus distingués 
fuyaient dans les étals voisins. Le 
cadhi Mohy eddin , s'étant retiré à 
Serai, capitale du Kaptchak, y ou- 
viit une école pubbqie d'éloquence 
et de théologie, (^-ct empire était alors 
gouverné par Djanibek khan , fils et 
successeur d'Ouzbek khan. Un jour, 
ce prince ayant eu la curiosité d'as- 
sister avec plusieurs de ses couili- 
sans à l'une des séances du docteur 
persan, celui-ci sentit redoubler son 
zèle pour sou pays et pour sa reli- 
gion , devant cet illustre auditoire, et 
piit pour texte de son discours les 
crimes de Mclik-el- Aschraf et la 
misère de ses peuples. 11 accusa ce 
prince de s'être livré à l'iclolàtrie des 
ignicoles , d'avoir épousé sa propre 
fille; puis s'adressantà Djainbek, il 
lui dit (j;ie la gloire de sauver l'Iran 
et d'y rétablir lislamismeluiélait ré- 
servée; et il le rcuilit responsable dt* 
vaut Dieu des malheurs qu'il aurait 
causés , s'il trom])ait l'espérance «les 
Musulmans. Ce discours, véhément 
et palhéti'jue , fit couler les lar- 
mes de Dj.mibek, qui crut sa cons- 
cience engagée à exterminer l'impie 
Aschraf. Ses sujets partageant soa 



WEL 

OTithousiasmc, il partit, au bout de 
deux mois, à la tète d'une armée 
iiomLrcuse , iVancliil le Caucase , 
traversa leKour, et pénétra bientôt 
dans rAdzerbaiiijan. Aschraf aban- 
donna sa capitale, et envoya, sons 
bonne escorte, ses femmes et ses tré- 
sors, dans la forteresse d'Alendjikj 
mais, avant d'y arriver, cette riche 
caravane devint la proie des Tartares 
du Kaptchak. Djanibek ne s'arrêta 
dans Tauriz que pour y faire ses dé- 
votions, et s'ctant misa la poursuite 
d'Ascliraf, il l'atteignit prèsdeKhoï, 
sur les frontières de l'Arménie , lui 
livra bataille, dans les premiers jours 
de l'an ^S») (décembre 1 357), le 
vainquit, et l'ayant fait prisonnier , 
il ordonna qu'on le mît à mort , et 
que sa tête fût portée à Tauriz, pour 
y être attachée comme celle d'un mal- 
faiteur, à la porte de la principale 
mosquée. Ainsi périt Aschraf, après 
avoir déshonoré le trône, pendant 
près de quinze ans, Djanibek, comblé 
dos bénédictions de la Perse, retour- 
na dans ses états , où sa mort rap- 
pela bientôt son fils BerJibek, qu'il 
avait laissé à Tauriz. Le jeune prince, 
en allant régner dans le Kaptchak, 
e'tablit Akhidjouk pour son lieute- 
nant, dans l'Adzerba'idjan. Ce gou- 
verneur marcha sur les traces de Me- 
lik-cl-Aschraf, et éprouva le même 
sort. Attaqué successivement par 
Cheikh-Weis , sullhan ilkhanide de 
Baghdad , et par Mubarez-eddvn , roi 
mudhaftcride dTspahan et de Chi- 
raz , i! fut vaincu et tué par le pre- 
mier, vers la fm de l'an '-'io ( 1 35()); 
et l'Adzerbaidjau , qui, en deux ans, 
avait changé six fois de maître, fut 
réuni à la monarchie des Ilkhanides 
( F. AvEis I , III, 101 ). A — T. 
MELIK EL DHAHER. F. Bar- 

KOlv ( III, 377 ), et BiBARS i"-'". (IV, 

43G}. 



MEL 3t5 

MELIK EL KAMEL Aboul-Fe- 

TUAH INaSER - KDDYiN I\IunAMMED, 

liis aîné de Molik el Ade! , lui suc- 
céda l'an derhcgire6i5 (i'Ji8), 
au royaume d'Egypte, qu'il gouver- 
nait depuis long-temps avec autant 
de sagesse que d'habileté. Ce prince, 
connu chez les historiens occiden- 
taux sous les noms de Melediii et de 
Melck el Quemel, se trouvait , à la 
mort de son père, dans la position 
la plus critique. Attaqué par une ar- 
mée de quatre cent mille Croisés, 
qui venaient de forcer l'entrée du 
port de Damielte ; sans argent et 
presque sans troupes pour leur ré- 
sisler; oublié par ses frères qui, tant 
en Syrie qu'en Mésopotamie , ne s'oc- 
cupaient que de leurs intérêts per- 
sonnels; il trouva dans son génie et 
dans son courage des ressources pour 
soutenir avec gloire une lutte iné- 
gale. Repoussé dans une attaque qu'il 
avait dirigée contre le quartier des 
Templiers; malheureux dans une ten- 
tative pour détruire la flotte chré- 
tienne, il fit construire un pont à 
l'embouchure du Nil , afin qu'elle ne 
pût remonter ce fieuve ; !e pont ayant 
été d(-lruit , il entreprit , avec aussi 
peu de succès , de combler l'embou- 
chure du ^'il , par le moyen de gros 
bateaux coulés à fond. Enin , il se vit 
à la veille d'être détrôné par le com- 
mandant de ses troupes kour des , 
qui avait excité contre lui une sédi- 
tion; et déjà il scugeail à se retirer 
auprès de son fils Mas'oud, dans le 
Yénen. L'arrivée de son l'rcre, Melik 
el Moadham , sulthan d'.' Damas , lui 
fut d'un grarid secours pour réduire 
les mutius : mais les Cruisc's profitè- 
rent de ces circonstances, et serrè- 
rent de si près Damietlc , qu'ils l'em- 
portèrent d'assaut, après un siège 
de quinze mois , le i o raniadhau 616 
(-20 novembre i^ig), année aussi 



2l6 



M EL 



fatale av.x Mnsuluians en Ej^yptc 
qu'en Orient, où ils furent, pom- la 
première fois, exposes à b fureur 
des Tartart'S Mop;hoJs { l . DjtN- 
ghyzKhan, t. p. XI,43B).Les Clué- 
lieus massacreront on r6'cluisireiit en 
esclavage tous les habitans de Da- 
mielte; ils changèrent la piincipalc 
mosquée en èg'ise raëtropolilainc, et 
portèrent leisrs ravages dans plu- 
sieurs parties de l'Egypte. Dtpuis la 
perte de celte ville, ^lelikcl Kainel 
s'clant retire à doux journées uc la, 
campa sur l'angle forme par deux 
branches du Kv\, dont l'une coule 
vers Damietle, l'autre vers Aschc- 
moun ; et ce fut là qu'il bâtit 'a vilîo 
de ÎMansourah . de\ enue depuis si f.i- 
mcuscpar la captivilcdesaini Louis. 
Dans cette guerre cruelle , le sulthan 
aurait infailliblement succombe', si 
les secours puissants que lui ame- 
nèrent cnliu ses frères, Aschrai" et 
Moadham , auxquels se joignirent 
tous les princes ayoubidcsde .Syrie, 
n'eussent doinic lieu à dos négocia- 
tions de paix. F.es Mu.îulmans, en 
échange de Damietle, ofiVaicnt de 
rendre Jérusalem, Ascalon, ïibc- 
riadc, Laodicéc, en un mot, toutes 
les places conquises sur les Chrétiens 
par Saladin, à l'exception de Karals. 
et deSchaubek. Les Francs, outre ces 
deux dernières places, demandaient 
encore trois cent mille dinars d'or, 
pour rétablir les murailles de Jéru- 
salem, que le sulthan de Damas avait 
détruites. Mais , pendant les pour- 
parlers, uti corps de Musulmans a vaut 
intercepte les comrauuicalions des 
Chrétiens avec Damiette, ceux-ci, 
pressés par la disette, etbien'ôt nie- 
iiacés d'une submersion totale , j)ar 
une saignée qucMelikel Kaniel avait 
fait pratiquera une branche du iNil, 
exécutèrent leur retraite en désor- 
dre, et furent réduits à offrir de 



M EL 

rendre Damiette pour sauver Ieui<i 
vies. Le sulthan, dont les troupes 
étaient laliguécs et rebutées par trois 
aimées de combats continuels, ac- 
cepta cette ])roposition , contre l'avis 
des autres priuces musulmans, qui 
voulaient qu'on ne fît aucun quartier 
aux Chrétiens , ou qu'onexigeàt d'eux 
la reslilulion d'Acre, d'Asc'lon , et 
de tout ee qui leur restait eu Syrie. 
Parmi les otages qui furent donnés 
de part et d'autre, se trouvèrent 
INcdjnrcddyn Ayoïd) , un des fils de 
ce prince , Pelage, lioncc du pa])C , 
et sans doute Adolphe, comte de 
Berg , qui commandait les ri isons 
et les Flamands. Damiette fut enfui 
rendue, avec toutes lesfortifica'.ions 
que les Francs y avaient ajoutées. 
Melik el KaJiiel y entra, le iç) redjeb 
6 1 8 ;8 septembre l 'xi t ), trois ans et 
quatre mois depuis le débarquement 
de l'armée des Croisés. Le sullhan, 
occupé pendant plusieurs années à 
ré|)arer les m <ux que le séjoin* des 
Chrétieus avait causés dans ses éîats, 
resta étranger aux événements qui 
se p i.ssèrcnt en Syrie : mais ses frè- 
res, Aschraf et Moadham, s'étant 
brouillés, il se déclara pour le pre- 
mier; et comme il fut informé que 
le seco?id s'était fortifié de l'alliance 
du fameux Djelal-cddyn Mankberny 
( F. ce nom , t. XI , p. 433 ) , pour 
leur faire la guerre à tous deux, il 
invita l'empereur Frédéric II à en- 
vahir la Palestine, lui promettant 
la restitution de Jérusalem, Avant 
l'arrivée du monarque allemand, le 
sulthan de Damas étaitmortjet son 
lils ?Sasser ayant refusé de céderàson 
oncle Kamel le château de Schau- 
bek, celui-ci lui enleva Nâplouse, 
Jérusalem, etc. ( F. Melik el Nas- 
ser ). Cependant, Frédéric aborde 
àSidon, ville neutre, peuplée de 
Chrétiens et de Musulraaus j il s'en 



MEL 

empare, en fait rebâtir les muraii]<^.s, 
et inarclic sur Acre. Kaiucl se repeiit 
alors d'avoir appelé' lui pareil allie, 
et, force d'ajourner le siège île Da- 
mas , i! préfère aelieter la paix par 
quelcpies sacrifices, plutôt que de 
courir les chances d'une nouvelle 
guerre contre les Croises. Après 
(le longues négociations, le traité fut 
conclu en (n(j ( i'2-2Cj). Kainel céda 
Jérusiilcui à l'empereur, à condition 
que Ls remparts n'en seraient pas 
relevés ; que les Musulmans conser- 
veraient !a )o:iissancc exclusive des 
deux principaux temples, et que les 
Francs posséderaient tous les lieux 
qui sont sur la route d'Acre à Jéru- 
salem. Les auteurs chrétiens ajou- 
tent que Kamelcéda en outre à Fré- 
déric, Sidon, Nazareth, Bethléem, 
avec tous les lieux situés entre la se- 
conde et Acre, et entre la troisième 
et Jérusalem. Ce traite nuisit à Ka- 
nicl dans l'esprit des Musulmans ; 
et son neveu Nasser en prit sujet de 
le décrier publiquement. Aussi le 
sultliau, à peine délivré des Francs, 
le chassa de Damas , qu'il aban- 
donna à son frère Aschraf , en échan- 
ge de plusieurs places en Mésopota- 
mie. Vers ce temps-là il perdit Me- 
lik el Mas'oud, son fils aîné, qui 
moui-nt à la Mekke, après avoir 
confié le Yémen à Aly Ihn Ressonl, 
dont les descendants usurpèrent ce 
royaume sur les Ayoubides. Kamel, 
usant des droits de suzerain en Sv- 
rie , ôta la principauté df Hauiath à 
Melik el Nasser Kilidj Arslau, et la 
rendit an frère de ce prince . Melik 
el IModhafler Mahmoud , trisaïeul 
du célèbre historien Aboulfeda ( ^. 
Adoulfeda, I , p. 11 ). Il résida en 
Egypte l'année 6-28, et y rendit son 
séjour utile à cette contrée. Le bras 
du Nil ([ui coule entre l'île de Fosfat 
( aujourd'hui Raoudah ) et la ville de 



MEL 



11' 



Djizeh , avait si peu d'eau , qu'en 
certain temps on le traversait à pied 
sec. Le sulthan, craignant que le Nil 
ne se retirât tout-à-fait de devant 
Fostat, ordonna de creuser le lit du 
fleuve; il y travailla en personne, 
et son exemple fut imité d'une foule 
immense, depuis les émyrs jusqu'à la 
dernière classe du peuple. Les tra- 
vaux durèrent trois mois; et depuis 
ce temps l'île de l\aoudah a toujours 
été environiiée d'eau. Le sulthan alla 
dans l'Orient , en (vM) , enleva Amid 
et Hesu-ka'ifa à Melik el Mas'oud , 
prince oriokiHe , qui s'était rendu 
odieux et méprisable par la corrup- 
tion de ses mœurs; et il lui donnd 
des terres en Egypte. Kamel eut 
aussi des démêlés avec Ala eddyu 
Kaikobad, sulthan seldjoukide d'I- 
conium , au sujet de leurs frontières 
communes en Arménie et en Méso- 
potamie. Kaikobad conquit Harrau 
et Roba (Edesse ) sur le ])rince ayou- 
bide , qui les reprit en (333. Kamel 
avaittoujonrsvécudans la plus grande 
intimité avec son frère jMelik el As- 
chraf, sulthan de Damas ; ils se vi- 
sitaient, et séjournaient même assez 
long-temps dans les états l'un de 
l'auîre. Ils se ijrouillèrent dans l'âge 
où les passions semblent devoir s'é- 
teindrç: Aschraf ayant entraîné dans 
son parti tous les princes de Syrie , 
et même Ka'ikhosrou , sulthan d'Ico- 
niura , la guerre était près d'éclater , 
lorsqu'Aschraf mourut, au commen- 
cesnent de l'an (335. Kamel partit 
aussitôt, au milieu de l'hiver, pour 
aller disputer le trône de Damas à 
son frère , Melik el Saleh ïsmaël; et 
malgré les secours que celui-ci avait 
reçus des princes d'Halep et d'He- 
)nesse, malgré quelques succès obte- 
nus sur les troupes égyptiennes, il 
fut bloqué si étroitement dans cette 
villc;, qu'il se vit ol)ligé de la rendre à 



ai3 



WEL 



son fiïre, qui lui laissa Bosra et lui 
donna Baalbek. Kamel entra dans 
D uaas, le 19 djoumady I. Il envoya 
aussitôt des troupes pour se venger 
du prince d'Hemesse, contre lequel 
il avait conçu une haine implacable, 
et dont il rejeta les soumissions; 
mais la mort arrêta les efFets de sa 
vcLgeance, ainsi que les projets qu'il 
méditait contre les Tartarcs et le 
sultlian d'Icouium. Un catarrhe , 
dont il fut saisi le jour même de la 
reddition de Damas , l'emporta le 2 1 
rcdjeh 03 j (9 mars 1-238 ), à l'âge 
de soixante-dix ans, après en avoir 
régne' quarante en Egypte , tant com- 
me gouverneur que comme sulthan. 
Prince sage, habile, plein de pru- 
dence , de courage et de fermeté' ; res- 
pecte, adoré de ses sujets, dont il 
prévenait tous les besoins ; sans cesse 
occupe des plus petits détails de l'ad- 
ministration , il gou% erna sans vé/.yr 
après la mort de celui que son j)ère 
lui avait laissé. 11 encouragea la na- 
vigation, le commerce, l'agriculture 
et la population. Jamais rÉgyple 
n'avait joui d'une plus grande Iran- 
^uillité; jamais ses routes ne furent 
plus sûres. Protecteur déclaré des 
arts , des lettres et des sciences, Me- 
lik el Kamel illustra son règne par 
la fou lation de plusieurs cdilices 
somptueux , entre autres, d'un grand 
collège qu'il fit bâtir au Caire. Il ai- 
laait les savants , les admettait dans 
sa famili;;ritc, prenait part à leurs 
disputes, et les embarrassait souvent 
par des questions dilïicilcs sur des 
points de grammaire et de contro- 
verse. Il écrivait aussi bien en prose 
qu'en poésie ; il improvisait même 
des conversations en vers, avec une 
extrême facilité, et sans s'en aperce- 
voir. On ])eut juger des progrès de 
l'astionomie elde la mécanique sous 
fcon règne, par un présent qu'il lit à 



MEL 

fcmpereur Frédéric: c'était une tcnf« 
formant plusieurs appartements , 
dans l'un desquels le plafond repré- 
sentait le ciel et les mouvements des 
astres, exécutes par des ressorts ca- 
chés. Ses longues et fréquentes rela- 
tions avec les Francs, malgré les guer- 
res qu'il eut à soutenir contre eux, 
l'avaient rendu très-toiéranl en ma- 
tière de religion : il traita les Juifs 
et les Chrétiens avec autant de dou- 
ceur et d'é(piité que les Musulmans, 
et leur accorda même de grands 
privilèges. Un moine qui avait apos- 
tasie pour obtenir un emploi à sa 
cour , s'en étant repenti , pria le 
sulthan de lui permettre d'abjurer 
rislajnisme, ou de le condamner à 
mort : Karael le renvoya avec des 
lettres de sauve-garde. On ne peut 
reprocher à ce prince qu'une ex- 
cessive ambition , qui te poussa , 
comme son père, à dépouiller ses 
frères et ses neveux. Une tache plus 
grave à sa gloire , c'est d'avoir sacri- 
fié à sa haine contre le prince d'He- 
messe cinquante de ses soldats qu'il 
surprit pendant le dernier Mocus de 
Damas, et (pi'il fit mettre en croix. 
Ce prince laissa, par son testament, 
l'Egypte à son second fils, Meiik el 
Adel II , et ses états de Mésopotamie 
à son fils aîné Mclikel SalehNcdjm 
cddyn Ayoub ( F. Nedjm-kddyn ). 
— Melik. EL Kamel Naser-eddyn 
MouAMMED, neveu du piécédent, 
succéda , l'an iSa^x de l'hégire ( 1 'i44)» 
à son père , Melik el Modhallèr 
Schehab-cddvn Ghazy, dans la prin- 
cipauté de Mèiafarekin : il y fut as- 
siégé l'an O.jiG (iuj8) par les Tar- 
tarcs qui venaient de prendre Baglî- 
dad, et se défendit glorieusement 
pendant deux ans : mais la famine 
l'ayant obligé de se rendre, les vain- 
queurs lui coupèrent la tète pour le pu- 
nir de sa longue résistauce, et la pla- 



ÎMET. 

ccrcnt a\i lioiit'd'une pique; ils pro- 
jneiicroiit cet lionible (fO])licc tims 
toulcs les villes de Syrie, et la clouè- 
rent à ruiie des portes de Duuas, 
jusqu'à ce que celte vi!le , e'aiit re- 
tournée sous la domination de.; Mu- 
sulmans, on fit ensevelir lionoia!)le- 
ment les restes d'un prince si cligna 
de ses ancêtres. A — ï. 

Mlil.lK EL MANSOUR. Foy. 

KeLA()U.\(XXIÎ, U'jyj, etLADJYN 

( XXIII , 97- ) 

MELIK EL MOADHAM Chems 
i:d daulau Touran-Cuah ), fonrla- 
fcnr (Je la dynastie des Ayoïibi les 
dans le Yémen , était le frac aine du 
grand S daJin ([ .i , vouLnt s'assurer 
un asile , dans fe cas où i! ne pourrait 
pas se maintenir sur le trône d'É- 
î^yp e ( F. Saladin ) , envoya sou 
IVèic pour conquérir la INuLie, l'an 
Gf>y .le l'hcg. ( 1 1 -3 t!e J .-C. ). Më- 
ïik Cl Moadliam , pou satisfait de 
celte contrée, y leva sealcmcnt des 
contriLulions , et revint on Egypte. 
L'année suivante , il conduisit une 
autre armée dans l'Arabie heu- 
reuse, va!nq:iit Abdel - Naby, der- 
nier prince de la ilyuastie des Mali- 
di les , qui possédait la partie mari- 
time du Yeu)c:i , et le loj ça de se 
renlermer dans Z.ibid , sa capitale , 
qu'd emporta d'assaut. Ensuite il 
.s'empara d'Adeu, où régnait Yazer, 
denÙL-r rejeton , ou peut-êire spolia- 
teur de la dynastie des lîaxyides ; et 
s'élanl rendii maiuc de ces deux prin- 
ces et de leurs trésors , il gouverna 
quelque temps le Yémen an nom de 
JSal,idin,y laissa deux lieutenants, et 
retourna auprès de son frère, qui lui 
tlouiii le gouverncraeiit Je Damas. Il 
s'v livrait au repos et ani plaisirs , 
î'an :)'^^ ( i l'y^ ), lorsque les Chré- 
tiens gagnèrent îa célèbre bataille 
d'Ascalon ; et ce fut son indolence 
<]i.ù fa ïorisa leurs progrès. Ce prince, 



IVÎEL 



2ir) 



brave par accès , mais aussi violent 
que voluptueux, voulut avoir, l'an- 
née suivante, la ville de Baalbek, pos- 
sédée par un émyr qui l'avait reçue 
de Saiadin à titre de récompense. Le 
sulthan , poussé par les iniportunités 
de son fière , assiégea celle jilacc , la 
prit , Li lui donna , et en céda une 
autre à l'émyr dépouillé, pour le con- 
soler de celle disgrâce. A la (in de 
dzoulkadali 57^ (avril 1 180 ) , l'in- 
constant Mélikl el Moadhani Tou- 
ran Cbah rendit Baalbek à Saiadin , 
eu échange d'Alexandrie, où il mou- 
rut de débauches, l'an 57G ( 1 181 ). 
Prodigue à l'excès , il dévorait les 
revenus de cette ville et de l'Arabie j 
et il laissa en outre pour plus de deux 
millions de dettes, que le généreux: 
Saiadin se lit un devoir d'acquitter. 
Les lieutenants qui étaient restés à 
Zabid , et à Aden , s'y étant révol- 
tés , le sulthan fut obligé d'envoyer 
im autre de ses frères, Mélik elMoez 
Saifel Islam ïoghteghyn, pour con- 
quérir une seconde fois le Y'^émeu , eu 
578 ( ii8'2 ). Sà'if cl Islam soumit 
cette contrée sans résistance , y ré- 
gna quinze ans , en transmit la sou- 
veraineté à son fils Ismaël, et mou- 
rut à Zabid , eu SqS ( 1 197 ) , qua- 
tre ans après Saiadin. Bien dillercut 
de ses frères, ce prince était dur, 
avare et cruel. Il ruina ses sujets, en 
s'attribuant le commerce exclusif de 
ses états ; et il amassa , par ce vil 
monopole , des richesses incalcula- 
bles. Suivant le récit du judicieux 
historien Aboulfeda, dont l'autorité 
est d'autant moins récusablc , qu'il 
appartenait à la famille des Ayoubi- 
dcs , Saïf el Islam avait trouvé parmi 
les trésors de l'un des deux gouver- 
neurs qu'il avait dépossédés, soixante- 
dix sacs d'or pur; et , sans parler des 
pierreries et des objets précieux en- 
tassés dans son palais , on y voyait 



220 MEL 

une masse d'or foudii qui avait la 
forme et la grossem- d'une meule; 
d'où l'on peut juger de la prospérité 
du commerce de l'Arabie , à cc;te 
<;'pof|ue. — Soa {ils TvriiUK. i.l Aziz- 

CUEMS EL. MOULOUR lsMAEL,eU0r- 

guoilli de sa puissance, oublia qu'il 
était Kurde d'origine , et se donna 
pour descendant des Ommayades( ^. 
MoAWYAuI): il prit le titre de klia- 
lyfe , recita lui même la khotlibah 
devant le peuple, adopta la couleur 
verte, afleclée à la famille du pro- 
phète ; et ajouta à sou manteau une 
queue de vingt aunes de long , qu'on 
appel.til la manche des khalyfes, et 
telle que les Abljassides la portaient 
alors. Cette audacieuse extravagance 
indigua plusieurs de ses émyrs , qui 
se révoltèrent contre lui. Il les vain- 
quit; mais il ne put échapper à leur 
vengeance, et mourut assassine en 
5i)9 ( i'20'2-3), la sixième année de 
son règne. Après diverses révolu- 
tions le Ycmen fut conquis par un pe- 
tit-fils de Mclik el Adel. A— t. 
MELIKelMOADHAMCueref ED- 
DYN Abouceki; Isa, sullhanayoubiJe 
de Damas, avant appris à Naplouse, 
la mort de son père Melik el Adcl , 
l'an 6i5 de l'he'g. (1218 de J.-C), 
accourut à Damas , en l'absence de ses 
frères, et ne publia cet événement 
qu'après s'être emparé des armes, des 
chevaux, des trésors et du trône. Ce 
prince que les historiens des croisa- 
<lcs appellent Coradin , n'eut pas 
plutik reçu la nouvelle du siège de 
Damiette par les Clu-e'tiens , qu'il fit 
fortifrcr le Tliabor , ruiner Panèas et 
détruire les murailles de Jérusalem, 
afin d'empêcher que ces deux places 
lie pussent devenir pour eux des 
points d'appui , s'ils venaient à s'en 
emparer. L'année suivante, il mar- 
cha au secours de Damiette, attaqua 
les ligues des Croisés , et les eût for- 



MEL 

cées , sans la valeur des Templiers et 
des Allemands commandés parle duc 
d'Autriche. N'a3'anl pu empêcher la 
prise de celte vide, il ilt la guerre 
avec succès aux Chrétiens dans la 
Palestine, leur prit Césaiée en (ii^ , 
et la détruisit de fond en comble. Il 
revint en Egspte Tannée suivante, 
avec plusieuis autres princes de sa 
famille, et contribua par sa valeur à 
faire rentrer Damiette sous la domi- 
nation des Musulmans. Avant voulu 
disposer de la principauté de Ha- 
milli, il se brouilla avec ses frères, 
Mclik el Aschraf , et Melik el Kaniel, 
dont l'ambition lui portait ombrage, 
et il se ligna contre eux avec le fa- 
meux sulthan Djelal edd)n Mank- 
berny ( /'. ce nom , XI , 433 ). II 
tenta Aaiueinent,en G'23 , d'enlever 
Henicsse ; une épidémie qui fit de 
grands ravages , l'obligea d'en le- 
ver le siège. Aschraf étant venu à Da- 
mas pour s'expliquer avec lui , il le 
reçut avec honneur ; mais il le retint 
dix mois , sous divers prétextes , et 
ne le laissa partir qu'après l'avoir for- 
cé d'entrer dans la coalilion contre 
Kamel ( F. Mei.ik. elKamee). Melik 
el Moadham mourut à Damas, vers 
la fin de dzuulkadah 6*4 (novembre 
1227), dans la quarante -neuvième 
année de son âge, après un règne de 
9 ans et demi. Ce prince avait l'ame 
grande et le caractère généreux y il 
cultivait les lettres , et on le cite 
comme fort habile grammairien. Il 
entretenait des troupes nombreuses , 
et remarquables par leur brillante 
tenue : loin d'imiter cependant le 
faste de son pi'rc , et le cérémonial 
usité par tous les potentats musul- 
mans ; au lieu do faire porter devant 
lui et flotter sur sa tête un grand 
étendard , il paraissait en public, le 
visage couvert d'un voile jaune en 
forme de rézcau , sans avuir même 



IMEL 

un seul valet ilc pird qn! prccctiàt 
sou cheval. Cet oubli de l'eliquettc 
c'tait ]),i,ssc en proverbe ; et l'on di- 
sait d'un homme qui s'était mis au- 
dessus des convenances , qu'il vivait 
à la manière de Moadltain. Ce fut 
sans doute par le même espiil de 
singularité que ce sullhan se montra 
seul zc'le' partisan de la secte llany- 
1 te , tandis que tous les autres \n'm- 
ces ayoubides , suivaient celle de 
l'imam Cluiféi ( F, Anou IIanyfkii, 
î^ 87 , et CuAFEi, VII , Gi5). 11 eut 
pour successeur au ti ôue de Damas 
et de Jérusalem, son (ils ^leliU cl JNa- 
ser Salah rcldyn Daoucl. A — t. 

MELIK i:l NASSER Salau ed 
dvnDaold, fils du prece'dent, s'est 
rendu fameux par ses verlr.s, ses 
aventures et ses malheurs. Devenu 
roi de Damas et de Jénis;ileni , l'an 
Gii4fleriieg. ( i2'27 de J.-G. ),aj)rès 
la mort de sou père, et attaque', 
l'anne'e suivante jiar son oncle Me- 
lik cl Kamcl, sulthau d'Eiivpte,il 
rc'cla'.na !e secours de MililC cl As- 
chraf Mousa , qui régnait en I\Ioso- 
potainie. Ces deux princes s'enten- 
dirent pour dépouiller leur neveu, 
et convinrent de le dédommager par 
la cession de ïïarran , d'É lesse et 
deRacca. Nasser ayant appris à Na- 
jdouse la résolution de ses oncles, 
courut se renfermer dans Damas, 
dont Aschraf fut obligé de lever le 
siège j mais Kainel s'empara de cette 
ville, retint les places promises à 
son neveu, et ne lui donna que celle 
de Karak, et quatre autres moins 
importantes. Nasser parut insensible 
à ces outrages, abandonna à son 
oncle le château de Schaubck, le 
reçut dans Karak avec autant de 
magnilîcence que de cordialité, et 
gagna si bien ses bonnes grâces , 
que ce prince , en 629 , lui donna 
une de ses fdles en mariage. Mais , 



MEL 221 

deux ans après , Karacl prit son 
gendre en aversion , cl le força de 
répudier sa femme. Nasser , en 
G33 , alla implorer l'intervention de 
ÎMoslanscr , klial\fe de lîaghdad : 
ses présents lui valurent un bon ac- 
cueil , sans poiivoir néanmoins lui 
faire obtenir une audience publique, 
honneur accordé, dans cette cour, 
à des princes d'un moindre rang que 
Nasser. Il s'en plaignit au khalyfe 
dans une pièce de vers fort inge'- 
uieuse, qu'Aboulfedanous a conser- 
vée : malgré cela , il ne fut admis 
que de nuit auprès de JMoslanser, 
qui craignait de déplaire au sullhan 
d'Egy|)le. Aschraf, s'étant brouillé 
avec Kamel , offrit à Nasser la main 
de sa fille, et promit de lui laisser 
en mourant , le trône de Damas. 
Mais Nasser , par une inconccvabie 
générosité, se rendit eu Egypte, et 
prit seul le parti de Kamcl contre 
tous les autres princes ayoubides de 
Syrie. Ce noble procédé le remit en 
faveur auprès du sullhan , qui lui fit 
épouser de nouveau sa fille , et l'as- 
sura qu'il lui rendrait Damas, des 
qu'ils eu auraient chassé Aschraf. 
Ces domonstralions d'amitié furent 
encore sans clfet pour Nasser. En 
635 , le beau-pcre et le gendre enle- 
vèrent Damas à Melik cl Saleh Is- 
macl, frère et successeur d' Aschraf j 
mais Karael y ctaat mort la même 
année, Nasser, déçu dans son atten- 
te , et forcé de retourner à Karak, 
tenta de recouvjer Damas par les 
armes : il fut vaincu près de Na- 
])louse , par son cousin I\Ieiik el 
D)a\vad, gendre d'Aschraf, et lieu- 
tenant de Melik el Adel II, sullhan 
d'Egypte. Il ne laissa pas de pren- 
dre la défense de ce dernier prince 
contre Melik cl Saleh Nedjm cddyn 
Ayoub, dont il se saisit à Naplouse. 
Entraîné par son caractère loyal et 



322 



MEL 



généreux, il gagna l'amitié' de son 
prisonnier par ses bons procédés , et 
s'attira la haine d'Adel , eu refusant 
de le lui livier. Il s'empara ensiiite<!c 
Jérusalem, la pilla, et détruisit la 
tour de David, qui avait survécu à 
tous les désastres de cette cilé cé- 
lèbre. Il mit bientôt en lil)erté 
Nedjm eddyu ; et les deux princes 
s'étaut garanti mutuellement un jiar- 
tage, d'après lequel l'un aurait Da- 
mas avec les provinces orientales, 
et l'autre l'Egvpte , ils se lièrent par 
un serment solennel , dans le temple 
de Jérusalem. Mais lorsque Nasser 
eut aidé Nedjm cddyn à conquérir 
l'Egypte , celui ci prétendit que son 
serment n'avait pas été liljre ; et 
les i^lioscs en vinrent au point que 
r*îasser pourvut à sa sûreté, en se 
retirant à Karak. Il fit alliance avec 
Saleh Ismaèl, sultlian de Damas ; et 
îous deux , pour s'assurer du secours 
des F'rancs , leur permirent d'entrer 
à Jérusalem , et même dans le tem- 
ple, où les prêtres chrétiens célébrè- 
rent les saints mystères le jour de 
Pâques ( 1244)' 11 se joignit aux 
Khari/.miens, pour seconder Ismaèl, 
qui s'effori^ait de reprendre Damas , 
que Nedjm eddvn lui avait enlevé : 
mais les princes d'Halcj) et d'Ilémes- 
se les ayant forcés de lever le siège, 
en 6^4 ( '^47 ), Nasser se vit ex- 
posé à toute la fureur de Nedjm ed- 
dyn , qui le dépouilla de toutes ses 
places, et le pressa vivement dans 
Karak, dont il ne put s'emparer. 
Nasser craignant de ne pouvoir ré- 
sister à une seconde a'taqiic, partit 
en 647, pour aller solliciter la ]iro- 
tection de Saladin II , sultlian d'IIa- 
lep. 11 emporta pour plus d'un mil- 
lion de francs eu pierreries; et de 
peur que la violence ou la perfidie 
ne lui enlevassent ces seuls dé!)ris de 
sa fortune, il crut les mcllrc eu su- 



MEL 

rctt en les envoyant à Raghdad , ati 
kh;dvfe Moïîasem , qui lui accusa 
réception de ce dépôt, de sa propre 
main. Nasser aviîit confié le com- 
mandement de Kar.ik à son troisiè- 
me lils; mais les deux aînés s'étant 
saisis de leur jeune frère, livrèrcjit 
la place à Ncljiu cdflyu , en échan- 
ge de terres consi lérables en Egypte. 
La mort de ce prince et de son lils 
( /'. Nedjm -KDDYN et Mklik. el 
MoADHAM TotP.A^-C^A^ ), n'a- 
méliora pas le sort de Nasser. De 
faux rapports le rendiiert suspect 
à Saladin II, qui l'envoya prison- 
nier à Hcmesse. Il lui rendit la 
libellé, en G'n , sur la demande du 
khalyfe, en lui ordonnant toutefois 
de sortir de ses états. Nasser prit 
la route de Baghdad , pour y récla- 
mer ses trésors; mais n'ayant pu ni 
les recouvrer, ni obtenir même la 
pei mission d'entrer dans h ville , il 
mena une vie eriMiilc et misér.ible 
dans les environs de Anah et de Ha- 
dit; car les princes voisins, séduits 
par les promesses ou intimidés par 
les menaces de Saladin , n'osaient 
fournir des vivres ni donner un asi!e 
au prince exilé. Réduit à s'associer à 
des Arabes nomadrs, il vécut comme 
eux du laitdes troupeaux; et lorsque 
les chaleurs de l'éie eurent desséi hé 
les pâturages , il les suivit dans les 
laguuesderEujihratc, où, exposés le 
jour à une cha'eur excessive, et la 
nuit à un froi 1 piquant, ils subsis- 
taient péniblement du produit de la 
chasse. Le prince de Palmyre, leur 
ayant env'oyé deux bateaux d'orge 
it de farine , essuya de violents re- 
proches delà part du sultlian d'Ha- 
lep et de Damas. Enfin Nasser vint 
trouver le prince d'Ambar, el en ob- 
tint, avec une faible pension, l'agré- 
ment d'habiter les environs de cette 
Tille. Comme il n'était c^u'à trois 



MET. 

jonrnefs de Baglul.id , il fit encore 
une tentative auprès du klj.ilyt'f , 
dont il ne jMit rien arraclicr; in.iis 
i! dut à sa médiation auprès de Sa- 
ladiii II , la permission de retourner 
en Syrie , oii le sultlian lui assigna 
sur le lac d'Apame'c un revenu de 
cent raille drachmes, dont il recueil- 
lit à peine trente mille ( environ .li 
mille francs ). Nasser reçut de ce 
prince, en 0.53, l'autorisation de re- 
tourner dans l'Irak, pour réclamer 
son dcj)(k, et faire le pèlerinage de 
la Mekke. Il visita le tombeau de 
Houce'in, à Kerbela, et celui de ,AIa- 
liomet à Me'dine; puis elaut arrive à 
la Mekke, il entra dans la Caabah, 
et s'écria, au milieu de l'aflluence 
des pèlerins : « Musulmans , je vous 
)) prends tous à témoin, que j'invo- 
» (pie ici l'intercession deTapotrede 
» Dieu , afin qu'il oblige son arrière- 
» iieveii , le kJialvfe Moslasem , de 
» me rendre le dépôt que je lui ai 
» confie. » Cette apostrophe causa 
une grande riuncru- dans le temple ; 
et quoique la foule eût donne des 
preuves manifestes d'inte'rèî au prin- 
ce ayoubide, et dindignaliou contre 
l'iniquité de Mostasem , cependant 
comme Nasser avait publiquement 
cite, pour ainsi dire, le khalyfe, au 
tribiuial du prophète, l"emyr-hadj 
se crut oblige' de le conduire dans 
l'Irak, avec la caravane des pèle- 
rins orientaux. Lorsque Nasser fut 
arrive à Baghdad, le khalyfe n'eut 
pas honte de lui envoyer demander 
compte de toutes les dépenses de sou 
pe'lerinage, en viande , pain , bois , 
foin , paille , etc. ; et lui en produisit 
un mémoire si exorbitant, qu'elles 
absorbèrent presque entièrement la 
valeur des pierreries qu'il s'était ap- 
propriées , et qu'à peine revint-il 
une modique somme d'argent à 
Nasser, qui ne put màme la tou- 



MEL 29.3 

cher qu'en donnant par écrit une de- 
charge bien en règle au khalyfe. 
Contraint de céder à la force ^ et 
d'e'loufrer ses plaintes, Nasser quitta 
Baghdad, et retourna vivre avec les 
Arabes , jusqu'à ce que le sulthan de 
Syrie l'eût détermine' par ses nromcs- 
ses et par la foi du serment ,à revenir 
à Damas, où il le logea dans un palais 
magnifique. Nasser s'ennuya bientôt 
de cette honorable captivité, et vou- 
lut accomj)aguer à Baghdad un am- 
bassadeur du klialvfe; mais lorsqu'ils 
curent atteint Kcrkisiah, l'amljassa- 
dciir l'obligea d'y attendre les ordres 
de Moslasem. Comme ces ordres 
n'arrivaient pas, le | rince, rebuté 
par tant de contrariétés , alla dans 
le désert de Sinai , et reprit sa vie 
errante avec les Bédouins. Son voi- 
sinage inquiéta le prince de Karak, 
Meiikel MoghailFalh cddyn Om;>r, 
qui, craignant que Nasser ne se format 
un |)arti parmi les Arabes pour recon- 
quérir cette forteresse, le fit arrêter 
par un détachement de Iroujies , et 
conduire à Schaubek, où il se pro- 
posait de le resserrer étroitement , 
et même de le iaire périr. Un événc- 
nemeiit inattendu déroba Nasser au 
s'ipplicc , et vint briser ses fers. Le 
klialyfc Moslasem , pressé tians Bigh 
dad par les Tartares, et entouré de 
traîtres , mit tout son espoir dans un 
prince dont il avait si indignement 
trompé la conliaiice , mais dont il 
connaissait la bravoure, les taicî-ts 
et la grandeur d'ame. Il envoya une 
ambassade au suithai! de Syrie, pour 
demander Alelik el Nasser Daoud , 
qu'il voulait oj)poser aux Tirtarcs. 
Saladin II renvoya l'ambassadeur à 
Rarak, avec ordre à jMelik el Mog- 
ba'it de relâcher Nasser. Celui-ci 
partit alors pour Baghdad : mais 
ayant appris en route la prise de 
celte ville par les Tartares , et la Un 



a24 



MEL 



misérable du khalyfe ( V. Hou- 
XAGOU et MosTASEM ) , il s'arrêta au 
bourg de Bowa'ida, près de Damas; 
et il y mourut de la peste , le 26 
djoumady i, ^"^^y ( niai r258 ) , à 
l'âge de 53 ans. Le sultliau de Syrie 
témoigna beaucoup de regret de la 
mortd'uupriucequ'il avait si injuste- 
juent persécute', et vint lui-même 
chercher son corps , rpi'il fit enter- 
rer honorablement dans le tombeau 
de ses pèios. Melik el Nasser Daoud 
ne se distinguait pas moins par sou 
esprit que par la franchise et la no- 
blesse de son caractère. Il cultivait 
les sciences avec succès ; il écrivait 
aussi élégamment en vers qu'en prose; 
et Aboul Fcda noas a transmis quel- 
ques pièces de poésie de ce prince. 
A — T. 

MELIK ET. MOADHAM GaIath 
EnDYN TouRAN-GiiAH , nciivième 
sulthan d'Egypte , de la même dynas- 
.slic , s'elait dislingue do bonne heure 
par sa bravoure. Son père, Nedjni 
cddyn Ayoub lui avait laisse le gou- 
vernement de toutes ses possessions 
en IMcsopotamic. Aussitôt qu'il eut 
appris la inorl de ce prince, il parlit 
de Hesn Khaifah , le i "i ramadlian 
647 ( 1 •^^"ïo) , à la tèlc de 5o cavaliers, 
reçut en passant à Damas, les hom- 
mages de tous les emyrs de Syrie, et 
se rendit à Salehieh, où la sulthanc 
Cha IjcrEddour, sa bcUc-mcre, vint 
lui remettre les lèues du gouverne- 
ment ; enfin le xo d/.oulkadah ('.i/j fé- 
vrier), il arriva à IMaiisourah, où sa 
pre'sence rendit le courage à son ar- 
mée. Depuis la ].rise dcDamiettc, les 
Français commandes par saint Louis, 
avaient force l'e'myr Fakhr cddyn 
dans son camp , tue ce gênerai , et 
pcue'trc dans Mansourah , d'où ils 
avaient ctc rcponsscs par les Mam- 
louks. Helranchës dans leur camp 
de Djediich, entre deux branches du 



MEL 

Nil, ils y étaient approvisionnes par 
des bafraux envoyés de Daraiette, 
Aussitôt queMoadham eutete recon- 
nu sulthan , il résolut de les priver' 
de cette ressource. Une Uotlille por- 
tée à dos de cliamcaux, se mit en 
embuscade près du canal de Meha- 
leh, tomba siu- celle des Chrétiens, 
leur tua mille hommes , leur enleva 
3,i bateaux chargés de provisions , 
et intercepta leurs commiuiications 
avecDauiictte. Riivcîoppés de toutes 
parts , en proie à la famine cl aux 
maladies, et réduits à la dernière 
extrémité par la perle d'un autre 
convoi, ils obliciuient \\\\ armistice 
])Our traiter de la paix, et ils olfrent 
do rendre Damietle, en échange de 
Jérusalem et de quelques autres 
places en Palestine. Ces conditions 
ayant été rcjetées par le sulthan, 
ils brûlent toutes leurs machines de 
guerre, ne résen'ant que les bateaux 
destinés au transport des malades, 
et commencent, le 3 moharrera 648 
(7 avril l'.ijo), cetlefuneste retraite 
qui coula la vie ou la liberlé à plus de 
3o mille Français. Saint Louis, for- 
cé de se rendre, fut ramené par eau, 
chargé de fers, à Mansourah , ainsi 
qu'un de ses frères et plusieurs sei- 
gneurs , au son des instruments de 
guerre , escorté par la flotte égyp- 
tienne, tandis que l'armée défilait sur 
la rive gauche du fleuve, traînant à sa 
S'iilcles prisonniers liés avec des cor- 
des. Fier d'une victoire si éclatante , 
Touran Chah expédia des coumers 

f)our en porter la nouvelle dans tous 
es pays soumis à sa domination : il 
l'annonça de sa propre main au gou- 
verneur de Damas , et lui envoya le 
bonnet du roi de France, qui était 
de velours rouge, garni d'une fourrure 
de petit-gris, et (pic le gouverneur 
mit sur sa tète, lorsqu'il lut en public 
la lettre du sulthan. Ce prince, cnibar- 



MEL 

rassécVnnsi grand nombre de c.ip- 
lifs, ordonna de les mettre à mort, 
en reservant les ouvriers et les arti- 
sans qui pouvaient lui être utiles. 
¥m conséquence, on eu tirait cliaque 
nuit 3 ou 4oo des |irisons, <n on les 
])recipitait dans le Nil, après leur 
iivoir coupe la tète. Qtioicpic saint 
Louis eût refuse de se vêtir d'une 
robe que Mclikel Moadliam lui avait 
envoyée , et d'assister à un festin au- 
quel ce prince l'avait invite, des ne'- 
gooialions s-'ouvrirenl bientôt pour 
la raii(j:ondesFranç.'iis,etla reddition 
de Damictlc. Ltci.né de l'héroisme 
el de la lovante du roi de France, le 
sullhan s<' piqua aussi de générosité, 
et fit remise de loo nàile livres pa- 
risis sur le prix convenu de la r.in- 
«^on. Mais la mort de Touiaii Chah 
retarda l'exécntiuiidu traite Ce prin- 
ce , délivré d'une guerre fà( Leuse , 
avait quitté Mansourah , pour venir 
à Fariskour, où, ayant fait dre.'-ser 
n:ie tente raagiiitii|Uc, et une tour 
de l)ois sur les bords du Nil , il se 
livrait a tontes sortes de débauches. 
La vie sombre et retirée qu'il y me- 
nait ; sa conliancc exclusive dans une 
cinquantaine de vils favoris qu'il 
avait amenés de la Mésopotamie, et 
auxquels il avait distribué les pi einiè- 
res charges de l'elat; son caractère 
soupçonneux et mélancolique; le pou 
d'égards qu'il témoignait aux fidèles 
serviteurs de son père, aux Main- 
louks Baharitcs, à qui l'on était prin- 
cipalement redevable des dernières 
victoires, avaient irrité ceux-ci con- 
tre lui. De son côté il ne dissimulait 
point sa haine etson mépris pour eux ; 
et lorsqu'il était ivre, il allumait des 
bougies, et, du tranchant de son sa- 
bre, il en faisait voler les extrémités, 
endisant : C'est ainsique je traiterai 
les esclaves Jîahnriles. Ses prodi- 
gabtes ayant épuisé ses finances, il 
xxvni. 



^rEL 225 

roBtraignitavec menaces la sulthanu 
Chadjer Eddonrdeluiiendretoujpic 
des trésors desonpèrcNedjm eddyn. 
Les Mamlouks, révoltés de son ingra- 
titude envers cette princesse, réso- 
lurent de l'assassiner. Le '.',7 mohar- 
rem(i'^'. mai î'.i5o), tandis qu'il est 
à fable, il reçoit de Bibars un coup 
de sabre qu'il j)are avec la main, 
mais qui lui coupe les doigts : il se 
sauve dans la tour de bois; les con- 
jurés le poursuivent, et voyant qu'il 
en a fermé les portes, ils y mettent 
le feu. En vain il crie du haut de la 
tour , qu'il abdique le trône , et qu'il 
est jirèt à retourner en .Mésopota- 
mie, Pour échapjier aux flammes, il 
&'élan(e|dans le Nil : accroché jiar 
ses vêtements , il reste suspendu , re- 
çoit pliisieurs blessures, et tombe 
dans le fleuve, où il expire. Ainsi le 
fer, le feu et l'eau contribiitrtut à 
terminer sa vie. Cette scène épouvan- 
table eut lieu eu présence des piison- 
niers français, et de toute l'arméej 
mais comme Melik el Moadham était 
généralement déleste, personne ne 
prit sa défense, Son corj)S demeura 
trois jours st;r les bords du Nil sans 
sépulture: l'ambassadeur du khalyfe 
de Baghdad obtint ensuite la permis- 
sion de le f.iiie enterrer. Ce prince 
cruel, eu montant sur le trône, avait 
fait étrangler son frère Adel Chah j 
les (juatre Mamlouks qu'il avait char- 
gés de cette exécution, furent les plus 
acharnés à sa mort. Melik el Moad- 
ham Touran Chah n'avait régne que 
cinq mois, et en avait à peine passe' 
deux eu Egypte. En lid s'éteignit la 
dynastie des Ayoubides, qui avait 
possédé ce royaume 81 ans, et qui 
fut remplacée par celledes Mamlouks 
Baharites, ( V. Nedjm Eddyn, Ciiau- 
JER Eddolr et Aicek). Il laissa ua 
iils qui résista ou se soumit aux Tar- 
lares , dans Hesu Khaifa , et dont la 
i5 



226 



MEL 



postérité se maintint encore plus de 
deux siècles dans cette partie de la 
Mésopolamic, et ne fut dclruile que 
par les Turkonians Garakoiounlou , 
( ou du mouton noir), l'an 865 de 
i'hép. ( i46i deJ.-C. ) A— t. 

MfcLlK EL MODHAFFER. F. 
BiBARs H ( IV, 458), et KOUTOUZ 
(XXII, 556). 

MELIK EL MOEZZ. r. AIhek 
( 1 , 358 ). 

MELIK EL MOWAYED. P\r. 
AnouL-FEDA (ï , gi ) , et Mahmou- 
Dy( XXVI. 18/,). 

MELIOKATI ( CosME et Louis ). 
y. Innocent VII, pape. 

MELISSINO, grand-maître de 
l'artilleiie russe , ne', veis 1780 , à 
Ce'phalonie, l'une des îles de la mer 
Ionienne, aimait à se rappeler cette 
origine grecque. Admis dans le corps 
des Cadets de terre , il acquit bien- 
t(3t une influence sur ses camarades 
parla vivacité de son esprit , et sou 
goût pour les plaisirs. Il letu- avait 
persuadé de jouer la comédie ; 'es 
courtisans vantèrent les talents des 
jeunes acteurs : l'impératrice Elisa- 
beth assista à une représentation de 
Zaïre , pièce dans lacpielle Melissino 
jouait le rôle d'Orosmane ; et elle 
lut si satisfaite, qu'elle fit cons- 
truire dans son palais un théâtre, où 
Villitstre troupe vint souvent repré- 
senter des pièces françaises. Melis- 
sino avait étudié prcs((ue toutes les 
langues modernes, et i\ parlait éga- 
lement bien le russe , l'allemand, le 
français et l'ilalien ; il avait des con- 
naissances lrè«-étenduesdansla phy- 
sique, la chimie , la mécanique, etc., 
£t il possédait la partie théorique de 
presque tous les métiers. Attaché à 
l'arme de l'artillerie , il obtint un 
avancement rapide sous le règne de 
Catherine II, qui aimait tous les 
talents , qui récompensait tous les 



MEL 

services. Il attira en Russie plusieurs 
ofljciers étrangers , qu'il acheva de 
former lui-même , et un grand nom- 
bre d'ouvriers allemands , auxquels 
il procura de l'ouvrage et de bons 
appointements. C'est à la bravoure 
de Melissino que fut attribué le gain 
de la bataille de Kagoul ; il s'empara, 
dans la Moldavie, de plusieurs l)at- 
teries turques , dont Catherine lui 
fit présent , en lui perineltant de 
convertir toutes les jiicces en mon- 
naies du pays. Des sommes que lui 
valut cette opération , il acheta 
«ne terre, et c'est la seule qu'il ait 
jamais possédée : il jouissait cepen- 
dant d'un revenu considérable, et il 
recevait, chaque année, des gratifi- 
cations qui s'élevaientà plus décent 
mille francs ; mais sa magnificence 
surpassait celle des princes , et sa 
générosité ne connaissait point de 
bornes. Il n'est pas en mon pouvoir , 
disait Catherine , d'enrichir Melis- 
sino. A l'avénenient de Paid I*"". au 
trône, il remplaça Zoubow dans la 
charge de grand-maître de l'artille- 
rie , qu'il a\ait déjà rem])lie un mo- 
ment, en 1790, après la mort de 
MuUer , tué au siège de Kilia. Per- 
sonne en Russie n'avait rendu autant 
de services à cette arme; il avait 
perfectionné l'art de fondre les ca- 
nons .et avait imaginé une nouvelle 
machine pour les forer : il déter- 
mina , non sans peine , la création 
d'un corps d'artillerie légère, et le 
pourvut de bons ofllciers. Melissino 
s'était fait initier dans les mystères 
de la société maçonique , et il était 
devenu grand -maître de toutes les 
loges de Russie; mais Catherine, 
ayant conçu quelque méfiance sur le 
but secret de cette association , dé- 
sira que Melissino cessât d'en faire 
partie, et il obéit à sa souveraine, 
ilfonda , dans sa vieillesse, une non- 



MEL 

Vel!e société dont les membres por- 
taient le nom de Fhiladelphcs. Ce 
n'était, dit-on, dans le principe, 
qu'une espèce de régiment delà Ca- 
lotte ; et Callieriue ne fit que riie 
des dénonciations dont celte société 
devint l'objet. Paul envisagea cette 
allairc plus sérieusement; il défendit 
aux membres de cette société de 
continuer de se réunir, et bannit de 
ses états quelques-uns des chefs soup- 
çonnés de parlagi-r les principes de 
la révolution française. La destitu- 
tion de son fils unique, colonel de 
dragons, et l'exil de ses amis , cau- 
sèrent à Melissino un vif chagrin , 
qu'il chercha vainement à dis>imu- 
1er. Une noire' mélancolie détruisit 
rapidement sa santé; et l'empereur 
l'ayant mandé, par un froid ligou- 
reux, pour lui reprocherlindiscipline 
d'un olticier d'artillerie , qui s'était 
esquivé pour se dispenser de saluer le 
prince, le vieux général, accablé de 
douleur, put à peine retourner chez 
lui , où il expira quelques jours après, 
en 1804, âgé de plus de soixante-dix 
ans. Melissino avait été long-temps 
chargé de la direction des spectacles 
de la cour. Ses fêtes militaires , ses 
feux d'artidce, et ses camps de plai- 
sance, feroiitvivreson nomen Russie, 
autant que ses services et ses qualités 
personnelles. Ch. Fr. Phi!. Massoii 
lui a consacré nue notice dans ses 
Mémoires sur la Russie, tom. m, 
p. 4-^5 et suiv. W — s. 

MELISSUS , philosophe de Sa- 
mos. fut disciple de Parmenide, et sui- 
vit, dit-on, aussi les leçons d'Hera- 
clite. Il supposait que l'univers est un 
être unique, continu, indivisible; il 
niait la réalité du mouvement , et 
prétendait que les formes ne sont 
qu'apparentes , et des modifications 
de W'tre. Ses principes s'écartaient en 
plusieurs points de ceux de Parme- 



MEL 227 

nide ( F. le Mémoire sur le principe 
actif de l'unhers, par Batteux, dans 
le Kecueil de l'acad. des insciipt. , 
tom. XXIX ). Melissus pensait qu'on 
doit s'abstenir de parler des dieux, 
parce qu'on ne les connaît pas assez 
))our expliquer leur essence. Il avait 
acquis la réputation d'iui homme 
très-judicieux: il ne croyait pas (ju'un 
philosophe dût se borner à un rôle 
contemplatif ; et il remplit avec zèle 
les charges publiques (pii lui furent 
confiées. Nommé commandant de la 
flottedeSan)os, il rcmpoita plusieurs 
avantages importants siu- Périclès : 
il ne put cependant empêcher cette 
ville de tomber sous lejoug des Athé- 
niens, qui en firent raser les murail- 
les (la dernière année de la Lxxxiv^. 
olympiade, !\\o ans av. J.-G. ) Peut 
être cut-il le bonheur de ne point 
survivre à la ruine de sa patrie ; 
1 histoire du moins ne parle [ilus de 
lui après cet événement. Il avait 
composé un Traité , De Ente et 
Naturd , dont Eus»-be a conservé un 
fragment dans sa Frœparatio ei'an- 
iielica, \ir ; et un autre De Aniina- 
li'uus, dont Fulgencc a extrait ce riu'il 
rapporte du cygne , dans sa Mjtho- 
Ingie ( Fo/. Planciades Fulgekce, 
XVI, 164 ), et que le P. H.irdouiu 
conjecture n'avoir pas été inutile à 
Pline ( r. la Bibl. «rœca de Fabri- 
cius , I , p. 8io ). W — s. 

MÉLITON (Saint), évcquc de 
Sardes, n'est pas moins célèbre par sa 
piété et ses autres vertus que par ses 
talents. Il occupait ce siège sous le 
règne de l'empereur Marc-Aurèlej 
et l'on sait qu'il adressa, vers l'aa 
I "jD, à ce prince , une Apologie de la. 
rebgion chrétienne. Cette pièce est 
perdue ; mais on en trouve quelques 
fragments dans la Chronique d'Eu- 
sèbc, liv. IV, u5, et un autre dans 
Iç Chronicon Faschale , p. :i59 , 
1 j.. 



2a8 MKL 

uOo de Véà. de Du Cingc. Le saint 
j»rc'litt visita la Palestine ; et ce lut 
jjeiîiiaiil ce voyat^e, (ju'il lit des ex- 
traits des passades du Peiitatiuque et 
des Pi uplit tes, qui sont appluables à 
Jesus-Clirist. Il en avait composé 
six livres, qu'il adressa a l'un de ses 
disciples, noiujaé Oiiesime, par une 
Lettre qu*Kiisil»c u<>us a conservée, 
et qui contient le catalop;ue des li- 
vres canoiiiqucs ilc l'Aucien-resla- 
iiient. Meliiou avait laisse d'autres 
ouvrages , presque tous ascétiques 
(1 ). Liisèbe «t sauit Jérôme en rap- 
jjorteiil les tilres. qu'ont copiéslidèle- 
nieijt tous les hio^raphes erclisias- 
li(['.es. Le plus coiuiu de tous t>st ce- 
lui (piilcciivit sur la fttc de Pâques^ 
d«uit il fixe la céléLiation auquaior- 
zièine jour de la lune de faajs. On 
lijrore l'épiMpie de !a mort lic saint 
IMc'lilon.l. Éi;lisel»onorcsa mémoire 
le i*^"". avnl. Un lui a attribué qiiel- 
qr.es ouvr.iges, qu'on a reconnus de- 
puis ne pouvoir ètie que d'écrivains 
postérieurs ( F. Vliist. de Tille- 
iiiout; la €iti. saiptor. ceci. deCave; 
la Biltl. p: de Fabi icius ; la disserta- 
l.ou de Cil. Clir. Woo;^, ])e AJeli- 
tove Sorulum in Asia ejn-copo , 
Leipzig, i';^^,uï-^o.;elk's Doll;in- 
distcs , avril, loni. i , p. i i. Quant 
à VApocaljpsc t/e Mriton, c'est, 
comme ou sait, la production d'un 
écrivain proteslant, qui li'a guire 
idit fpi'abiéger les écrits de Camus, 
évè([up de Beliey, contre les moines. 

( r. PiTHOIS. ) W— S. 

MLLITUS , orateur et poète grec , 
rst bieu moins coiuiu par ses talents 
que jvir le rôle iniàine qu'il joua dans 



(i^ f>lu: qui »st iutittilo Clii"!s , ol fini cuiit'Diut 
1 eij>lit:i::iciu de |>losii:iirA pas^^ts lirs S.tiiitPsLcri- 
fiires , *>t |»-rdii «nimm lis aiiiris : mais il eu niite 
une aucieniie tradinlioii tnline Hnnl nn <-oasï>r\'ait 
iM.r cO|>ie dan> la l'il Iiuiliinjue iiu cullf g>' de Cl. r- 
moÉit. ( f . r.irf Mf.LITON ilii s la Btbl. nuid. el 
iiijiui, ùliiiii, , ^*r i'akric;Ui. ) 



MEL 

le procès de Socrate , dont il fut iè 
délateur. Dans le dialogiie de Platon, 
intitulé Eidhyphron^ ce personnage 
avant leiicontré Socrate sous le 
]iorlique du roi , et avant su qull y 
venait pour un procès, hii demande 
s'il connaît sou accusateur. C'est , 
répond le philosophe , un jeune hon> 
me assez ignoré ; on le nomme , je 
crois, Mélitus de Pitliea ( bourg de 
l'Atlique ) : il a les cheveux longs, 
et en désordre , la barbe rare , le uez 
long Pt recourbé. I"l!icn nous apprend 
que Mclitus était d'une excessive mai- 
greur ( Hist. divers, x , 6 ) , et qu'A- 
listophane le railla de ce défaut, 
dans une comédie intitulée : Gerv- 
tade , dont il n'existe j^lus qu'nnlVag- 
ment conservé par Athénée (xii, 
t3 . C'était un écrivain un peu froid; 
il avait bcaucouf) tiavaillé le dis- 
cours dans lequ< I il soutint son ac- 
cn.sation contre Socrate; lephiloso- 
))he, après l'avoir entendu , se con- 
tenta de dire aux juges : Anytus et 
Mélitus peuvent lu'oîer la vie; mais 
ils ne sauraient me nuire ( f^ So- 
«iBATh ). Diogène-Lacrce et Suidas 
disent que les Athéniens , ayant re- 
connu l'innocence de Socrate , ven- 
gèrent sa mort sur ses accusateurs , 
tt que Mclilus fut tué à coups de 
j)ic'rc ; maii le silence que Xénc- 
phon et Platon ont gardé sur un fait 
do cette importance , ]).irait à l'ali- 
bé liaithélemv une ]ueuve que la 
mort lie Socr;ite est restée impunie. 
( Forage d' Anacharsis , ch. lxvii , 
et les notes. ) iMé.ilus avait composé 
un traité iJe Ente, et des tragé- 
dies qu'on ne coni:aît plus que par 
le témoignage de Suidas. On lui at- 
tribue aussi des chansons de table , 
qui n'étaient rien moins qu'enjouées, 
SI l'on s'en rapporte à l'ancien scho- 
liaste d'Arihlophane , sur le vers 
i337 des Grenouilles; mais Poinsi- 



MEL 

net conjecture que ce passage s'.ip- 
pliqiie à un musicien uouinit' Meli- 
tiis, qu'il ncHnit pas confondre avec 
le del.itcur de Sociale. W — s. 

MELIUS ( Spurius ) , chevalier 
romain, très riche , et non moins 
ambitieux, voulut profiter de la la- 
mine qui désola Rome (l'an de Rome 
3 1 5, av. J.-C.4 ^9), pour usurper l'au- 
torité royale. 11 fit acheter par ses 
clients une grande quantité de l)lc' 
dans l'Étrurie , et le distribua j^ra- 
tuitement aux pauvres. Touche de 
ses largesses , le peuple l'accompa- 
gnait dans les r(ies, et lui promet- 
tait hautement le consulat, qu'il ne 
pouvait cepcndaut obtenir sans l'a- 
grément des se'nateurs, peu disposés 
h le lui accorder. IMelius n'eut pas le 
loisir de concerter ses mesures avant 
la tenue des assemblées; et T. Qu'ut. 
Capitolinus l'ut élu consul pour la 
sixième fois. Cependant L. Miuu- 
cius , continué dans la charge de pré- 
fet des vivres, découvrit que Melius 
avait un amas d'armes dans sa mai- 
son', et qu'il tramait contre la répu- 
IJique un complot dont l'exéculion 
était seulement diiTérée de quelques 
jours. Les consuls, sur cet avis , de- 
mandèrent qu'on créât un dictateur 
pour étou lier le mal dans sa naissance; 
et les snlTrages se réunirent sur i). 
Cincinnatus , j)ersonnage d'une gran- 
de fermeté. Dès le lendemain, il se 
rendit au Forum , accompagné de ses 
licteurs , et somma Melius de com- 
paraître devant son tribunal pour 
rendre compte de sa conduite. IMe- 
lius, clTrayé, difl'érait d'obéir; mais 
saisi par un licteur , il fut amené sur 
la place : alors il éleva la voix , et 
supplia le peuple de prendre sa dé- 
fcnse contre la tyrannie dont il était 
victime. La foule , émue par la com- 
passion et par le souvenir de ses li- 
bc'rijJitcs, l'arracha des raainsdu lic- 



MEL -i'Mj 

tour, et lui facilita l'^s movens de 
s'évader; mais Servilius Ahâla , gé- 
néral de la cavalerie, l'atteignit: dans 
sa fuite, et lui passa sfin épée .ui 
travers du corps ( l'an 3 16, ^33 \ 
Ci:;ciunatus loua, de cette aclir.n , 
Ahala qui avait délivré la patiic d'un 
tyran. ( F. T. Q. CAPirofiivus et 

Q. (ilNCINNATCS. ) W s. 

MFLMi ou Mel (Co-vt. *n\ théo- 
logien protestant. né, en iC»G(),dans 
le landgravi-»t de liesse , exerça le 
mi'ii^tère cvanp;éliqnecn Courlande, 
à IMemel , à Kcenigsberg , puis fut 
nommé , en 1 70 j , recteur du gym- 
nase de Hersl'eld , dans la Hcssc , 
place qu'il remplit avec succès. Il 
avait imagine une machine , au 
moyen de laquelle il se persuada 
qu'on pouvait mesurer les longitudes 
en mer ; et il en adressa des modèles 
à didérentes académi-.*s. Les sociétés 
de Londres et de I5er!in, auxquelles 
il était associé , lui |)roposère!it des 
doutes sur le résullat de sa décou- 
verte; et cou)me il ne put pas les 
dissiper j on n'en |),irla plus ( P\ les 
ylcla ertiiUlor. Lipsens.^Ann. 1709;. 
Mell avait fait une étude aprofondie 
de l'antiquité sacrée, et il remplissait 
avec beaucoup de ziie les fonctions 
du pastorat ; il fut élevé à la dignité' 
de surintendant des églises de la 
Hesse, et nioiirut le 3 mai 1-33. Ou 
a de lui un grand nombre d'ouvra- 
ges. La liste publiée i)ar Rolermund 
en contient quaran:e-ciuq : mais la 
nécessité de pourvoir à l'entretien 
d'une nomi)rcuse famille ( Mell eut 
vingt-quatre enfants), ne lui permit 
pas de donner à ses écrits la perfec- 
tion qu'il eût désirée. L'on se csnten- 
tera de citer : L Leç^atio arientalis 
Sinensium , Samatilanonin, Chal- 
dceonnn et Jfeb:\i^oruni , cuni in- 
tevpretalionibus, Kccni^sbcrg, 1700, 
iu-fol. IL JHliquiz%.us 3ftcer,deruA 



9.ÔO 



MEL 



antiquilatum judàicaruin , grœca- 
rum et romarinrum in explicandis 
obscuriovihus S. Scripturce die- 
iis, etc. , Schleusiiig , i 707 , in-S**. ; 
Bouv. édit., Francfort, 17 19, in 4°v 
insér. dans le tom. i'^'^. du Thesaur. 
unliq. sacrarum , par Ugolini. L'ë- 
dilion de 1719 est aiigmcntc'e de 
quatre opuscules : i". De mari 
cenco tcinjdi Saloinonis ; a». De 
sepidchro Jdami in insu là Zey- 
lon invenio; S'*. De possibilitate 
linguœ universalis ; 4". Oniinabru- 
ta; et de l'ouvrage suivant : III. 
Pantomelrum nauticum , seu ma- 
chinapro inveniendd longiludine et 
latitndine locorum in mari , . . . . 
ita ut omni loco , onini tempore et 
qudcumqiie lempestate, sine ulld 
operosd calculât ione experiri possit 
qaot pedcs , passus , decempcdas 
l'el milliaria na\^is pcr diem cursu 
suo absolvent^ Ilorsfeld , i7f>7, 
in-fol, IV. Fharus illustrans , etc. , 
ibid. , 1709, in-ful. ; c'est nue re- 
pense aux objections faites par les 
diverses académies, à l'ouvrage pre- 
f e'dent. V. Le Tabernacle de Moïse, 
ou sa description et colle de tous les 
ustensiles sacrés , Francfort , 1711; 
Casse! , 17C10 , in-4". Ce traite est 
écrit en allemand ainsi que le sui- 
vant : VI. Description du magni- 
• jique temple de Salomon , Franrf. , 
179.4; Cassel, 172G. ia-4''. VII. 
Mission arius evangelicus scu con- 
silia de con\>ersione ethnicnmrn 
viaximè Sinensium cum appendice ; 
epislola Berœensis ac Aleppensis 
de statu Christianorum in Oriente, 
Hersfeld, 171 1 , in-8". VIII. Abré- 
gé de l'Histoire ecclésiastique , tire' 
de VAncien et du Nouveau - Tes- 
tament , Francfort , 1712; Cassel , 
1738, in-8'. (en allemand.) IX. 
Plusieurs recueils de Sermons , de 
Thèses el de livres ascétiques, en 



MEL 

allemand. Mell promettait de com- 
pléter son travail sur les rites sacrés 
des Hébreux, et de puljjicr une His- 
toire littéraire de la liesse. La 
bibliothèque publique de Cassel pos- 
sède la plupart de ses manuscrits. 
W— s. 
MELL AN ( Claude), dessinateur 
et graveur au burin, né à Abbeville, 
le '^3 mai 1098, étudia son art 
à Paris, sous Thomas de Leu et 
Léon Gaultier. Étant allé à Pvorae , 
en iGi4-> Jl s'y perfectionna sous la 
direction de F. Villamena , et avec 
les conseils de Simon Vonet. A son 
retour en France , le roi lui accorda 
un logement au Louvre, en récom- 
pense du refus qu'il avait fait d'aller 
s'étiblir en Angleterre, où il était 
appelé par Charles II. Mcllan avait 
imaginé une manière nouvelle de 
graver tous les objets avec une seule 
taille. Ce genre qu'il a poussé au plus 
haut degré auquel il puisse atteindre, 
présente sans doute une di/llculté 
vaincue ; mais il ne peut soutenir la 
comparaison avec la gravure à plu- 
sieurs tailles, laquelle met l'artiste à 
j)ortc'e de varier ses procédés suivant 
la nature de chaque objet qu'il veut 
rendre. Eutrctous ses ouvrages, pres- 
que tous dessinés d'après ses compo- 
sitions , on remarque principalement 
sa Sainte-Face, gravée d'un seul trait 
en spirale, qui commence au bout 
du nez. Ce" tour de force, convenable 
au sujet, lui a parfaitement réussi. 
Parmi les (liflTéreuts ouvrages dcMel- 
lan , nous citerons , Saint Pierre 
Aolasque , porté par des anges; ce 
morceau capital , dessiné et grave 
en i6i7, est devenu très-rare, la 
planche ayant péri, dit-on, dans un 
naufrage. Nous citerons encore , St. 
François, saint Bruno retiré dans 
un désert , ainsi qu'un grand nom- 
bre de Portraits, tels que ceux du 



IVIEL 

pape Urbain VIII , du cardinal 
lientivoglio , de Montmor et de sa 
femme , de Gassendi , de Pcircsc , des 
maréchaux, de Toiras et de Créqiii. 
On a encore de cet artiste un grand 
nombre d'estampes d'après \ oiiet , 
Tintoret , le Poussin , Stella , I>crnin, 
etc. , ainsi que beaucoup de gravures , 
de statues et bustes antiques. Mellan 
mourut à Paris , le g octobre 1G88. 

P— E. 

MELLE ( Jacques de ) , en latin 
Mellenius , savant numismate , et 
historien estimable , était né , en 
iGSg , à Lubeck. 11 fit ses études à 
l'université de léna, voyagea en An- 
gleterre , en Hollande , en France ; 
séjourna quelqiu; terapsà Strasbourg; 
et ayant été promu au saint-minis- 
tère , revint, en 1G84, exercer 
dans sa patrie les fonctions de diacre. 
Il fut nommé, en 1706, premier 
pasteur de l'église Sainte - Marie; 
doyen {senior) en 17 19, et mou- 
rut le '2 1 juin 1743. 11 a été le prin- 
cipal rédacteur des Nova lilteraria 
maris Balthici, journal qui n'a paru 
que pendant les années i6g8 à 1 700, 
in-4" , fig. , et a été ensuite réuni 
à celui de Hambourg. Les ouvrages 
les plus importants de Melle sont : 
I. Histnria antiqua , média et re- 
cenlior I.ubecensis , léna, 1677- 
79 , in 4"- ; ce sont quatre disserta- 
tions académiques soutenues sous la 
présidence de Sagittarius. II. Epis- 
tola de anliquis quibusdam niimmis 
Gerinanicis historiam Thuringi- 
cam prcecipuè illustrantihus , etc. , 
ibid. , 1678, in- 4°. de vingt-qua- 
tre pages ; rare. III. Historia ur- 
nœ sepuchralis Sarmaticœ , anno 
1674, repertœ, ibid., 1679, in-4°. 
TV. Luheca litterata, Lubeck, 1698, 
1 G99 , 1 700 , in-8". Cet opuscule'n'a 
pas été continué. V. Sj'lloge num- 
monim ejt: argento uncialium vidgo 



MDL 



23r 



thalerorum seu imperiallum , Ham- 
bourg , 1G98, in-40. L'auteur avait 
déjà publié cet ouvrage l'année pré- 
cédente, en allemand; mais l'edit. 
latine est augmentée, VI. Séries re- 
gum Ilungariœ è nuimnis aureis 
qiios vulgb DUCATOS appellant col- 
lecta et descripta, Lubeck, 1699, 
in- 4''. , fig. Ce livre contient les aùcs 
de dix-huit rois de Hongrie , de 
i34'4 à 1G99. On en trouve une 
bonne analyse avec une pi. , dans 
les yicta erudit. Lipsens.^ même an- 
née. L'ouvrage a été traduit en alle- 
mand par Goltf. Henri Burghardt , 
Breslaii, 1750 , in-40. VII. JVotitia 
majorum, pliirimas Litbecensium , 
aliorumque clarorumvirorum de ec- 
clesid , republicd et lilleris egregiè 
meritorumvitas, ab aliquot scpculis, 
rcpelitas, et docinnenlis authenti- 
cis illustrât as comprehcndens, Leip- 
zig, 1707 , in-4". de cent cinquante 
pages ; ouvrage très-intéressant pour 
l'histoire littéraire de l'Allemagne ; 
il commence par de grands détails 
sur la personne et les ouvrages de 
l'auteur. VIII. Griindliche Nach- 
richt, etc. (Notice complète), sur 
la ville de Lubeck , Ratzcbourg , 
1718, in-8°. ; troisième éd. , aug- 
mentée par J. H. Schnobel, ibid., 
1 787 , in-8''. , avec deux pi. IX. De 
Echinitis JVagricis epistola , Lu- 
beck, 17 18, in-40. Cette lettre est 
adressée au savant J. Woodward, et 
tend à confirmer son système sur le 
globe {P\ Woodward). Melle a 
laissé en manuscrit plusieurs ou- 
vrages, dont on trouve la liste dans 
les Athenœ Lubecenses, par Henri 
dcSeelen, iv«. part. , p. Gi5. Gœt- 
ten a publié la Fie de ce savant la- 
borieux dans le Gelehrte Europa. 
W— s. 
MELLTER ou MESLTER (Gé- 
rard ) , né à Nantes , était trésorier 



23a MEL 

de France, et trésorier-p;cneral de la 
Bretagne , lorsqu'il fut clu maire de 
Nantes , le i*^"". juillet i^'io. J! ren- 
dit son administiation célèbre par 
ses soins continuels pour l'einbellis- 
sement cl la saluLritc de cette ville, 
et la commodité de ses habitants. 11 
fit bàtif la première bourse, apla- 
nir , entourer de murailles , et plan- 
ter la partie méridionale de la pro- 
menade appelée le cours Saint- 
Pierre. Le fameux emlirasemcnt de 
Rennes , et la peste de Marseille, lui 
donnèrent occasion d'établir à Nan- 
tes des pompes à incendie, et un 
bureau de santé dont il lut le prési- 
dent. Il (it construire de nouveaux 
])Oiits, paver et réparer les anciens , 
agrandir des places , a'if»nerdes rues. 
31 acheta la grève de la Siulz 'ie, et 
y jeta les fondements du (juarlier cpii 
prit dès lors le nom d'ile Feydeau. 
11 oblii-l q;:e les capitaines de na- 
viic de la rivière de JNanles, venant 
de lonj; cours, seraient obligés d'ap- 
porter au jardin botanicpic de cette 
ville, des plantes et gr.iines médici- 
nales txoliiiucs. Il institua , par ac- 
tions, une acadeiuic de musique , qui 
fut suppriméedou7.e ans n près la mort 
de son l'ondaleur. Considéré à la c^ur, 
honore du régent , estimé de ses con- 
citoyens, Mellier fut «•uufiimé , dix 
ans de suite , dans les fondions au- 
nucllcs de maire, ce qui n'a jamais 
i;u lieu avant ni après lui ; et il mou- 
rut dans l'exercice de cette charge , 
le 29 décembre i7'2Ç). I^oiis XV lui 
ayaildonné, en i7'.>,(j, ui'c médaille 
d'or, qui poriaitd'uii côlé l'elligie de 
ce prince, et de l'autre celle de la 
reine, hii I7'^8, le corps municipal 
lui avait décerné une épce sur laquelle 
élaient gravées ses aruies et celles de 
la Ville. Mtl.icr avait tellement né- 
gligé le soin de sa fortune , qu'il li:t 
réduit à solliciter , k l'iusu de ia coiu- 



MEL 

mnnauté , unepcnsion de mille lin'es^ 
qui lui fut accordée sur les octrois de 
Nantes. Sa mémoire est plus chère à 
cette ville par le bien qu'il y a cpeie., 
que par la compilation des Princi- 
paux événemenls , arrêts , règle- 
ments, elc. de sa mairie, aiin. 179.3 et 
suivantes , 8 vol. in- 12. On a encore 
delui : 1. Un Traité de la f^oirie, IL 
Mémoires pour servir à la connais^ 
sance. des fois et hoi. images des 
fiefs de la Bretagne , Paris , 1714» 
1 vol. in- 12. III. Description du 
tombeau de François IL , duc de 
Bretagne, 1727, in-8*'. A — T. 

INIEI-LINI ( Jeak-Baptiste ) , 
cardinal , né en i4o5 , à Rome , 
d'une illustre famille, fut pourvu, dès 
l'âge de sept ai;s , d'un canunicat de 
Sainf-Jeau-dc-Lalrau , par le pape 
Martin V , qui l'engagea à s'appli- 
quer à l'étude. Il se rendit très-ha- 
bile dans le droit-canon , et fut dé- 
pute jiar son chapitre S'crs Eugène 
IV , alors à Florence, pour lui faire 
des repréïcntaliuns au sujet des pri- 
vilégcsde l'église de Lalran qu'il av.iit 
atta([iiés. Il parla au pontife avec une 
fermeté qu'on trouva condamnalde; 
mais les ctramissairesqu'oii lui doi.na 
pour examiner sa conduite , le ren- 
voyèrent absous de tonte accusa- 
tion. Nommé à l'évcthé d'Urbin , 
il fut créé cardinal en 147^^ » ^t en- 
voyé légat à Milan, après la mort 
de Galeas-Marie Sforcc. Il mourut 
à Rome, le 20 ou le 24 juillet 1 478. 
C'était un homme ircs-instruit , et 
qui joignait aux vertus de son état 
un grand caractJre H. Plafina , qu'it 
avait soutenu j)ar ses libéralités dans 
la prison où Paul II l'avait ren- 
fermé , a écrit la Fie de son bien- 
faiteur : clic a été insérée par Lotus 
Doui d'Attichy daus les Flores his- 
toriie Cardinal., 11 , 38 i ( roj. Ij. 
Platina ). — Savo Mlllim, noi.cn 



MEL 

en Espagne , fut crée cardinal , en 
iGHi , pour avoir cherche à réfuter 
la dechiralioii de Bossuel sur les li- 
berle's de l'Église gallicane. Il mou- 
rut, le 1 I février 1701 , à l'âge de 
cinquante-huit ans. La réfutation 
dont on vient de parler est imprimée 
dans un recueil publié par le savant 
cardinal d'Ag'uirre , et qui est inti- 
tule : ylutorilas injallibilis et swn- 
via cathedrœ S. - Pétri , extra et 
suprà concilia quœlibct , alque in 
iotaiii ecclesiam denuo stubilita, 
adversàs déclarât ivntun nornine clc.ri 
gullicani editam , etc., S.dainan- 
que, i683.in-fol. W— s. 

]VlEl.LINl(DoMINICODI GuiDo) , 

liitérateur, né à Florence vers 1 540 , 
accompagna, comme secrétaire, 
Jean Strozzi , député pour le grand- 
duc au concile de Trente , et , à son 
retour , fut nommé précepteur de 
Pierre, l'un des lils de Cosme de 
Médicis. Il mourut , vers 1610, dans 
un âge avancé. On cite de cet éci i- 
vain : I. Descrizzione deW entrata 
délia S. Ciovanna d'Austria, re^i- 
«rt, etc., Florence, i5G6, iu-j". II, 
Tisione dimostrutrice délia mal- 
vaç^ilh del carnale amore, ibid.j 
1 5G6 , in-4". C'est un traité de mo- 
rale que l'auteur dédie à IMarie Co- 
loima. III. fila del capitano Filip- 
po{ chiamato Pippo Spano ) coule 
di Teinesvar, de, ihià.^ i S-jcin-S"., 
nouvelle édition augmentée, 1606, 
in-8°. Il avoue lui-même qu'il ne 
rapporlcque les belles qualités de son 
héros, et que s'il en a eu de mau- 
vaises, il les a cachées. Ainsi ce n'est 
point une histoire, mais un pané- 
gyrique. 1\ . In -veteres quosdam 
scriplores malevolos christiani nù- 
mijiis obtrectatores , libriu' , ibid. , 
I'J77 . in-ful. : ouviage trrs-îare et 
recherché, surtout en Allemagne. 
( F. Yogt, Catalog. hisioncc-criii- 



]\1EL 233 

eus. ) V. Discorso delV impossibiiilà 
delmoto perpetiio nelle cosecorml- 
tibili, ibid. , i583, in-8'>. YI. Dell' 
0]-i'^ine, azioni, e costumi , e lodi di 
Maiilda la ^ran conlessa dUialia, 
i! id., i58(), in-^*^.; dcui.iimeécl)f., 
iOof),mème format. Cette histoire 
de la comtesse Malhildc fut crifi- 
quéc assez vivement par D. Ii»'iioît 
Lucchiiîi . religieux, de la congrcga- 
lion du ]Mont-Cas!>in, qui publia eu 
1 5()'2 la Chronique de la même prin- 
cesse. Mcllini essaya de se justitier 
par une Lettre apologétique, etc., 
Florence, 1594 , in-4''. ; niais sou 
ouvrage n'en est pas moins oublié , 
ainsi que celui de son adversaire, 
depuis la publication des Mémoires 
de la comtesse Wathilde, par Fio- 
rentini ( /^. Fiorentim, XIV, i5.j). 
VII. Parva ; ac parva quœdaui 
opiiscula , ibid., 1609 : c'est un 
recur-il de lettres , et de morrrau\ l.t 
plupart ascétiques. Aîellini avait com- 
posé une Fie de Marsile Ficin ; 
mais elle n'a jamais été imprimée , 
et le manuscrit s'est perdu ( F. Fi- 
cin, XIV, 495 \ W— s. 

MELLO DÉ CASTRO ( Dom Ju- 
lio), saA'ant portugais, né à Goa, eu 
i658, était fils du vice-roi des Indes : 
destiné à l'état militaire , il fit ses 
premières armes en Asie, et , à son 
retour en Eiuope , chercha les occa- 
sions de signah'r son courage eu 
combattant les ennemis du Portugal. 
Dom Julio était du nombre des gen- 
tilshommes envoyés au-devant du 
duc de Savoie, fiancé à l'infante: 
mais des raisons de politique firent 
échouer ce mariage ; et D. Julio , 
après avoir visité l'Italie, revint à 
Lisbonne, résolu de s'appliquer sé- 
rieusement à l'éturle. Il avait alors 
vingt -quatre ans; il se fit agréger 
aux diiïe'rentes sociétés littéraires , 
oîi l'on adttira souvent la grande 



534 ^TEL 

f icilitc et la merveilleuse fccondité 
de son esprit. Il fut élu, en 1684 , 
pre'sideiit de la société dite dos gc- 
nerosos , et fut désigne l'un des 
premiers membres de l'académie 
portugaise, fondée , en 1716, pour 
maintenir la pureté' de la langue. 
Quelques années après , le roi 
(Jean V ) ayant formé une nouvelle 
académie pour travailler à Thistoirc 
générale do Portugal , Mcllo y fut 
admis , au mois de décembre 1 7'io , 
et cliargc de recueillir les monu- 
ments des règnes de Sanclie i'''. et 
Alphonse II, qu'il comptait parmi 
ses ancêtres. Son applicalion à l'his- 
toire n'avait point éteint en lui le 
goût de la poésie : il réussissait 
principalement dans le genre lyri- 
que j et l'on cite de lui des odes qui 
eurent le plus grand succès. Le nau- 
frage d'un bâtiment chargé de toutes 
ses richesses l'avait réduit à un état 
voisin de la pauvreté : une longue 
et douloureuse maladie serAit encoïc 
à fane briller sa résignation et sa 
piété; il termina sa vie le 19 février 
17 '21. On cite de cet écrivain : Les 
Eloges des illustres Portugais ; — 
une f'^ie du comte de Galveas, son 
oncle, restée imparfaite ; — plusieurs 
Pièces de vers , entre autres , un 
poème en deux mille strophes , qui 
contient la Vie de la Vierge, pour la- 
quelle il avait toujours eu beaucoup 
de dévotion. On peut consulter VE- 
loge de Mcllo , ])ar le P. Jos. lîar- 
bosa, clerc régulier, dans le tom. i'^''. 
des Méin. de Vacadém. royale de 
Vllist. portugaise. — François-Ma- 
nuel DE Mello, né à Lisbonne, en 
161 1 , après avoir servi avec dis- 
tinction , fut, par suite de quelques 
intrigues de cour , emprisonné pen- 
dant neuf ans dans le fort de Tores- 
Velhas. Son innocence ayant été 
rccunuue, il |)assa au Brésil, et^ 



MEL 

après divers voyages, revint dans sa 
patrie , où il mourut le 1 3 octobre 
1(366. On connaît de lui : T. Las très 
musas de Melodino, Lisbonne, 1 G49, 
in-4'^. ; réimprimé sous ce titre : 
Obras metricas , Lyon , i665 , 
in-4". , augmenté d'une deuxième 
partie. IL Epanophoras de varia 
I/istoria portugueza em cincorela- 

coens que conte m négocias pu- 

llicos , polilicos , tragicos , amo- 
rosos , helUcos , triumphantes , Lis- 
bonne , in-4''., iGOo, 1G76. — La 
généalogie de cette illustre maison a 
été publiée par Caramuel de Lobko- 
wil7, , eu un volume somptueusement 
imprimé sous ce titre : Excellentis- 
sima domus de Mello , etc., Lou- 
vain, 1G43 et iG53,iu-Iol. atlanl., 
avec portraits, W — s. 

MKLLOBAUDÈS, le plus ancien 
roi Franc qui soit nommé dans l'his- 
toire, ne se trouve cependant pas sur 
la liste (pie Trilhème a donnée, depuis 
l'an 44" avant J.-C, d'après l'an- 
cien historien Huuibaud ; mais Am- 
mien MarccUiu nous ap])reiid que , 
du temps de l'empereur Julien, il y 
avait plusieurs rois Francs , et l'on 
sait qucdiverses nations étaient com- 
prises sous ce nom. L'empereur Cons- 
tance avait un grand nombre de 
Francs dans sa garde, dont Mello- 
baudcs faisait partie, l'an 354 de 
J.-C, avec le grade de tribun, tribu- 
îius armalurururn. 11 le conserva 
sous les empereurs Julien , Jovien et 
\ alcntinien : à la mort de ce dernier , 
il se trouva revêtu de la dignité de 
commandant des gardes, cornes do- 
mesticorum ; et il était en même 
temps roi des Francs, Ce fut en celte 
dernière qualité qu'il défendit ses 
états contre M aérien , roi des Alle- 
mands. « Ce prince belliqueux ,»dil: 
Ammien Marcelin , en parlant de 
Meilobaudès , « dressa des embûches 



MEL 

» à son adversaire qiii y perdit la 
« vie. Un tel succès hii mérita la con- 
» fiance de Gratien, successeur de 
» Valeutinicn, qui l'associa au comte 
» Nannic'nus pour coraraauder son 
» arnicc contre les Lentions , nation 
» germanique , sur laquelle il rem- 
)) porta une victoire célèbre , l'an 
)) 378. On po. teà soixante-dix mille 
» le nombre des vaincus , et l'on dit 
» qu'il ne s'en échappa que cinq 
)) mille. » Ammien Marcciîin, qui 
vante le courage de ce Mcllobaiidès , 
et l'impatience qu'il avait de com- 
battre, le nomme cinq fois ; il écrit 
deux fois son nom Mellobaudès, et 
trois fois Mallobaudès , suivant la 
dernière édition l'evuc par le célèbre 
Hcyne : mais cet liistorien ne le con- 
fond jamais avec Mérobaudès , dont 
il parle aussi, et que l'abbé Dulfos a 
cru être le même personnage. {F. le 
consul Mérobaudks. ) F — a. 

MELMUTH ( William ) , juris- 
consulte anglais, né en i()C)(), pu- 
blia, conjointement avec Peere Wil- 
liam, la collection des Bapoorts de 
Vernon dans la cour de chancellerie, 
et se fit uiic réputation parle livre 
intitulé : Grande importance d'une 
vie religieuse. Walpole, dans ses 
Eojal and noble authors , attribue 
cet ouvrage au premier comte d'Eg- 
raont- mais ]Nichn|s ( Anecdotes of 
Bowjer) nous apprend qu'il est de 
Melmoth. On doit dire , comme une 
preuve de l'estime dont ce livre jouit 
on Angleterre , qu'après la mort de 
Melmoth il en a élé lire plus de cent 
mille exemplaires. Son (ils, dont 
l'article suit, a laissé des Mémoires 
sur la vie de son père, qui mourut le 
6 avril i-j 48. Melmoth était ûès bien- 
faisant, et joignait à beaucoup d'ins- 
truction une rare délicatesse de senti- 
ments. Après la révolution de 1688, 
il craignit d'engager sa conscience 



MEL 



235 



en prêtant le serinent de fidélité an 
nouveau souverain, et crut devoir 
considter, à ce sujet, M. Norris de 
Bemerton, qui jouissait d'une cer- 
taine célébrité; il en résulta une cor- 
respondance qui aétépubliéedansles 
Mémoires de Melmoth fils. Sans dou- 
te que les scrupules de Melmoth ces- 
sèrent , j)uisqu'il parut au barreau en 
i6<)3; ce qu'il ne pouvait faire sans 
prêter le serment de fidélité. — Mel- 
moth (William ). fils du précédent, 
naquit en i-yio. Elevé pour le bar- 
reau, il fut nommé, en i-jSG, com- 
missaire des banqueroutes , et passa 
néanmoins une grande paitie de sa 
vie loin des alfaircs publiques , soit 
à Shrevvsbury , soit à Bath, Il se fit 
connaître vers i'j4'-^iP''^rdcs Lettres 
qu'il publia sous le nom de Fit/, Os- 
borne, et qui furent admirées pour 
l'élégance du style et les excellentes 
observations qu'f lies conliennenlsur 
divers sujets de murale et de religion. 
On vient d'en donner une traduction 
française anonyme, Paris, i8).o, 
in-8''. En 17/17, il publia une Tra- 
duction des lettres de Pline ^ 1 vol. 
in-8".; elle est regardée comme une 
des meilleures traductions faites du 
latin en anglais. Melmoth traduisit, 
eu 1753, les Lettres de Cicéron à 
plusieurs de ses amis , ai'ec des re- 
marques, 3\o\. in-8". 11 avait, avant 
ce dernier ouvr.ige, fait une réponse 
à l'attaipie dirigée par Bryant , dans 
i*on traité De la vérité de la Beli- 
gion chrétienne, sur les remarques 
relatives à la persécution de Trajan 
contre les chrétiens de la Bithynie. 
Il fut aussi le traducteur des iraiîés 
de Cicéron , de Amicitid et de Se- 
nectule , qui parurent en 1778 et 
1777. Il les enrichit de remarques 
littéraires et philosophiques, dont 
le mérite a été apprécié. Dans Je j)re' 
mier il réfuta lord Shal'tesbury, qui 



23C 



MEL 



avait rp;^.'>rdé comme une omission 
que le christianisme ne donnât anciiu 
pre'ceple eu faveur de l'araitië , et 
Soame .Tenyns , qui avait représente' 
cette omission comme une ])reuve 
de son origine divine. La dernière 
publication de Melniotli fut les Me- 
nu. ires de son ])cre. Il mourut à 
Batli , le ifj mars 1799, «îge de 
89 aus. Warfon, ilans une note sur 
les ouvrages de Pope , regarde la 
traduction de Pline comme élant 
du petit nomhre de celles qui ont le 
mieux, rendu l'original. Bircli, dans 
sa Vie de Tillotson , fait la même re- 
marque; cl cependant RIcImotli avait 
critique' se'vèrement le style de Til- 
lotson. On peut ajouter aux ou- 
vrages de Welraoth , que nous avons 
cites , des essais poétiques insérés 
dans les poèmes de Dodslcy , Sur la 
vie active et retirée , et La méta- 
mvrj/ho.se de Lycnn et Evphonniiis ; 
un Conte et une Epitre à Sapho, in- 
sérés dans le poème de Pearcli. 
D— z— s. 
MÉLO, puissant citcyeu de Bari, 
fut l'auteur de la révolution qui, en 
10 10, chassa les Grecs de l'AppuIie, 
et y a]ipcla les INormands. Il était 
d'origine lon'barde, c» , suivant Léon 
d'Oslicil passait pour le premier et 
le plus considéré parmi les sujets des 
Grecs, non-seulement à Bari, mais 
dans toute rA]ipulic. Il ne put sup- 
porter l'insolence et les vires des 
catapans que les empereurs de Cons- 
tanlinoplc envovèrent pour gouver- 
ner sa patrie. De concert avec Dalto, 
son beau-frère, il fit, en 1010, ré- 
volter toute l'Appulie. Les empc' 
reurs Basile et Constantin envoyèrent 
en Italie, pour soumetlreles révoltés, 
des troupes qui formèrent le siège 
de Bari. Apres un mois de résisl.mce, 
les habitants, dégoûtés des fatigues 
de la guerre, parlaient de se rendre 



MEL 

et de livrer Mélo aux ennemis. Ce- 
lui-ci s'échappa avec Datto, son 
beau-frère : il soutint un nouveau 
siège dans Ascoli; après quoi il se 
réfugia auprès des princes de Salerne 
et de Bénévent , dont il demanda vai- 
nement l'assistance. Enfin, en lOiO, 
il rencontra, au moni Gargano, une 
petite troupe de Normands , qui y 
étaient venus en pèlerinage : il leur 
peignit l'Appulie comme une terre 
promise , dont leur valeur les ren- 
drait maîtres en peu de temps. Ces 
pèlerins retournèrent en Norman- 
die, pour y rassembler de nouveaux 
aventuriers. Tons ensemldc revin- 
rent, en 10J7; Mélo leur fournit 
des armes, et les conduisit contre 
le catapan d'Ap])uIie , i(u'il vainquit 
dans deux combats. L'année suivan- 
te, il eut encore des succès contre Bu- 
giano, le nouveau général des Grecs j 
mais, en 1019, il fut battu à Cannes. 
De deux fent cinquante Normands 
qui formaient le noyau de son ar- 
mée, il n'en demeura pas dix en vie; 
et d:ins ])cu de temps il perdit tou- 
tes ses conquêtes, qui s'étendaient 
jusqu'à Téano. N'ayant pu obtenir 
des secours des princes de Salerne 
et deCapoue, il passa en Allemagne, 
auprès de l'emper -ui Henii II, qu'il 
sollicita de défendre celte frontière 
de l'cmpiie d'Occident contre les 
Grecs. Mais avant qu'il en pût rece- 
voii* l'assistance qui lui était promise, 
il mourut à Bamberg, en ic^o. 
S. S— I. 
INÎELON (Jean-François), né à 
Tulle, d'une famille de robe, songea 
d'abord à suivre le barreau, et vint 
s'établir à Bordeaux. Son goût pour 
les sciences le mit en relation avec 
tous les gens de lettres de cette 
ville. Il devint l'amc de leur réunion; 
et ce fut à sa sollicitation que le duc 
de La p'urce se déclara !e protêt leur 



^e rrltc sociëto, qui fut erigcV rn 
académie, par Icllics-patcnlcs du 1 2 
septembre i-j l'ji. Melon en fut non- 
iné secrétaire perpétuel. Lorsque le 
duc de La Force fut appelé au conseil 
tk's finances, sous la régence, il fît 
venir auprès de lui Melon , qui tra- 
vailla ensuite avec M. d'Argcnson , 
fut inspecteur -général des fermes à 
Ijordeaux, re\iul à Paris, et fut suc- 
cessivement premier commis du car- 
dinal Dubois , de Law, et secrétaire 
du re'i^cnt. Le Mémoire de Boindin , 
y»OMr servir à l'histoire des couj.lcts 
de 17 10, attribués faassnaeat à 
M. lidiiiseau, publie en \']j:>., dit 
que Melon était associe de Malafaire, 
petit marchand i'oaillicr. Ce n'est pas 
la seule erreur de ce Mémoire. Melon 
jnourutàPari5,lc24)anvieri738.0u 
a de lui : L Mahmoud le Gasnevide , 
histoire orientale, fragment traduit 
tle l'arabe, avec des notes. i7'iC), 
in-S^.; Rotterdam, 1730, in-ï-i et 
in-8". C'est , dit Leuglct-Diifresnoy, 
une histoire allégorique de la ré- 
gence. \l. Essai politique surle com- 
merce, 1734 . in-ia, de 273 pages, 
divise en 1 8 chapitres ; seconoe édi- 
tion augmentée de sept chapitres ; 
17 30, in- 12; reimprime eu 1761. 
« C'est, (Ut Voltaire, l'ouvrage d'un 
» homme d'esprit, d'un citoyeu , 
)r d'un philosophe ; et je ne crois 
V pas que du temps même de M. 
» Colberl, il y eut en France deux 
» hommes capables de composer un 
y> tel livre. Cependant il y a bien des 
)> erreurs dans ce bon ouvrage; tant 
» le chemin vers la vérité est dilti- 
» cilo. )) La lettre dans liquelle Vol- 
taire porte ce jugement, fut écrite eu 
1 738, et a depuis e'te refondue avec 
une autre. Eu les réunissant, on leur 
a donne le titre ''de: Observations 
sur MM. Jean Law , Melon et Du 
Tvtj etc. j et cet opuscule fait partie 



MEL 237 

de la section de Politique et Légis- 
lation, dans les œuvres du philoso- 
phe de Ferney. Du Tut avait publie 
des Réjlexions politiques sur les fi- 
nances et le commerce , 1 738, •/. vol. 
in- l'x, dans lesquels il combattait 
«juclques opiuionsde Melon. Voltaire, 
dans un autre endroit {Précis du 
siècle de Louis XF , chap. m ) , 
appelle Melon esprit syste'iualique, 
très éclaire, mais chimérique. Eu- 
fin l'année suivante ( 1770), dans 
ses Questions sur V Encyclopédie, W 
rap])ellc encore , « le livre aussi 
» petit que plein, de M. Mçlon, le 
» premier homme qui ait raisonne 
» en France, 'par la voie de l'im- 
» primerie, immédiatement après la 
» déraison universelle du système 
» de Law. » Les principes de cet éco- 
nomiste ont trouvé d'autres con- 
tradicteurs ( f'oy. (iERDIL, XVJf, 
19 i ). IIL L.ettre à madame la 
comtesse de Ferme, sur l'apologie 
du luie ; imprimée dans l'édition 
des OEuvrés de Foltaire, à la suit • 
du Mondain , satire en vers , dont 
elle est l'éloge. IV. Notice sur l'abbé 
de Pons, à la tèle des OEiivres do 
cet auteur, dont Melon fut éditeui" 
( r. Poivs ). A. B— T. 

MELOT (Anicet), savant mo- 
deste et laborieux, ne à Dijon en 
1697 , fit ses premières études dans 
sa j>atrie,et eut le bonheur de comp- 
ter parmi ses maîtres le P. Oudin , 
qui devina ses talents, et chercha 
inutilement à l'attirer dans la société 
des Jésuites. Lorsqu'il eut termliui 
ses cours de philosophie et de théo- 
logie, il fut conduit par son père à 
Paris, au collège de Sainte-Barbe , où 
il trouva de nouveaux motifs d'éam- 
lalion : il fut ensuite admis au séini- 
naire des Trente- Trois, et il en sortit, 
à l'âge de vingt quatre ans, avec une 
connaissance assez étendue de toutes 



u38 



MEL 



les sciences qu'on enseignait alors 
dans les collèges. Oblige' de se créer 
des ressources , il se chargea de l'édu- 
cation de quelques jeunes gens, et sut 
mettre à profit ses loisirs pour perfec- 
tionner la sienne. Il acquit une con- 
naissance aprofondie des mathé- 
matiques , sans que les hauteurs de 
celte science pussent concentrer les 
faculte's de son espiit; il aimait, au 
contraire, à les porter sur les diffé- 
rentes branches de l'érudition, où 
ses travaux s'éclairaient de la diver- 
sité de ses études. Il possédait déjà 
le grec, le latin et l'hébreu : il ap- 
prit l'italiou et l'anglais, afin de pou- 
voir lire les bons ouvrages écrits dans 
ces deux langues; et il s'applicpia en 
mt'me temps àla juiisprudence, où 
il fit de rapides progrès. Il avait été 
reçu avocat au parlement ; mais il 
retourna , en i-jSi , à Dijon , pour 
donner des soins à son vieux père , 
veuf et pi'ivé de ses autres enfants. 
Après lui avoir rendu les derniers 
devoirs, il revint à Paris, et se lo- 
gea au collège de Reims , afin de 
pouvoir subsister de son modique 
revenu. Il fut admis en i-jSSà l'aca • 
demie des inscriptions, sans avoir 
sollicité cet honneur ; et il succéda , 
en 17/}! , à l'abbé Sévin,dans la 
place de conservateur de la biblio- 
thèque du lloi. Les devoirs que lui 
imposait cette place étaient des 
plaisirs ; il les remplit avec une ar- 
deur qui ne lui permit pas de s'aper- 
cevoir que l'excès du travail altérait 
sa santé. Une attaque d'apoplexie 
l'enleva aux lettres le 20 septembre 
1 759 , à l'àgc de 62 ans. Il a publié 
le Catalogue des manuscrits , 1 789- 
1744, 4 vol. in-fol. ( le i«"^. avec 
Fourmont ) , et a rédigé le sixième 
volume du Catalogue Ces livres 
imprimés de la bibliothèque du 
Roi , coutenaut le droit canonique. 



MEL 

lia eu part, avec Sallier et C.ape- 
ronnier, à l'édition de V Histoire de 
saint Louis , par Joinville, faite sur 
nn ancien manuscrit, et a composé 
le glossaire des mots devenus inin- 
telligibles pour le commun des lec- 
teurs {F. JolNVlLLE, XXI, (300). 

Enfin on a de lui : Plusieurs Mé- 
moires dans le Eecueil de Vaca- 
déniie des inscriptions. — Réciter - 
ches sur la vie d' Archimède , pour 
servir à l'histoiredes mathématiques, 
t. XIV. — Dissertation sur la prise 
de Bomcpar les^ Gantois, tom. x\. 
Il y fait voir, contre l'assertion de 
Tite-Live, que le Gapitole céda, 
comme la ville de Rome , aux armes 
gauloises. — Mémoires sur les révc- 
lutions du commerce des îles Bri- 
tanniques, dcj^im les temps les plus 
anciens jus([u'àl'expéditioiule Jules- 
César, tom. xvi , xviii et xxiii. On 
trouvera V Eloge de Molot, par Le 
Beau ,dans le même Eecueil. t. xxix. 
W— s. 
MELUN (Charles di: ) , seigneur 
de Normanville, et grand-maître de 
France, issu de l'une des plus il- 
lustres maisons du royaume, paivinf, 
au commencement du règnede Louis 
XI, au plus haut degré de la faveur et 
delà puissance, lls'adonna tellement 
au plaisir et à la mollesse qu'on l'ap- 
pelait le sardanapale de son temps. 
Il était gouverneur de Paris et de la 
Bastille, lors delà guerre du Wenpw- 
blic ; sa conduite, dans ces circons- 
tances délicates, lui fit perdre la con- 
fiance du soupçonneux monarque. 
Après avoir commis l'imprudence de 
s'opposer à une sortie que le maré- 
chal de Lohcac voulait faire penilant 
la bataille de Montlhéri , il ne sut 
pas empêcher l'évêque et d'autres 
habitants d'entrer en négociation 
avec les chefs de la ligue, en l'ab- 
seuce du roi. On remarqua encore 



]\1EL 

que les portes de la Bastille étaient 
restées ouvertes, du côte delà cam- 
pagne, pendant une attaque des as- 
sic'geaiils ; et l'on s'aper(;ut même 
que l'artillerie de celle forteresse 
avait e'te enclouce. Louis XI , qui 
se trouvait alors environne d'enne- 
mis et dans un extrême embarras , 
dissimula son ressentiment, et se con- 
tenta de priver Mclun de ses emplois. 
Celui-ci se retira dans ses terres, et 
crut que sa disgrâce se bornerait à 
celte privation; mais Louis XI ne 
pouvait oublier de pareils torts: il 
fit reclicrclier ])lus tard, de la ma- 
nière la plus scriipu'euse, tontes les 
fautes de son ancien favori ; el il ré- 
sulta de celte enquête que Melun avait 
entretenu des liaisons secrètes avec 
les chefs de la ligue, et siutout avec 
le duc de Bretagne. Le cardinal La 
Balue, qui lui devait sa fortune , se 
montra un des plus acharnes à le 
poursuivre. Enfin le terrible prévôt 
Ti istan eut oidre de Tarrêlcr, et de 
l'enfermer dans le château Gaillard, 
en Normandie: son procès fut ins- 
truit; et, comme il refusa d'abord 
d'avouer ses torts, on lui fit subir la 
question. Interrogé sur ses relations 
avec les princes ligués , il déclara 
qu'il eu avait reçu raiitorisatiou du 
roi. Cette réponse obligea les com- 
missaires à consulter le monarque ; 
mais Louis XI répondit qu'il n'avait 
jamais donné de semblables autorisa- 
tions, et que depuis long-temps il était 
fort mécontent de Melun. Ce fut pour 
celui-ci un arrêt de mort; on le con- 
duisit sur la place du petit Aiideii , 
où il eut la tête tranchée ( 20 août 
1468 ). Un auteur contemporain as- 
sure que le bourreau le manqua au 
premier coup, et qu'ayant le col à 
moitié coupé il se releva , et dit tout 
haut qu'il n'avait pas mérité la mort, 
mais que puisque c'était la volonté 



MEL :i3c) 

du roi, il la prenait en gré; qu'après 
ces mots il se remit à genoux et re- 
çut le coup mortel. Ses biens furent 
confiî^qncs ; et la plus grande partie en 
fut restituée au comte de Dammar- 
tin, dont il avait lui-même recueilli 
les dépouilles de la manière la plus 
scandaleuse lors de la disgrâce de ce 
général. La famille de Charges de 
Melun existe encore dans la per- 
sonne du vicomte de Melim, baron 
de Brumetz. IM. de Melun , dont le 
niaiiage secret et la juort tragique 
ont fourni, à madame de Genlis, le 
sujet de sa Nouvelle historique de 
Mademoiselle de Clermont , ap- 
partenait également à cette maison. 
M— D j. 
MELVIL ( Sir Jacques ) , histo- 
rien, descendait d'une famille hono- 
rable d'Ecosse, et naiput à Halhill , 
dans le Fifeshirc, en i534- Lois- 
(pi'il eut atteint l'âge de quatorze 
ans, la reine régente d'Ecosse char- 
gea Jean de Montluc , évêque de 
Valence , et ambassadeur de France , 
de l'emmener dans ce pays pour être 
})lacé en qualité de page, auprès de 
sa (ille Marie, a'ors promise au Dau- 
phin. Arrivé à Paris , Montluc mit 
le jeune Melvil dans une pension , et 
lorsque son éducation fut terminée , 
il le décida à entrer au service du 
connétable de IMontmorenci, ( 1 54o), 
qui le demanda à la reine, d'après la 
haute idée qu'il avait conçue de ses 
talents. Melvil resta auprès du con- 
nétable pendant neuf années; et il fut 
initié dans tous les secrets de l'État ; 
il l'accompagna dans toutes ses expé- 
ditions . et fut blessé à ses côtés a la 
bataille de Saint - Quentin. Peu de 
temps après , Melvil, auquel le con- 
nétable avait fait accorder une pen- 
sion du roi . avant été chargé d'une 
cosse, et trouvant a sou 
retour son protecteur disgracié, de- 



•2\0 



]\IEL 



manda un congé pour voyaîjer. Il se 
rendit en Allcniague, où il fut retenu 
par l'élecleur Palatin , qui le garda 
à sa cour pendant trois ans , et lui 
confia diliéreules missions. Après 
ce temps , Mclvil poursuivant son 
dessein de voyager , visita Venise , 
Rome , et les plus fameuses villes 
d'Italie. 11 retourna par la Suisse à 
la cour de l'électeur , y trouva des 
ordres de la reine Marie, qui avait 
pris possession de la couronne d'E- 
cosse , après la mort de François II 
sou mari, et il partit pour aller la re- 
joindre. Catheiine de Medicis Lii of- 
frit , à la même époque, la place de 
geutilliomnie de la chambre du l'oi, 
avec une forte pension pour résider 
à sa cour , parce qu'elle croyait de 
son intérêt de se mettre bien avec les 
princes protestants d'AiIcmagne , et 
qu'elle savait que Melvil était, par ses 
liaisons avec eux , la personne la plus 
capable de réussir : mais il refusa 
ses olFrcs. A son arrivée en Ecosse , 
en i56i , il fut nommé conseiller 
privé et gentil homme de la cham- 
bre de la reine , et fut employé par 
elle dans les affaires les plus délica- 
tes , jusqu'à l'époque de la malheu- 
reuse détention de cette princesse à 
Lochlcven. IL s'acquitta de toutes ces 
fonctions avec autant d'intelligence 
que de fidélité; et, d après ce qu il 
rapporte lui même , on peut penser 
que si elle avait suivi ses avis , elle eût 
évité une partie des malheurs qui l'ac- 
cablèrent. Melvil entretint une cor- 
respondance en Angleterre, en faveur 
du droit de Marie à la succession de la 
couronne de ce rovaume; mais après 
la découverte du funeste attachement 
de la reine pour Bothvvell , qu'elle 
épousa après l'assassinat de son mari, 
il crut devoir lui adresser les remon- 
trances les plus fortes. Non-scule- 
mcut elle les dédaigna , mais elle les 



MEL 

communiqua à Bothwell ; ce qui ren- 
dit les tentatives de Melvil iiuiti.'es, 
elle força de s'évader pour échapper 
à îa fureur du nouveau roi. Il ob- 
tint ensuite la confiance particu- 
lière des quatre régents qui gouver- 
neront successivement le royaume, 
et fut chargé par eux des négocia- 
tions les pins importantes , malgré 
le tort qu'il avait à leurs yeux de 
s'èli'c déclaré pour Jacques \ I , après 
l'emprisonnement de Marie. Lors- 
que ee prince prit en main les rênes 
du gouvernement, Melvil lui fut spé- 
ci'.lement recoinmaudé par la reine, 
alors prisonnière en Angleterre , 
comme un homme très-fidèle et ca- 
pable de lui rendre de bons services. 
En conséquence, Jacqiicsle fit mem- 
bre de sou conseil privé , gentil- 
homme de sa chambre, etc. ÎVIclvil 
conserva toujours sa faveur auprès 
du roi, qui, désirant l'emmener avec 
lui en Angleterre , à la mort de 
la reine Elisabeth , lui prom.it im 
avancement considérable : mais trop 
avancé en âge et voulant se retirer 
des affaires , il pria sa Majesté de 
l'excriser. Il crut devoir néanmoins 
oliïir ses hommages à ce souverain, 
et se rendit en AngleteiTe , ou il fut 
bien accueilli. Il retourna ensuite en 
Ecosse, et mourut bientôt après en 
I Go6. Ses Mémoires furent tronvés 
dans le château d'Édinbourg , en 
i()6o, mais en assez mauvais état. 
Ils passèrent entre les mains de sir- 
Jaiues Melvil d'Halhill, son petit-fils, 
qui les remit à George Scott. Celui- 
ci les pulîlia en i68i , in-fol. , sous 
le titre de Mémoires de Jacques 
Meli>il d'Halhill, contenant un récit 
impartial des événements les plus 
importants du dernier siècle, plus 
particulièrement relatifs aux royau- 
mes d' Anglet en e et d' Ecosse^ sous 
les règnes d Elisabeth j de Marie, 



MEL 

reine d'Ecosse, et du roi Jacques; 
dans toutes lesquelles ajfaires l'au- 
teur a personnellement et publique- 
ment participé. Maigre quelques er- 
reurs qu'il faut attribuer à l'âge 
avance' de l'auteur , ces Mémoires 
sont très-estirae's. Ils ont été souvent 
rcimprirae's , et traduits en fran- 
çais , par G. D. S. , la Haye , 1694? 
2 vol. in-i'i, et Paris , itigS, 1 vol. 
in- 18. D — z — s. 

MELYILLE ( Henri Dundas , 
vicomte ) , homme d'ctat anglais , 
naquit vers l'anncc i74i' I^ descen- 
dait d'une branche cadette de la fa- 
mille écossaise deDundas, el était le 
phis jeune fils de Robert Dundas , 
lord-pre'sident de la cour de session , 
en Ecosse. Élevé à l'miiversilé d'E- 
dimbourg, et destiné à suivre la pro- 
fession d'avocat , il fut admis membre 
de la faculté de droit, en 1763, et 
se fit bientôt distinguer au barreau, 
où ses talents lui obtinrent une clien- 
telle considérable. Après avoir été 
assesseur des magistrats d'Edim- 
bourg, il devint successivement avo- 
cat-député et procureur-général d'E- 
cosse. En 1773 , sous l'administra- 
tion delordiNorlh , il succéda à James 
Montgommery dans l'emploi de lord 
avocat d'Ecosse , qu'il conserva jus- 
qu'en 1783. En mars 1777, il avait 
été nommé garde-adjoint du sceau 
{signet) d'Ecosse. Depuis sa nomi- 
nation à l'office de lord avocat , il 
cessa de fréquenter le barreau , et se 
consacra tout entier aux. affaires pu- 
bliques. Il fut choisi pour représenter 
au parlement la ville d'Edimljourg , 
qui le nomma constamment jusqu'à 
ce qu'il fut élevé à la pairie. Porté au 
parlement , dans l'origine , par le 
parti de l'opposition, il ne tarda pas 
néanmoins à se joindre à celui du mi- 
nistère , et devint un des plus zélés 
défenseurs des mesures de lord North 
xxviit. 



MEL 241 

pendant la guerre d'Amérique. Quoi- 
qu'il soit rare de voir les orateurs 
du baireau briller à la chambre des 
communes , Dundas , qui n'avait pas 
borné son éducation à l'étude des 
lois et à la connaissance de leurs mi- 
nutieuses pratiques, parut avec éclat 
dans l'assemblée de la nation. Il y 
parla fréquemment; et malgré un 
débit sans grâce, et son dialecte pro- 
vincial, il fut toujours écoulé avec la 
plus grande attention, à cause de sa 
manière claire et précise d'exposer 
les faits , et de la vigueur de son ar- 
gumentation. Lorsque la chute du 
ministère de lord North fut regardée 
commeiuévitable , Dundas résolut de 
se rendre si complètement maître de 
quelqu'une des grandes branches de 
l'administration , que , quelque chan- 
gement qui survînt, son secours fût 
jugé trop important pour être dédai- 
gné, et son opposition trop redou- 
table pour être provoquée. Il s'at- 
tacha donc à connaître à i'^^nd les af- 
faires de l'Inde, qui occupak-nt tous 
les esprits depuis les revers éprouvés 
par les Anglais dans l'Amérique scjv 
tenfrionale ; et il se fit nommer pré- 
sident du comité secret, qui avait été 
élu sur la proposition du ministère 
lui-mêjue, pour rechercher les causes 
de la guerre du Carnate , et de la si- 
tuation défavorable des possessions 
britanniqiiesdans cette contrée. Quoi- 
que le rapport qu'il fit sur ce sujet ne 
pût faire passer le bill qu'il proposa , 
il n'en laissa pas moins daus les es- 
prits une haute idée de ses talents; et 
il fut recherché par les divers minis- 
tères qui succédèrent à celui de lord 
North. En I78'2, il fut admis au 
conseil privé, et nommé trésorier de 
la marine, sous l'administration de 
lord Shelburne , depuis marquis de 
Lansdowne; et il continua d'exercer 
cet emploi et de défendre les mesures 



24^ 



MEt 



du gouvernement jusqu'à la dissolu- 
tion de ce ministère. Il fut sans em- 
ploi peudaut la courte administra- 
tion , dite de la coalition ( i ) , et pa- 
rut au premier rang des adversaires 
du fameux bill de l'Inde {East-In- 
dia bill) , mesure qui occasionna le 
renversement duparli qui l'avait pro- 
posée. Dimdasdéploya, dans cette cir- 
constance me'moraLle , une connais- 
sauce profonde des afl'aircs de la com- 
pagnie des Indes-Orientales, résultat 
de ses longues études et de ses labo- 
rieuses recherclies. Dans le mois de 
décembre 1783, William Pilt élant 
devenupremier ministre , Duudas fut 
rappelé au poste qu'il avait précé- 
demment occupé, et fut nommé en 
même temps président du corps du 
contrôle , sous le nouveau système 
adopté pour l'Inde. Il prouva sa re- 
connaissance au premier ministre , 
en se montrant l'ardent défenseur de 
son administration. lieu donna sur- 
tout des preuves, lorsqu'en i -88 , la 
maladie mentale du roi fit mettre su v 
le tapis l'importante question de la 
régence, qu'il concourut à faire reje- 
ter. Les services qu'il avait rendus 
firent ajouter à ses nombreuses places 
celle de principal secrétaire -d'état 
pour le département de l'intérieur 
( 1 791 ). Il en i-eraplit les devoirs avec 
autant d'énergie que d'baljilcté. Ou 
lui attribue le système des volon- 
taires, qui conti'ibua à élever l'es- 
prit public en Angleterre, pendant 
une époque remplie de ditilcultés 
et de dangers. Par un nouvel ar- 
rangement avec le parti Whig , le 
duc de Portland ayant été admis 
dans l'administration (1794), Duu- 
das lui résigna le département de 
l'intérieur, et devint settétaire d'état 



[\) On* l'appeliiil ainsi parce qu'elle était formée 
Je la réunion des partisans de F»» et de ceux de lord 
Norlb, auparaYitnt adversaires pruiioiiccs. 



de la guerre. Il était aussi , à cetl« 
époque, lorJ du sceau-privé et gou- 
verneur de la banque d'Ecosse. Dun- 
das exerçait, dans son pays natal , un 
patronage tellement étendu , que per- 
sonne peut-êtreavantlui n'avait obte- 
nu autant d'influence: des esprits exer- 
cés la regardaient même comme très- 
dangereuse dans les mains d'un seul 
particulier. Pendant plusieurs an- 
nées , il fut l'ami intime et le coad- 
juleur de Pitt , et prit une part active 
dans toutes les mesures importantes 
de son administration. Les détails de 
ces mesures et de la conduite de Duu- 
das, à cet égard, appartiennent plu- 
tùt à riiistoire du temps qu'à une 
notice biographique : nous devons 
nous borner ici à tracer sommaire- 
ment les événements de sa vie , et les 
traits les plus marquants de son ca- 
ractère (i). Lors de la retraite de 
Pilt , en 1 80 1 , Dundas résigna aussi 
ses emplois. Eu 180a , sous l'admi- 
nistration de M. Addington, depuis 
lord Sidmoutb , il fut élevé à la pai- 
rie, avec les titres de vicomte Ptlel- 
viile {'ï) et de baron Dundas. Le der- 



(i) N(--us croyons devoir cependant rappeler ici en 
peu de mois les principales mesures anxqiiellrs il 
coopéra. Dans les commeiiceiuents de la révnluti'>i» 
de France . il combattit avec talent l'opposiliou dans 
tontes les discnssions auxquelles donna iica la guerre 
contre ce pays; il, défendit ensuite les juj^emcnls de 
la lïanle-cour d'Ecosse-, qui condamnaient Tbomas 
Muir, Margarnt et autres rehelles. Il déilara , en 
jauvier 1796 , qu'il n'avait iamais entendu qu'on for- 
çât la France à rétablir la nionarcbie ; mais bieu '1 
ce qn'on la réduisît de maniiîre à pouvoir trîiiler 
avec elle conformera' ut à l'ancien système politique 
de i'Eurnpe. Il fit , en irp7 ', une violente sortie cen- 
tre les cbibs anglais ; il < oulrîbna , en 1799, à la r'-u- 
nion parlementaire de rirlaode , et provoqua des 
mesures sévères contre le parti q»i prenait le t"t[-e 
ajiiuiidnii-unis. En 1800, il défendit l'expédiliou 
de Hollande, attaquée par Sberidan , et observa , re- 
lativement aux affaires de France , que depuis le i8 
brumaire ( 9 novembre iy09 ), les personnes seules 
avaient changé ; mais que les principes revolutiori- 
Daires dominaient lou'|Ours dans ce pays. Quelque 
temps après , il insi.^fa au parleiuent pour le maintitu 
de l'alliance avec l'Autriche , et réfuta les ob)ections 
du parti de l'opposition contre les expéditions du Fé- 
rol et de Cadix. 

C?.) Miss Renni , qu'il avait épousée peml-nit qu'il 
exerçait la profession d'avocat, était Uerit.iire de L» 



\)îcr poste qu'il occupa dans la liante 
ailmiuislralion , i'ut celui de premier 
lord deraiJiirau'e', aiujuc! il fut éle- 
vé , à 1;; place de lord Saint-Vincent , 
lorsque Pitt prit les rênes du gou- 
vonicincnt, en 1804. Ce fut dans 
l'administration dji département de 
la marine, que Melville encourut 
lie ï^raves reproches sur l'emploi 
des deniers ])ublics restes dans ses 
mains; ce qui donna lieu à sa mise 
en jugement , devenue une cause cé- 
lèbre par les circonstances (pii l'ac- 
compagnèrent, et par les talents de 
ses adversaires et de ses defenseuis 
( Fox et Pitt ).' Accusé de malversa- 
salion devant la chambre des com- 
munes, il fut d'abord oblige de rési- 
gner tous ses emplois, et fut rayé de 
la liste des conseillers du roi , quoi- 
que vivement défendu par Pitt. Touie 
l'influence de ses amis se réduisit à 
empèc'Lcr qu'il ne fût jugé par les 
tribunaux ordinaires. Tiaduit , eu 
conséquence, devant la chambre des 
pairs , en avril 180G, il fut acquitté 
le l'i juin, à une assez grande majo- 
rité. Il repi'it sa place dans le conseil 
privé; mais il n'occupa plus d'em- 
ploi. Il prit quelquefois part aux 
débats de la cLarabre des paiis : eu 
1807, il parla contre le bill d'éman- 
cipation des catholiques , et s'ap- 
puya de l'autorité de Pitt, qu'il nom- 
mait 50rt étoile polaire. Trois ans 
après, il présenta une motion pour 
recommander rem])loi d'une nou- 
velle espèce de vaisseaux de trans- 
port armés ( troop-ships ) , pour l'u- 
sage des troupes. Depuis cette épo- 
que, lord Melville, qui résidait pres- 
que toujours en Ecosse, ne parut 
plus sur la scène politique. 11 mourut 
subitement dans la maison dcRobcrt 



tprre de T^lelville ,' dont il prit le uom lorsqu'il fut 
nuiiuijL pair. 



MEL 2 J3 

Blindas , son neveu , lord premier 
baron deréchiquier,le 27 mai 1811, 
Un attribua sa iîn à la douleur qu'il 
ressentit de la perte de son ancien 
ami, le président Blair, qui précéda 
la sienne seulement de peu de jours. 
Lord î^felville était d'une taille éle- 
vée et bien proportionnée, et d'uue 
constitution robuste. Dans sa vie po- 
litique, il se fit remarquer par une 
grande capacité dans les affaires, par 
l'attcnfioii infatigable qu'il apportait 
aux moindres détails des mesures 
adoptées par le gouvernement, et 
par une conduite ferme et décidée. 
Pendant qu'il exerçait les emplois de 
trésorier de la marine et de premier 
lord de l'amirauté, on lui attribua 
de grandes améliorations dans l'in- 
térêt du service , })articulièrement 
en ce qui concerne le ])aiemeut dis 
gages des marins , qui furent ac- 
([uittés depuis avec une grande régu- 
larité. Dans le parlement , il avait 
une éloquence claire, précise et vi- 
goureuse; c'était celle d'un orateur 
qui joignait, à des talents naturels du 
jjremier ordre, un goût épuré par 
l'étude des classiques et beaucoup 
d'instruction : ses discours produi- 
saient l'cflet qu'il en attendait, plu- 
lot par la force du raisonnement et 
l'assurance avec laquelle il émettait 
son opinion , que par les formes ora- 
toires ou les grâces du style ; car il 
semblait mépriser les ornements de 
l'éloquence, et aimait à frapper, dès 
le début, son auditoire, de l'objet qu'il 
avait en vue. Le pouvoir politique 
était sa passion; et le tourbillon des 
affaires publiques était l'élément dans 
lequel il aimait à se mouvoir. Dans 
la vie privée, lord Melville était gai, 
aimable, peut-être un peu trop pro- 
digue d'argent : il aimait à rendre 
service , et savait consci'ver ses nom- 
breux amis. Il est auteur de plu- 
iG.. 



244 



]MEL 



sieurs brocliures poliliqnes , qui se 
font remarquer par beaucoup de 
bon sens et une profonde connais- 
sance des affaiies : 1. Substance d'un 
Discours prononce, le 23 avril 1 793, 
dans la chambre des communes ,^'«r 
le Gouvernement anglais elle Com- 
merce dans les Indes- Orientales , 
Londres, i8i3, in-S". IL Lettre 
au président de la cour des direc- 
teurs delà compagnie des Ini^les- 
Oricnfal' s , Sur le Commerce libre 
avecV Inde, honAvQS, i8i3, in-8°. 
IIL Lettre au très-lionorablc Spen- 
cer Percerai , Sw^ V Etablisse mont 
d'un arsenal nrn'al à Xorth-jlcet , 
Londres, 1810, in-4°. 1^ — z — s. 
MEMMI (Simon ). F. Martini. 
MEMMO : Tribuno ) , dof;e de 
Venise, succéda, en 979, à Vital 
Candiano ; il était riche, mais peu 
propre à gouverner. On vit éclater 
sous son règne les factions des Calo- 
prini et des Morosini ; il seconda les 
premiers , et alluma ainsi une guei re 
cinlc dans Venise. Mcmmo fut sur 
le point d'attirer aussi contre les 
Vénitiens lfs armes d'Otbon II , la 
faction qu'il persécutait ayant re- 
couru à cet empereur; mais la mort 
d'Othou , en 983 , sauva la républi- 
que de cette attaque d -ngereusc. Le 
doge cependant parut alors avoir 
changé de parti : c'étaient les Calo- 
prini qui étaient exilés à celte épo- 
<pie; et lorsqu'ils fuient rappelés, 
en 988, trois d'entre eux furent as- 
sassinés par ordre du doge. Tribu- 
uo Memmo mounit en 991 , peu re- 
gretté des Véniliens.Pierie Orséolo II 
lui succéda. S. S — i. 

MEMNON, célèbre général Perse, 
était ficre de Mentor, de Rhodes , 
qui livra la ville de Sidon à Artaxer- 
cès-Ochus, et l'aida ainsi à se rendre 
maître de la Phénieir". ( F. Arta- 
XERCÈs, II, 5440 Memuon avait pris 



part à la révolted'Artabazc, son beau- 
frère, contre Ochus , et s'était réfu- 
gié avec lui dans la Macédoine. Men- 
tor obtint sa grâce , et le fit venir 
à la cour d'Ochus , qui lui donna de 
l'emploi dans ses troupes. Il conti- 
nua de servir sous Darius , qui lui 
confia le commandement de toute la 
cote ile l'Asie. A l'approche d'Alexan- 
dre, il conseilla a Darius de ne point 
hasarder un combat dont le succès 
était incertain , mais de se retirer de- 
vant l'ennemi , en ruinant le pays afin 
de lui ôter les inoyens d'y subsister. 
Cet avis si sage fut écarté par les au- 
tres généraux , qui reprochèrent à 
Momnon de vouloir traîner la guerre 
en longueur , pour se rendre néces- 
saire. Les Perses furent défaits au 
passage duGrauique, comme l'avait 
prévu Memnon : après avoir com- 
battu avec courage dans cette fatale 
journée, il se retira à Milet, qu'il dé- 
fendit jusqu'à la derrière extrémité ; 
mais les brèches faites aux murailles 
ne lui laissant plus l'espoir de sauver 
cette ville , il permit aux habitants 
de capituler , et se réfugia , avec le 
reste de ses trouj^es , dans Halicar- 
nassc , qu'Alexandre vint assiéger 
aussitôt. Memnon déploya dans la 
défense de cette place toutes les re- 
sources du courage , toutes les com- 
binaisons du génie; mais prévoyant 
qu'une résistance plus longue serait 
inutile , il fil embarquer ses soldats 
et les habitants avec leurs richesses, 
et les transporta dans l'île de Cos. 
Ce fut alors qu'il engagea Darius 
à porter la guerre dans la Macé- 
doine , afin d'obliger Alexandre de 
renoncer à ses conquêtes pour dé- 
fendre son royaume. Darius ap- 
prou\a ce plan, et abandonna à Mem- 
non le commandement de la flotte 
et des troupes chargées de cette expé- 
dition. Ce général s'empara aussitôt 



MEM 

des îles de Chio et de Lesbos ; mais 
tandis qu'il était occupe' au siège de 
Mitylèae, il tonîba malade, etmou- 
rut vers l'an 333 av. J.-C. : la perte 
de ce grand capitaine entraîna !a 
ruine de la Perse , qu'il pouvait seul 
sauver. Barsine, veuve de Memnon , 
étant tombée au pouvoir d'Alexan- 
dre , lui inspira une violente pas- 
sion; elle en eut un fils qui fut nommé 
Hercule. W — s. 

MEMNON, historien , d'Her.iclée, 
ville du Pont, florissaitdans le pre- 
mier ou le second siècle de l'ère chré 
tienne. Il avait composé une Histoire 
des tyrans d'Hérac'ée, dont il ne 
reste que les fragments que Photins 
a insérés dans sa Bibliothèque. On 
pourrait supposer , d'après le court 
avertissement dont Pholins a fait 
précéder son analyse, qu'elle com- 
mence au cinquième livre de l'His- 
toire de Memnon ; mais elle ne 
commence réellement qu'au neu- 
vième, par la vie de Cléarqne, et elle 
finit au seizième, à la mort de Bri- 
thagoras , que les Héracliens avaient 
envoyé en ambassade près de César. 
Pholius nous apprend que Memnon 
avait poussé son liistoire jusqu'au 
vingt-ipiatrième livre, mais qu'il n'a 
jamais pu se procurer les huit der- 
niers. Les Fragments de Memnon 
contiennent une infinité de particula- 
rités curienses, et suffisent pour faire 
regretter vivement !a perte de son 
ouvrage. Henri Estienne les a pu- 
bliés le premier, en grec , avec les 
Extraits deCtésias et d'Agatharchi- 
de , Paris, iSj^, in-S**. ; et avec 
ia traduction latine de Laur. Rhodo- 
raan, Genève, i564, mèmeforuiat. 
André Seholt a conservé celle ver- 
sion dans l'édition qu'il a donnée de 
la Bihlio.h. de Photius ( V. ce nom). 
Les Fragments de Memnon ont été 
réimprimés en grec et ' en latin , 



MEN 



2/x5 



Helmstadt, lîga, 10-4"., et'avec une 
nouvelle trad. latine de Rich. Bret , 
Oxford , 1597 , in-4". ; mais toutes 
les éditions de cet ouvrage ont été 
eflacées par celle que vient d'en don- 
ner M. Conrad Orcllius, à Leipzig, 
en 1816 , sous ce titre : Memnonis 
Heiacleœ ^onlihi^toria'iunexcerp- 
ta sevala à Photio, gr. cura vcs. 
Ic.tind Laur. Rhodomanni ; ac- 
cédant scriplorum fltracla^orum 
IV} mp! idi\, J'rouiathidœet Domilii 
Cdli.strali fragmenta , etc. L'abbe 
Gédoyn a doiuié une traduction de 
V ilisioire à" Hevaclée par Memnon, 
dans les Mémoires Ae l'acad. des ins- 
criptions, tom. XIV, p. in()-333 , 
avec quelques notes critiques. J. 
Pauhnier de Grentemesnil a public 
des Observations philologiques sur 
les Fragments de INIcmnon , dans ses 
Exercitationes ad opt'mos aucto- 
r€i grœcus , Leyde , 16G8, in-4''. 
W— s. 
ÏNlEXA ( DoK Juan de ), poète 
qui a conservé le surnom de V Ennius 
castillan , a passé pour l'un des 
plus gi'ands génies de son temps. Né 
à Cordone, en i4i'2 , il acheva ses 
études à l'université de Salamanque, 
et se rendit en Italie , où la lecture 
des ouvrages du Dante développa son 
goût pour la poésie. 11 avait malheu- 
reusement plus d'érudition que de 
talents ; et ses compositions ne sont 
guère que des copies très-inférieures 
au modèle qu'i! avait choisi. L'ou- 
vrage le plus célèbre de Mena est le 
Lab;) rintho , poème en vers de 
Arte Mayor, connu aussi sous le 
nom de Las trecientas Coplus , du 
noirdjre des stances dont il est com- 
posé. Dès le début , l'auteur an- 
nonce qu'il se propose d'immortali- 
ser les grandes vertus , de vouer à 
l'opprobre les grands crimes , et de 
montrer l'irrésistible puissance du 



2^0 



MEN 



doslin ; l)icnlot après il s'egaro , à 
l'exemple (lu Daiile, dans ua monde 
allégorique , où il rcjicc Irc ujie 
l'oniine d'une bca-^'e iiiavcHlcnse, 
qui s'oflreà lui servir de ^ tide. Cette 
ii-nimc est la Providence ; elle le con- 
duit vers troib grandes roues, dont 
deux sont immobiles , tandis que 
l'autre est dans lui mouvement con- 
tinuel. Ces trois roues représentent 
le passé , le présent et l'avenir. Les 
liommcs tournent avec la roue du pré- 
sent , qui, dans ses révolutions, obéit 
aux sept planètes (i). Mena a su 
amener d'une manière assez heureuse 
les louanges de ses plus illustres 
compatriotes ; et ce fut ce qui assura 
le succès de l'ouvrage. Le marquis 
<ie Smlillane , son rival de talent 
( /^'. Inigo-Lopès de IMeivdoza ), se 
déclara son protecteur, et le li; con- 
naître d'Alvarc de Luna , le puis- 
sant favori de Jean II ( F. Lu.rvA ). 
11 fut accueilli à la cour, mis au 
nombre des bistoriographcs chargés 
de recueillir les annales ilc l'Espa- 
gne, et mourut comble de biens et 
d'honneurs,àGuadala\ara,cn i^ 50, 
âgé de quarante-quatre ans. Le ge'- 
jiércux marquis de Sintillane bu (it 
élever un tombeau. j'Nk'na a conserve 
des admirateurs en Espagne, à cause 
de son enthousiasme patrioticpic ; et 
ses ouvrages y sont recherchés Ac<i 
curieux. La plus ancienne édition de 
ses OEuvres est celle de Saragoce, 
l5o9,in-fol. de i3o feuillets à (rois 
colonnes , dont il y a un exemplaiic 
dans la bibliothèque de Wolfen- 
biittel ; on recherche aussi celle de 
^évilie, lo'io, i;i-fol. {'x) La biblio- 

(i) I.c« curieii» Irouvcionl uiip cxcclleulp aiialvise 
il.' ce jmoiiin d.ins l'ouvra);c do HI. r.onlerHPck, cil« 
:> la lin de l'article. Onu'ari.n pu fuire Je mieux 
(\\iv d'en rni|ii'Oii(c r |ilusieurs pa&ia^.-s pour duiiiier 
ui.c legVrc idce de Ltllc célèbre cuiiipusitii>ii. 

(^^«Vtlt-rd. en car. goth., conlieiil les Tn-rlrnliis 
«vi-c Un ataucei ajuuUcs ; (liid^uCi ckuisuus , et euliu 



MEN 

tlièquo du Uoi en possède une édi- 
tion de Tolède, 1 548, même for- 
mat. Parmi les éditions postérieures, 
les plus estimées sont celles d'An- 
vers, i552, in-8°.,avecuu commen- 
taire très-ample de Fernand Nunnez, 
ou Noniiis; et Salamanque, i58'2, 
in-S*». , avec de courtes notes deSanc- 
tius, que Grég. Mavans trouve utiles 
et instructives. Les bibliographes ci- 
tent encore celles de Seville , 1 5ti8 ; 
Tolède, i5,fO,in-fol.; Alcalà, 1560, 
iu-8''. ; Villadolid , 1O40, in- fol. 
Le poème de Las Irecientas Cojilas 
a été imprimé plusieurs fois séparé- 
ment ; les éditions de Sévillc, 1 49O, 
in-4"., et i499» in -fol. , caract. 
goth., sont très-rares , et d'un prix 
assez élevé. M. Sismondi en cite une 
c'dilion de Tolède, i547 , accompa- 
gnée d'un commentaire (probable- 
ment celui de Ninmcz ) dilï'us et fas- 
tidieux ; peu d'ouvrages, ajoutc-til, 
me paraissent plus dillicilcs à lire, 
et plus ennuyeux ( F. Vllist. de la 
liliérat. du Midi, t. iii , eh. xxv). 
Ce poème offre cependant des beau- 
tés réelles : mais elles ont clé exagé- 
rées par la plupart des critiques 
espagnols ; et si on ne peut refuser 
à Mena une chaleur et une éloquence 
vérilables dans tous les morceaux 
qui lui ont été dictés par l'orgueil na- 
tional, on doit convenir aussi que 
toutes les autres pai lies de sofi ou- 
vrage sont surchargées d'ornements 
de mauvais goût , et déligurées par 
une fausse érudition, et par un style 
qu'il s'était créé pour donner plus de 
pompe et plus de force à la langue 
|i()élique. Le roi Jean avait témoigné 
le désir que Mena ajoutât soixante- 
cinq 5ta7it'i?.ç à son poème, a(in que 
la correspondance du nombre des 



1 • poèm" 'le la Cnrntiarion , avec le long comracu- 
tairu de Fcro. Nuuiiez , sur toutes ces pièces. 



MEN 

stances à celui des jours de l'anne'e 
donnât une beauté de plus à l'ou- 
vrage. Mena obéit ; mais il n'avait 
encore lait que vingt-quatre de ces 
stances lorsqu'il mourut : elles ont cte' 
insérées dans \e Cancionero gênerai , 
et dans les diliérentes éditions de ses 
OEuvres , qu'on a citées. On distin- 
gue parmi ses autres productions : 
La Coronacion , poème qu'il avait 
composé pour le couronnement poé- 
tique du marquis de Santillane , son 
Mécène , Tolède', 1 5u45 iii-4"- j '^^^ 
Chansons ainoweuses ; des Ficces 
jugitives ; enfin un poème resté im- 
parfait , qu'il avait intulé : Traité 
des rices et des ferlas ( f^. VNist. 
de la liltérature espagnole , par 
M. Boutcrweck, trad. en IV. , 1. 1*^^''. , 
i(3o-68). Pour remplir SCS fonctions 
d'iiistoriographc , il avait écrit : Me- 
laorias de algunos linages antiquos 
e nobles de Castdla , dont un beau 
manuscrit était conserve dans la bi- 
bliothèque du marquis de Mondcjar 
( r. ^ic. Antonio , et Frankenau, 
p. 30 1 ). W — s. 

MEN/EGHME, statuaire grec , 
a dû fleurir vers la lxx.v*^. olym- 
piade, puisque, selon Pline, il fut 
antérieur de quelques années à Gal- 
lon d'Egine et à Canachus de Si- 
cyone : toutefois , cette indication 
laisse encore quelque difficulté; car 
le même auteur fait vivre Canachus 
dans la lxxxv"^. olympiade, tandis 
que tous les faits qui concernentCal- 
lon d'Egine le placent au moins 4» 
ans plutôt. Ce n'est donc que d'une 
manière incertaine qu'on peut éta- 
Jjlir l'âge de Mcmechme : il était de 
ia ville de Naupacte , ainsi que Sol- 
das, son contemporain et son colla- 
])orateur. Tous deux s'étaient illus- 
trés par une statue de Diane Laphyra^ 
placée dans le temple de celte déesse, 
à Gdlydon; clic était eu habit de 



MEN a47 

chasse et fabriquée en or et en ivoire. 
Sous le règne d'Auguste cette statue 
fut transportée à Paires , en Arcadie, 
et y devint l'objet d'un culte public 
qîi'on lui rendait encore au iciups de 
Pausanias. Menaschme avait écrit, 
sur les principes de son art, un ou- 
vrage qid ne nous est point parvenu. 
L — s — E. 
MÉNAGE ( Matthieu ), l'im des 
membres distingués du clergé fran- 
çais au quinzième siècle, naquit dius 
le Maine, en i388 , sous le règne de 
Charles VI. Il (it à Paris ses humani- 
tés et sa philosophie , fut reçu maî- 
Ire-ès-arts à vingt ans , exposa la 
doctrine d'Aristote avec applaudis- 
sement dans une des chaires de l'uni- 
versité , et fut nommé icctcur de ce 
coips en 1 4 ' 7 • Préférant une carrière 
qui le mettait moins en évidence , 
et qui le fixait au milieu de sa fa- 
mille , il accepta une place de cha- 
noine-thcûlcgal de l'église de Saint- 
IMaurice à Angers, où il ouvrit un 
cours de théologie, (.c chapitre et 
l'évèque de cette ville le choisirent 
avec deux autres députés pour les re- 
présenter au conciledeLîàle, en i^3'2. 
Il soutint devant celte assemblée les 
prétentions de l'université d'Angers, 
à laquelle il fit maintenir la préséance 
sur l'université d'Avignon , prit une 
place honorable entre les pères du 
concile par ses lumières et son talent 
pour la parole , et fut l'un des deux 
orateurs qu'ils envoyèrent à Florence 
vers le pape Eugène 1\' , pour re- 
quérir la mise à exécution des dé- 
crets du concile , et l'abolition des an- 
nates et des évocations de procédures 
à la cour de Rome. Matthieu Ménage 
entretint encore le pape de la réunion 
de l'église grecque à la communion 
romaine , et des abus qu'entraînaient: 
les indulgences. Il fut chargé lui- 
même de la distribution de ces se- 



248 



IMEN 



cours spirituels , par ses collègues 
de Bàle ; et, sa mission terminée, 
il revint , eu 1 487 , à Angers , où il se 
livra aux travaux de renseignement 
et de la prédication , harangua Isa- 
belle , reine de Sicile , fut envoyé à 
René' d'Anjou son époux, et demeu- 
ra constamment en possession de 
conduire les intérêts de son clia- 
pitre. Il se rendit à Bourges , en 
1 444 7 pour assister au concile qui 
devait s'y tenir , mais qui fut aban- 
donné. Matthieu Ménage mourut à 
Angers, le 16 novembre i ^^C). Sa 
fatnille devint recommandable dans 
la rote ; et Gilles Ménage , dont l'ar- 
ticle suit, n'a pas oublie le clianoinc- 
tlicologal, en recueillant les titres 
d'illustration des siens. F — t. 

MÉNAGE (Gilles ) , savant bel- 
esprit, appelé par Bayle le fanon 
du Avii"^. siècle, naquit à Angers, 
le 1 5 août 161 3. Ses études, surveil- 
lées par son père, avocat du roi au 
bailliage, firent autant d'honneur 
aux soins de l'un qu'à la capacité de 
l'autre. Une mémoire remarquable , 
jointe à une grande avidité de savoir, 
et qui dominait toutes ses autres fa- 
cultés, semblait l'appeler de préfé- 
rence aux sucrés lie l'érudition , vers 
laquelle se portait encore presqu'ex- 
clusivement le génie littéraire; aussi 
crut-il , en se livi ant à l'étude du 
droit, satisfaire à-la-fois la volonté 
paternelle et donner carrière à son 
goût; caria jurisprudence, comme 
on l'cntennait alors, était au moins au- 
tant du ressort de l'érudition que du 
raisonnement. Ménage prit donc la 
.robe d'avocat en i63'2, et fît ses dé- 
buts à Angers ; il les continua au 
parlement de Paris, et y prêta sa 
voix à Scngebère(0, son ancien 

(il Ce doclpiir , rloul le inm s'écrit en alleiiianfl , 
Scn-^ebirhr , etnlt de Brunswick, et on iip.iil mie 
•Iiaire de droit à Angers. Ayant obteua la coodam- 



MEN 

professeur , qui voulait mettre ordre 
à la conduite scandaleuse de sa fem- 
me. Son talent chercha uu nouveau 
théâtre aux grands jours tenus à Poi- 
tiers; là, il se dégoûta du barreau, 
et reparut dans sa ville natale. Son 
père, qui ne voulait pas le voir re- 
noncer à la carrière judiciaire, per- 
suadé que les ennuis attachés au soin 
de faire valoir de minces intérêts l'en 
éloignaient seuls,se démit de sa charge 
en sa faveur. Ménage avait d'autres 
vues; il attendit cependant qu'il fût 
de retom- à Paris pour renvoyer les 
provisions d'avocat du roi à sou 
père, qui s'en tint offensé, comme si 
ou lui eût rendu umnam>ais office. 
C'est ainsi que le fils plaisantait sur 
la colère paternelle : elle s'apaisa 
par l'entremise de l'évêque d'Angers; 
et Ménage s'engagea dans l'état ec- 
clésiastique , autant , toutefois , qu'il 
était iK'cessaire pour être apte à pos- 
séder des bénéfices simples. C'est 
alors qu'il se fit connaître avanta- 
geusement dans le monde par les 
ressources d'une instruction étendue 
et par l'éclat de ses liaisons avec 
la plupart des hommes qui avaient 
un nom dans la littérature. Chape- 
lain, à l'amiîié duquel il devait en 
partie l'accueil qu'il recevait, le pré- 
senta au cardinal de IVtz. Ce prélat, 
qui s'était engoué , sur parole , du 
mérite de Ménage, lui donna une 
place dans sa maison, et s'empressa 
de l'admettre dans sa familiarité. 
Au bout de quelques années, le pu- 
blic apprit avec élonnement la rup- 
ture du protégé avec son Mécène. Les 
commensaux du cardinal, berces de 



nation de sa femme , il la fit rcnfemirr dans un cou- 
vent , et la ren^plaça par une coucubiuc. « Catinponi- 
» c:ilin , direuljts mauvais plaisants, autant valait 
>' g.U'dcr la (ireinière. >i Ce Sengcbèie écrivit contre 
le livre de Sanmaise Dt Htiiluo ; et il aprofondit as- 
sez la matière pour faire irtJlir à ce savant rimpuis- 
sance d'une re'pliquc. 



MEN 

Tespoir qu'il arriverait au ministère, 
se repaissaient de prétentions exagc'- 
re'es. Ménage exerça sa causticité' à 
leurs dépens , et , eu échange de ses 
sarcasmes, éprouva des proce'de's dé- 
sagréables. Le cardinal était ,au de- 
meurant , un homme facile , (pie gou- 
A'crnaient à-peu près ses gens : ceux- 
ci n'eurent pas de peine à perdre Mé- 
nage dans son esprit ; et quand le 
trop susceptible savant demanda sa 
retraite ou une satisfaction, on lui 
accorda sans diniculté le premier 
point. Les instances du prince de 
Conti , qui lui offrait une pension de 
4ooo francs et .l'expectative de pUi- 
sieux's bénéfices , ne purent le déter- 
miner à subir un nouveau patronage^ 
il préféra tenir dans sa maison , au 
cloître Noire-Dame , des assemblées 
littéraires, appelées mei ciirudes dn 
jour où l'on se réunissait. Les autres 
jours, il renouait les conférences qui 
lui étaient si chères, au cabinet des 
frères Dupny, que remplaça pour lui, 
après leur mort, le cabinet de IVLdc 
Thon. Sou patrimoine, converti eu 
une rente viagère de trois mille francs 
et un revenu de quatre mille , qui lui 
fut assigné sur deux abbayes, lui 
procurèrent l'aisance si précieuse 
â l'homme de lettres. Le cardinal 
Mazarin voulut tenir de sa main la 
liste des savans qui avaient droit aux 
récompenses du gouvcrncmev.t : Mé- 
nage ne fut pas ouljlié dans la distri- 
bution , et reçut une pension de deux 
mille francs, après avoir justifié, 
toutefois , qu'il n'avait eu aucune 
part aux satires composées contre 
son éminence pendant les troubles 
de la Fronde. 11 était bien difîici'e, en 
effet, qu'un familier du cardinal de 
Retz fût , à cet égard , à l'abri du 
soupçon. On peut voir à la tête du 
Ménagianales détails d'un démêlé, 
qu'à quelque temps de là ^ il faillit 



IMEN 



249 



avoir avec le parlement de Paris , à 
l'occasion d'une élégie latine, oiaquel- 
ques conseillers avaient cru recon- 
naître une allusion outrageante pour 
leur corps. Ménage avait déjà mis le 
sceau à sa réputation; et cependant il 
n'avaitencore publiéque ses Origines 
delà langue française, des Bemar- 
/yz/cisur cette même langue, à l'instar 
de Vaugelas , et des Mélanges assez 
médiocres de tout point, au nombre 
desquels figurait sa Bequéte des dic- 
tionnaires , satire légèrement mor- 
dante et écrite dans le style tie Scar- 
ron , où étaient tournées en plaisan- 
terie les occupations grammaticales 
de l'académie. Celte petite pièce fut 
trouvée ingénieuse dans sa nouveau- 
té; elle fit grand bruit, indisposa 
contre l'auteur un grand nombre des 
quarante, elles empêcha plus d'une 
fois de faire tomber sur lui leurs suf- 
frages. Montmor disait à celte occa- 
sion que l'académie devait l'adopter 
comme on force un mauvais sujet à 
épouser la fille qu'U a déshonorée. Si 
Ménage n'obtenait pas pleine justice 
dans son pays, la faveur des étran- 
gers l'en consolait amplement : l'a- 
cadémie délia Crusca lui envoyait 
un diplôme d'associé; les savants 
d'Angleterre, d'Allemagne et des 
Pays-Bas répétaient ses louanges, et 
la fameuse reine deSuède , Christine, 
l'invitait en termes flatteurs à venir 
grossir sa petite cour littéraire. Il 
répondit par une églogue, où il se 
peignait comme un bergiT qui ne 
pouvait sans ingratitude abandonner 
un séjour où il était fêlé. Christine, 
pour qui le climat du nord n'avait 
pas le même attrait, vint olfi-ir a Pa- 
ris le spectacle d'une femme qui avait 
sacrifié aux lettres l'éclat d'une cou- 
ronne; elle chargea Ménage de lui 
présenter les personnages distingués 
de la capitale. Comme il se mon- 



trait extrêmement facile aux impor- 
tuns qui sollicitaient cet honneur , 
surtout à ceux qui avaient fait quel- 
que livre: ttCeSI. jMénagc,s'e'cria-t-elIe 
» un jour, connaît bien des gens de 
» me'rite. » Cette complaisance pour 
ia classe infime des auteurs scTt à ex- 
pliquer la ce'îe'britede Ménage. Prône' 
par ces voix subalternes , il s'accré- 
dita dans l'esprit de ces précieuses 
qui donnaient, avant Molière , le ton 
à la société, et s'érigea en autorite' 
imposante. Assez profondément verse' 
dans les langues anciennes, honore' de 
l'estime du docte Huet, dont il fut le 
concurrent pour les fonctions de sous- 
pre'cepteur du dauphin, environne 
d'une véritable importance par ses 
relations avec lescrudits étrangers et 
par l'amitié des Balzac , des Sarra- 
/.iu , des Benserade , des Pellisson , 
des Scudéry , des Chapelain , qui 
.tunoncèrcnt le beau siècle littéraire 
de Louis XIV ; disposant du fruit de 
lectures prodigieuses, ii possédait de 
plus la langue italienne et la langue 
espagnole, et composait même, dans 
la pi'emière, des vers élégants. Avec 
moins de litres, peut-être, le nom de 
Chapelain avait fait quelque temps 
une fortune éclatante : plus tard , la 
gloire de ce dernier et celle de Mé- 
nage pâlirent devant l'influence de 
Boileau et de ses amis. Si Boileau 
épargna Ménage, qui avait censuré en 
partie intéressée ses premiers essais 
satiriques, Molière n'eut point de 
repos qu'il n'eût immolé sur la scène, 
àcotc de Gotin, celui qui s'était rendu 
imprudemment son délateur auprès 
de Montausier (i). Piacine se montra 

( i) MoIiiTe, dans la suife, jîrit clesdispositiouspaci- 
fiijiie.* pour Men^ige. Celui-ci, de sou coté , se gaida de 
licurleruu pareil adversaire ; il fei(;uit même de ne 

1>oinlserPconuaitreda;is le rôle de Vadiiis. Il est pro- 
>able qii il probta de cette leçon , comme il avait fait 
<1l' la représentation des Précieuses ridicules. Il avait 
dit à Cuaprinin , après avoir vu cutt ■ pièce : « Mon- 
>. >icur j nous approuvions , vous et moi , toutes its 



RIEN 

le continuateur actif de cette ven- 
geance , eu s'élevant de tout son pou- 
voir contre l'admission de Ménage à 
l'académie, eu i684 ( i). Celui-ci était 
porté au fauteuil par un parti nom- 
breux; mais les sollicitations pres- 
santes dupère Lachaise , delà maison 
Colbert et de quelques grandes dames 
de la cour^ lui firent préférer, à une 
faible majorité, Bergeret, premier 
commis de Colbert de Ci'oissy , rai- 
uistre-d'état. Cet échec, honorable 
pour le vaincu, le fit renoncer à la 
candidature académique. Les réu- 
nions qu'il avait formées chez lui et 
les sociétés d'élite oîi il était accueil I i, 
suffisaient à sou besoin d'épancher 
les richesses de sa mémoire. Grand 
parleur, conteur éternel et étudié, le 
plus souvent il s'enveloppait de l'es- 
prit d'autrui ; quelquefois cependant 
il ambitionnait dans les cercles la ré- 
putation d'homme à saillies. Quatre 
des plus grands diseurs de bons mots 
de ce temps , le prince de Guémené, 
Bautru , le comte du Lude et le mar- 
quis de Jarzé, étaient Angevins; 
Méuage aspirait à être cité comme 
lecinquième: malheureusement pour 
ses auditeurs la veine de l'érudition 
était plus féconde chez lui que celle 
de la plaisanterie. On s'impatientait 
de ses longueurs , même à l'hôtel de 
Rambouillet, dont il était un des 
oracles. M™^. de Piarabouillet lui dit 
un jour : « Voilà qui est admirable ; 
» mais dites-nous donc présentement 
» quelque chose de vous. » M'"", Jn 



» sottises qui vieniieut d'être iiidique'es si finemetit ; 
» mais il ikmis Tiudra brûler ce «pie uous avons :ido- 
>» ré. » La iustice que Meu.iL'e eut le lion esprit de 
rendre à Molière, l'estime <pril professa pour fiuilcan, 
et les éj^ards que leur cuuimaudait l'habitude de se 
rencoutrer dans des socit-lés communes , valurent au 
savautla neutralité des deux poètes. Molière même 
dut lui savoir gré d'avoir vante la morale du Tartufl'e, 
devant le président de Lamoiguon. 

(i) Racine ava-t un motif de plus pour traverser 
l'élection de jVIcudge; ii était lié avec le comp<:titeui.- 
(ic ce dci'uicr. 



MEN 

DcfTant disait à l'abbe Raynal en pa- 
reille occasion , avec moins de poli- 
tesse et plus d'énergie : « Abbe', fer- 
» niez-nioi ce livre qui m'ennuie. » 
Menace avait pense' onblier les siens 
auprès de M'"". deSc'vigne' ; il l'avait 
connue avant son mariage , avait 
contribue à former l'esprit de cette 
femme célèbre, et s'e'tait passionne' 
pour des grâces qui n'étaient pas son 
ouvrage; son élève l'avait ramené à la 
raison , et l'avait dc'scspe're souvent 
en le tiaitant comme un amant sans 
conséquence. Elle lui |)ernieftait de 
baiseï' des bras qu'elle ne tenait point 
trop chers j qu'elle abandonnait vo- 
lontiers , si l'on en croit le malin 
Bussy; mais elle faisait si peu de 
compte de la passion de Ménage, 
qu'elle lui proposa de l'accompagner 
dans sa voilure,à dcfautde sa femme- 
de-chambre, un jour qu'elle sortait 
pour faire ses emj)lètes. Ce fait 
ayant été consigne par Bussy dans 
sou Histoire amoureuse des Gaules, 
avec des re'flcxions dc'soi)iigeantes 
pour Ménage , celui-ci fut piqué au 
vif , et l'egrelta de ne pouvoir se ven- 
ger que par une épigramme. L'irri- 
tabilité de son caractère est prou- 
vée en outre par ses querelle» avec 
d'Aubignac, Cotin, Gilles Boileau, 
Sallo, Bouhours et Baillet ( Voyez 
aussi Cousin ). Sou ressentiment 
contre Gilles fut si violent, qu'après 
avoir fait tous ses elForls pour l'écar- 
ter de l'académie, il rompit avec 
Chapelain , qui avait refusé de servir 
sa hauie. Il eut tout l'avantage dans 
sa dispute avec Bouhours: ce père, 
blàinc par sa compagnie , cria 
merci à son adversaire; mais il est 
faux, comme on l'a écrit, que le gé- 
néral des Jésuites ait intercédé. Dans 
les autres hostilités qu'il eut à sou- 
tenii-. Ménage perdit un peu de sa 
coijiidérutiuu. Scsplagiats multipliés 



MEN 25 1 

furent mis au jour sans qu'il pût s'en 
défendre. Il mourut à Paris d'une 
fluxion depoitrine, le '2 3 juillet 169*2. 
Ses nombreux ennemis le poursui- 
virent jusque dans la tondjc; et cefut 
à cette occasion que La Mounoye fit 
l'épigramme suivante : 



Lal.-sons en paix Monsieur Ménage; 
CVtnit un tru[i Ij^n pers- 'nuage 
Pour u'ètre pas de ses aruis. 
Soutii-rz cju à 5011 tour il repose , 
Lu; , doLt I s \ers et ilout la prose 
]Nuus out si suuveut eudurmis. 



\oici la liste de ses ouvrages : L 
Dictionnaire éljmolo<^iquc , ou Ori- 
gines de la laui^ue française, Paris, 
i65o, iu-4". ; ibid. , 1694, in-fol. 
Cette 2''. édition, donnée par Simon 
de Valhébert, d'après les matériaux 
que Ménage avait mis en ordre quel- 
que temps avant sa mort , renferme 
aussi un Discours sur la science éty- 
mologique, par le père Bcsnier; les 
Origines de notre langue, par Franc, 
de Cascneuvc; une Liste des Saints 
dont les noms ont été altérés ou 
varient selon les localités, par l'abbé 
Chastelain, et quelques remarques 
de l'éditeur , du P. Louis Jacob nt 
de l'abbé Berrault. Ménage a pro- 
fité largement, pour son travail, de 
celui de ses devanciers , et cette fois 
il a eu toute raison: son livre, très- 
supérieur aux ébauches qui l'avaient 
précédé, jouit encore d'une autorité 
■ honorable, quoique, s'élantbornéà la 
connaissance de cinq langues , il ait 
trop négligé les origines celtiques , 
qu'il se mon lie trop peu veisé dans 
notre vieux langage, et qu'il expose 
de temps en temps des conjectures 
plus que hasardées. Tout le monde 
connaît l'épigramme du chevalier 
de CaUly : 

A'f"ia \'\cv\.à'E/juiis , ^aiis doute ; 
Mais il ("oui avuu. r ^.ussi 
Qu'eu veiaiit del.'i jusqu'iei. 
Il <t li.cu cbaugc sur ia ruute. 



1131 MEN 

Méiiagc en plaisantait lejîremicr, et 
il cite lui-iaèine cette e'pigramnie au 
mot Haquenée. Maigre' ses dcTauts , 
la dernière e'dition 2>ubliéc par Jault 
( Paris , i^So , '2 vol. in-fol. ) , en- 
richie des elymologies de Hiiet , Le- 
duchat , etc. , et augmentée du Tre'- 
sor des recherches gauloises et fran- 
çaises de Borel, est aujourd'hui l'ou- 
vrage le })lus complet cpie nous ayons 
en ce genre : trois ou quatre essais , 
publies depuis avec plus de critique 
ou d'érudition, n'ont pas été termi- 
nés. II. Miscellanea, ibid. , i652, 
in-4°. Parmi ces mélanges se trouvent 
trois pièces saliriqucs, déjà impri- 
mées séparément , la Requête des 
dictionnaires; Fit a Gar^ilii Ma- 
jnurrœ parasito-pœdagogi , et Ma- 
murrœ parasito-sophistœ metanior- 
phosis. Ces deux derniers morceaux, 
dont le second est en vers et adressé 
à Balzac , ont été reproduits dans le 
recueil de Sallengre, sur le pédant 
Moutmaur; on y trouve aussi le Dis- 
cours sur V Heaulontiniorunienos de 
Tére?7ce, qui avait paru en iG4o, 
in-4°. III. Ossen'azioni sopra V A- 
mintadel Tasso, ibid., i6:")3, in-4°. 
IV. /?/o^è«e-ZrtéVce, grec-latin, avec 
un ample commentaire, Londres, 
iG63, in-fol.; Amsterdam, Wetstcin, 
iGg^ , 'X vol. in-4". , avec portrait. 
Dans celte é lition, plus complcîe que 
l'autre , et que Iluet, Bochart et Petit 
enrichirent de quelques-unes de leurs 
recherches , les remarques de Mé- 
nage remplissent tout le deuxième 
voluîne; elles sont souvent oiseuses, 
amassées sans choix, et plus fati- 
gantes, par le peu d'ordre qui y 
règne et leu;- prolixité , qu'utiles 
pour la coDiiaissance du texte. Elles 
n'en attestent pas moins les vastes 
lectures de l'auteur , et lui attirèrent 
une lettre ilatteasc de Pearson, sa- 
vent évêque de Ghester, éditeur lui- 



MEN 

même d'un Diogène - Laèrce ciim 
notis variorum , dédié à Charles II. 
V. Poëinala, Paris, iG56, in-i'^; 
EIzevir, i6G3; Amsterdam, 1687. 
Cette dernière é>lition est la hui- 
tième. Ces réimpressions ne doivent 
point faire préjuger le succès qu'elles 
obtinrent. Ménage , à mesure que 
son portefeuille se remplissait de 
nouvelles pièces, en donnait à ses 
frais une nouvelle édition, tirée à un 
petit nombred'exemplaires. Ses poé- 
sies grecques et latines offrent, avec 
peu d'invention , de fréquents cen- 
lons pris dans les poètes anciens et 
dansles modernes. Ses compositions 
italiennes furent applaudies à Flo- 
rence, honneur qu'il cul de commun 
avec Régnier Desmarais , et dont il 
faut conclure seulement la facilité de 
fairedes vers dans une langue oii l'on 
donne plus à l'expression <ju'à la 
pensée. Ou peut d'ailleurs ne voir 
dans l'hommage de l'académie délia 
Crusca qu'une pure courtoisie , ou 
une indulgence de goût qui attestait 
la décadence de la littérature ita- 
lienne à cette époque. Les poésies 
françaises de Ménage sont les plus 
faibles de ses productions; Boileau 
les avait en vue , lorsque, dans sa 
deuxième satire , il raille ces ri- 
meurs qui s'épui.sent en épithètes ri- 
dicules. Il y avait d'abord inséré ces 
vers : 

Si je pense |iarl(T d'un galant àe notre à;;e , 
]Ma [tIuiue,pom* rimer, reocoiitrera Ménage. 

Dans la suile il substitua le nom de 
l'abbé de Pure. Ménage reconnaissait 
sa nullité poétique , et il n'en mêla 
pas moins à ses poésies les éloges qu'en 
firent ses con-temporaius; ou y lit 
aussi sa Dissertation sur les sonnets 
de la Belle malineuse , presque aus- 
si fameux que ceux de Job et d'Ura- 
nie qui divisèrent la cour. Les lar- 
cins qui percent dans le plus grand 



MEN 

nombre de ses poésies, lui attirèrent 
uneepigramine, où, faisant allusion 
au nom latin de Tvpl^ de Lavert;ne 
{ depuis ]M'"^de Lafayettc ), cpie Mé- 
nage avait souvent chantée , on lui 
disait qu'il était naturel qu'il eût pris 
pour sa muse la déesse des voleurs : 

ieti/ra mtlla tibi , nulle est tlhi dicla Coiinna ; 
Cartnine Inudalur Leshia iiiiila /i/o ; 
Sert cîiiii iliictor:iin roiipiles srriiia vatum , 
Nil mil uni si sil culla Li;vciiia libi. 

VI. Ohservaticns sur la langue 
française , i G7 2- 1 ô-jG, 2 vol. in- 1 u. 
Elles consistent surtout en apostilles 
sur les Bemarques de Vaugclas , et 
en articles néîacliés oi!i sont déduits 
les molifs de préférence entre un 
grand nombre de mots , doiit l'em- 
ploi était alors douteux. Le P. Bou- 
hours, qui avait attacpié le premier 
volume des Observations , est mis 
hors de combat dans le second. Mé- 
nage les dédia au chevalier de Méré, 
puriste orgueilleux, qui lui avait dis- 
puté les bonnes grâces de M™'^. de 
Sévigné. VII. Origini délia lingua 
If rtZ/rt«fl, Paris, 1609, in- 4'^; Genève, 
i68j, iu-fol. , avec augiaeutations, 
Redi, Dati, Panciatichi, Chimenîelli, 
ont l'ait surtout les frais de cet ou- 
vrage, entrepris par Ménage pour 
justifier le choix de l'académie de la 
Crusca.WlI. Juris civilis amceni- 
tates , Paris, 16G4, in-8^.; ibid., 
1667 , Francfort et Leipzig , 1G80 , 
iu-8o.j Utrecht, 1725, in-8"., et 
avec les notes de J.-Guil. Hofmann, 
Leipzig, 1788, iii-8'\ Le fonds de 
ces dissertations sur di^^rs passages 
du droit romain , a le plus souvent 
été fourtii par Scipion Gcntilis, dans 
ses Parerga ad Pandectas. IX. 
Poésies de Malherbe, avec des notes, 
Paris, 1G6G et 1G89, in-80. Che- 
vreau , qui avait pris l'initiative d'un 
pareil travail, prétendit que son ma- 
nuscrit avait été communiqué à Mé- 



MEN a53 

nage par des mains infidèles. Celui-ci 
jura n'en avoir rien lu, et il faut le 
croire depuis la publication des re- 
marques de Chevreau. Les observa- 
tions de ces deux critiques , réunies 
dans l'édition de Malherbe , en irois 
vol. in- 12, Paris, 1722, font dé- 
sirer encore un commentaire sur 
l'un des principaux formateurs de 
notre langue. X. Annolazioni sopra 
le rime di monsignor delli Casa^ 
Paris , i(iG7 ,in-8°. El'esne roulent 
que sur les cinquante premieis son- 
nets de ce poète. XI. i ita Malhœi 
Menagii, canunici et iheologi Ande- 
gavensi :,'\h'\à., 1G74; iG()2,in-8°. 
La deuxième édition, quoique aug- 
luenlée dans le texte, est moins re- 
cherchée que la première , qui con- 
tient des pièces curieuses supprimées 
dans l'autre. XII. Fila Pétri JEro- 
du , quœstoris regii Andegavensis , 
et Guillelu'i 3Ienagii, ibid. , 1G75, 
in^". C'est un monument de fanailie 
consacré au père de l'auleur , et à 
Pierre A\rauld,son oncie maternel, 
tous les deux renommés comme ju- 
risconsultes. XIII. Mescolanze , Pa- 
ris , 1G78 , in-8". ; édil. pb.s ample, 
Rutîerciam , iGf)2. XIV. Histoire 
de Sablé, contena?it les seigneurs 
de la ville jusqu'à Louis /, roi de 
Sicile et comte d'Anjou, avec des 
remarques et les preuves , Paris , 
. i68G,in-4*'. L'auteur n'a donné que 
la première partie de ce morceau 
d'histoire locale ( 1 ) ; il faisait un 
grand cas de ces recherches , moins 
sans doute à raison de leur impor- 
tance qu'en proportion de la peine 
qu'elles lui avaient coûté. Le P. Sou- 
ciet y a relevé plusieurs inexactitudes 
qu'il a indiquées dans le journal de 



(') Le mainiscTÎl dé la seconde parli'^ de '.'Histoire 
(le Sable e.t ila s U bihUothèiJue de . . i mbe , iiiusi 
qu'un assez grand nombre He lettns !Me(i|;es , adres- 
sées à Mtiiiije , par Uuet , Ilublé , Bijot , etc. 



254 WEN 

Trévoux de 177.0. W.Midierujn 
philosopkarum liistoria, Lyou, i O90, 
in- 1 2 , et à la fin du Diogèiie-L;iërce , 
dont cet opuscule forme un appen- 
dice naturel; c'est une notice assez 
superficielle de soixante-quinze fem- 
mes savantes dans la pliilosophie : 
elle est dc'die'eà M""^.Dacicr,ei suivie 
d'un commentaire italien sur un son- 
net de i^c'trarque. XVI. Jlnti-oaillet, 
la Haye, ifi;)o, 'x vol. in- 12 , réim- 
prime avec les Jugements des sa- 
vants, par Baillct, et les notes de La 
Monnoyc. Baillct s'était permis une 
sortie assez brnta'e contre iMcnagc , 
pour que celui-ci ne pût se dispenser 
d'y répondre. Il est bon de rappeler 
(pie les pi'csses françaises lui furent 
interdites par le crédit des protec- 
teurs de son adversaire, et qu'il fiit 
réduit à publirr sa défense en Hol- 
lande. Cette riposte est réelleiuent 
moins tnie défense que le long inven- 
taire des erreurs où était tombe 
Baillet. En les relevant , Ménage en 
a commis lui-même d'autres qui ont 
été signalées par La Monnoye. La 
partie apologétique du livre est des 
plus maladroites; il y a tout-à-la-fois 
pauvreté de logique et petitesse d'a- 
mour-propre. XVII. Menagiana, 
Paris, 1693, in-i'J , et 1694, 2 vol. 
iu-12; ibid., 17 i5 , 4 vol. in- 12; 
Amsterdam, 1713-17 1 0,4 v. in- 12. 
Ce recueil de traits détachés de la 
conversation de Ménage fut public 
d'abord à frais communs par Gal- 
land , Boivin, l'avocatPinson, l'abbé 
Dubos, et de Valois , les derniers te- 
nants de ses assemblées hebdoma- 
daii'es , ou même quotidiennes , car 
ime cliiîte qu'il fit l'ayant réduit à ne 
pouvoir plus sortir , il avait fini par 
tenir chez lui des soirées , où ses 
amis venaient se repaître de ses dis- 
cours , et recueillir tout ce qui sor- 
tait de sa boutîie ; mais cet amas 



MEN 

d'historiettes, de mois iusij ides ou 
plaisants , et de particularilés lit- 
téraires recherchées par une cuiiosi- 
lé vétilleuse , ne se compose pas tout 
entier, à beaucoup près, des souve- 
nirs de Ménage. Le cadre origimiire 
a été considérablement élargi par 
des intercaiations souvent peu esac- 
tes. Dans les dernières éditions, La 
]Monnoye a doublé l'étendue de cet 
^«rt, en y incorporant ses propres 
remarques. ÏjO 3Jénitgiana de iOqS 
est encore recherche^ j)arce que c'est 
à celle édition quese rapporte Vyinli- 
Ménagiana [ F . Bep.nilb , tom. iv , 
p. 3o3 ). Celle de 1G94 eut pour 
principal auteur l'abbé Faydit , qui 
la grossit de plusieurs impertinences. 
L'édition de 1715 est la meilleure ; 
La Monnoye en a exclu plusieurs 
morceaux des précédentes. Certaines 
anecdotes et plusieurs ])assages trou- 
vés trop libres firent exiger le chan- 
gement de 37 feuillets ; mais comme 
il arrive le plus souvent, les exem- 
plaires non censurés circulèrent eu 
bien plus grand nombre que ceux 
qui portaient les passages substi- 
tués. Sallcngre a donne dans le i^'". 
volume de ses Mélanges de llttéra- 
tii.e, les cartons du Ménagiana , 
sons le titre d'Indice expurgatoire. 
Cet Indice est basé sur l'édition de 
Paris, 17 15, que les libraires de 
Hollande suivirent , eu ajoutant , eu 
171(3, aux deux vol. in- 12, qu'ils 
avaient publiés cJ! 1 7 1 3 , le travail 
séparé de La Monnoye. Leur édition, 
conforme, à quelques retranchements 
près , à son modèle, a l'inconvénient 
d'offrir trois tables partielles au lieu 
d'une table unique; elle est de plus 
difficile à comparer avec l'Indice de 
Sallengre. On trouvera des notes 
critiques et des addiiions relatives au 
Ménagiana , dans le Magasin ency- 
clop. de i8o5 , tomes iv et v, et de 



MEN 

1807 , tom. m; dans le Ducaliana , 
lorn. I p. 'ili-'i'dc), et dans les Sin- 
gulaiiiés historujues de dom Liroii, 
tome III , page 343. Ménage fut 
encore l'éditeur des poe'sics la- 
tines de Balzac , et d'nn recueil des 
ëlogcs composés pour Mazarln, Pa- 
ris, 166G, in-fol. iQuoique assez 
porté à la vanité, il ne fit rien impri- 
jncr de sa correspondance. On a , de 
celle qu'il entretint avec M'"*^. de Sé- 
vigné, neuf lettres de cette dernière, 
comprises dans l'édition de M. de 
I\Ionincr(|ué. Ménage disait souvent 
qu'il voulait mourir la plume à la 
main, et il tint ])arole; quand la 
moitié surprit, les altérations que 
divers accidents avaient produites 
sur sa santé n'avaient point ralenti 
ses liabitudes laborieuses, et il ajou- 
tait aux matériaux qu'il avait ras- 
semblés pour un nombre d'ouvrages 
presque égal à ceux qu'il avait déjà 
publiés. Il préparait , entre autres, 
des remarquessur Coluraelle, Vairon 
et les autres agronomes latins; sur 
Anacréon , Marc-Aurèle et Rabelais ; 
les origines et idiolismes de la langue 
grecque , un traité de ses divers dia- 
lectes; une histoire des courtisanes 
grecques ; les vies des jurisconsultes 
et des médecins de l'antiquité; celle 
de Cujas, dont il avait commenté les 
Ohsen>ations ; des l'cclicrches sur l'o- 
rigine des locutions proverbiales de 
notre langue, et une dissertation sur 
l'imitation et le larfiin des poètes. Il 
lui appartenait, plusqu'cà tout autre, 
de traiter ce dernier sujet , et il eût 
été curieux d'a})prcndre comment il 
entendait en tliéorie une différence 
qu'il paraissait avoir constamment 
méconnue dans l'application. Il faut 
ajouter à l'énumération que nous 
avons donnée de ses ouvrages im- 
primés , des Notes sur Lucien , dans 
l'édilion de Grsevius , Amsterdam ^ 



MEN 055 

1CB7 ' i"'8°.; des additions aux Vies 
des jurisconsultes par Ijcrtrand, insé- 
rées dans les Filœ triparlitœ juris- 
co/25j<Z(07*«m de Franck, Halle, 1718, 
in-4*'. Ces deux indications ont été 
omises par Niceron. Le porti'ait de 
Ménage a été gravé par Nanleuil , 
in-4°.; par Van Scliuppen , d'après 
De Piles, in-ful., et dans la collec- 
tion d'Odieuvre. Une médaille frap- 
pée en son honneur est gravée et dé- 
crite dans les Bécréations numls- 
matiques àc^S.(x)i\\e.v, ix, 4^9 {^^'J' 

QuiLT.r.T ). F — T. 

MÉNAGEOT (François -Guil- 
laume ) , peintre , né à Londres , 
en 1744 5 et revenu en France, sa 
patrie, à l'âge desix ans , fut d'abord 
élève d'Augustin. Son père , bon 
peintre de paysages , voyant en lui 
lui goût décidépour le genre de l'his- 
toire , le plaça chez Deshais , pro- 
fesseur de l'académie , et ensuite 
chez Boucher, premier peintre du 
roi. Mais la route qu'il devait par- 
courir avec succès lui fut surtout ou- 
verte par Vien , qui fut long-temps 
son maître et son ami , comme ii 
avait été son guide et son modèle. 
Ménageot remporta le grand prix de 
peinture , eu 1 76G , et fut envoyé 
pensionnaire du roi à Rome , où il 
étudia pendant cinq ans les chefs- 
d'œuvre de l'antiquité et ceux des 
grands maîtres. De retour à Paris , 
il fut agréé à l'académie royale , eu 
1 7 7 7 , sur le grand tableau des Adieux 
de Foljxène à Hécuhe, et reçu aca- 
démicien, en 1780, pour le tableau 
de V Etude qui veut arrêter le Temps. 
Il fut ensuite nommé successivement 
adjoint professeur , et professeur de 
l'académie en 1787. Le roi le clioi- 
sît pour directeur de l'académie de 
France à Rome : il en remplit le» 
fonctions pendant les temps orageux 
qui amenèrent la dissolution de ce bel 



25G ]\1EN 

établissement en 1793 , et se mon- 
tra constamment attache' à l'autorilc 
qu'il tenait de Louis XVI. Oblige de 
quitter Rome , il se rendit à Yiceuce , 
où il fit un séjour de huit ans. et où 
il refusa des invitations très brillan- 
tes de la pa:t des cours étrangères , 
conservant toujours un vif désir de 
revoir sa pairie. A son retour, et de- 
puis l'année 1800, il fut nommé, [à 
diverses époques , membre de l'Ins- 
tilut, de la Légion d'honneur, et pro- 
fesseur de l'école de pciniiu e à l'aca- 
démie. QuoiqueMcnageot ait compo- 
se beaucoup de tableaux de chevalet, 
il est plus généralement connu parscs 
grands tableaux d'histoire, dont les 
principaux sont : les Adieux de Po- 
lixène ; — la Mort de Léonard de 
Vinci, entre les bras de François l'^'.j 
—Asiyanax arraché des bras de sa 
mère ;—Cléopatre faisant ses adieux 
au tombeau d'Antoine; — Méléagre 
entouré de sa famille et rejusant de 
s'armer; — Mars et f'émis, composé 
pour l'académie de Pétersbourg , et 
plusieurs autres. La plupart de ces 
tableaux avaient été ordonnés parle 
roi. La Mort de Léonard de rinci, et 
Méléag'e, ont été exécutés en tapis- 
serie des Gobelins. Les deux derniers 
qu'il ait faits sont : Diane cherchant 
le jeune Adonis , et n osant choisir 
entie les deux enfants que Vénus 
lui présente , de crainte de prendre 
l'Amour; et Dagobert L''. donnant 
des cidres pour la construction de 
l'église de Saint-Denis , tableau des- 
tiné à la nouvelle sacristie de cette 
église. On pourrait citer encore de 
Ménagcot plusieurs tableaiix d'un 
grand mérite , entre autres, une JVa- 
tivité , pour le maître-autel de l'église 
de Neuilli j et la Vierge aux An- 
ges , ])lacc à la Madona-del-Monte , 
à Viceuce , ouvrage dont il fit pré- 
sent à celte ville en reconnaissance 



MEN 

du bon accueil de ses habitants^ pen- 
dant qu'il résidait au milieu d'eus. 
Méuageot admirait avec enthousi- 
asme les grâces et la beauté partout 
où la nature ainsi que l'art lui en of- 
fraient l'image; il s'est peintlui-mérae 
dans presque tous les ouvrages sortis 
de son crayon ou de son pinceau. 
Ils présentent une expression de dou- 
ceur et de grâce, que l'on retrouvait 
dans son caractère. Doué du plus 
heureux naturel et d'une sensibilité 
exquise , il adopta facilement le ton 
et les manières des sociétés distin- 
guées où il fut admis de bonne heure ; 
et le goût qu'il y prit pour tout ce 
qui est aimable et délicat, contribua, 
peut-être autant que ses éludes , au 
développement de son talent. Il le 
montra surtout avec avantagea Rome 
lorsqu'il y parut avec le nom de di- 
recteur de l'académie de France. Le 
cardinal de Bcrnis , alors ambassa- 
deur , ne tarda pointa l'apprécier, et 
à lui témoigner unebicnveillance par- 
ticulière. Comme peintre, il sera tou- 
jours recommandable par la sagesse 
de SCS grandes compositions, la pu- 
reté du dessin , l'art des draperies , 
l'haimonie du coloris, l'expression 
et la netteté du sujet , mais surtout 
par ce qu'il sut y répandre de gra- 
cieux. Peu de ses confrères ont senli 
])lus profondément qi:e lui la vérité 
du mot d'Horace qui assimile la pein- 
ture à la poésie ; et il a appliqué aux 
allégories les plus ingénieuses , tout 
l'art de l'esprit et les nuances du sen- 
timent. C'est l'Elude qui veut arrêter 
le Temps , ou l'Envie qui poursuit la 
Renommée : c'est l'Amour qui sème 
des fleurs siu' la faulx du Temps; l'A- 
mitié qui oiïrc des guirlandes aux 
Grâces; l'Espérance qui nourrit l'A- 
nîour, ou qui montre à l'homme la 
gloire et l'immortalité. Tous ces su- 
jets , et beaucoup d'autres dont il a 



M EN 

fait de petits tableaux ou de char- 
mantes esquisses , rappellent souvent 
Ovide et l'Aluane. Ménageot avait 
fiiit une étude aprofondie f!e la poésie 
ancienne , de la mythologie et de 
l'histoire sous les rapports qui con- 
cernent son art. Les lumières qu'il 
puisait dans ses liriisons avec les 
membres les plus célèbres de l'aca- 
démie des inscriptions , et parliculiè- 
renient avec le savant La Porte du 
Theil, son ami, ont conlribiié à don- 
ner à ses grands tableaux ce carac- 
tère de vérité , et d'exactitude pour 
les costumes , qui leur donne tant de 
prix. Ménageot est mort îe 4 octobre 
1816. Cet arlic'le est tiré, pour la 
plus grande partie, d'une notice im- 
primée en tête du catalogue fait pour 
la vente de ses tableaux. L — p — e. 

MENAHEM. V. Manahem. 

MENAGER. V. Mesnager. 

MÉN ANDRE, célèbre poêle co- 
mique grec, était athénien, (ils de 
Diopithe et d'Hégésistrale, et né au 
bourg ou dème de Ccphisia , et non 
sur les bords du Géphise, comme 
le dit Poinsinet de Sivry, dans une 
Vie de ce poète, qu'il a mise en tête 
de sa traduction de quelques frag- 
ments de Ménandre. Sa naissance 
est placée sous la 2". année de la 
dx*^. olympiade ( 34'-^ avant notre 
ère ) , et sa mort , vers la 3*'. an- 
née de la cxxii"^. olympiade ( 290 
avant la même ère). Il n'avait cou- 
séquemment vécu que cinquante- 
deux ans. C'est dans une carrière 
si bornée qu'il acquit une gloire 
immortelle comme la langue même 
qui fut embellie et perfectionnée 
par ses écrits , et qu'il composa uu 
nombre prodigieux de comédies, à 
l'époque où l'art, devenu plus dif- 
ficile et plus régulier, exigeait, de la 
part des auteurs dramatiques, plus 
de frais d'imagination , plus de res- 

XXVHI. 



MEN 257 

pect pour les bienséances , plus de 
goût , de décence et de vérité. Quel- 
ques auteurs portent à cent -huit ou 
cent-neuf le nombre des drames 
qu'd produisit sur la «cène. Apollo- 
dore, dans ses Chroniques, n'en 
comptait que cent-cinq ; et c'est tou- 
jours au calcul le plus modéré qu'il 
faut s'attacher de préférence. Mais 
Méîiandre avait eu outre compose 
des Lettres , adressées au roi Ptolé- 
mée-Soter,et des Z>/.vco«r.y en prose 
sur divers sujets ; et Quiutilien ne 
conteste pas l'opinion qui lui attri- 
buait des Harangues , publiées sous 
le nom de Charisius. Tant de tra- 
vaux accumulés dans une vie si 
courte, prouvent que Me'nandre était 
doué, au plus haut degré, de cette 
faculté brillante qui forme le plus 
incontestable caractère du génie, le 
dun de produire; et nous pouvons 
adopter sans peine le témoignage 
qu'il se rendait à lui-même , au dire 
d'un ancien scholiasle, que, lors- 
(juil avait achetée le plan d'une 
pièce, bien quil n'en eût pas encore 
écrit un seul vers , il se croyait ar- 
rivé au terme de son ouvrage. Les 
mêmes travaux, dont la seule énu- 
mération justifie à nos yeux la re- 
nommée de Ménandre , expliquent 
aussi le peu de particularités que les 
anciens nous ont transmises sur sa 
vie. Une existence marquée par 
tant d'ouvrages dut être peu fer- 
tile en événements ; et à l'exception 
des disgrâces qu'il éprouva dans sa 
carrière littéraire , il paraît que sa 
vie s'écoula paisiblement à l'abri de 
ces orages qui tourmentent trop sou- 
vent celle des gens de lettres qui ont 
plus d'ambition que de génie. Re- 
cherché par des souverains, qui, non 
contents de l'appeler auprès d'eux 
par des ambassadeurs , lui envoyè- 
rent des vaisseaux de guerre puur 

17 



a58 LIEN 

l'y transporter, il evit la saç;rsse <3e 
préférer , aux caresses et à la cour de 
Déinctrius Poliorcète et de Ptoliinée- 
Suter, le séjour de sa patrie, et J'es- 
liine si flatteuse des Athéniens, quoi- 
que sujète à tant de caprices et de 
retours. 11 ne jouit que huit fois du 
plaisir devoir ses œuvres couromu-es 
par le suffrage des juges du théâire ; 
et comme le noble orgueil qui ac- 
compagne toujours les talents su))é- 
rieurs,est moins satisfait par le triom- 
phe le plus légitime , que découiagç 
par la plus légère injustice , on 
conçoit que celte longue suite de 
disgrâces, que ces défaites multipliées 
d'un homme de génie, sacrifié à des 
rivaux obscurs, aient dû remplir 
de secrètes amertumes une vie si 
honorée et si brillante au dehors. 
On partage le dépit et l'iudignation 
de Ménandre, lorsqu'on lit dans 
Aulu-Gcllc, que, rencontrant un jour 
Phil<;mnn, celui qui, par ses ca- 
bales , lui enlevait fréquemment la 
palme du mérite el les a])plaudissc- 
inents populaires , il lui dit avec cette 
franchise des anciennes mœurs: « Ivst- 
» ce que tu ne rougis pas , Philé- 
» mon , toutes les fois que tu es 
>> déclaré mon vainqueur? » Faible 
dédommagement du talent humilié , 
qui ne peut attendre que de la jus- 
tice d'une postérité étrangère et éloi- 
gnée , ce qu'il serait .si doux d'ob- 
tenir de son pays et de sou siècle ! 
Ménandre fut d'ailleursexposéà tou- 
tes les contrariétés que l'envie suscite 
aux hommes supérieurs. Il fut ac- 
cusé de jJagiat , ressource commune 
de ceux à qui l'on ne peut rien em- 
prunter, et qui se vengent ainsi de 
leur impuissance, en la supposant 
dans autrui. Lu certain Crecilius 
prétendit que Ménandre avait trans- 
crit d'un bout à l'antre une comédie 
d'Antiphauc , doiit il n'avait changé 



MEN 

que le titre à'Angure en celui de 
Super: titieux : comme si de pareils 
larcins eussent pu se cacher un seul 
instant au grand jour du théâtre et 
à la malignité attentive d'un peuple 
entier de rivaux! Un grammairien, 
nommé Lalinus , avait composé six 
livres des emprunts de Ménandre, à 
l'exemple de je ne sais quel Philos- 
trate d'Alexandrie , qui avait écrit 
de même un gros traité sur ce qu'il 
appelait les plagiats de Sophocle. 
Ces sortes d'accusations , toujours 
re])roduitos et toujours méprisées , 
ne peuvent satisfaire que l'envie qui 
les provoque. Ménandre usa sans 
doiile, ainsi (]ue l'avoue nn ancien et 
judicieux critique, du droit incon- 
testable du génie, de s'aj.jnojirier la 
pensée d'autrui , en la marquant de < 
son cmpreinlej et il n'est pas vrai ' 
qu'il ait volé ses prédécesseurs , j 
jMiisqn'il n'a pu que les embellir. La 
nature qui avait orné IMc'uandre de 
tous les dons de l'esprit , s'était mon- 
trée , à ce qu'il parait , plus sévère 
enveis sa personne ; il était loiuhe, 
et si l'on peut accorder beaucoup de 
couliance à une image qui le repré- 
sente dans ses dernières années , il 
fallait , eu le regardant , songer à 
son géi'ie, pour faire grâce à sa 
ligure. Il eut néanmoins une passion 
très-vive pour les femmes ; et cette 
passion devint, comme son talent, 
la soiuce de ses succès, aussi bien 
que de ses disgrâces. L'amour fut 
rame de ses ouvrages j il le peignit 
sous toutes les formes, avec tous ses 
charmes et tous ses chagrins. Le 
galant Ovide a remarqué quVZ n'y 
avait aucune comédie de Ménan- 
dre, qui fût sans amour; mais je ne 
sais si Ovide mérite la même confian- 
ce, lorsqu^il ajoute quenéanmoins cet; 
auteur était mis sans danger entre 
les mains des jeu;ies vierges' ou, eu 



IMF.N 
d'auUcs ternies, que, 

La mère en presoiivail la lecluie à sa fille. 

Les mœurs grccr|uese'taiont sans doute 
moins scnipulenses <{iie les nôtres ; 
mais les orages de l'amour et la vie 
des courtisanes, seuls personnaç;es 
du sexe que Mciiaiidre pû! preseiitcr 
dans ses drames . n'ëtaieiil probable- 
ment p;i5 des taljleauxlail-pour être 
oiFcits à une imagin.ition chaste. 
Troiuj)c souvent pirses maîtresses, 
Meï'.anLlre se venpjea de leurs caprices 
en ii'S tr.id lisant sur la scène; et, les 
titres seuls de trois de ses pièces , 
'fhids, Glycore et Nanniun , qui 
soîit l'"S noms de trois courtisanes 
célèbres, sjifiîriieiit pour prouver 
qiie le talent de Menaiidre ne recula 
]vis ievaiit la crainte de retracer des 
mœurs et des images licencieuses , 
quoique !e grave Pbilarqiie nous 
assure, à propos de ces mèm>s ouvra- 
ges , q'ie l'objel de Me'ntndre, en 
exposant nîiment de pareils vices, 
était d'en provof|iier le blâme, et 
d'en inspirer le mépris. Nous s ivons 
trop, par notre prDpre expeiience, 
que celle morahtc est raremeul le 
iVhil qu'on relire des amours du 
tliè.itie; et a Athènes, coinineà P.iris, 
îascèue en fia' a ruait sans doute plusde 
passious,qu'elle n'eu corrigeait. Qaoi 
qu'il en soit , nous ne pouvons plus 
à présent apprécier Meuandre sous ce 
rapport, comme soas tous les autres, 
que par les témoignages des anciens. 
Le temps a dévore tout son théàtie; 
et le petit noiubie des fragments qn 
ont échappé à la destruction, ne sont 
dus, en général, (pi'a ralteulion scru- 
puleuse des grammaii iens et des phi- 
losophes, quichcrchaieut, dans un si 
excellent écrivaiu, des autorités pour 
la langue et pour la morale. Ou sait 
que Téreuce imita Ménandre , au 
point de se borner assez souvent à le 



MEN a'^Q 

traduirej et Gc'sar nous donne une 
idée bien magui(i(pie des talents du 
s "Cond , eu appelant Tèrcnce uu 
demi - Meriau':re , L'iinidiatd Me- 
nander. Il n'est pas vrai loule- 
fois , comme le dit l.aharpe, que 
nous ne connaissions MeiiaiiJre que 
par les iiuitalions du comi(|ue latin. 
B en qu'il ne nous reste Je lui aucune 
pièce entière , ui même aucun Irag- 
nienl assez considérable pour (pie 
nous puissions juger de ia manière 
dont il formait une intrigue ou dé- 
veloppait un caractère , nous possé- 
doii.s du moins assez de fragments 
écrits dans sa langue originale . pour 
être à même d'ajiprécicj' l'une des 
paitics les plus brillantes de son ta- 
lent, sa versi'xalion et sonstyle; et 
c'est ce qîie Lihaipe aurait dû dire. 
Mi'uandie fut le pria c de la nou- 
velle comédie , c'est-à-dire , que lirs- 
que les lois d' Athènes eurent enlevé 
aux poètes dramatiques la ressource 
si facile des calomnies , des saicas- 
nies, des persOi'juahtés injurieuses, 
des aventures vérilal.les exposées 
sous le nom et avec le ma qiu; de 
citoyens connus, ou même sous les 
noms de persounages imaginaires , 
Ménandre devint le créateur et le 
modi-le d'un drame raisi nnable, où 
la censure des vic«s et des travers du 
cœur humain , ne fut plus exposée 
qu'en traits géniTa!ix , sans aucune 
■allusion a des faits particuliers ; ou 
la con.l.itc de l'aC ion , débarrassée 
de la présence et des déclamations 
du chœur, put à-l.i-fois captiver l'at- 
tention la pins soulenue, et satisfaire 
le goût le |)lus sévère ; où le déve- 
loppement gra ué des caractères, 
la p -ogression toujours naturelle et 
toujours croissante de t'iuiérêl, lais- 
sèrent à une gran ie distance la tragé- 
die clic-mêiue , perfecliouuée par le 
géuie de Sophocle, mais toujours 
17.. 



i6o 



MEN 



asservie à la pompe des cliœurs et à 
toutes les entraves du drame lyrique. 
La comédie de mœurs et de caractè- 
res , telle qu'elle fut conçue et exc- 
cutc'e par Me'nandre, devait doue 
très-peu différer de la bonne corne'- 
die moderne : les fragments qui nous 
en restent , prouvent l'excellent ton 
et le goût exquis de sa diction , le na- 
turel et la vérité de son dialogue • et 
ce qui ajoute encore au regret ([ue 
nous inspire la perte de ses ouvra- 
ges , c'est que , suivant un critique 
célèbre , « ils contenaient la peinture 
» la plus vraie , la plus spirituelle 
» et la plus exacte des mœurs , des 
» usages et des manières de son sic- 
» cle , qui était celui des premiers 
» successeurs d'Alexandre. » Me'nan- 
dre avait développéà l'école de Théo- 
phraste , son maître, ce talent d'ob- 
servation, qui le mit au premier 
rang , non-seulement des auteurs co- 
miques, mais des philosophes et des 
moralistes. Plus lard , il puisa dans 
les leçons et dans les exemples du 
poète Alexis, de la moyenne comé- 
die , cette gaîté vive et piquante, ce 
tour à-la-fois gracieux et malin de 
la pensée , cette force comique en- 
fin , dont Térencc, son imitateur, 
était dépourvu, au jugement de Cé- 
sar, et qui assaisonnait la morale 
par le plaisir. C'est sous ce double 
rapport, et particulièrement comme 
moraliste, qu'il plaisait àQuintilieu , 
qui trouvait dans son théâtre toutes 
les parties de l'orateur, et qui le re- 
commande surtout comme un modèle 
dans l'art si difllcile de faire parler, 
à chaque personnage , à chaque âge , 
à chaque condition de la vie civile , 
le langage qtii lui convient. C'est 
à-peu-près dans les mêmes termes , 
mais d'une manière encore plus dé- 
veloppée et j)lus aprofondie , que 
Plutarquc s'exprime à ce sujet , daus 



MEN 

un Parallèle de Ménandre et d'A- 
ristophane, qui n'est pourtant que 
l'esquisse ou le somraaire'.d'un traite 
plus étendu que le temps nous a ravi. 
« IVIénandre , dit Plutarque , ou son 
» abrévialeur, sait adapter son stvle 
» et proportionner son ton à tous 
» les rôles, sans négliger le comique, 
» mais sans l'outrer. Il ne perd ja- 
» mais de vue la nature; et la sou- 
» plesse ou la flexibilité de son ex- 
» pression ne saurait être surpassée. 
» On peut dire qu'elle est toujours 
» égale à elle-même, et toujours dif- 
» fcrente , selon le besoin ; sembla- 
» ble à une eau limpide, qui, coulant 
» entre des rives inégales, en prend 
» toutes les formes , sans rien pér- 
it dre de sa pureté. Il écrit en hom- 
» me d'esprit, en homme de bonne 
» société : il est fait pour cire lu, rc- 
» présenté, appris par cœur, pour 
» plaire en tout lieu et en tout 
» temps ; et l'on n'est pas surpris , 
» en lisant ses pièces, qu'il ail passé 
)) pour l'homtue de son siècle qui 
» s'exprimait avec le plus d'agré- 
»> ment , soit dans la conversation , 
» soit par écrit. » A l'appui de ces 
éloges, qui ue sauraient partir d'une 
source à-la-fois plus pure et plus 
élevée, Plutarque nous apprend, eu 
divers endroits de ses écrits , que 
les pièces de Ménandre faisaient l'or- 
nement des fêtes particulières et 
des réunions domestiques ; qu'on 
les représentait pendant la durée 
des repas ; que les convives se pas- 
saient plus aisément devin, que de 
Ménandre. On déclamait de même, 
dans les écoles, les pièces de Mé- 
nandre; elles faisaient le sujet ha- 
bituel et le texte des exercices 
littéraires que les maîtres propo- 
saient à leurs disciples. Tout homme 
bien élevé devait savoir tout Mé- 
nandre par cœur, au tcmoiguage de 



BIEN 

Dcnys d'Halicarnasse, et de Dion 
Chrysostomej et ce dernier, enché- 
rissant sur les éloges de'cernc's à Mé- 
nandrc, le profère sans licsilcr à 
toute l'ancienne comédie grecque. 
Ainsi les hommages de la postérité' 
dédommagèrent amplement ce grand 
poète de l'injustice de ses contempo- 
rains; et celui qui se vit si rarement 
honoré des applaudissements du 
théâtre, comme dit Martial : 

Rara coronalo plauséie theatra Mcnaïuho , 

vécut long-temps dans la mémoire 
de tous les hommes. Il serait inutile 
de s'appesantir d'avantage sur des 
éloges dont nous ne pouvons plus à 
présent vérifier (piola moindre partie. 
Il serait également hors de propos 
de déplorer la fatalité qui nous a 
privés des oeuvres d'un si excellent 
écrivain, œuvres qui Jurent cire si ré- 
pandues sur toute la surface du grand 
empire romain, ot dont la célébrité 
avait passé jusqu'aux extrémités de 
rOrieut, puisque l'historien arabe 
Aboulfaradjc , parle de IVIénandre , 
et vante ses comédies. S'il fallait a- 
jouter foi au témoignage d'un de ces 
Grecs qui, au qiiinzième siècle, rem- 
plirent l'Italie et le monde entier de 
leurs plaintes éloquentes , le théâtre 
de Méuandre, qui existait encore à 
Constantinople dans l'un des siècles 
qui précédcicnt immédiatement ce- 
lui-là, aurait disparu par l'inflexible 
sévérité des évoques , ennemis trop 
rigoureux des jeux de la scène et des 
peintures voluptueuses présentées 
par Ménandre. Mais à quelque cause 
que l'on doive attribuer la perte de 
ses ouvrages , celte perte , éternelle- 
ment regrettable, ne saurait être 
probablement adoucie que par l'es- 
poir, déjà plus d'une fois déçu, et ce- 
pendant toujours conservé, que peut- 
être ce trésor^ enfoui dans uu coin 



MEN 



261 



ignoré du monde, ou sous les ruines 
de cités détruites, sortira ({uelque 
jour de dessous les décombres de la 
vénérable antiquité. Mcnand revécut 
cinquante-deux ans , comme ou l'a 
dit plus haut, cl termina sa carrière 
en l'an 290, avant J. C. , ainsi que 
l'atteste une inscription grecque du 
Hecueil de Grutcr. Quant au genre 
de sa mort, il ne nous est appris 
avec quelque certitude, que par un 
seholiastc d'Ovide, qui applique à 
Ménandre, ce vers du poème à' Ibis : 

Comicus u! periit , mcdlis dùm nabnt in undis , 

et ajoute que Ménandre se noya en se 
baignant dans le port du Pirée. Les • 
Athéniens lui érigèrent, non loin de là, 
sur la voie publique , lui tombeau 
voisin du cénotaphe d'Euripide; et 
Pausanias, qui voyageait dans la 
Grèce au second siècle de notre ère, 
vil encore ce tombeau, ainsi que la 
sîaïue de Ménandre placée dans le 
théà Ire d'Athènes, parmi celles de 
Sophocle, d'Eschyle et d'Euripide. 
Telle est la fatalité attachée souvent 
aux destinées des hommes célèbres, 
que les traits de Ménandre ont été* 
sauvés de l'oubli, dont ses écrits 
sont devenus la proie. Une statue de 
ce grand homme , qui a long-temps 
oiué le musée de Paris, et qui depuis 
est retournée avec les autres trophées 
de nos victoires , reprendre sou au- 
cienne place au Vatican , est proba- 
blement , suivant l'ingénieuse con- 
jecture de Viscouli [Mmeo Pio-Clé- 
mcnt, tom. m, p. 1 5 , et Iconograph. 
grecq., lom.i, p. 89), la même que 
Pausanias avait vue à Athènes. Une 
autre petite image en bouclier, re- 
produite par cet illustre antiquaire, 
d'après Fulvius Ursinus et Jean 
Faber , nous offre également les traits 
de Ménandre; etuu marljrcdu musée 
de Turin, qui ne consiste plus à nré- 



262 



ME^r 



sent que dans une gaine d'heriuès, 
chaigée tl'msciiptitus eu sou liou- 
neur , consacrait la même iiuaqe. 
Los écrits des ani iens nous ont con- 
serve les tilres d'environ cent de ses 
pièces ( 1 ). C'est égrileiuenl aux cita- 
tions fre'qiiciites de Méuandre, qui se 
trouvent épaises dans leurs or.vrages, 
qic nous devons la connaissance cer- 
taine de plusieurs fragments de ce 
poète. Henri E.stienne , Guillaume 
Morell , et surtout Herteiius et Hug. 
Grotiiis, entreprirent de recueillir 
ces F ag?nenls, et les publièrent ac- 
coinpagués d'une Iraduclion latii e. 
On les trouve rassem!)lés dans l'édi- 
tion des Puêtœ grœci mino es ( p. 
• 4^^ 49^), donnée par Rad. Wiutcr- 
ton, (iamhri'ge, i65'i; et dans le 
recueil intitulé , Sententice in ignés 
gra'co uni quinquaginta comicj- 
rum, etc., d'jgnacc Alb uii , Brescia, 
i{ji2, iu-i'js. JjC recueil le plus com- 
plet jusqu'à ce jour, a été donné par 
Jean Lee erc , sous ce titre : Menan- 
driet Fhileinonis reliquiœ qiioUjUot 
reperiri p. tueriuU , grcece et latine , 
citm ncti' Hugni', G-ntii et Joan- 
nis Clenci, qui etiam n:n>am an- 
nium versioneiii adomwit , indices- 
me adjecit, Amsterdam , 1701), in- 
V'. Gel te édition excita l'une d( s plus 
rudes guerres de plume dont la ré- 
publique des lettres eût encore élé 
alHigée. Benilcy, Bunnann, J. Gro- 
novius, Corneille de Pauw, et d'autres 
criliques d'une moindre autorité, 
versèrent des flot-» d'encre et de bile 
dans cette longue et violente contro- 
verse, dont riiii.loire nous mènerait 
beaucoup trop loin (2). Nous ajou- 



(l) Voyez Pli !e cata'ugue dans la Bibu^lhéi/ue at- 
l/V/'ie de M nrsiiis, et snrtoiit dsos la Bihlinthé.iiie 
gteci/ue lie Fabricius ,édi(. de Harlès, t. Il, p. 4tio- 

(a1 Consulte! e:iiOrP, pour aToi'r de plus amp!e« 
«li'taijs à (.e sUjcl , Halles, ouvrage citéplu» baut . p. 



MEN 

terons seulement que l'édition la pin'? 
récente et la plus correcte, mais 
non pas !a plus complète des Frag- 
ments de Ménandrc , se trou\ ■ 
dans les Poëtœ grœci gnomici ^ àc 
Brunck, Strasbourg, 1784, in-8°., 
p. 189-194. LaPorteduTheil,doiJt 
le Commentaire sur Eschjle e^t 
re^té manuscrit , par suite de cette- 
excessive défiance qu'il portai i daLs 
tous ses travaux , s'éiait aussi parti- 
culièrement occupé f^e recueillir, <ie 
mettre en ordre et de commenter 
les Fragments de Méuandre : ses 
rccLerclics lui en avaient f,.it dé- 
couvrir un assez grand nombie de 
nouveaux ; et nous lui avons plu- 
sieurs fois entendu dire qu'il avait 
recutilli et rapproclic une quantité 
suflisantc de ces ]irécieux débris , 
pour être en état de recon;poser une 'i 
comédie entière de Inénand e. IM.iis 
on ignoie ce que ce travail est de- 
venu , et s'il est destiné à voir jamais 
le jour, '■ — Quelques fragments de 
Ménandre ont élé traduits en fian- 
çais par Lévesque, dans le volume 
de la Collection des morulisles an- 
ciens (Paris, Didot aîné, i78'.i, 
i:i-r2), intitulé: Caraclèresde Théo- 
fhraste et Pensées morales de Me- 
na fiche , p. i4i- i53. Mais Har- 
lès , qui ciie cette version( 1 ), a omis 
ou ignoré la traduclion d'un bien 
])!us grand nombre de ces fragments, 
donnée par Poinsinet deSivry, à la 
suite de son Théâtre d'Aristophane 
(Paris, 1 784 , in-8". , tom. iv, pages 
261 -'^83), et précédée d'une Fie de 
Irfénandre , aussi mal digérée que les 
notes et les observations qui accom- 
pagnent cette Iraduclion. — Ij'Ep'- 
tre à GljCdre , insérée sous le nom 
du porte ^Téuandre, parmi les Ept- 
tres d' Alciphron , est aujourd'hui 

(1; SMiolheca ^raca ; t 11 , p. 4''9' 



i\rEN 

Lien connue pour être l'onvr-ige de 
ceini-ci, et non pas de Me'nanilre ; 
elle est dans l'édition de Bergler , 
lib.ii, cp. 4, p. '-*4'^-'^73. — il a 
existe plusieurs personiiap,es oélè- 
bres dans l'anliquite'^ sous le même 
nom de Ménandhe , entre autres un 
poète de la vieille comédie , men- 
tionne par Suidas. Maries, qui a comp- 
te vingt-un IMenandres, Cîi a omis un 
vingt-deuxiime, qui n'est pas assu- 
re'ment le plus obscur de fous; c'est 
Ménandre , roi grec de la Bactriane, 
un des successeurs d'Euthvdème. 
Consultez, sur ce prince, l'article 
que lui a consacré \iscoiiti, dans son 
Iconogntnhie grecque , '2". partie, 
cliap, XVII , <i>\ -i. K. R. 

MENA.NDRE-PROTECTOR ; i) , 
écrivain et historien bvzantin, ainsi 
nommé de l'emploi qu'il occupait 
dans la garde impériale, était né à 
Eupliratas , et florissait vers la iin du 
sixième siècle, sous le règne de Mau- 
ri<".e. Il avait un frère nommé Héro- 
dote , qui s'appliquait a 1 élude des 
lois, et suivait les leçons de l'aca- 
démie ; pour lui il n'aimait que les 
courses de char , les danses et les 
jeux des pantomimes. Cependant, en 
acquérant plus d'expérience, il sentit 
la nécessité de s'instruire, li recher- 
cha d'aburd les ouvrages des poètes; 
et il nous apprend ifu'cntrainépar le 
charme de leurs récits , il passait les 
nuits à les lire. Il étudia ensuite This- 
loire , et conçut le dessein décrire 
celle de son temps. Il en avait laissé 
huit livres, qui compreuaieiit la suite 
des événements depuis l'an Sag , où 
finit Agathias ( F. ce nom ) , jusqu'à 
la mort de Tibère II, en 58i. On 
en voit des fragments assez étendus 
dans le Livre des ambassades (/.ev^- 



(i) On peut cojisulta- sur cette dignité les Glos- 
sniie.\ de Oucauge. 



MEN âC3 

tioniim eclogœ ) , attriiraé â Cons- 
tantin Porphyrogenète. Ce livre a 
été publie par David Hœschelius, 
Augsbourg , i6o3, in-4'^. , et en- 
suite par J. Meursius ( F , Constan- 
Tiiv , IX. , 4^o ) ; mais la meilleure 
édition est celle qu'en a donnée le P. 
Labbe dans le Pwtrepticon de icrip- 
tor. Bjzantinls , Paris, 164H, in- 
fol., avec la trad. latine, les notes 
de Ch. Canleclair (i), et celles de 
Henri de Valois. On en trouve une 
traduction française dans le tom. m 
de [' Histoire de Conslaniinojde , 
par le président Cousin. Ce qui reste 
de V Histoire de Ménandre , suffit 
pour en faire regretter la perle ; on 
reconnaît partout un écrivain exact , 
impartial et judicieux. Quelques ex- 
traits de cet historien font partie des 
fragments de l'antiqnité , découverts 
en \iiio , dans la bibliothèque du 
Vatican , ]),ir M. Mai. W — s. 

MËjNAKÛ ( Fr.ANçois ) , né à 
Stedcmvorf , en Frise, l'an 1570, 
\\i\l s'établir à Poitiers , oîi il fut 
d'abord professeur d'humanités , 
puis de droit ; il obtint une pension 
de ijOiiisXîlI, et mourut en lôaS. Il 
est cuniuipar iei ouvrages suivants : t; 
Regicidium detestaiuin , quœsitiim, 
prœcautum , Poitiers , 1610 , com- 
posé à l'occasion de la mort de 
Henri IV . Dans cet ouvrage , rem- 
pli d'une érudition singulière, il dis- 
tingue les Gaulois des Français, et 
prétend que les Angoumoisins appar- 
tiennent aux premiers , peuple fé- 
roce et barbare. D'après celte sup- 
position absurde, il les rend tous 
complices du crime de leur compa- 



ti) Cliailes Canteclair [ C'tntoclarus ) moiu-iit Ti 
Paris, en iitao , doyeu dos maîlres d*"S re'juetcs. 
Celait lin bôiuiae tres-savatit ; outre la Ir.iductiuu 
du Lh-rc des umbussuile^ , on connait de lui : fiii(o- 
riarnm à puce constUutà , anno ijgS , Lbei piimiis , 
ibiG, iu-Ji". Cetlr '. isloirc devaiti-^oir uuc tunliuu;i- 
liou,qiiiu'a))uiul patu. 



264 l^IEN 

triote Ravaillac. Mais ils trouvèrent 
parmi eux des vengeiu's , surtout Vic- 
tor de Tliouard , qui publia son Apo- 
logia pro Franco-GalUs , dont l'em- 
portementcontreMénardne put trou- 
ver d'excuse que dans l'injure atroce 
que ce iloctcur de Poitiers avait faite 
à ses compatriotes. II. Orationes le- 
git'mœ , Poitiers, 1614, in-8". Ce 
sont des dissertations oratoires sur 
divers sujets. La première est très- 
savante , pleine d'imagination , et 
d'un style élégant; elle a pour objet 
d'établir ce paradoxe , que la céré- 
monie praliq lée par les Druides pour 
cueillir chaque année le guide clicne, 
ël.iil le symbole de la jurisprudence. 
m. Disputati >7ies de jaribus epis- 
coporum, Poitiers^, 1 6 1 .>., in-8°. ; elles 
annoncent une connaissance fort 
e'tcndue du droit civil et canonique. 
IV. Des Notes sur la vie de sainte 
Radégonde , et sur la Rèe,le de saint 
Césaire , publiées par Charles Pi- 
doux, Poitiers , 1621. T — D. 

MENARD ( D. Nicolas-Hugues), 
savant bénédictin, est le premier 
qui aitfait revivre le goût des bonnes 
études dans la congrégation deSaint- 
Maur. Né à Paris , en 1 585 , il était 
(ils de Nicolas Menard, secrétaire de 
îa reine Catlierine de Médicis , et 
mort ])résident de la cour des mon- 
naies. Après avoir achevé son cours 
de philosophie , il prit l'habit reli- 
gieux à Sainl-Deuis , en 1608 , étu- 
dia ensuite la théologie , et reçut le 
degré de bachelier en Soi'bonne. Il 
apprit en même temps le grec et 
l'hébreu , afin de pouvoir lire les 
textes sacrés , et fit de rapides pro- 
grès dans ces deux langues. Ses étu- 
des terminées , il fut appliqué à 
la prédication , et chargé de faire 
des conférences à Saint-Sulpice. Af- 
fligé du relâchement qui s'était in- 
troduit dans la plupart des maisons 



MEN 

de son ordre, il vint habiter Verdun , 
et V embrassa la réforme établie par 
D. Didier de Lacour. Ses supcîricurs 
lui confièrent ensuite l'enseignement 
de la théologie ; mais à peine avait-il 
commencé son cours , qu'il fut rap- 
pelé à Paris pour y professer la rhé- 
torique au collège de Cbuii. Il s'ac- 
quitta de cet emploi pendant quinze 
années avec un succès toujours crois- 
sant , qui attirait à ses leçons une 
foule d'auditeurs étrangers. Ses in- 
firmités lui ayant fait désirer un 
successeur , il se retira à l'abbaye de 
Saint-Germain-des-Prés, où, dégagé 
de tout soin, il partagea son temps 
entre la prière et Tétude. La mé- 
moire de D. Menard tenait du pro- 
dige : il n'oubliait rien de ce qu'il 
avait luj et le saA'ant P. Sirmond , 
son ami, disait qu'il trouvait en lui 
une bibliothèque, A la connaissance 
la plus étendue des antiquités ecclé- 
siastiques , il joignait un jugement 
exquis; mais ses vertus suri)assaient 
son savoir. Sa piété éclaiiée, sa mo- 
destie, son inép:'isable charité, l'a- 
vaient rendu l'objet de l'admiration 
de ses confrères. Il redoutait cepen- 
dant la mort , ne l'enA-^isageait qu'a- 
vec effroi , et souhaitait avec ardeur 
de n'être pas réduit à l'attendre 
long-temps. Ce voeu fut exaucé; sur- 
pris par une colique violente , il 
cxpint au bout de quelques heures , 
le .il janvier i644- On a de lui : I. 
Martyrologium ordinis S. Bene- 
dicti , diiobus obseivalionum Vbris 
illustratum , etc. , Paris , i6ip , 
in-8<>. C'est le martyrologe d'Arnoul 
Wion , enrichi de notes et d'obser- 
vations fort amples. II. Concordia 
regularum , auctore S, Bénédicte , 
Aniauo abbate, niincpiimùm édita 
ex bibliolhecd Floiiacensis mon as- 
terii , notisque et observationibiis 
illustrât a, ibid. , i638, in^". ( ^ ■ 



MEN 

saint Benoît d'Aniane , IV, 178.) 
Les noies sont pleines d'érudition. 
III. D. Giegorii papœ cognomento 
Magni liber sacrainentorwn , nunc 
demùni correctior el locujÂetior edi- 
tus ex Miisali Mss. S. Eligii , etc. , 
ibid. , 164^1 in-4°. Les notes sont 
savantes. D. Denis de Sainte-Martlie 
les a insérées dans le iii"^. tome de 
son édition de Saint-Grégoire. Au 
reste, le P. Lecoinlo a prouvé que le 
Missel mis en lumière par D. Me- 
nard n'est que rabrce;é de celui que 
Francowilz avait publié , en i5']'j , 
quoique D. Menard le crût plus an- 
cien. IV. De Unico Dionysio areo- 
pagitd Alhenurum el P arisiorum 
epiicopo, adi'ersàs J. de Laiinoy 
dialriha, ibid., i643, ou, avec un 
nouveau froniispicc , 1644, in-8^. 
Le sentiment de Launoy a prévalu ; 
et 1 Église continue à distinguer saint 
Dciiis l'aréoj'.agite de l'évèque de Pa- 
ris. Ou peut voir les nouvelles preu- 
ves qu'en a données M. Forfia d'Ur- 
hin dans son Mémoire sur l^ histoire 
des Celtes , Paris , 1 807 , p. 2g et 
suivantes. Ce fut D. Menard qui dé- 
coi.vrit dans la bibliothèque de Cor- 
bie V Epître de saint Barnabe ; et il 
se disposait à la mettre au jour lors- 
qu'il mourut. Son confrère D. d'A- 
chery se chargea de publier cette 
pièce, qu'il fit précéder deTcloge de 
l'éditeur, Paris , i64'>, in-4**. ( F. 
d'Aciiery , I, p. 1 41 • ) O" peut con- 
sulter la Biblioth. critique de D. 
Lecei'f, les Mémoires de Niceron, 
t. XKii , et VHist. littér. de la Con- 
grégation de SainUMaur , par D. 
Tassin. W — s. 

MÉNARD (Claude) , historien , 
né à Angers, en i58o, d'une bonne 
familie de robe , suivit la carrière 
du barreau , et fut pourvu de la 
charge de lieutenant-général de la 
prévôté. Ayant eu le malheur de per- 



MEN 2G5 

dre son épouse , il se démit de son 
emploi et voulut renoncer au monde : 
ses amis le détournèrent d'entrer dans 
un cloître; mais il embrassa l'état 
ecclésiastique , et signala son z' le 
pour l'ancienne discipline, qu^il con- 
tribua à rétablir dans plusieurs mo- 
nastères. Il s'appliqua aussi à la re- 
cherche des antiquités de sa province, 
et avec tant de succès , que Ménage, 
son compatriote , le nomme le père 
deUhistuire d'Anjou. lien visita les 
bibliothèques el les archives , d'où il 
tira plusieurs pièces très-importantes. 
Menard mourut, le 20 janvier i652, 
à l'àgo de 72 ans. Comme éditeur, 
on lui doit les ouvrages suivants: les 
Deux premiers Livres de saint Au- 
gustin, contre Julien , Paris, ^617, 
in - fol. ou in - 8". — 15. Hieronjmi 
indiculus de Hœresihus Judœoium , 
ib. if)i 7 , in - 8°. — h' Histoire de 
St. //0W5, par Joinville , ib. , 1617, 
in -4*^. Menard publia cette histoire 
sur un manuscrit qu'il avait décou- 
vert à LaA^al; i! y ajouta diverses 
pièces latines, du même temps, en- 
core inédites , et des notes où il mon- 
tre beaucoup de jugement et d'érudi- 
tion. ( P^. JomviLLE, XXI , 600. ) 
L'édition de Menard a servi de base 
à celle de Ducange , qui y a con- 
servé ses notes et ses observations. 
— L" Histoire de B. Duguesclin , 
ibid., i(5i8, in-4''. C'est la traduc- 
tion littérale, en prose, du Roman 
de Cavelier ou Cuviliers , faite par un 
auteur incertain, l'an 1887 • Mé':ard 
y a fait quelques additions; mais il n'a 
pas touché au style, dont il avoue 
pourtant que la rudesse est telle, 
qu'une oreille médiocre ne saurait la 
supporter sans nausée. ( V. Dugues- 
clin , XII , 179) — Itinerarium 
B. Antonini martjris , cum anno- 
tationibus , Aïi^ers , 16^0, in-4°. Ce 
saint Autonin était de Plaisance. L'I- 



2(jO 



ME>? 



îiuJiaue , (jui porte sou nom , a été 
iasérc dans les Prolégomènes du 
lom. II des Acta Sanctonim, mois 
de mai. Les autres ouvrages de Me- 
jiard sont : I. Recherches et Avis sur 
le corps de saint Jacque^i-le-Majeur, 
Angers, iGio; il y soutient, contre 
î'opiuiou ge'uera'.ement reçue , que les 
reliques de ce saint apôtre sont con- 
servées dans l'église Saint-Maurilîe 
d'Angers : cette prétention a donné 
lieu à une pièce de vers assez plai- 
sante, insérée dans le Dict.de Moréri, 
éd. de 1709. II. Plainte apologé- 
tique , pour Monsieur d'Angers 
( Charles IMiron ) , ibid. , iilaa, in- 
%°. On trouvera des détails sur le 
différend qui existait entre révè<iue 
d'Angers et son chapitre, dans la 
Bill, histor. de France, n". io4o8 
et suiv. m. Disfjw.sitio nnvnnliqua 
Ainphith'atri Andegavensis G ro- 
mani i , ibid., i638, in - 4**. lat, 
franc. C'est une dissertation sur 
le camp romain dont on voit des 
vestiges à Doué. Ménard a biissé, en 
inamiscrit, une fiistoiie d'Anjou , 
avec un Recueil d'éloges des hommes 
illustres de celte province, dont Mé- 
nage et le P. Lccoiute desiraient la 
publica'ion. On cite encore de lui 
Y Histoire d€ l'ordre du Croissant , 
conservée à la biblioth. du Roi, dans 
le recueil des manuscrits dits de Ri- 
luzc. Le portrait de Ménanl a été 
gravé, form. in-4". On distingue, par 
erreur , dans les Tables de !a Eibl. 
hisl. d^ France. G!. Ménard . prèlre, 
ce Cl. Ménard, lieiiteuant général de 
la prévôté d Angers. W — s. 

MÉN ARD ( Jean de t. a Noe ), prê- 
tre et théologien, né à Nantes, le i3 
septembre i<)5o , était fils de Loui< 
Ulénard , échevin de cette ville, et 
joignit à son nom celui de sa mère , 
]\P'«^. de la Noé. Il se destina d'abord 
au barrc;!ii , et plaida à Paris et à 



MEN 

Nantes ; mais il quitta ensuite cette 
carrière par des scrupules de cons- 
cience , entra , en i G^o ,au séminaire 
Saint-Magloire, et prit des leçons du 
savant Thoniassin. Ce fut à Paris, 
q;i'il reçut les ornresj et on eut peine à 
le décider à se l'aire ordonner prêtre: 
il voulait par humilité rester diacre. 
I! retourna ensuite dans son diocèse, 
011 on lui oilHt plusieurs bénéîîces 
qu'il refusa : le cardinal de Noailles 
le proposa , dit-on, au roi pour l'évê- 
ché de Saiut-Pol de Léon ; mais la 
nomination n'eut pas lieu. L'abbé 
Méijard se contenta toujours de son 
patrimoine-, dont il ne se réservait 
que la moindre partie , donnant le 
reste aux pauvres. Retiré à la com- 
mimaulé de Saint-Clément ( à Nan- 
tes ) , il y faisait des co)ifércnces ec- 
clésiastiques, et fut nommé direc- 
teur du séminaire; place qu'il oc- 
cupa pendant plus de trente ans , et 
où il rem lit de grands services au 
diocèse. Il s'appliquait de plus à des 
œuvres de chanté au dehors, et tra- 
vaillait à la conversion des proles- 
tants. Nantes lui doit l'établissement 
d'une maison du Bon-Pasteur, pour 
les lilles repenties. Il avait une grande 
réputation de zèle et de pieté , et 
mourut dans l'exercice de ces vertus, 
le i5 avril 1717, Ses obsèques fu- 
rent remarquables par lafjiuencc des 
fidèles , et par les témoignages de 
respect donnés à sa mémoire, i^e seul 
ouvrage de l'abbé Ménard , qui ait 
vu le jour , est le Catéchisme de 
Nantes, qui a eu plusieurs éditions, 
et qui a été approuvé par qnelqius 
évêqacs. L'auteur avait aussi écrit 
un Traité sur l'L'sure, et des Con- 
férences sur les devoirs de la vie 
chrétienne et ecclésiastique; mais ces 
ouvrages sont restés manuscrits. Il 
parut , en 1734, une Vie de M. de la 
Nùë Mi'nard , B.uxelles , iii- 1 ■). , de 



MEN 

238 pag. : celte vie composée par 
l'ablje Gounncaux , curé ce Saint- 
Louis , à Gien , grand partisan des 
uiiraces du diacre Paris , ne pul ob- 
leiiir de parai're avec approbaîiou , 
à cause de l'esprit U;ius lequel elle 
e't.it écrite; et l'auteur fui exilé en 
Aiii'ergiie. 11 doniuù* l'iuslutre du 
cuite de la ]Noé MéJi;,rd , et h) rela- 
tion des uiiracles opères, disait-on , à 
son (cinLeau : le cidle et les miracles 
sontuij peu ouidiés aujourd'hui. L'ab- 
bc Mei.ard avaii accepte la Lulie 
uiii^cnilus , en 1 7 1 4 ; il api'ela en- 
suite dans le premier soulèvement 
des espri s qui eut lieu après la mort 
de Louis XIV, 'et il n'a pas eu le 
temps ùc rcveuii' sur (Cite démarche. 

P— C— T. 

iMENAPiD, LÉON ), anJiq;iaire, né 
à Tarascon en 1 7 06 , lit ses éludes au 
coliége des Jrsuiles à Lyou j il prit 
ses degrés en dioil a l'universiléde 
Touiousc, et succéda à sou père dans 
la place de C0Jisiii;er au présidial 
de Mnies. Les devoirs que lui impo- 
sait cctle charge nediuiinuèreut point 
son ardeur puur la recherche des an- 
tiquités. D. piitc eu 1744 » ^ Paris , 
pour les affaires de sa compagnie , il 
y vécut au milieu des savants, qui 
lui donnèrent des conseils et des en- 
couragements. Après avoir rassemblé 
les matériaux dont il avait besoin 
pour l'histoire de Nîwies, il revint à 
Paris , achever cet ouvrage , dont 
le succès lui ouvrit , en 1749, les 
portes de l'académie des inscrip- 
tions. Les magistrats d'Avignon , 
l'ayautinvitéà s'occuper de l'histoire 
de cette vdlc, il s'y rendit en 1 761* , 
et y passa deux années à visiter les 
archives , et à en extraire tons les 
documonls. qui devaient servir de 
preuves a son ouvrage. De retour à 
Wîmes, il y l'ut accueilli avec la plus 
grande dislmction , et revint à Paris, 



affaibli déjà par une maladie de lan- 
gueur, dont il mourut le i'^'. octobre 
17G7. Méuard était très -assidu aux 
séances de l'académie; et il a publié 
dans le recueil de cette société uu 
grand nombredcDissertalions parmi 
lesquelles on citera : Mémoires sur 
l'arc de triomj.he de la ville d' 0- 
r^nge ( tom. xxvi ); sur l'origine de 
la belle Laure ( tora. xxx ) ; sur la 
position, l'origine et les anciens mo- 
numents d'une ville de la Gaule nar- 
bunaise , ajjpeiée Glanum ( tora. 
xxxii ); sur quelques anciens monu- 
ments tlu Comtat venaissin ( ihid. ) 
L'opinion énoncée dans ce dernier 
ujémoire , et d'après celui qui concer- 
ne l'aie de triomphe d'Orange , a été 
combattue par M. Foitia d'Uiban , 
dans l'Art de vériiicr les dates avant 
J.-C., a l'artif le de l'histoire romaine. 
On doil eu outre à Ménard : T. Ilis- 
ioire des Lvt'ques de JMnies , etc., la 
Ilaye ( Lyou ; , 1787 , -i vol. in- 1 2 ; 
elle a été refondue dans l'histoire de 
cetic ville. IL Les .hnoursde Callis- 
thene el d'AristocUe, la Haye (Pa- 
ris ) , 1 7 4" j in- 1 J; réimprimés avec 
des additions, en 1 7G5 , sous ce iitre : 
CalUilhene , ouïe modèle de l'amour 
et de l'amitié. L'auteur avait pris 
l'idée de ce roman dans Plutarque. 
IIL Mieurs et usages des Grecs, 
Lyon , 1743, in - i.i. Cet ouvrage, 
plein de recherches curieuses , est di- 
visé en quatre paities dans lesquelles 
Ménard traite de la religiondes Grecs; 
de la forme de Jeur gouvernement ; 
des sciences et des arts qu'ils ont cul- 
t.vés, et enfin de leurs usages domes- 
tiques. 1 V. Histoire civile , ecclésias- 
titjia; el littéraire de la ville de IS'î- 
mes, Paris, 1730-58, 7V0I, , in-4'^, 
fig. ; ouvrage très-savant, et auquel 
on ne peut reprocher que son exces- 
sive prolixité. V. Héfutalion du sen~ 
iimenl de FoUairc mrle Testament 



268 



MEN 



politique du cardinal de Bichelieu , 

T-ySo, in-I2 {V. FONCEMAGNE et 

RicuELiEU ). Menard a publie avec 
le marquis d'Aubais : Pièces fugi- 
tives pour servir à l'Histoire de 
France , Paris ^ i7^9» 3 vol. 10-4". 
Les pièces que renferme cette collec- 
tion s'étendent de i546 à i653 ; 
elles sont accompagnées de notes sa- 
vantes , pleines de recherches sur les 
personnes , les lieux , les dates , etc. : 
aussi ce recueil est-il très -estime. Il 
préparait une édition des OEuvres de 
Fléchier, in-4°.; le premier volume 
le seiJ qui ait paru , est p-écédé d'une 
Fie de Fléchier, par Menard, très- 
bonne à consulter. \J Elos^e de Me- 
nard , par le Beau , a été inséré 
dans le tome xxxvi des Mémoires 
de V académie des inscript. ; on en 
trouve un extrait dans le Nécrolo^e 
des hommes célèbres , pour l'année 
1770. W — s. 

M EN A RDI ÈRE. F. Mes.nar- 
diÈre. 
MENASSES. F. Maivassès. 
MENCIUS. F. Meng-tseu. 
MENCKE ( OTnoN ) , savant phi- 
lologue , né en 1 64 4 ? ^ Oldenbourg, 
dans la Westphalie, était fils d'un 
fies premiers négociants de cette ville. 
Après avoir terminé ses humanités, 
il alla faire son cours de philosophie 
à Brème , et fréquenta ensuite les 
principales universités d'Allemagne, 
cherchant l'occasion d'exercer par- 
tout son malheureux talent pour la 
dispute. A léna, il réduisit au silence 
sou antagoniste , homme très-exercé 
dans ces sortes de combats* et ce pe- 
tit triomphe commença sa réputa- 
tion. Il fut nommé, en 1668, pro- 
fesseur de morale à l'académie de 
Leipzig, et il remplit cette chaire 
avec beaucoup de distinction. Il for- 
ma, quelque temps après, le plan 
d'un journal destiné à répandre dans 



IVIEN 

toute l'Europe la connaissance des 
ouvrages qui s'y publient ; et après 
avoir fait un voyage eu Hollande et 
en Angleterre, pour s'assurer des 
correspondants , il en publia , en 
1682 , le premier volume, sous le 
titre d\Jcta eruditorum Lipsiensium. 
(i). Ce journal eut un très-grand 
succès , et le méritait par la clarté 
et l'exactitude des analyses , la sa- 
gesse des critiques, et par le grand 
nombre de pièces curieuses qu'y 
ajoutait le savant éditeur. Les soins 
qu'il donnait à celle entreprise , et 
les devoirs de sa place, partagèrent 
le reste de sa vie. Il mourut d'apo- 
plexie, le 9.9 janvier 1707, à l'âge 
de 63 ans. Outre des éditions aug- 
mentées et améliorées, de VHistoria 
Felagiana, du card. Noris; du Ca- 
non clironicus , de IMarsham ; des 
Annales de Camden ; de VHistoria 
universalis , de Boxhorn ; de ï Or- 
bis politicus , de Horn , avec des 
notes ; on a de Mcucke: I. MicropO' 
litia seu Respublica in Microcnsmo 
conspicua